An Deine Stimme Ep 06

[seconde partie du chapitre le mercredi 17 septembre]

Je suis désolée de ne plus mettre d'images avec les chapitres, mais certains savent peut être que j'ai completement decrocher de Tokio Hotel depuis 6 mois au moin, et donc, j'ai supprimer tous mes dossiers image les concernant.

La video que je met maintenant, est celle que j'aime le plus, peut etre la seule que j'aime encore. nostalgie? peut etre..


Je continue a publier car ce blog, c'est ce qui m'a rapproché de Sahad, nous l'avons construit ensembles,
et même si la publication est fort ralentie, même si le blog se meurt peu a peu,
je ne le laisserai JAMAIS totalement a l'abandon,

[comme Sahad travaille, l'ecrit des fanfiction passe logiquement apres, c'est pour cette raison aussi que la publication a du etre ralentie, pour ne pas trop lui mettre la pression ^-^]

même si je dois moi même ecrire des histoire pour le remplir et le garder en vie
(bon.. peut etre pas car ca ferait fuir tout le monde definitivement ^^')
mais sachez en tout cas que SSF ne sera jamais hors service.!




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Chapitre 6 :

Bill avait les yeux grands ouverts dans l'obscurité et fixait le mur près de son lit. Son frère n'était pas là. Il pouvait le sentir. Cela faisait à présent plusieurs nuits que son jumeau et lui faisaient chambre à part ; le jeune chanteur aurait souhaité continuer à partager le même lit, car il y puisait un certain réconfort, mais son ancien guitariste avait été formel : il ne serait pas souvent à la maison et ne pouvait pas le réveiller à chaque fois qu'il sortirait ou arriverait. Mais cette attention n'avait fait qu'attiser un peu plus l'inquiétude du jeune brun.

Que faisait Tom ? Il savait qu'il travaillait dans un magasin, mais après ? Le reste du temps, où était-il ? Peut-être qu'il avait trop besoin de lui et que le dreadeux s'était senti étouffé ? Peut-être qu'il passait toutes ses nuits dehors avec des amis... Bill ne savait pas, et plus les suppositions affluaient, plus il s'enfonçait dans un état de peine proche de la déprime. Etait-il donc si encombrant ? Un nouveau soupir lui échappa et il se redressa dans son lit : rester couché ne changerait rien à sa situation.

Un bruit attira son attention. Tom était rentré, il le savait. Il écouta attentivement chaque bruit, aussi ténu soit-il ; son jumeau s'arrêta quelques secondes à peine devant la porte de sa chambre pour finalement aller dans la sienne, se laissant probablement tomber sur son lit. Le jeune brun fronça légèrement les sourcils et jeta un coup d'½il en direction de son réveil digital : il était 04h43. Le jeune garçon fronça un peu plus les sourcils : était-ce bien raisonnable pour son frère de rentrer à une heure pareille alors qu'il devait se lever à 06h30 pour se préparer et aller travailler ? De plus, ce n'était pas la première fois que ça arrivait... Cela allait bientôt faire une semaine. Mais que se passait-il donc dans la tête de son jumeau ? Et surtout pourquoi ne lui disait-il rien ? C'était à peine s'ils se croisaient !

Une nouvelle vague de tristesse mêlée de colère s'abattit sur l'esprit de l'ancien chanteur qui se recoucha brutalement dans son lit, se noyant sous les couvertures : il avait une désagréable sensation de traîtrise. Il ferma ses yeux qui commençaient à le brûler et s'efforça de retrouver le sommeil. Ce que pouvait faire son frère sans lui ne le regardait pas ! Il ne voulait plus chercher à comprendre, étouffant un sanglot silencieux contre son oreiller.

OoOoO

Tom était épuisé. Le réveil l'avait arraché sans pitié de son sommeil, lui laissant l'impression récurrente de n'avoir fermé les yeux que quelques minutes. Son corps le lançait en un nombre conséquent de courbatures et son esprit peinait à retrouver une certaine clarté, à penser logiquement. Il se leva péniblement et marcha lentement jusqu'à la salle de bain pour prendre une douche lorsque le calendrier dans le couloir retint son attention : sa mère avait barré le vendredi...

« On est... Samedi... » comprit-il lentement.

Il ne travaillait pas le week-end. Il réfléchit un long moment pour être sûr de ce qu'il avançait et vérifia la date du calendrier avec celle de sa montre. C'était bien samedi... Un mince sentiment de soulagement s'insinua en lui et il retourna lentement dans sa chambre pour retourner se coucher et dormir comme il ne l'avait encore jamais fait...

OoOoO

« Bill, tu n'as pas vu ton frère ? »

Le jeune brun releva les yeux de sa tasse de café et secoua négativement la tête, accompagnant ce geste d'un haussement d'épaule. Sa mère pinça les lèvres et leva les yeux vers la pendule : ses enfants n'avaient jamais été des lève-tôt, certes, mais il était presque midi et, à part pendant cette semaine de travail, Tom se levait en général à peu près à la même heure que son jumeau. Elle poussa un soupir et alla mettre le chocolat plus très chaud de son fils dans le réfrigérateur :

« Il le boira demain. Je vais préparer le déjeuner. »

Bill hocha doucement la tête et alla s'installer dans le canapé en face de la télévision. Sa mère avait trouvé intéressant qu'il reprenne des études par correspondance pour s'occuper, mais la matinée restait à lui. Il zappa un long moment avant de s'arrêter sur une émission de musique. Il ne l'aimait pas particulièrement mais elle retint tout de même son attention : un groupe se produisait sur le plateau, le chanteur alignant des mots d'un anglais douteux sur une musique assez entraînante.

Remuant légèrement la tête sur le rythme de la musique, le jeune brun remplaça mentalement chacun des musiciens par l'un des membres de son ancien groupe. Il imaginait Georg jouant de la basse, légèrement penché en arrière, un air concentré ; Gustav se déchaînant sur sa batterie à en avoir mal aux mains ; Tom s'amusant à faire crier le public en s'avançant dangereusement sur le bord de la scène et souriant à tout va... Et lui, chantant à pleine voix dans ce micro...

Ses doigts tremblèrent légèrement alors que ses yeux ne quittaient pas l'écran, rendus brillants par les larmes qui lui venaient ; instinctivement, il se mordilla la lèvre inférieure en regardant ce groupe jouer. Il pouvait sentir un n½ud lui tordre le ventre et une boule douloureuse lui obstruer la gorge... Combien donnerait-il ne serait-ce que pour pouvoir chantonner une chanson... Même dans un murmure... Du bout des lèvres... Il se recroquevilla légèrement, les yeux fixés sur l'écran.

La musique attira sa mère qui considéra un moment se spectacle douloureux : elle n'aimait pas voir son fils ainsi. Bien sûr, elle avait souhaité de nombreuses fois d'avoir ses enfants avec elle, chez elle... Mais elle n'aurait jamais cru que son v½u se serait réalisé de la sorte. Un sentiment de culpabilité vis-à-vis de cette pensée plana un instant dans son esprit avant qu'elle ne s'avance jusqu'au canapé et prenne son enfant dans ses bras. L'adolescent se laissa faire, laissant sa mère éteindre la télévision et le bercer un peu contre elle.

« Tu ne devrais pas te faire du mal comme ça, mon poussin... » murmura-t-elle, déposant un baiser sur son front. « Ça ne sert à rien de ressasser. Tu dois avancer... »

Bill hocha doucement la tête, signe qu'il entendait bien mais ne bougea pas davantage, se blottissant dans cette chaleur réconfortante et protectrice, bien que différente de celle qu'il ressentait dans les bras de son frère. Il resta un long moment dans cette douce étreinte avant de laisser sa mère vaquer à ses occupations, le laissant à nouveau seul avec ses pensées ; il aurait aimé passer du temps avec son jumeau puisque celui-ci ne travaillait pas le week-end mais il semblait vouloir battre le record du monde du plus long sommeil. Avait-il donc si peu d'importance à ses yeux à présent pour qu'il ne daigne même pas se lever le week-end ? Ne voulait-il plus le voir... ?

Il reste ainsi sur le canapé, pensif, jusqu'à ce que sa mère l'appelle pour le repas et aille réveiller son frère. Elle ne le lui avait pas demandé... Savait-elle quelque chose ? Le ressentait-elle ? Le jeune garçon préféra écarter ces sombres pensées et se concentrer sur la nourriture encore fumante qui se trouvait sur la table, mais il n'eût guère le temps d'y fixer longtemps son attention car déjà sa mère et son frère arrivaient dans la cuisine. Tom n'était visiblement pas très réveillé, les yeux mi-clos, des cernes sous les yeux et visiblement ailleurs ; il ne répondait que par monosyllabes aux questions de leur mère, bougon. Bill préféra concentrer son attention sur son repas, espérant silencieusement que son frère lui adresserait quelques mots mais plus que ça, c'était la fatigue qu'affichait son jumeau qui le préoccupait... Le dreadeux ne parvenait visiblement pas à tenir une conversation très longtemps ; à peine le repas fini, il se leva et prit le chemin de sa chambre, mais sa mère le rappela :

« Tom ! Tu vas tout de même pas passé ta vie à dormir ! Va donc te laver ! »

Le châtain soupira mais ne releva pas et se traîna jusqu'à la salle de bains. Bill observa la scène et une nouvelle tristesse s'empara de lui : son frère ne lui avait pas adressé la parole une seule fois du repas.

OoOoO

Tom s'était redormi, une fois de plus ; son jumeau l'observa un moment dormir... Avec son rythme de vie, il était normal qu'il ait besoin de dormir, mais le jeune brun l'avait décidément en travers de la gorge et surtout du c½ur. Son frère n'était jamais là, il pourrait essayer d'être là pour les rares fois où ils se voyaient à présent. Bill lança un dernier regard au dormeur avant de se détourner et de retourner dans sa chambre pour se laisser tomber sur le lit ; il demeura immobile un long moment puis attrapa son portable sur la table et commença à pianoter... Peut-être que...

Il sursauta presque en sentant son portable vibrer dans sa main et consulta ses messages : Georg avait été rapide à répondre. Le parcourant rapidement des yeux, il se leva et mis ses chaussures avant de prendre une veste et un manteau pour sortir de chez lui. Il ne pouvait pas rester. Marchant d'un pas rapide, il leva à peine les yeux du trottoir juste devant lui : croiser un regard, voir un visage... Il avait du mal. C'était comme si tout le monde était au courant... Comme si chaque coin de lèvres allait s'étirer en un sourire narquois en contemplant son inutilité. Il n'était plus rien.

« Bill ! »

L'adolescent releva vivement la tête et accéléra le pas en direction de son ancien bassiste qui agitait la main à son attention. Arrivant à sa hauteur, Bill se raidit de surprise lorsque son ami le prit dans ses bras et le considéra un moment lorsqu'il s'écarta ; Georg l'invita à s'asseoir à la terrasse du café auquel il l'attendait.

« Ça va ? » demanda doucement le bassiste, hésitant à réellement poser la question.

Bill hocha doucement la tête en lui adressant un mince sourire : il était heureux de revoir le brun, même si cela lui faisait également un peu mal. Il se pencha sur son sac et en sortit son calepin et son stylo pour répondre à son ami ; concentré sur le papier, il ne remarqua pas le regard douloureux que Georg lui adressa en le voyant ainsi. Son aîné savait, comme les autres membres du groupe, que sa voix était tout ce qu'il avait de plus cher en tant que chanteur mais aussi dans la vie de tous les jours. Voir son ami, éternelle pipelette, réduit au silence par accident... Il préférait ne même pas imaginer ça douleur. Bill redressa son calepin et le lui montra :

- Je vais bien. Ne t'en fais pas. -

Georg pinça les lèvres et le prit dans ses bras, l'ancien chanteur haussant les sourcils de surprise : avait-il ''dit'' quelque chose de mal ? Le bassiste le serra un moment contre lui et sa voix ne fut qu'un murmure à l'oreille de son cadet :

« Tu ne m'aurais pas contacté si c'était vraiment le cas, pas vrai ? »

Il sentit le corps fin trembler dans ses bras : il avait vu juste. Lorsqu'il s'écarta, ce fut pour voir le visage en larmes de son vis-à-vis ; Bill baissa la tête, portant la main à ses joues pour tenter d'effacer les marques visibles de sa souffrance. Non, il aurait voulu ne pas pleurer, pas devant son ami et bassiste de son ancien groupe. Peut-être n'aurait-il tout simplement pas du le revoir. Il sentit des bras puissants le rapprocher de son interlocuteur et de son épaule réconfortante contre laquelle il put s'appuyer et se laisser aller en silence. Il avait mal, son c½ur se serrait et sa gorge le meurtrissait alors qu'il pleurait dans un silence qui le rendait fou de rage et de désespoir. Les paroles du médecin résonnaient encore et encore telles une sentence dans son esprit : il ne reparlerait jamais.

Le jeune garçon demeura un long moment ainsi à pleurer contre l'épaule de son ami, tentant comme il le pouvait d'expulser cette douleur sourde qui le déchirait intérieurement de plus en plus. Georg n'émit aucun commentaire, tenant simplement son cadet contre lui, souffrant de le voir ainsi sans pouvoir rien y faire sinon compatir. Lorsque Bill s'écarta de lui, il agrippa son stylo et son calepin, commençant à écrire, malgré les soubresauts de son corps, de manière presque frénétique ; lorsqu'il eût terminé, il lui tendit ce qu'il avait écrit. Le bassiste le considéra quelques instants avant de prendre le calepin et de parcourir le petit texte de son vis-à-vis : Bill n'en pouvait plus, il souffrait à cause de sa gorge qui était incapable d'émettre le moindre son tout en lui procurant une douleur lancinante, et l'absence de Tom était une véritable torture ; son frère était absent la majeure partie du temps pendant la semaine et passait le week-end à dormir. Georg fronça légèrement les sourcils, comprenant l'inquiétude de l'ancien chanteur en lisant ses questions :

- J'ai fait quelque chose de mal ? C'est parce que je ne peux plus rien faire ? Parce que je suis inutile ? Pourquoi Tom ne me dit plus rien ? Des jumeaux, c'est un lien spécial, non ? -

Bill ne comprenait plus son frère et s'enlisait dans une détresse muette en espérant, terrorisé, que ce dernier lui fasse un signe. Georg pinça les lèvres et réfléchit : il connaissait trop bien Tom pour l'imaginer abandonner son jumeau en de pareil circonstances ; le dreadeux avait toujours veillé sur celui qu'il disait sa moitié, son double, avec un attention toute particulière. Non, il ne pouvait pas l'avoir abandonné comme ça... Il devait y avoir une raison.

« Ecoute, Bill... » murmura-t-il, affrontant une nouvelle fois ce regard désespéré. « Je suis sûr qu'il y a une explication... Je vais essayer de voir et comprendre ce qui se passe avec Tom et je te dirais ce que j'ai trouvé, d'accord ? »

Le jeune garçon aux cheveux corbeaux hocha doucement la tête, se mordillant la lèvre inférieure. Lui non plus ne pouvait pas croire que Tom le laisserait tomber comme ça, sans raison ; mais était-ce une certitude ou simplement le vain espoir d'un gamin qui s'était jusque là cru indispensable... ? Il essuya doucement ses larmes et accepta la boisson que lui offrait Georg, il fallait qu'il se calme ; le bassiste trouverait la réponse à ces questions sans réponses... N'est-ce pas... ?

Son ami esquissa un sourire et lui proposa de passer la journée avec lui pour lui changer les idées. Quelque chose n'allait pas, Georg en était certain, et ce qui le dérangeait le plus c'était qu'il avait l'impression de comprendre ce qui pouvait motiver Tom... Mais si Bill ne lui en avait pas parlé, c'était qu'il n'était pas au courant... Il valait mieux éviter de commettre une bévue. Il le parvint tant bien que mal à le convaincre de venir avec lui dans un centre commercial, espérant que les goûts de l'ancien chanteur n'avaient pas changés depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Bill joua le jeu et se laissa aller à regarder les articles qui passaient à sa portée mais sans jamais rien acheter, le c½ur n'y était pas mais il ne voulait pas que le bassiste se sente inutile face à sa déprime...

« Bill... »

L'intéressé releva la tête d'un t-shirt qu'il regardait et se tourna vers son interlocuteur, l'interrogeant du regard. Georg esquissa un vague sourire et murmura :

« Heu... Tu sais... Si tu veux, y a toujours des affaires à toi, chez moi... Tu sais, celles qu'on a ramenées, Gustav et moi... »

Bill le considéra un moment et hocha doucement la tête avec un mince sourire : Georg savait que c'était un sujet sensible... Toutes ces affaires étaient celles de Bill, le chanteur de Tokio Hotel... Il lui fit un signe de tête et sortit du magasin pour aller à la voiture de son ami, le laissant le conduire chez lui. Il connaissait le trajet par c½ur, demeurant silencieux à regarder par la fenêtre... Rien n'était plus pareil dans son esprit, il regardait tout cela d'un ½il nouveau. Il n'était plus ce même gamin insouciant d'autrefois... Il avait cru que c'était un rêve qui durerait toujours... Ou du moins jusqu'à ce qu'il n'ait plus la force de continuer.

« Bill, on est arrivé, tu descends ? »

Le jeune brun remarqua qu'effectivement Georg attendait depuis quelques secondes que son passager veuille bien descendre de la voiture ; ce qu'il fit. La maison n'avait pas changé non plus... Quelques petites choses en moins peut-être mais sans plus... Ils entrèrent dans la maison et Georg l'amena à sa chambre, où Bill écarquilla les yeux : où étaient passées toutes ses basses ? Il n'en restait qu'une... Remarquant le regard surpris de Bill, le bassiste esquissa un sourire et murmura :

« Je les ai revendues... Une seule, c'est suffisant. »

Il sentait bien qu'il y avait quelque chose de faux dans sa voix, il le savait et l'ancien chanteur n'était pas idiot, son regard le lui disait clairement. Il soupira et prétexta simplement qu'il avait eu besoin d'argent après un moment pour aider à la maison et qu'il travaillait à présent en intérimaire pour gagner un peu de sous en attendant de trouver mieux. Bill laissa transparaître son inquiétude dans son regard mais ne fit aucun commentaire, même écrit, puis il posa les yeux sur les valises qui étaient dans un coin de la chambre. Il hésita et s'approcha, en couchant une et l'ouvrant à l'aide de la clé que lui tendit Georg ; il esquissa un sourire amusé en redécouvrant ses propres affaires. Il resta un long moment à les regarder, en dépliant certaines... Il y avait tellement de souvenirs dans cette simple valise...

Il la referma finalement et resta assis pendant quelques secondes avant de prendre son calepin et décrire quelques mots à son ami ; celui-ci hocha la tête et reconnut effectivement que cela ravivait beaucoup de souvenirs. Il attendit que Bill lui fasse signe pour l'aider à porter les valises jusqu'à la voiture mais celui-ci ne fit rien et remit la valise où il l'avait prise puis il griffonna sur son calepin et le lui tendit :

- Je peux laisser ça ici pour le moment ? Tout ça, c'est un peu Bill de Tokio Hotel mais ce n'est plus moi... Je peux les laisser un peu ici ? -

« Y a pas de souci. » répondit aimablement son ami. « Je ne sais pas vraiment ce que c'est mais j'imagine que ce n'est pas facile pour toi. T'auras juste à m'envoyer un texto quand tu voudras les récupérer, d'accord ? »

- Merci, Georg. -

« De rien. » sourit le bassiste. « C'est normal. »

Les deux jeunes hommes hochèrent la tête et quittèrent la pièce pour retourner dans la voiture. Le bassiste ne dit rien quant aux larmes qui perlèrent lentement sur les joues de son cadet et le retour se fit dans le silence le plus total. Bill n'essuya ses joues que lorsque le véhicule s'immobilisa devant chez lui et Georg sourit :

« Tu ressembles toujours à the crow quand tu pleures, toi... »

Le jeune brun grimaça en guise de réponse et accepta que son aîné le débarbouille un peu : il ne voulait pas que sa mère le voit comme cela et lui pose une multitude de questions. Ceci fait, il sortit de la voiture et remercia d'un signe de tête celui qui avait été son bassiste dans un groupe dont bientôt tout le monde aurait oublié le nom.

Il retourna vers sa chambre, lançant au passage un coup d'½il dans celle de son frère : Tom s'était à nouveau couché et endormi profondément. Il entra discrètement dans la chambre et s'approcha du lit du dormeur... En règle générale, Tom n'avait jamais eu le sommeil bien lourd dans la journée, il était même très rare qu'il dorme avant qu'il ne fasse nuit. Mais il ne le vit même pas tressaillir alors qu'il s'asseyait à côté de lui pour mieux le regarder... Il avait les traits tirés... Ses doigts fins caressèrent doucement sa joue sans même le réveiller. Qu'avait-il pu faire toute la semaine pour être dans cet état ? Cette question demeurait sans réponse alors qu'il observait son jumeau dormir, perdu dans les méandres d'un sommeil dont il lui refusait l'accès.

Le jeune brun sentit ses yeux le brûler mais ravala ses larmes et se pencha pour déposer un baiser sur la joue de son ancien guitariste. Il se redressa alors et quitta la pièce pour aller dans sa chambre et se jeter dans son lit, nichant son visage dans son oreiller pour y laisser les dernières traces de son maquillage... Au fond, qui verrait à nouveau ''Bill'' ? Il n'existait plus. Il était mort avec sa voix. C'était fini.

OoOoO




SUITE



Un bruit tira l'adolescent de son sommeil, il se redressa légèrement dans son lit et écouta. Tom se levait pour aller travailler, comme tous les jours de la semaine... Bill recoucha doucement sa tête sur l'oreiller, n'ayant cure des marques charbon qu'avaient laissées ses larmes. Il avait pris l'habitude de pleurer tous les soirs, ce n'était plus une nouveauté et il se moquait bien d'enlever ou non son maquillage avant de dormir. Il devait juste changer la taie d'oreiller quotidiennement... De toute façon, qui cela pouvait-il préoccuper maintenant ?

Il l'entendit se préparer, une boule douloureuse enserrant sa gorge... Son frère menait une vie où il n'avait plus sa place... Mais ce qui lui faisait le plus mal, c'était de penser qu'il ne lui avait pas fallut beaucoup de temps pour l'abandonner... Lui qui avait dit ces mots :

« Voilà... On est chez nous... »

Ce nous qu'il avait cru éternel, du jour de leur naissance à celui de leur mort... Mais depuis une semaine et demie, Tom ne lui avait pas adressé un seul mot, ils ne se voyaient plus, ils ne discutaient plus... Jamais le jeune brun ne s'était senti aussi abandonné ni trahi. Mais si la douleur d'admettre qu'il n'était plus rien l'étouffait, il nourrissait toujours ce vain espoir que son jumeau viendrait le voir, lui parler... Comme avant...

Une nouvelle larme douloureuse s'échappa, bientôt suivie par d'autres. Il avait toujours eu peur de la solitude mais il s'était toujours réconforter en pensant à la présence du dreadeux qui, aujourd'hui, l'avait oublié, effacé de sa mémoire... Avec une facilité déconcertante. Un bruit dans la chambre de son frère l'informa qu'il terminait de se préparer pour bientôt partir sans même prendre un petit déjeuner sur le pouce... A croire que cette maison n'était même plus la sienne puisqu'il n'y venait que pour dormir.

Les pas feutrés dans le couloir le firent tressaillir et il ne bougea plus, fermant les yeux. Pour une obscure raison, il espérait que son frère vienne le voir mais en même temps, il refusait de lui montrer cet état de faiblesse psychologique. Il fronça légèrement les sourcils en entendant les pas de son frère s'arrêter à la hauteur de sa porte... C'était toujours là qu'ils étaient le plus forts... Il entendit un léger frottement puis les entendit s'éloigner. Son poing se referma sur les draps alors qu'il se maudissait intérieurement d'être aussi naïf : la naïveté était quelque chose de blessant... De très douloureux... Il avait été bête de croire que son frère aurait compris qu'il laissait sa porte de chambre ouverte depuis une semaine et demie dans l'espoir qu'il viendrait le voir de lui-même. Etouffant un nouveau sanglot qui se contentait de n'être qu'une expiration d'air plus puissante que les autres, il ferma les yeux, souhaitant aussi fort qu'il le pouvait de ne plus jamais se réveiller.

OoOoO

10h30... Son ''jamais'' n'avait finalement pas été des plus longs... Il soupira et s'assit sur son lit. Une fois encore, il contempla cette chambre qui lui semblait d'un incroyable vide. Peut-être devrait-il demander à Georg de lui rendre ses affaires pour qu'il puisse les jeter dans la chambre, la rendre plus vivante... Il se leva péniblement et s'étira, grimaçant en sentant une ou deux parties de son corps craquer puis les laissa retomber sur son lit.

Il n'avait envie de rien... De rien à par de la compagnie de son jumeau. Dire qu'il lui en voulait était peu dire mais pour rien au monde il ne pourrait le chasser si celui-ci daignait revenir auprès de lui. Cette pensée le froissa et le laissa seul avec le silence une dizaine de minutes encore avant que la voix de sa mère ne retentisse dans les escaliers :

« Bill, mon chéri, descend, le petit déjeuner est près. »

Le brun poussa un profond soupir et s'extirpa de ses draps pour s'engouffrer dans le couloir. Il descendait les marches presque machinalement et allait trouver sa place à la table, devant sa tasse de café ; sa mère souriait et parlait mais il ne l'écoutait pas, trop préoccupé par la concentration de douleur qui grondait en lui. Il ne s'aperçut même pas lorsque la pauvre femme se tut, se rendant bien compte de l'absence de son fils, le seul qui daignait encore rester avec elle. Tom n'avait jamais été très démonstratif, mais son absence était des plus blessante... Qu'il doive travailler pendant la journée, elle pouvait le comprendre, mais il ne rentrait même plus manger le soir, il ne revenait qu'à des heures impossibles... Elle savait que l'accident de son frère l'avait bouleversé et que l'adolescent pouvait très bien exprimer comme cela son trouble, mais en tant que mère, elle était triste de penser qu'il pouvait passer des soirées dans des endroits qu'elle ne connaissait pas, avec des gens peu fréquentables... Même Andréas n'avait pas su la renseigner à ce sujet.

Bill se leva finalement sans avoir touché à quoique ce soit et reprit le chemin de sa chambre dans le silence qui le caractérisait désormais. Sa mère soupira et monta à sa suite pour finalement le découvrir vautré dans son lit, perdu dans la pénombre de la pièce. Elle sentit un tiraillement au niveau de son c½ur, ne supportant pas de voir son petit souffrir... Elle s'approcha et murmura simplement :

« Ne reste pas tout seul dans le noir... Ce n'est pas bon pour le moral, tu sais... »

Sur ces quelques paroles, elle ouvrit la fenêtre et les volets, sans tenir compte de l'adolescent qui noya son visage dans le coussin, autant pour protéger ses yeux de la lumière que pour dissimuler les traces de maquillage laissées sur le tissu de la taie d'oreiller. Ses pas s'éloignèrent alors, disparaissant dans le couloir, le laissant seul dans sa chambre. Le vent froid le fit frissonner et relever la tête... Ne pouvait-elle pas au moins fermer la fenêtre ? Il soupira à se tira péniblement hors de son lit et s'avança jusqu'à la source de ses frissons, le mince vêtement qu'il portait en vêtement de nuit n'était qu'un rempart moindre face aux morsures du froid.

Il regarda à l'extérieur un moment, laissant le vent glacé soulever ses cheveux secs et paille couleur de jais ; puis il referma la fenêtre pour laisser la tiédeur de l'habitacle le bercer. Mais alors qu'il n'entendait plus le murmure du vent, un léger bruit attira son attention. C'était derrière lui, il hésita et se retourna, c'était comme un léger son de papier ; il ne sut d'abord pas d'où cela venait mais un éclat jaune captura son regard. Fronçant les sourcils, il s'approcha de la fente entre le mur et sa porte ouverte et s'agenouilla pour attraper le papier qu'il ne se souvenait pas avoir ; s'asseyant sur ses pieds, il reconnut un post-it, ce qu'il n'utilisait jamais, et le retourna. Ses yeux s'écarquillèrent alors qu'ils découvraient les quelques mots qui s'y trouvaient, tracés de cette écriture qu'il connaissait si bien :

- Passe une bonne journée, frérôt. Tom. -

Il y avait une date... Il datait de l'avant-veille, lundi. Tenant le papier en tremblant et le fixant, Bill se sentit déglutir, ses lèvres s'étirant timidement dans un sourire, puis, levant les yeux pour mettre la main sur la poignée pour se relever, il s'arrêta, son regard s'étant arrêter sur un détail... Ou plutôt plusieurs. Poussant doucement la porte, il la referma lentement pour découvrir une chose à laquelle il n'aurait jamais pensé au vu des circonstances : neuf autres post-it étaient collés sur la porte... Il ne les avait pas vus à cause de cette fixation qu'il avait de laisser sa porte ouverte. Chacun était daté, un pour chaque jour, et chacun comportait un petit mot...

- Courage, Bill. Tom. -

- Crois en toi. Pour moi, tu resteras toujours Bill. Tom. -

- Prend soin de toi. Tom. -

- Aujourd'hui je veux pas aller bosser ! Lol. Tom. -

- Veux prendre le petit déj' avec toi, mais je vais me faire frapper si je te réveille, hein ? Tom. -

- Allez ! On se motive pour une nouvelle journée ! Tom. -

- Pardon de t'avoir fait pleurer hier. Tom. -

- Choupi quand tu dors. See you. Tom. -

- Je t'adore, frérôt, courage! Et souris! Tom. -

Bill se sentit trembler alors qu'il contemplait le dos de sa porte... Chaque jour, Tom avait pensé à lui, lui laissant un mot derrière la porte de sa chambre, et il n'avait rien vu. Il avait douté de lui... Une immense sensation de bonheur étira les lèvres du jeune brun dans un grand sourire alors que les larmes perlaient sur ses joues ; mais loin d'être des larmes acides, elles le soulageaient alors que ses yeux restaient rivés sur ces quelques mots que son jumeau avait songé à lui laisser chaque matin avant de partir.

Il n'aurait su dire combien de temps il état resté là, à pleurer et à regarder cette preuve d'amour fraternel qui lui avait tant manqué ces dix derniers jours. Tout sentiment de solitude s'était envolé pour laisser place à un moment de pure joie. L'adolescent serra un moment le post-it qu'il tenait contre lui puis se redressa et attrapa son portable.

- Bonne journée, Tom. Je t'adore aussi. Tu me manques. Bill. -

Il fut quelque peu déçu de ne pas recevoir directement l'accusé de réception, mais peut-être Tom éteignait-il son portable pendant ses heures de travail... ? Il haussa doucement les épaules, souriant simplement en pensant à la tête de son frère lorsqu'il recevrait son message.

OoOoO

« Tom, tu as deux minutes ? »

L'intéressé releva la tête et la hocha, se levant péniblement du trottoir sur lequel il prenait sa pause pour aller rejoindre son employeuse ; Christine attendit qu'il l'ait rejointe devant le comptoir de son magasin pour l'étudier un moment, comme réfléchissant à ses mots, puis elle reprit :

« Tom... Je ne vais pas revenir sur la question de la semaine dernière ni du tirage de cartes que je t'ai fait mais... J'aimerai savoir si tout va bien. » elle le dévisagea presque durement malgré sa voix douce, telle une mère qui questionnerait son fils. « Il s'est passé quelque chose de nouveau ? Ça va faire trois jours que tu déambules dans le magasin et c'est à peine si je ne dois pas intervenir quand il y a des clients. Qu'est-ce qu'il se passe ? »

Le jeune châtain écouta un moment le silence, les yeux fixant un point dans le vague, il releva finalement son regard souligné de cernes vers sa patronne et amie, lui adressant un sourire quelques peu forcé et répondit d'un ton calme qu'il voulait rassurant :

« Ne t'inquiète pas... Je dors mal en ce moment, c'est tout... Je vais essayer de faire attention pour que ça n'empiète pas sur mon travail. »

La voyante le considéra un moment, soucieuse, puis pinça les lèvres comme si elle retenait une remarque, ce que l'adolescent apprécia, puis elle le laissa reprendre sa pause. Son regard ne le quitta pas jusqu'à ce qu'il ait franchi le pas de la porte, la laissant seule dans la boutique ; elle soupira et baissa les yeux. Elle était inquiète pour ce garçon, mais que pouvait-elle dire ? Elle avait bien remarqué les traits tirés et les cernes qui s'étaient installés sur son visage, mais elle n'était pas sa mère et, même si son intuition lui disait que Tom lui cachait quelque chose, elle ne pouvait que le regarder sombrer dans une sorte de mal-être éveillé... Ses yeux se posèrent sur le paquet de cartes qui reposait à côté d'elle, dans un creux du comptoir.

« J'espère que vous ne vous trompez pas... » souffla-t-elle.

De son côté, le guitariste se massa les yeux, pestant contre la luminosité qui lui agressait les yeux. Il était fatigué et las, sentant son corps lui faire mal par endroits, et chaque mouvement lui coûtait... Mais le simple contact de ses doigts sur ce papier maudit dans sa poche lui redonna une certaine vivacité : il ne pouvait pas abandonner, il devait trouver la force de continuer. Pour Bill...

Le reste de la journée passa dans une sorte de flou tel un rêve : il ne se souvenait même pas de certains détails mais peu lui importait. L'air froid du soir le tira brusquement de ses pensées lorsqu'il quitta le magasin, le réveillant brusquement ; il pesta et referma son manteau avant de marcher en direction de son deuxième travail. La nuit était tombée maintenant depuis un moment, les jours se raccourcissant petit à petit, et avec elle venaient les basses températures, ce qui n'était pas un mal car cela l'aidait à sortir de sa semi torpeur ; il rejoignit le chantier et salua ces hommes qui s'étaient pris d'affection pour ce petit gaillard courageux. Là, il déposa ses affaires et prit son équipement de travail :

« Salut, Philipp. » sourit-il.

« Salut, gamin. » le salua à son tour le grand brun, sans lever les yeux des plans qu'il consultait, la main posée sur le téléphone. « Il y a un sac sur la chaise avec une collation pour les gars dans les hauteurs... Tu leur amènes ? »

Tom s'amusa de cet ordre déguisé en question, il acquiesça et pris le sac qui pesait passablement lourd ; ceci fait, il s'élança sur le chantier. Il avait pris l'habitude de ce travail qui consistait à transporter divers éléments ou ordres d'un point à l'autre du chantier ; il savait maintenant parfaitement se repérer et n'hésita pas à marcher vers l'escalier du bâtiments qui prenait peu à peu forme. Il marqua une petite pause au premier étage, posant quelques secondes le sac qui lui semblait de plus en plus lourds ; ces hommes étaient-ils des ogres pour avoir besoin de tant de nourriture ?

Il gravit tant bien que mal les marches restantes menant au deuxième étage, sentant le souffle lui manquer et son corps lui faire plus mal que jamais ; mais il tint bon et amena le sac à bon port, au grand bonheur de ses compagnons de travail qui le remercièrent chaleureusement. Tom esquissa un vague sourire mais sentit sa tête lui tourner et porta la main à sa tête, ce qui alerta l'un de ses interlocuteurs :

« Hey, petit, ça va ? » s'inquiéta Stephan.

« Ouais, ça va, ça va... » répondit l'intéressé en essayant d'avoir l'air convaincant. « J'étais malade hier et du coup j'ai pas super bien dormi. »

« Oh... Ben, ménage-toi un peu. Tu manges avec nous ? » proposa le grand blond.

« Ah, non, merci, ça va aller... » murmura-t-il en retour, tentant de dissimuler sa fatigue.

« Tom ! »

Le dreadeux se retourna vers les escaliers pour voir arriver son chef de chantier, un nouveau vertige le pris mais il reconnut tout de même le jeune homme qui l'accompagnait, reconnaissant sa carrure entre mille, et qui n'était autre que son ancien bassiste. Reprenant vaguement ses esprits en secouant la tête, il attendit que ses deux interlocuteurs s'approchent de lui ; il s'étonna :

« Georg... ? Qu'est-ce que tu fais là... ? »

« Ça serait pas à moi de te demander ça plutôt ? » répliqua l'intéressé, visiblement mécontent.

« Quoi ? » Tom fronça les sourcils, tentant de comprendre ce qui lui échappait peu à peu.

« J'aimerai comprendre à quoi tu joues ! » s'exclama son vis-à-vis.

Le jeune châtain n'arrivait pas à saisir le véritable contexte de la situation, son esprit semblant réagir difficilement et de manière illogique : avait-il fait quelque chose qui lui aurait valut la mauvaise humeur de son ex-bassiste ? Il fronça les sourcils mais déjà la voix de Georg ne lui parvenait plus de la même manière, comme déformée, plus grave, trouble... Il cligna des yeux à plusieurs reprises alors que le monde semblait danser et que sa perception changeait. Il distingua l'intonation d'une question... Mais que se passait-il... ? Tout à coup, il lui sembla voir le monde basculer, une douleur violente lui déchira le dos alors qu'il heurtait la balustrade de sécurité ; ses yeux s'écarquillèrent quand il retrouva quelques secondes de lucidité : son pied, dernier point d'attache avec le sol, venait de déraper. Le visage terrifié de Georg s'éloignait. Il dégringolait ! Mais le monde sombra brusquement dans une obscurité totale.

OoOoO

Bill se redressa dans le canapé, aussi droit que possible, s'attirant le regard interrogateur de sa mère ; elle lui demanda ce qui n'allait pas et si le film l'ennuyait. Mais ce n'était rien de cela qui préoccupait le jeune brun : c'était comme avant, ce sentiment de mal-être et ce nom qui lui apparaissait brusquement à l'esprit. Tom, il se passait quelque chose. Pris d'une panique soudaine, Bill agrippa le bras de sa mère, lui faisant comprendre une urgence et articula de ses lèvres le nom de son frère ; puis, voyant que Simone ne comprenait pas bien à cause de son propre état de panique, il saisit brutalement son calepin et son stylo, marquant un ''TOM'' et le lui montrant. Sa mère fronça un peu les sourcils : ses fils s'étaient rarement trompés en ce qui concernait l'état de l'autre. Elle voulut parler mais la sonnerie du téléphone l'interrompit, elle se leva et alla décocher le combiné, sentant son estomac se nouer ; elle adressa un regard à son petit puis décrocha :

« Simone Kaulitz, j'écoute. »

Quelques instants à peine s'écoulèrent lorsque le visage de la femme blêmit, inquiétant un peu plus le jeune brun qui attendait avec une patience menue que sa mère lui dis quelque chose mais elle n'en eût pas besoin, répondant à son interlocuteur :

« QUOI ? TOM EST À L'HÔPITAL ? »

Bill écarquilla les yeux, sentant le calepin et le stylo lui glisser des doigts pour aller s'écraser contre le sol dans un bruit sourd.

A SUIVRE...

# Posté le dimanche 07 septembre 2008 10:38

Modifié le vendredi 19 décembre 2008 05:51

An Deine Stimme Ep 07

Désolée de l'attente.
Chapitre 07 EN ENTIER ^-^



Gustav leva une nouvelle fois les yeux vers la pendule de la salle d'attente avant de soupirer et de reporter les yeux sur son bassiste et ami: il était venu aussi tôt que Georg l'avait prévenu. La vision d'un Bill recroquevillé sur son siège, les yeux rougis et les pommettes gonflées par les larmes, lui donnait l'impression de revivre ce qu'il avait vécu à peine quelques semaines plus tôt; il avait même une sensation de mal-être qui le dérangeait et n'osait pas imaginer ce que cela pouvait être pour le jeune brun. Son regard s'attarda sur Simone Kaulitz, elle faisait beaucoup d'efforts afin de ne pas se laisser aller aux larmes mais il était évident que savoir le deuxième de ses fils à l'hôpital la minait terriblement.

Georg n'avait pas prononcé un seul mot depuis l'arrivée de ses amis et de la mère des jumeaux, à part pour expliquer brièvement ce qu'il s'était passé. Il sentait un sentiment de culpabilité l'écraser car il n'avait pas été en mesure de retenir le dreadeux lorsque celui-ci avait perdu connaissance, il n'avait pas réussi à l'attraper... Et à présent, ils devaient attendre, impuissants, dans une salle plongée dans un silence dérangeant et pesant, le temps seulement rythmé par le cliquetis exaspérant de la pendule. Son regard se posa sur le batteur, lisant en lui comme dans un livre ouvert; c'était quelque chose de très aisé pour lui après les années qu'il avait passées en sa compagnie, et il était évident que le jeune blond était troublé. Son expression douloureuse attrista son aîné qui s'approcha de lui et posa sa main sur son épaule, devinant plus ou moins bien la raison de la peine de son vis-à-vis:

«Gustav... ça ne sert à rien de t'en vouloir comme ça: personne n'aurait pu prévoir ça. Personne...»

«Je sais...» souffla son ami, sans grande conviction. «Mais... J'aurais du le savoir... Je connais bien Tom... Pourquoi je n'ai pas pensé une seule seconde qu'il avait des problèmes même s'il ne me disait rien...? C'est dans sa nature de tout garder pour lui, alors pourquoi je n'ai pas été plus curieux? Pourquoi je n'ai pas senti la chose venir...?»

Le grand brun pinça légèrement les lèvres face à l'expression de profonde détresse du jeune blond. Il voulait lui dire qu'il y avait pire que lui, comme lui-même qui n'avait pas été en mesure de rattraper leur cadet; mais il n'était pas sûr que cela lui remonte réellement le moral. Bill, de son côté, fixait un point dans le vide sans véritablement le voir, fatigué d'avoir pleuré; sa gorge lui faisait mal après ses pleurs, mais le point le plus douloureux de son être était son c½ur: il n'avait rien vu du mal être de son propre jumeau. Bien sûr, il avait remarqué quelques différences et la fatigue croissante de son double, mais il n'aurait jamais cru cela... Se retrouver dans un hôpital lui procurait un frisson glacial et l'odeur des couloirs, une indubitable envie de vomir; mais plus que ce malaise physique, c'était son esprit qui était le plus torturé: pourquoi? Pourquoi Tom n'avait-il rien dit? Pourquoi ne lui avait-il pas parlé de ces maudites lettres qu'il serrait à présent dans sa main en attendant désespérément des nouvelles de son frère? Pourquoi n'avait-il pas voulu partager ce fardeau? Le croyait-il incapable de l'aider? De trouver des solutions?

Les questions tournoyaient dans son esprit tel une tempête furieuse. Il se sentait misérable de ne pas avoir vu ni réellement senti la détresse de son jumeau mais surtout, il avait la désagréable sensation que Tom n'avait pas eu suffisamment confiance en lui pour lui parler de problèmes qui le perturbait et qui pourtant les concernaient tous les deux. Il n'avait pas cessé de pleurer sur tout le trajet qui l'avait amené à l'hôpital, et à présent, il se sentait trop las pour continuer... Peut-être parce qu'il n'avait plus de réserve, que son corps s'était asséché... Il n'en savait rien et s'en moquait totalement, mais c'était l'une des nombreuses pensées sans fondement qui se bousculaient dans sa tête. Le bruit de la porte qui s'ouvre le fit sursauter et il se leva presque d'un bond en voyant un médecin; l'homme les regarda et s'approcha.

«Madame Kaulitz?» commença-t-il lorsque la femme vint à sa rencontre.

«Comment va mon fils?» demanda l'intéressée sans préambule.

«Ses jours ne sont pas en danger.» répondit le médecin en esquissant un mince sourire réconfortant, comprenant l'inquiétude de Simone. «Mais son corps s'est beaucoup affaibli, il souffre de carences alimentaires et d'un manque de repos.»

«Peut-on le voir...?» souffla la mère, tentant de contenir les tremblements qui l'assaillaient.

«Oui, madame. Mais il n'est pas réveillé. Il a besoin d'un bon sommeil.» expliqua-t-il.

« Nous voudrions simplement le voir.» déclara Simone en serrant son deuxième fils dans ses bras.

L'homme hocha la tête et les pria de le suivre. Gustav et Georg leur emboîtèrent le pas et les suivirent à travers les couloirs jusqu'à une chambre; celle-ci était plongée dans une semi pénombre, seulement éclairer par une sorte de veilleuse placée au dessus de la tête du lit. Tom était allongé, les yeux fermés, semblant dormir paisiblement malgré la perfusion qui s'échappait de son bras droit, postée telle une sentinelle près de son lit.

Cette vision fit revenir les larmes aux yeux de Bill qui s'approcha, presque hésitant, du corps inerte de son frère. S'agenouillant à côté du lit, il posa les mains sur le bras immobile de son jumeau et sentit un mince sentiment de réconfort l'envahir alors qu'il sentait la chaleur de son double sous ses doigts. Comme si son esprit n'avait attendu que ce contact, les larmes se remirent à couler à flot sur ses joues alors qu'il posait la joue contre le bras de l'alité, son regard ne quittant pas le visage paisible, mais fatigué, de son frère. Gustav sentit son c½ur se serrer en observant les pleurs silencieux de son ami ainsi que l'état du deuxième; détournant les yeux, il croisa le regard de Georg qui avait prit Simone dans ses bras et la réconfortait du mieux qu'il le pouvait...

Ils ne pouvaient rien faire pour Tom, mais pour le moment ils pouvaient s'occuper de sa famille...

OoOoO

Une étrange odeur attira son attention, comme un guide dans l'obscurité. Il la connaissait mais était incapable de se souvenir clairement d'où il l'avait déjà sentie... Les brumes de son sommeil se dissipèrent lentement pour le tirer peu à peu vers un sommeil plus léger avant de l'arracher paresseusement des bras de Morphée. Ses yeux se plissèrent légèrement avant de tenter de s'entrouvrir. Ses paupières étaient lourdes... Mais alors qu'elles se décollaient enfin, la lumière de la pièce l'aveugla et il eût besoin de cligner plusieurs fois des yeux avant de commencer à discerner quelque chose.

«Ah, ça y est. Tu daignes enfin ouvrir les yeux.» lança une voix.

Il connaissait cette intonation... Doucement, il tourna légèrement la tête sur le côté pour apercevoir son ami, Gustav, assis sur une chaise. Il avait les yeux cerner et la peau tout autour un peu marquée... Avait-il peu dormi? Avait-il pleuré? Son cerveau lui semblait embourbé dans la phase absente du sommeil et ce ne fut qu'au bout d'une bonne minute qu'une voix rocailleuse sortit de sa gorge:

«Gustav...?»

«Lui-même.» répondit le batteur en se levant pour aller lui chercher un verre d'eau.

Tom remarqua le ton quelque peu brusque de son vis-à-vis, mais il avait encore l'esprit trop engourdi pour seulement tenter de comprendre la raison de la colère de son ami; voulant se passer une main sur le visage, il sentit un petit tiraillement arrêter son geste. Baissant les yeux, il découvrit la perfusion plantée dans le creux de son bras droit. Il leva alors brusquement la tête et croisa le regard de Gustav qui lui apportait son verre d'eau, sa main tremblant légèrement.

«Tiens, bois ça...» murmura-t-il.

«Gustav...» souffla Tom.

«Bois.» répéta le blond.

Le jeune dreadeux le fixa quelques secondes avant de se résoudre à obéir et de tendre son bras gauche pour prendre le verre qu'on lui tendait. Il but longuement, son regard ne quittant pas son ancien batteur, lui posant une question muette; mais de toute évidence, le blond attendait qu'il la formule lui-même. Aussi, il reposa sa boisson et, n'hésitant que quelques secondes, demanda:

«Où est Bill?»

«Il ne devrait pas tarder à arriver.» répondit Gustav. «Pour que ta mère et lui ne s'épuisent pas trop, Georg et moi, on a décidé de faire des ''tours de veille''.»

Tom hocha doucement la tête, son cerveau enregistrant l'information: son jumeau savait. Bien sûr, il s'y attendait plus ou moins dès qu'il avait remarqué la perfusion et compris qu'il était à l'hôpital, mais il s'était tout de même permis d'espérer un peu... Il déglutit et son ami qui le devança:

«Il sait pour les factures.»

Le châtain releva brusquement les yeux vers son interlocuteur avant de les laisser vagabonder frénétiquement, sentant son c½ur manquer un battement. Bill savait...? Comment était-ce possible? Georg ou Gustav lui en avaient-ils parlé? Universal avait appelé chez eux? Le flux de questions qui submergeait son esprit fut interrompu par la voix du blond qui n'avait pas eu de mal à deviner ce qu'il se passait dans le crâne de son cadet.

«Elles étaient dans ta poche arrière. Tu les gardais sur toi pour que ton frère ne les trouve pas accidentellement en allant dans ta chambre...»

Tom déglutit. La remarque de son ami n'avait rien d'une question et il devait reconnaître qu'il avait raison: avec le stress et la fatigue, l'inquiétude que son frère aurait pu tomber sur ces lettres avait tourné à la paranoïa et il n'avait pas trouvé d'endroit plus sûr que sur lui-même. Sentant un n½ud d'appréhension enserrer sa gorge, il murmura simplement:

«Comment il va?»

«Il pleure.» répliqua le blond de but en blanc. «Il doit penser que tu manquais de confiance en lui pour lui en parler.»

«Mais ce n'est pas vrai!» protesta le dreadeux.

«Qu'est-ce que tu veux qu'il croit d'autre après ce qui s'est passé?» gronda Gustav, contenant comme il le pouvait un accès de colère. «Tu ne parles à personne! Tu penses bêtement que tu peux tout faire tout seul, comme d'habitude, et voilà où ça t'a mené! Tu réagirais comment, toi, à sa place, si tu te rendais compte qu'il te cache quelque chose qui vous concerne tous les deux, hein?»

Tom le fixa, tel un enfant que l'on grondait, et baissa lentement les yeux en se mordillant la lèvre inférieure, torturant ses doigts sur les draps du lit. Il savait que le batteur avait raison, qu'il n'en avait fait qu'à sa tête et qu'il était normal qu'on s'en prenne à lui. Mais il ne pouvait pas rester silencieux et ce fut d'une voix, qu'il ne reconnut pas tant elle était fluette, qu'il souffla:

«Bill est super triste à cause de sa voix... Il est persuadé que c'est de sa faute si le groupe s'est dissout... Je... Ne voulais pas qu'il s'en veuille encore à cause de ça...»

«Je sais.» se radoucit Gustav en s'asseyant sur la chaise près du lit, regardant son ami qui ressemblait à un gamin pris en faute. «Mais t'aurais dû en parler à quelqu'un, à moi ou Georg. On t'aurait aidé...»

«Vous aviez les vôtres...» répondit Tom.

«C'est vrai.» admit le blond. «Mais au moins, on t'aurait soutenu moralement et conseillé, plutôt que de te laisser aller t'enrôler sur un chantier nocturne. T'essayais de mourir de fatigue, ou quelque chose comme ça?»

«Non, mais...» puis l'alité sembla avoir un déclic. «Le chantier! Comment ça se passe là-bas?»

«Le gérant a bien compris que ta mère n'était pas au courant et que t'avais falsifié le papier qu'elle devait te signer pour t'autoriser à travailler là-bas. En attendant de s'expliquer avec toi, il a accepté que Georg travaille à ta place.» expliqua-t-il.

«Je vois...» souffla le dreadeux en hochant doucement la tête, puis il fronça les sourcils. «Attend... Georg est venu me chercher hier soir, il s'est passé quoi?»

«C'était pas hier, Tom.» soupira Gustav. «C'était il y a trois jours.»

«Quoi...?» souffla l'intéressé en écarquillant les yeux. «Trois jours...?»

«Et pour répondre à ta question: Georg est venu te parler et tu as perdu connaissance, te cassant la gueule du deuxième étage.»

«Du...» son cadet fronça à nouveau les sourcils. «C'est peut-être con comme question mais comment ça se fait que je suis encore vivant?»

«On meurt pas d'une chute du deuxième étage et t'as le cul bordé de nouilles.» lâcha platement son interlocuteur.

«Pardon?» Tom haussa un sourcil.

«T'as eu beaucoup de chance, quoi.» s'impatienta le batteur. «En tombant, t'as emporté la balustrade de sécurité avec toi et si elle, elle s'est écrasé au sol, toi, tu as été sauvé par miracle.»

«Explique!» grogna l'ancien guitariste.

«Ton pantalon s'est pris dans la grue qui était juste à côté au moment de ta chute. T'es resté un bon quart d'heure à pendre dans le vide, la tête en bas, le temps que les gars puissent te descendre de là. Le médecin dit que c'est miraculeux que les muscles de ta jambe ne se soient pas déchirés sous le choc, mais t'as une belle entaille à cause du crochet de la grue et tu risques quand même d'avoir mal un bon bout de temps.»

Gustav retint un sourire en observant son vis-à-vis: Tom n'aurait pas fait une meilleure tête si on lui avait appris que son frère était en réalité sa s½ur et qu'elle était enceinte. Il patienta le temps que le dreadeux se remette de son histoire qui relevait, comme il l'avait dit, du miracle. Son regard se posa sur sa montre.

«Ton frère et ta mère devraient arriver dans pas longtemps.»

Le blond, qui connaissait à présent son ami depuis des années, ne manqua pas de remarquer le léger tremblement que sa remarque fit naître chez son vis-à-vis. Il savait que son cadet appréhendait ses retrouvailles avec son frère... Car pour le guitariste, au fond de lui, il savait que Bill était la personne la plus précieuse qu'il avait. Ses lèvres tremblaient sans qu'il n'ait froid, son regard allait et venait rapidement sans trouver où se poser, et son esprit se noyait sous des tonnes de suppositions... Gustav se sentit peiné de voir son ami dans cet état, se rappelant simplement cette phrase que ce dernier lui avait dit, enfant, après une dispute:

«Tu sais... Peut-être que c'est stupide...» il ravalait ses larmes, ne pouvant contrôler sa voix qui se brisait peu à peu. «Mais... Si Bill ne me pardonne pas... Je ne sais pas ce que je ferais... J'ai tellement peur...»

A cette époque-là, il avait cru comprendre ce qu'un gamin de dix ans pouvait ressentir en disant cela; mais ce n'était véritablement qu'aujourd'hui qu'il avait la sensation de comprendre la frayeur de Tom. Avant, il n'avait pas su quoi répondre à ces paroles, il lui avait simplement tendu un mouchoir en silence... Mais aujourd'hui, il voulait être véritablement là pour son ami; il hésita, puis murmura:

«Tu sais... Je crois que dans cette histoire, celui qui a eu le plus peur de perdre quelqu'un, c'est Bill.» Tom releva des yeux craintifs et Gustav continua. «Bien sûr, après ça, peut-être qu'il t'en voudra pendant quelques temps parce que tu ne lui as rien dit... Mais je pense que ces larmes exprimaient une peur terrifiante de te perdre.»

Le jeune châtain se mordilla la lèvre inférieure, les yeux brillants, comme au bord des larmes; son ami esquissa un mince sourire avant que son attention ne soit attirée par le bruit de la porte: la silhouette sombre de Bill se découpait parfaitement dans le cadre blanc de l'hôpital. Les yeux dépourvus de maquillage de l'adolescent s'agrandirent à la vue de son jumeau éveillé, sentant son c½ur manquer un battement.

«Bill...» souffla le dreadeux.

Comme si ce simple mot l'avait ramené à lui, le brun s'avança d'un pas rapide et arriva en quelques enjambées au lit de son frère. Gustav n'eût que le temps de fermer les yeux avant d'entendre le bruit sourd du coup de poing que Bill décrocha à l'alité; Tom resta interdit un long moment, les yeux écarquillés, fixant le mur, sa joue le lançant presque autant que la blessure morale que lui avait causé le coup. La vue du guitariste se troubla alors qu'il sentait ses yeux le brûler, il baissa lentement la tête, ses doigts enserrant les draps du lit d'hôpital; sa voix trembla lorsqu'un mince murmure s'échappa d'entre ses lèvres, peut-être dû au tremblement de son corps.

«Pardon... Pardon, Bill... Je suis désolé...Pardon...»

Gustav déglutit, sentant son c½ur se serrer à la vue de son ami, il détourna le regard pour le reporter sur leur ancien chanteur; celui-ci se tenait près du lit, fixant son jumeau, les larmes aux yeux, le poing encore tremblant. Il observa un long moment de silence, seulement brisé par les excuses de son frère, puis, brusquement, donna une tape sur la tête du dreadeux, mettant fin à cette litanie.

Tom se tut, frissonnant et se mordant la lèvre inférieure dans un vain espoir de retenir les larmes qui perlaient déjà le long de ses joues; sa voix se brisa dans un ultime pardon alors qu'il laissait tomber ses derniers remparts, ne parvenant pas à faire face à cette situation qui l'effrayait plus que tout. Si Bill ne lui pardonnait pas, il savait qu'il s'écroulerait, qu'il ne pourrait pas relever la tête. Il s'était trompé en tentant de l'écarter, il s'en était rendu compte, mais trop tard. Son c½ur battait à tout rompre, rythmant cruellement le temps qui s'écoulait en silence, son ventre et sa nuque succombant à la peur oppressante d'entendre les pas de son frère s'éloigner. Abandonnant ce qui lui restait de fierté, il leva une main tremblante pour la poser sur le bras de son jumeau et souffla d'une voix brisée:

«Pardon, Bill... Pardonne-moi... Je t'en supplie...»

Si l'expression du jeune brun changea un tant soit peu, Gustav ne remarqua rien bien qu'il contempla ce visage durci par la colère. Tom sentit un horrible vide se créer en lui alors que sa main glissait sur ce bras qui se dégageait. Bill s'écartait. Ce fut la seule information qui apparut dans son esprit. Il sentit toute son énergie le quitter alors qu'il réalisait à quel point son erreur allait lui coûter cher; mais, lorsqu'il laissa son buste s'affaisser, il vit son frère s'asseoir sur le lit et le prendre dans ses bras.

«B-Bill...?» chuchota-t-il, incrédule.

En guise de réponse, le jeune brun resserra son étreinte, attirant un peu plus son vis-à-vis contre lui. Il lui avait tant manqué, comment pourrait-il être assez stupide pour s'en aller alors qu'il le retrouvait enfin? Exprimant muettement combien son jumeau lui avait manqué, il le serra fortement dans ses bras, s'agrippant à lui comme s'il avait peur de le voir s'éloigner à nouveau, sentant leurs c½urs battre à l'unisson. Tom hésita à peine quelques secondes avant de prendre à son tour son frère dans ses bras, le ceinturant pendant que son autre main allait se noyer dans ses cheveux couleur de jais.

Bill se détacha alors de vis-à-vis, juste assez pour poser son front contre le sien, plongeant son regard dans celui de Tom. Ce dernier n'avait pas besoin de mots pour comprendre le reproche silencieux de son jumeau, mais s'il avait honte de ce qu'il avait fait, il se sentait réconforté par l'inquiétude et l'amour qu'il pouvait lire dans ces deux lacs noisette. Un regard circulaire l'informa que leur batteur les avait laissés; appréciant le geste de leur ami, Tom reporta son attention sur son frère et murmura:

«Si je repars en vrille, tu me frappes, d'acc?»

Son interlocuteur esquissa un sourire amusé et hocha la tête. Un bruit de pas attira leur attention et leur mère entra dans la chambre; une expression de surprise mêlée de soulagement passa sur son visage pendant quelques secondes avant qu'elle ne prenne un air décidé et s'approche:

«Tom...»

«Bill m'a déjà frappé pour me punir, trouve autre chose, s'il te plaît.» lança le dreadeux.

«Roh, toi alors. Tu ne pourrais pas être sérieux deux minutes?» soupira-t-elle, trahie par le léger sourire de soulagement qui étira ses lèvres.

«C'est très difficile pour moi. J'ai la capacité de concentration d'un hamster, tu sais.» plaisanta Tom.

«Oui, ça, tu dois sûrement le tenir de ton père.» déclara-t-elle.

Le soulagement de voir son fils en bonne santé malgré les récents évènements lui fit presque oublier cette furieuse envie qu'elle avait eu de lui passer un terrible savon. Néanmoins, elle ne pouvait pas non plus passer l'éponge sur quelque chose d'aussi gros et vint donc s'asseoir sur le lit, en face de Bill, plongeant son regard dans celui de l'alité.

«Tom... Je voudrais qu'on ait une petite discussion, tous les trois.»

«Ah... Tu sais, je me sens brusquement très fatigué.» tenta de fuir le dreadeux.

«Tom, sois sérieux.» lui ordonna sa mère. «J'aimerai que tu m'expliques un peu la signification de tout ça, que je sache pourquoi mon fils s'amuse à travailler jusqu'à l'épuisement. Je ne me souviens pas t'avoir un jour vu travailler avec autant d'acharnement.»

Le jeune châtain pinça les lèvres quelques secondes, conscient que deux paires d'yeux étaient braqués sur lui et attendaient visiblement qu'il parle. Il hésita, cherchant ses mots, puis soupira:

«Quand j'ai reçu ces lettres... Je voulais pas que Bill le sache. Parce qu'il était déjà pas en grande forme. J'ai pensé que... Que je pourrais y arriver tout seul...»

«Et tu comptais faire le zozo pendant combien de temps?» demanda sévèrement son interlocutrice.

«Heu... Un an et cinq mois...?» répondit le dreadeux, esquissant un sourire forcé.

«Doux Jésus, mais quel fils tordu j'ai mis au monde.» soupira Simone.

«Oh, ça, ça n'a jamais été un secret.» tenta Tom, dans un vain espoir de détendre l'atmosphère et si possible changer de sujet.

«Pourquoi tu ne nous en as pas parlé?» souffla-t-elle, visiblement fatiguée. «Gordon et moi aurions cherché une solution.»

«Je... Je sais pas, je...» bafouilla son fils. «Je me disais que... Comme Bill et moi on avait pas mal dépensé de ce qu'on avait gagné, il devait plus rester énormément, alors...»

«Tom...» murmura sa mère, prenant ses mains dans les siennes. «Vous avez dépensé l'argent que je vous ai donné, mais tu croyais sincèrement que je vous donnais tout? J'ai toujours économisé une partie de ce que vous avez gagné pour que vous puissiez en profiter aprè un peu aux conséquences catastrophiques qui auraient pu naître de tes actes...»

Le guitariste baissa la tête, la hochant doucement. Oui, dans un certain sens, il en avait conscience... Qu'avait pu penser Christine? Et les hommes du chantier? Il sentit la main de son frère se poser sur son épaule; Bill lui adressait un sourire doux et tendre. Tom y répondit, hochant la tête: il n'y pouvait rien, cela ne lui servait à rien de se prendre la tête pour le moment.

«Bon... Je vais parler avec Gustav, car je dois aller voir votre tante. Donc je vais rentrer. Tu restes, Bill?»

Le jeune brun regarda sa mère puis répondit par la négative d'un mouvement de la tête, esquissant un sourire d'excuse à son frère. Il salua le batteur avant de suivre sa mère, celle-ci lui adressa un regard interrogateur: elle avait posé la question pour la forme mais ne s'attendait pas à ce que son fils ne veuille pas rester auprès de son jumeau. Pour toute réponse, Bill lui adressa un léger sourire et la délaissa lorsqu'elle le déposa chez eux.

Une fois que la voiture eût disparue au coin de la rue, l'adolescent extirpa son portable de sa poche et écrivit un texto. Il avait pris sa décision: il ne pouvait pas être le seul à se laisser aller. Il avait passé des journées entières à se morfondre en ne pensant qu'à sa voix perdue, mais pendant ces trois derniers jours, il avait largement eu le temps d'y réfléchir: son frère avait raison, il n'était pas qu'une voix. Il ne pouvait pas laisser Tom se battre tout seul. La vibration de son portable fit naître un sourire sur ses lèvres et il lut le message, n'attendant pas plus pour se mettre en route.

OoOoO

«Eh, Guido, tu pourrais régler la lumière de ce côté-làpour qu'on voit bien le canapé, s'il te plaît?»

«Tout de suite.»

Guido soupira et passa la main dans ses cheveux blond cendré: il aimait ce qu'il faisait mais ce n'était tout de même pas de tout repos. Il s'occupa de ce qu'on venait de lui demander et régla encore quelques détails de son côté; David l'avait souvent taquiné à ce sujet: il apportait toujours sa petite touche personnelle lors des réglages, sans quoi il n'était jamais satisfait. Le photographe revint et examina la scène qu'il avait sous les yeux, approuvant d'un hochement de tête et souriant à son vis-à-vis:

«David m'avait bien dit que tu étais l'homme de la situation. Il avait bien raison, chapeau mon gars, j'avais peur vu que mon collègue était malade, mais tu as été à la hauteur, bravo.»

«Merci.» répondit Guido, esquissant un sourire légèrement crispé. «Je vais me fumer ma clope.»

Sur ces quelques mots, il attrapa sa veste et son écharpe et sortit du studio; il attrapa une cigarette dans son paquet et l'alluma. Il expira d'un coup un nuage blanchâtre, tapotant nerveusement le filtre de sa nouvelle meilleure amie, bien qu'elles s'appellent toutes Nicotine, et s'adossa brusquement contre un mur, donnant un méchant coup de pied dans un caillou.

«''T'as été à la hauteur, bravo.''» grommela-t-il d'une voix caricaturale. «Je t'en foutrais des bravos. Je suis bien plus doué que ton clown de cirque! Tss... Même pas fichu de reconnaître le vrai travail d'une vulgaire tentative d'une pâle imitation de copiage d'une débâcle d'amateur défoncé!Photographe pro, mon cul, ouais.»

Il soupira une énième fois et, levant enfin les yeux sur la route, il plissa les yeux en voyant une silhouette familière approcher. Son sourcil droit s'arqua alors qu'il reconnaissait cette personne qui approchait: il avait les cheveux lisses et était habillé plus sobrement que dans son souvenir; il se détacha du mur et attendit que l'adolescent arrive à sa hauteur pour lui demander:

«Bill, qu'est-ce que tu fais ici? Tu cherches David?» puis, face à la négation de son cadet, il haussa à nouveau le sourcil. «Tu viens poser pour gagner des tunes?»

Le jeune brun hocha la tête en esquissant un sourire: oui, il était là pour ça. C'était l'une des premières solutions qu'il avait trouvé; après tout, il fallait bien que les contacts qu'il avait récoltés en tant que chanteur de Tokio Hotel lui servent un jour. Il dépassa le blond et pénétra dans le studio sous le regard de ce dernier. Guido détourna le regard, le portant sur l'horizon alors qu'il soupirait:

«C'est le pompon...»

Il jeta sa cigarette et s'enfonça dans le bâtiment, il le connaissait par c½ur depuis temps qu'il y travaillait; il se retrouva rapidement dans le studio et observa les préparatifs, se tenant à son poste. Bill s'était changé et s'asseyait sur le canapé en velours rouge, vêtu de noir, le maquillage sombre mettant en valeur ses yeux noisette. Le photographe mitraillait littéralement, lui demandant de changer de pause et lançant à tout va des ordres au sujet de l'éclairage et du maquillage. Guido s'exécuta en silence, observant simplement ce qui se déroulait sous ses yeux; de nature observateur, il était rare qu'un seul détail lui échappa.

Bill accueillit la pause avec soulagementune heure plus tard : même s'il avait déjà participé à beaucoup de séances photos, il fatiguait aussi. Il s'assit sur le banc de la salle d'habillage et essuya la transpiration de son front du revers de la main; un léger frisson le traversa, maintenant que la chaleur des projecteurs n'était plus là il avait l'impression qu'un vent frais se promenait dans le studio. Un bruit attira son attention et un sourire se dessina sur son visagealors que Guido entrait dans la salle; celui-ci le regarda un moment avant de s'approcher:

«Ça va comme tu veux?»

Alerté par le ton sarcastique employé par son vis-à-vis, le jeune brun lui adressa un regard interrogateur, son sourire disparaissant. Le blond referma la porte derrière lui, le son de la clé qui tourne glaçant brusquement le sang de Bill; son regard noisette faisant le tour de la salle: il n'avait aucune autre issue que cette porte et, même s'il connaissait cet homme depuis un certain temps, son attitude ne le rassurait pas du tout. Comme s'il lisait dans ses pensées, Guido s'approcha en murmurant:

«Qu'est-ce qu'il y a, Bill? Tu as peur? Tu aurais compris quelque chose...?»

Pris de panique, l'adolescent se redressa d'un bond et recula, tentant d'échapper à son homologue, mais déjà le blond le plaquait contre le mur, agrippant ses poignets et les hissant au-dessus de sa tête. Le blond nicha son visage dans son cou, sentant mieux que jamais les tremblements de l'ex-chanteur; sa voix se fit douce et caressante:

«Tu as peur? Tu n'aimes pas...?»

Bill tremblait de tout son être, la terreur faisant battre son c½ur à tout rompre, son souffle court et saccadé étant le seul son qui s'échappait de sa gorge, ses yeux s'emplissait de larmes alors que son esprit niait en bloc cette situation, hurlant que cela ne pouvait pas arriver, ne DEVAIT pas arriver. Il baissa la tête, cessant de se débattre, paralysé par la peur. Guido s'écarta alors légèrement et posa son front contre le sien.

«Tu as compris? Sans ta voix, tu es plus que vulnérable, hérisson.» il soutint le regard humide que son cadet leva vers lui et soupira. «Je sais que ce n'est pas la meilleure chose à te dire en ce moment, mais rend-toi à l'évidence que tu ne peux pas te permettre d'être aussi insouciant qu'avant: y en a qui rêveraient de t'avoir dans leur pieu. A l'heure actuelle, tu ne peux même pas appeler à l'aide.»

Le jeune brun le dévisagea un long moment et se laissa glisser contre le mur lorsque son aîné le détacha, le lâchant part la même occasion. Guido n'était pas fier de lui, mais c'était sa façon de faire: il ne suffisait pas de parler, les gens ne comprenaient que ce qu'ils voulaient bien comprendre. La peur pousserait ce jeune garçon à être plus prudent... Sans un mot de plus, il déverrouilla la porte et laissa là l'adolescent qui tremblait encore. Il s'en remettrait. Peut-être ne lui pardonnerait-il pas mais ce n'était pas vraiment son plus grand souci: il n'avait jamais rien attendu de personne, il se contentait de faire ce qu'il pensait être bon pour son entourage et c'était tout. Il se retrouva à nouveau à l'extérieur, le vent frais lui fouettant le visage; il s'alluma une nouvelle cigarette et allait s'adosser au mur lorsqu'une voix l'interpela:

«Eh, Guido!»

Tournant la tête, le blond reconnut son collègue et ami; David s'avança vers lui et le rejoignit en quelques enjambées, souriant d'un air amusé. Lorsqu'il arriva à sa hauteur, il lui donna une petite tape sur la tête:

«Toujours en train de fumer tes clopes bizarres soi-disant saveur chocolat, mais c'est pas ça qui va te réchauffer, tu fous quoi en t-shirt, dehors, en plein automne?»

«J'avais chaud.» répondit simplement l'intéressé.

«Bah voyons, un jour, je ne m'étonnerais même pas de te voir courir en slip dans les studios.» plaisanta David.

«Je mets des caleçons.» soupira son interlocuteur en soufflant un nouveau nuage de fumée. «Rend-moi un service.»

«Hein? Quoi?» s'étonna le brun, surpris que son cadet lui demande brusquement cela.

«Va dans les vestiaires. J'ai fait peur à un hérisson. Il a besoin qu'on s'occupe de lui.»

Sur ces quelques mots, le blond s'écarta et commença à s'éloigner en marchant. David le considéra quelques secondes avant de le rappeler, tentant de comprendre ce qui arrivait à son collègue:

«Eh, Guido! Qu'est-ce qui ne va pas?»

«Ce qui ne va pas...» le jeune homme se retourna et lança un regard las à son ami. «J'étais de mauvaise humeur et j'ai peut-être été un peu brusque. Ah, et si jamais il y a d'autres séances photos, je ne veux plus travailler avec ce type incompétent, trouve un vrai photographe pro.»

Le manager soupira puis, repensant soudainement aux paroles du blond, il n'hésita que quelques secondes avant de courir dans le bâtiment, se précipitant vers les vestiaires. Lorsqu'il y arriva, il découvrit Bill, recroquevillé, qui tremblait, se tenant les épaules; il s'approcha et, à peine le jeune brun l'eût-il vu qu'il se jeta dans ses bras et s'agrippa désespérément à lui. David le serra doucement dans ses bras en tentant de le calmer, puis son regard se tourna vers la porte, se plantant dans celui de Guido qui les observait en silence. Ils demeurèrent ainsi un long moment avant que le blond ne se détourne, disparaissant simplement dans les couloirs du studio.

A SUIVRE...

# Posté le mercredi 12 novembre 2008 15:12

Modifié le vendredi 12 décembre 2008 15:43

An Deine Stimme Ep 08

Voici l'épisode 8 de An deine Stimme.
je tiens egalement a preciser que je metterai un chapitre toutes les semaines maintenant,
car je vous offrirai un noel triste, mais en meme temps, j'y metterai une petite consolation.
voila, bonne lecture quand meme!



Chapitre 8 :

« GUIDO ! »

L'intéressé, affalé sur un siège de bureau, les genoux ramenés contre lui, laissa sa tête basculer en arrière contre le dossier de son siège, jetant un coup d'½il fatigué en direction de la porte, cigarette aux lèvres. Il vit David entrer dans la pièce, agripper violemment le siège pour le faire tourner et attraper son cadet par le col, visiblement fou de rage :

« TU PEUX M'EXPLIQUER CE QUI T'A PRIS, BORDEL ? » hurla-t-il.

« Inutile de beugler comme un porc qu'on égorge, je ne suis pas encore sourd. » grogna le blond sans ciller.

« Donne-moi une seule bonne raison de ne pas t'écraser mon poing dans la figure ! » siffla le manager.

« Laisse voir... Je porterais plainte pour coups et blessures volontaires ? » proposa Guido.

Ce dernier sentit les poings de son vis-à-vis se serrer sur le col de sa chemise, mais ce détail ne sembla pas le perturber le moins du monde alors qu'il soutenait son regard d'un air agacé. Ce regard ne fit qu'énerver un peu plus encore son interlocuteur :

« Qu'est-ce que tu avais dans la tête, bon sang ? Bill était sous le choc ! Pourquoi tu as fait ça ? »

« Ce que vous pouvez être pénibles... » le blond leva les mains et retira celles de son aîné de son col. « Vous, les ''normaux'', vous mettez toujours un temps pas possible à comprendre. Je l'ai fait pour son bien. Pour qu'il comprenne qu'il est plus vulnérable qu'avant maintenant qu'il n'a plus de voix, qu'il n'a plus la possibilité de crier. C'est une chose de jouer de son apparence, et une autre de provoquer stupidement. Je voulais qu'il s'en rende compte, c'est tout. »

Sur ces quelques mots, Guido tapota sa cigarette sur l'arrière du cendrier qui était tombé à terre lorsque David l'avait saisi par le col. Le jeune manager le regarda un moment avant de secouer la tête en soupirant profondément, il comprenait toujours son ami avec un temps de retard, parfois trop long.

« Tu n'aurais pas pu lui parler, tout simplement ? Le lui dire ? »

« Les mots ne sont que du vent. » répondit l'ingénieur des sons et lumières. « Il est bien placé pour le savoir. »

Sans rien ajouter d'autre, le blond cendré sorti de la pièce, laissant seul son vis-à-vis avec ses pensées. Le brun soupira profondément et se laissa tomber sur une chaise : dans un sens, il comprenait ce que son ami avait voulu faire, mais Guido n'était pas ce que l'on pouvait appeler quelqu'un de commun. Il avait sa manière de faire les choses et le problème était que peu de monde comprenait ses réelles motivations car, pour avoir souvent été mis à l'écart à cause de son côté excentrique, il ne savait pas comment s'y prendre avec les autres. David soupira une nouvelle fois, repensant à l'adolescent qu'il avait déposé chez lui : Bill était encore tremblant lorsqu'il était descendu de voiture et ne l'avait que brièvement salué avant de passer la porte et de la refermer derrière lui. Il allait falloir qu'il lui reparle... Qu'il leur reparle, à Guido et lui.

OoOoO

Tom restait allongé sur son lit d'hôpital, appuyé contre son oreiller pour se maintenir un peu relevé, juste assez pour être à moitié assis. Il regardait à l'extérieur en repensant à tout ce qu'il s'était passé... Il n'avait pas tenu. Il s'était imposé un rythme qui avait fini par avoir raison de lui. Le médecin lui avait dit qu'il avait perdu du poids et qu'il devrait rester à l'hôpital jusqu'au lendemain. Ce qui l'étonnait le plus, c'était qu'il n'avait pas particulièrement l'impression d'en avoir trop fait ; il avait dépassé les bornes, c'était incontestable, mais même fatigué, il avait cru pouvoir donner plus, pouvoir aller plus loin encore.

Il étouffa un profond soupir et repensa à son frère et au coup qu'il lui avait donné... Ce n'était plus qu'un souvenir physiquement, mais mentalement, c'était encore bien là, douloureux. Il l'avait inquiété sans le vouloir, il l'avait blessé en pensant le protéger. Mais quel genre de frère était-il ? C'était à lui de préserver Bill ! Cela en avait toujours été le cas... Il s'affaissa dans un nouveau soupir lorsque, tout à coup, un bruit attira son attention : quelqu'un frappait.

« Entrez. » lança-t-il, curieux de voir qui lui rendait visite.

La poignée de la porte s'abaissa doucement avant que la porte ne commence lentement à se mouvoir ; au fur et à mesure que la porte blanche s'ouvrit, les yeux de l'adolescent s'écarquillèrent alors qu'un sourire incrédule étira ses lèvres. Devant lui, une jolie jeune femme s'approchait, poussant un fauteuil roulant dans lequel se tenait un homme qui lui adressait un sourire amical :

« Salut, petit. »

« Christian ! » s'exclama le dit petit.

« Doucement, ne te lève pas. C'est moi qui viens. »

Sur ces quelques mots, la jeune femme, que Tom devina être la fiancée de son interlocuteur, poussa le fauteuil roulant jusqu'au chevet de son lit puis, hochant doucement la tête en souriant à l'intention de l'alité, elle les laissa seuls, sortant de la chambre. L'ouvrier reporta son attention sur l'adolescent :

« Alors, gamin... Paraît que tu as fait des tiennes ? »

« Ah... Alors t'es au courant... » souffla le jeune châtain, embarassé.

« Oui, Philipp m'en a parlé lorsqu'il est venu me voir avant-hier. » lui révéla Christian.

« Il... A dit quelque chose d'autre ? » murmura Tom.

« Non, si ce n'est que ça a fait un beau bordel. » rit son interlocuteur. « Bah, ne t'en fais pas toute une montagne : Philipp n'a jamais tué personne aux dernières nouvelles. C'était plus que de peur que de mal, finalement. »

« Oui... » acquiesça l'ancien guitariste. « Le médecin a dit que j'ai eu beaucoup de chance... Je vais devoir utiliser une béquille pendant quelques temps pour ne pas trop forcer sur la jambe qui m'a sauvé la mise. »

Christian hocha doucement la tête, signe qu'il comprenait. Tom, de son côté, préféra balayer ce sujet pour en aborder un autre qui lui tenait plus à c½ur, car c'était la première fois qu'il avait des nouvelles de l'ouvrier depuis l'accident :

« Dis, c'était bien ta fiancée, la jeune femme qui était avec toi ? »

« Ah, Elena. Oui, c'est elle, la femme de ma vie. » sourit-il.

« Elle est jolie. » commenta Tom.

« Alors ? Qu'est-ce que ça fait ? » sourit de plus belle son interlocuteur.

« De quoi ? » s'étonna le dreadeux.

« Ben... D'avoir raison : on s'en est sorti, je vais me marier, même si c'est un peu plus tard que prévu. Et je pense que tu as revu ta famille. » répondit Christian.

« Ah ! » un sourire étira les lèvres de l'adolescent. « Je suis heureux que tu ailles bien. Je n'ai rien su de ton état avant aujourd'hui... » son sourire diminua légèrement, alertant son vis-à-vis.

« Mais... ? » l'incita-t-il a parler.

« Je... J'ai fait mal à mon frère jumeau en croyant pourtant bien faire... J'ai cru que j'étais à la hauteur... »

Christian observa un moment l'adolescent qui commençait à se morfondre sous ses yeux, pinçant légèrement ses lèvres où brillait encore son piercing ; l'ouvrier réfléchit quelques instants puis haussa doucement les épaules en murmurant :

« Je ne connais rien de ton frère. Tout ce que je sais, c'est que j'ai devant moi le petit gars le plus courageux et le plus fou qu'il m'ait été donné de voir. Je voulais te remercier depuis ce fameux jour, mais Philipp ne voulait pas porter le message, il m'a dit que je te le dirais moi-même, en personne. »

« Ce n'est pas la peine. » sourit Tom. « Je n'ai pas vraiment réfléchi, ce jour-là. »

« Petit. » reprit Christian, plus sérieusement. « T'es trop jeune pour prendre des risques pareils. Crois-moi, je ne suis pas passé loin de la trappe. Tu es jeune, alors profite un peu de ta vie et va voir ton frère. Si tu l'as blessé, fais-toi pardonner. »

Son cadet hocha doucement la tête, plus par amabilité que par réel acquiescement : Bill l'avait pardonné, il le savait, mais lui, arriverait-il à se pardonner lui-même ? Cela était plus compliqué, d'autant que Tom était intransigeant avec lui-même lorsqu'il s'agissait de son jumeau. Ils échangèrent encore quelques mots avant qu'Elena ne vienne chercher son compagnon ; ils se saluèrent et le jeune dreadeux se retrouva à nouveau seul avec ses pensées qui se tournaient inlassablement vers cette dette qu'ils devaient effacer. Un soupir lui échappa alors qu'il remarquait à quel point ce problème accaparait son existence.

OoOoO

Il tremblait encore. De peur ? Oui, non, il ne savait plus. Guido l'avait plus qu'effrayé dans ces vestiaires et Bill ne comprenait pas très bien les raisons d'un tel comportement. Relâchant l'oreiller qu'il tenait contre lui depuis maintenant plus d'une heure, il reporta les yeux sur l'enveloppe qui contenait son salaire pour cette après-midi de manequinat ; un petit élan de fierté perça en lui, étirant doucement ses lèvres : il ne laisserait plus son grand frère se débrouiller tout seul et lui prouverait par cette enveloppe qu'il pouvait lui aussi être utile.

Savoir son jumeau à l'hôpital le rassurait : au moins, il savait où il se trouvait et n'avait pas à s'inquiéter outre mesure pour lui, puisqu'il ne risquait en ce moment guère plus que quelques réprimandes pour user de ses charmes sur les infirmières. Cette pensée fit sourire Bill lorsque le tintement de la sonnette le fit sursauter, il se leva prestement et alla ouvrir la porte d'entrée, ses lèvres s'étirant en un large sourire :

« Salut, Bill. » lança Andreas, accueillant avec plaisir l'accolade de son ami. « Ça va ? »

Le jeune brun hocha la tête en guise de réponse et l'invita d'un geste à entrer, le précédant dans le salon en se munissant d'un stylo et d'un cahier. Andreas s'assit, regardant autour de lui pour finalement constater que rien n'avait vraiment changé dans la maison ; il reporta son attention sur Bill :

« Tom n'est pas avec toi ? »

Son interlocuteur secoua négativement la tête et, traçant rapidement quelques mots sur le cahier qu'il lui tendit, l'informa que son jumeau était à l'hôpital pour épuisement. Son ami hocha doucement la tête, laissant apparaître une expression attristée, il lui rendit le cahier en soupirant :

« Il n'en a fait qu'à sa tête, hein ? »

Ce fut au tour de l'ex-chanteur d'hocher la tête pour confirmer les dires de son meilleur ami. Andreas soupira : il ne connaissait que trop bien le jeune dreadeux, il avait toujours été comme cela ; mais ce n'était pas pour parler de lui que le décoloré était venu, il releva les yeux vers Bill et demanda :

« Et toi ? »

''Je vais bien.'' écrivit le brun. ''Grâce à Tom.''

« ah ? » s'étonna son ami, surpris au vu des circonstances.

''Il prend soin de moi.'' répondit aussitôt Bill, esquissant un sourire attendri.

« Oh, parce qu'il travaille ? » demanda Andreas.

''Pas seulement.'' répliqua l'ex-chanteur après avoir secouer la tête. ''Mais ça, il n'y a que moi qui peut le voir.''

« Ah, un truc de jumeaux ? » sourit son interlocuteur.

Bill hocha la tête, affichant un grand sourire en repensant aux post-its que son frère lui avait laissé chaque matin alors qu'il partait travailler. Andreas ne s'attarda pas plus, il était simplement venu voir comment se portait son deuxième meilleur ami, mais il devait le laisser pour aller travailler. Bill comprenait parfaitement et le raccompagna jusqu'à la porte. Il attendait avec impatience le retour de son frère à la maison : il avait besoin de sa présence... Et inversement, ce n'était un secret pour aucun d'eux.

OoOoO

A peine le jeune homme eût-il franchi la porte qu'il s'arrêta et ferma les yeux pour sentir l'air frais sur son visage ; non pas qu'il ait passé énormément de temps à l'hôpital mais il était le genre de garçon à avoir constamment envie de bouger et ces quelques jours d'immobilité avaient été un réel supplice. Sa mère l'attendait patiemment à la voiture. Il aurait besoin d'une béquille sur laquelle s'appuyé pendant quelques jours puisque, lorsque son pantalon l'avait sauvé de sa chute, sa jambe avait subi un choc plutôt rude ; il claudiqua jusqu'à sa mère qui affichait un grand sourire, heureuse de le voir sortir.

« Rigole. » grogna l'adolescent en s'asseyant sur le siège passager.

« Mais je ne me moque pas. » répliqua-t-elle. « Je suis simplement heureuse de te voir. »

« J'accepte cette réponse. » sourit-il.

Sa mère mit le moteur en route et démarra. Ils ne disaient rien mais Tom se doutait bien que sa mère pesait ses mots : si elle ne lui avait pas fait de remontrances pendant tout le temps où il avait été à l'hôpital, elle ne manquerait pas de le canarder à présent qu'il s'était quelque peu remis de ses aventures.

« Tom ? » commença-t-elle.

« Oui ? » répondit ce dernier, brusquement très intéressé par le paysage à sa fenêtre.

« Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ? » demanda-t-elle sur un ton exaspéré. « Est-ce que tu te rends compte à quel point Bill et moi nous sommes fait du souci pour toi ! »

« Je suis désolé... » murmura sincèrement le jeune dreadeux. « Je voulais pas que Bill le sache... Il va déjà assez mal comme ça. »

« Tom... »

« C'est parce que je ne suis pas resté à côté de lui ce jour-là. » la coupa l'adolescent. « Si je n'avais pas été aussi pressé de partir, ça ne serait pas arrivé. »

« Tom. » soupira-t-elle. « C'est arrivé, c'est vrai, mais ce n'est pas de ta faute. Tu ne pouvais pas savoir. En attendant, je ne veux plus que tu travailles autant par semaine. Un seul travail c'est largement suffisant pour toi. »

« Mais m'man ! » protesta aussitôt l'adolescent. « On aura jamais assez si je fais ça ! »

« Tom, ne discute pas. » siffla-t-elle. « J'ai commis l'erreur de croire que mon fils se remettait un peu. Je croyais que ton esprit fêtard essayait d'étouffer cette situation et visiblement j'avais tort ! Tu crois vraiment que je te laisserai retourner là-bas ? Et bien non ! »

L'ancien guitariste ne renchérit pas, préférant ne pas envenimer les choses et son esprit se concentrant sur ce nouveau problème : si sa mère ne voulait plus qu'il travaille autant, comment allait-il réunir une telle somme ? Philipp ne le reprendrait sûrement pas après ce qu'il s'était passé... Alors que faire ? Simone soupira à nouveau en remarquant que son fils s'était muré dans un profond mutisme, plongé dans ses pensées ; il était facile de deviner ce qui accaparait son esprit mais elle ne pouvait pas y remédier.

Lorsqu'ils arrivèrent chez eux, Tom fut accueilli par son frère qui sortit en courant de la maison pour le prendre dans ses bras. Le jeune châtain esquissa un sourire, appréciant l'étreinte, et accepta de suivre son jumeau à l'intérieur ; ce dernier semblait survolté, attirant l'attention du dreadeux :

« Qu'est-ce qu'il se passe, Bill ? On dirait que tu as descendu trente bouteilles de Coca... »

Le brun plissa le nez et lui tira la langue en guise de première réponse, avant de se jeter avidemment sur son cahier et d'y griffonner quelques mots, annonçant fièrement à son jumeau qu'il avait trouvé le moyen de ramener un peu de sous, lui aussi. Tom sentit une pointe d'inquiétude se glisser en lui mais Bill n'attendit pas pour lui montrer l'enveloppe contenant son salaire : deux mille euro. Son interlocuteur écarquilla les yeux à la vue de l'argent et lui lança un regard interrogateur auquel l'ancien chanteur se fit une joie de répondre, écrivant frénétiquement sur son cahier :

''J'ai contacté un des photographes qui avait travaillé avec nous et je lui ai demandé s'il pouvait me prendre comme mannequin pour une séance photo et voilà !''

« Tu l'as contacté comment ? » s'étonna Tom.

''Je sais me servir d'internet, quand même ! J'ai envoyé un mail.'' répondit Bill.

« Ah ok... T'attends que je te félicite, c'est ça ? » rit son frère.

En guise de réponse, le jeune brun esquissa un large sourire en hochant la tête, fier de lui ; son frère éclata de rire et lui tapota gentiment la tête en le félicitant, sans oublier de rajouter un petit ''brave bête'' à la fin de sa phrase, ce qui lui valut un coup de coussin dans la figure.

« Eh, les garçons ! Interdiction de jouer avec les coussins du canapé ! » leur rappela leur mère.

« T'inquiète pas, m'man. » répondit Tom, étouffant allègrement son frère sous un autre coussin.

La femme soupira en levant les yeux au ciel mais ne commenta pas : voir ses deux enfants heureux, constater le sourire de l'un et le rire de l'autre, la soulageait. Elle observa quelques minutes ses fils d'un ½il attendri avant de finalement leur enlever ses précieux coussins des mains :

« J'ai dit non ! »

Loin de s'en offusquer, les deux garçons lui adressèrent de grands sourires et des yeux rieurs, tous deux fiers de leur bêtise. Simone leva les yeux au ciel, esquissant un léger sourire à ses enfants ; ils passèrent à table et, pour la première fois depuis longtemps, ils profitèrent pleinement d'un repas en famille, tranquille. Tom se sentait soulager d'un poids en repensant à l'argent qu'avait gagné son frère : à deux, ils pourraient plus facilement réunir la somme nécessaire pour payer leurs dettes. Cette pensée rappela quelque chose au jeune châtain :

« Au fait, m'man... T'as récupérer combien pour nous au final ? T'avais dit que t'avais mis un peu d'argent de côté... »

« Vingt-cinq mille. » répondit-elle. « Avant, il y en avait plus mais... »

« N'en dis pas plus. » soupira le dreadeux.

Son regard croisa celui de Bill et ils baissèrent la tête en même temps, se souvenant d'un léger détail concernant leur mère : c'était une horrible dépensière ! Ils sourirent néanmoins car cette somme les aidait beaucoup quand même. Il ne leur restait plus que quinze mille euro à trouver sur les quarante mille.

Les deux garçons aidèrent leur mère à ramasser la table et allèrent dans leurs chambres, bien que Tom n'eût pas à attendre longtemps avant de voir son frère franchir le pas de sa porte et lui tendre son cahier. Le dreadeux le prit et y lut les quelques mots :

''Je peux dormir avec toi ?''

Son jumeau esquissa un sourire et hocha doucement la tête : oui, cela faisait effectivement longtemps qu'ils n'avaient pas passé du temps ensemble. Retirant ses vêtements pour ne rester qu'en sous-vêtements, Tom se glissa sous sa couette et laissa Bill l'y rejoindre, lui aussi simplement vêtu de son caleçon ; le jeune brun hésita quelques secondes puis se rapprocha de son vis-à-vis pour venir se coller contre lui. Sentir leurs corps se lover l'un contre l'autre les fit sourire, se rappelant de l'époque où ils dormaient encore ensemble. Mûs par une impulsion instinctive, les deux garçons se serrèrent l'un contre l'autre, se laissant bercer par la chaleur de leurs corps respectifs qui leur donnait l'impression d'un cocon protecteur. Ils se sentaient bien, ils n'avaient besoin de rien d'autre, juste d'être ensemble pour pouvoir ressentir ce sentiment de plénitude, comme si le reste n'était pas important. Bill s'endormit paisiblement, leurs jambes emmêlées, le visage niché dans le creux de l'épaule de Tom, son souffle chaud attirant lentement ce dernier dans les bras d'un sommeil reposant.

OoOoO

Son portable sonnait, il l'entendait, mais ses yeux refusaient de s'ouvrir. Bill ouvrit les siens, lançant un regard endore endormi en direction de son frère ; voyant celui-ci toujours immobile, le jeune brun se redressa et commença à le secouer. Le dreadeux grogna et entrouvrit finalement les yeux pour voir le visage souriant de son frère.

« Salut, toi. » sourit-il à son tour.

L'ancien chanteur hocha la tête en guise de réponse et tendit la main en direction du réveil de son jumeau. Celui-ci tourna la tête et laissa échapper un juron en sautant hors du lit pour aller se jeter en boitillant dans la salle de bain sous le regard amusé de son homologue. Lorsque Tom en ressortit, habillé, il ne vit pas son frère dans sa chambre, ce qui le surprit ; ne pas le voir après le rapprochement qu'il avait eu la veille le plongea dans un état d'anxiété proche de la panique : il partit aussitôt voir dans la chambre de son jumeau s'il s'y trouvait, puis descendit à la cuisine, comme mû par son instinct. Le jeune brun l'accueillit avec le sourire et l'invita d'un geste à manger quelque chose avant de partir. Le châtain sourit :

« C'est sympa, mais j'ai pas le temps de manger. Je vais être en retard. »

Le regard sévère que son frère lui adressa en disait long et l'adolescent esquissa un sourire résigné avant de s'asseoir. Il enfourna son petit déjeuner en quatrième vitesse sous le regard à peine surpris de son jumeau et quitta la maison en courant comme sa béquille le lui permettait, le c½ur battant. Mais ce n'était pas la course qui agitait son rythme cardiaque : il allait revoir Christine après plusieurs jours d'absence, il lui devait des explications et des excuses.

La petite femme était déjà dans le magasin, comme à son habitude, s'affairant. Tom arriva à bout de souffle devant la porte, ne s'étonnant même pas de l'entendre le saluer alors qu'elle ne s'était pas retourner pour voir de qui il s'agissait ; il calma sa respiration avant d'oser prendre la parole :

« Bonjour, Christine... Je... Je m'excuse de mon absence... »

« C'est bien de t'excuser. » murmura son interlocutrice. « Mais ça ne sert à rien que tu t'excuses si moi, je ne t'excuse pas. Dans ces moments-là, c'est ''je te prie de m'excuser''. »

« Heu... Je te prie de m'excuser... » souffla le dreadeux.

« Bien. » elle se retourna. « Je suis déjà au courant de pas mal de choses par ta mère mais ta version m'intéresserait. »

Tom hocha la tête et, aidant à préparer le magasin pour l'ouverture, commença à raconter ce qu'il s'était passé ces derniers jours. Christine l'écouta sans l'interrompre et surtout sans s'arrêter de bouger, ce qui perturba légèrement Tom, se demandant parfois si la femme l'écoutait vraiment ; mais il en fût persuadé lorsque, laissant une pause plus longue que les autres, la femme émit un bruit proche de la question, signifiant qu'elle attendait la suite. Lorsqu'il eût fini, elle se retourna finalement vers lui et sourit, lui tendant le balai :

« Et bien, prend conscience des conséquences de tes actes. »

Les yeux du jeune guitariste s'écarquillèrent et ses lèvres s'étirèrent dans une grimace exprimant à la fois l'appréhension et la supplication : le magasin regorgeait de coins et recoins où le balai avait du mal à passer et le vieux plancher en bois n'aidait en rien. En d'autres termes, passer le balai était un véritable enfer, un calvaire sans nom ; son regard suppliant n'y changea rien, bien au contraire, il se sentit horrifié en discernant le sourire sadique qui étirait les lèvres de sa patronne. C'était sa vengeance...

Préférant ne pas attiser sa colère, Tom se mit rapidement au travail, transpirant tout ce qu'il pouvait à sa tache ; le magasin n'était pas grand, mais il avait davantage l'impression de remuer la poussière plutôt qu'autre chose. L'adolescent maudit un nombre incalculable de fois cette poussière et ce balai, ainsi que les clients qui ouvraient la porte du magasin et réduisaient par ce geste son travail à néant, mais certainement pas autant qu'il râlait intérieurement contre la tortionaire folle furieuse qui lui servait de patronne et qui était bien aussi tordue et vicieuse que toutes les autres filles et femmes qu'il connaissait en ce bas monde.

Il passa plusieurs heures à combattre malgré sa béquille la poussière et tout ce qui semblait s'être ligué contre lui en ce splendide jour d'hiver qui s'annonçait comme le plus détestable de toute son existance ; ce ne fut qu'à une heure avancée de la journée, qui n'avait été interrompue que pour le déjeuner, que l'adolescent s'arrêta, essoufflé :

« J'en peux plus... ! »

« Tu t'en sors ? » demanda innocemment Christine, assise derrière la caisse.

« Tortionnaire. » siffla le dreadeux.

« Oh... Je préfère encore t'exploiter comme ça que réduire ton salaire de ce mois pour ton absence mais si tu préfères l'inverse... » répliqua-t-elle.

« Nan ! » protesta Tom avant de soupirer. « J'ose même pas imaginer comment tu faisais pour tenir le magasin et passer le balai avant que je vienne... »

« Je passais l'aspirateur. » répondit sa patronne en haussant les épaules face à cette évidence.

« L'aspirateur... ? » répéta l'adolescent, comme si son cerveau refusait d'entendre ce mot.

« Oui, l'aspirateur. Je mettais une quinzaine de minutes à tout nettoyer. » sourit-elle.

« Y en a un... ? » demanda son interlocuteur d'une voix blanche.

« Mais oui. » sourit de plus belle Christine.

« Je crois que je te hais. » soupira-t-il, se laissant tomber sur son séant.

« Tu peux. » rit-elle en retour. « C'est pour te punir de tes petites cachotteries. »

Tom soupira de nouveau mais s'abstint de tout commentaire : après tout, il était normal que Christine lui fasse des reproches pour son absence. Il esquissa un sourire et rangea le balai sous le regard amusé de sa supérieure ; elle l'observa faire un moment avant de finalement reprendre la parole :

« Et pour le chantier ? Que vas-tu faire ? »

« Je... Je sais pas encore... » souffla le dreadeux. « Je suppose que je vais aller voir Philipp... Au moins, pour m'expliquer. »

Sa vis-à-vis hocha doucement la tête, signe qu'elle comprenait. Tom fixa un moment le vide, le c½ur battant d'appréhension à l'idée de se retrouver devant le grand brun...

OoOoO

Le chantier allait bon train et le regard noisette n'eût aucun mal à retrouver son ami et ancien bassiste. Un sourire compatissant étira les lèvres de l'adolescent en regardant son aîné, car celui-ci, mieux bâtit que lui, avait droit à un traitement plus rude et un travail plus conséquent. Le jeune dreadeux s'approcha davantage du chantier et chercha des yeux une autre silhouette, plus imposante. Mais une main pesante se posa brusquement sur son épaule, le faisant sursauter et manquant de lui arracher un cri :

« Tom. » le salua le chef de chantier.

« Philipp... ! » souffla son cadet, ne sachant si son c½ur battait à tout rompre à cause de la surprise ou à cause de la crainte que lui suscitait son vis-à-vis ; mais il se sentit frémir à l'absence de son surnom dans la bouche de son aîné.

« Comment va ? » demanda ce dernier, lui désignant la béquille.

« Heu... Je n'ai pas trop mal... Je boite juste un peu... » répondit Tom en baissant les yeux.

« Tu peux t'estimer heureux d'avoir encore ta jambe. » gronda Philipp.

Le jeune châtain ne sut que répondre, sachant pertinemment que la colère du géant brun était légitime. Le chef de chantier considéra un long moment ce gamin mégrichon qui lui faisait face, le regard fuyant, appuyé sur une béquille pour soulager sa jambe meurtrie ; il poussa un soupire et invita l'adolescent à le suivre dans une sorte de petit bureau poussiéreux improvisé. Il s'assit sur une chaise, laissant l'autre à son jeune vis-à-vis.

« Tu as quelque chose à dire, peut-être ? » siffla-t-il.

« Je... » Tom se mordilla la lèvre inférieure, réfléchissant à tout va. « Je voulais... Vous demander pardon... A vous tous du chantier... Pour vous avoir menti. »

L'ex-guitariste sentait le regard de son interlocuteur posé sur lui, encore plus lourd que le sac de béton qu'il avait dû transporter pour faire ses preuves ; sa gorge se serra alors qu'il cherchait désespérément les mots qui devaient exprimer ce qu'il ressentait, lorsque sa voix se transforma en un flot de paroles confuses :

« Je-je sais que je n'aurais pas dû faire ça, faire croire que ma mère était au courant et d'accord pour que je travaille, mais j'avais pas le choix ! On a besoin d'argent et j'étais prêt à tout pour ça ! Je ne pouvais pas simplement laisser tomber lorsque vous m'avez accepté sur le chantier sous prétexte que ma mère ne serait pas d'accord ! Ils ne savaient pas qu'on avait besoin d'autant d'argent ! Je pouvais pas le leur dire ! Je pouvais pas le dire à mon frère ! »

Tom termina sa tirade à bout de souffle, relevant un regard décidé sur Philipp qui le regardait, aussi immobile qu'un roc, ses yeux ne trahissaient aucune de ses pensées et cela ne fit que tendre un peu plus les nerfs de son jeune interlocuteur qui continua d'une voix plus lasse mais néanmoins ferme :

« Je pouvais pas le dire à Bill. Il aurait encore plus culpabilisé... » son regard se planta dans le sien et y resta figé. « J'ai fait une connerie, je le reconnais, mais je devais la faire. »

Philipp resta un long moment plongé dans un mutisme stressant pour l'adolescent qui ne cilla pourtant pas, conservant son regard profondément ancré dans celui de son chef de chantier, ses doigts blanchissant sur sa béquille. La lourdeur de l'atmosphère était presque palpable, comme si le c½ur de Tom rythmait les secondes qui s'écoulaient à la manière d'un sablier, affrontant le regard dur et pourtant indéchiffrable de son vis-à-vis. Philipp finit finalement par fermer les yeux en poussant un profond soupire avant de le clouer à nouveau sur place de son regard:

« Ceux qui dénigre leur vie, même pour une bonne cause, sont des moins que rien à mes yeux. »

Le dreadeux reçut cette remarque cinglante comme une gifle et frémit, sentant son assurance ébranlée. Le grand brun se releva alors, toisant l'adolescent de son impressionnante stature, et planta douloureusement son index contre le torse de ce dernier, manquant de lui couper le souffle par ce geste ; son air sévère et sa voix grondante ne semblaient être que le prélude d'une colère sourde montant en lui :

« Tu m'as déjà montré une fois que tu n'avais pas cure de l'importance de ta vie en manquant de mourir avec deux autres ouvriers sous des tonnes de poutres d'acier. Mais cette fois, tu as délibérément failli mourir et de ta propre bêtise ! Et tu voudrais les félicitations avec les honneurs, peut-être ? »

D'un geste dur et rapide, l'homme agrippa le col du jeune garçon, le faisant lâcher sa béquille et grimacer de douleur, étant presque soulever dans les airs, ses pieds effleurant encore légèrement le sol. Mais, ne sachant si c'était par courage, entêtement ou inconscience, Tom rouvrit les yeux et, à nouveau, planta un regard déterminé dans celui de son vis-à-vis.

« Mais qu'est-ce que t'as dans le crâne, bon sang ? » siffla Philipp, se retenant visiblement de lui administrer la correction de sa vie.

« J'ai dit que je vous demandais pardon à tous pour vous avoir menti. » répondit le dreadeux, sa bravade à peine entamée par le léger tremblement de sa voix. « Pas pour avoir travaillé pour essayer de protéger mon frère. »

Philipp écarquilla les yeux, presque incrédule...

A SUIVRE

# Posté le samedi 06 décembre 2008 19:33

An Deine Stimme Ep 09

Épisode 09 de la fanfiction An Deinde Stimme.

Bonne lecture!




Chapitre 9 :

Philipp écarquilla les yeux, presque incrédule, fixant ce gamin qui, bien qu'étant dans une position peu favorable, ne détournait pas les yeux des siens. Son regard et son visage semblaient déterminés : il croyait en ce qu'il disait et rien ne l'en ferait démordre. Le chef de chantier reposa lentement l'adolescent au sol, Tom sentait son c½ur battre jusque dans ses tempes et le fait de sentir ses pieds retoucher pleinement le sol lui procura un sentiment de soulagement. Mais ce dernier ne fut que de bien courte durée, interrompu brutalement lorsque le jeune dreadeux sentit plus qu'il ne vit la main de son vis-à-vis s'écraser cruellement contre sa joue, lui faisant perdre l'équilibre. Son postérieur heurta brutalement le sol, la douleur s'éveillant instantanément jusque dans son dos, comme concurrençant celle de sa joue. Serrant les dents pour ne pas extérioriser cette meurtrissure par un cri, il trembla et releva les yeux pour affronter à nouveau le regard de l'homme qui lui faisait face ; le visage de ce dernier n'était plus qu'un masque de colère, ses yeux brillant d'une lueur de fureur semblant vouloir le corriger d'un simple regard. Il reprit, crachant presque ses mots :

« Et s'il t'était arrivé quelque chose de plus grave, hein ? Si tu étais mort ? Tu crois vraiment que ça aurait servi à quelque chose ? Est-ce que ça t'arrive de réfléchir dans le puit sans fond qui te sert de crâne ? »

Légèrement hébété mais choqué par tant d'agressivité, l'adolescent ne répondit pas, les lèvres pincées, se contentant de fixer son aîné. Ses yeux parlaient pour lui, refusant toujours de céder du terrain face au raisonnement de son vis-à-vis ; il l'avait dit plus tôt : il était parfaitement conscient d'avoir fait une erreur, mais il savait aussi pourquoi il l'avait faite et cette raison seule suffisait à l'enfler du courage nécessaire pour garder la tête haute. Philipp continua sur sa lancée, grondant de plus belle :

« Tu utilises de beaux mots mais si tu étais morts, tu imagines ce qu'il serait arrivé ? Tu nous aurais tous entraînés dans cette histoire ! Imagine comment nous aurions pu expliquer que nous embauchions un mineur sans que sa mère ne soit au courant ? Et tes parents, comment auraient-ils gérer vos dettes et ton enterrement ? Et ton frère ? Y as-tu seulement pensé ? Tu crois qu'il aurait ressenti quoi ? »

Tom encaissa ces remarques comme autant de coups de poignard en lui. Effectivement, il n'avait pas imaginé tout ça. Il n'en avait même pas imaginé la moitié. Mais pouvait-on le lui reprocher ? Oui, il était mineur et de ce fait, ignorant sur bien des choses ; mais un adulte n'aurait-il pas réagi comme lui dans une situation où ses nerfs étaient plus que mis à rude épreuve ? L'ancien guitariste se redressa, s'aidant d'une chaise, et attrapa sa béquille pour pouvoir correctement tenir debout, tentant d'effacer de son esprit la douleur qui lui brûlait encore les reins. Une fois debout, il dévisagea à nouveau le chef de chantier :

« J'ai fait ce que je croyais devoir faire pour protéger mon frère. Ni plus, ni moins. »

Cette simple phrase résumait toutes ses pensées et informait clairement son interlocuteur qu'il ne changerait pas d'état d'esprit. Philipp le fixa encore un moment avant de soupirer et de se laisser tomber sur une chaise en se massant les tempes ; jamais aucun ouvrier ne lui avait donné autant de maux de têtes. Il grommela :

« T'es vraiment un sacré abruti de crétin d'andouille. Même un mulet est moins exaspérant que toi. »

« Mais un mulet ne se justifie pas. » répliqua Tom, souriant à la comparaison.

Philipp soupira de plus belle mais ne releva pas. Il se redressa sur son siège et considéra un long moment cet adolescent souriant qui osait lui tenir tête pour défendre son opinion ; c'était en général un trait de caractère qu'il appréciait chez les gens et Tom n'avait jamais été de mauvaise foi, il était sincère dans ses choix et dans ses actes. Le chef de chantier reprit finalement la parole, un léger mouvement de son interlocuteur lui faisant comprendre que son silence était loin de le mettre à l'aise :

« Bon... Après avoir longuement discuté avec les gars et avoit écouté l'opinion de tout le monde, j'ai décidé d'en rester là avec cette affaire. Parce que tu imagines bien que je pourrais porter plainte pour abus de confiance, hm ? »

« Oui, j'imagine... » souffla le dreadeux, jouant nerveusement avec son piercing à la lèvre.

« Mais bon, tu es quelqu'un de motivé et je te dois toujours la vie de deux de mes hommes qui, sans toi, seraient probablement morts étouffés avant même qu'on n'ait pu les sortir de ce bordel de poutres. » rappela-t-il. « C'est pourquoi j'en resterai là pour cette histoire. »

« Merci, Philipp. » sourit maladroitement Tom.

« Stephan et moi avons également beaucoup discuté... » murmura le grand brun, laissant planer un long silence entre eux jusqu'à sentir la curiosité et l'anxiété de son jeune vis-à-vis presque palpable. « Il m'a convaincu que tu pourrais encore travailler sur le chantier. »

« Vraiment ? » s'exclama presque le dreadeux, ne cachant pas sa surprise.

« Oui. » acquiesça Philipp. « Tu apporteras les messages et les repas aux ouvriers, tu travailleras moins qu'avant et par conséquent, tu gagneras moins aussi. A condition que ta mère vienne ici l'approuver de vive voix. »

« Ah... Ben, je te remercie, mais je doute que ma mère accepte de me laisser travailler encore ici... Et j'avoue qu'en dormant seulement deux heures et demi par nuit, je ne tiendrais pas longtemps. »

« C'est pour ça que je te propose un mi-temps. » expliqua le chef de chantier. « De 20h00 à 01h30. Vois si ça te convient, parle avec ta mère et reviens me voir. »

Un sourire incrédule étira les lèvres de l'adolescent qui le remercia vivement, n'en croyant pas ses oreilles, et s'excusa avant de partir en courant, préférant ne pas abuser de la patience de sa mère s'il devait lui parler de ce projet. Philipp le regarda partir, assis sur sa chaise, laissant échapper un soupir à la fois blasé et amusé ; une ombre au sol lui fit tourner la tête en direction de la porte, le grand blond se découpant dans l'encadrement :

« Stephan... T'écoutes aux portes maintenant ? » grommela le chef de chantier.

« Tu reprends le gosse, finalement ? » s'amusa son interlocuteur.

« Ouais... » grogna Philipp, bien qu'un léger sourire étira le coin de ses lèvres. « Vous m'auriez fait ma fête sur le chantier dans le cas contraire, je me trompe ? »

Le blond éclata d'un rire franc et acquiesça d'un signe de tête : en effet, ce gamin chétif avait gagné l'affection de tous les ouvriers et son mensonge sur l'accord de sa mère pour son travail n'avait en rien entâché son mérite pour avoir sauvé deux des leurs et travaillé jusqu'à en tomber de fatigue. De plus, les récits du nouveau venu au chantier, Georg, avaient étouffé dans l'½uf les quelques doutes qui auraient pu naître ça et là sur le dreadeux. Stephan accepta de reconnaître que si Philipp l'avait chassé à grands cris du chantier, il se serait probablement attiré quelque hostilité de la part des travailleurs ; non pas qu'ils appréciaient moins leur chef de chantier, mais ils portaient tous une affection particulière au jeune garçon, qu'elle soit fraternelle ou paternelle : il était des leurs.

Philipp soupira une nouvelle fois mais ne fit aucun commentaire : il savait bien que toutes les tâches sur le chantier étaient importantes et ce gamin pouvaient en accomplir quelques unes qui prenaient inutilement du temps aux ouvriers. Il n'était pas sans c½ur mais il ne faisait pas la charité : chaque salaire se méritait. Aussi, ce n'était pas pour rien qu'il avait accepté de le reprendre malgré les circonstances : il les aidait en effectuant ce à quoi ils perdaient un temps précieux. Georg, lui, était plus étoffé que le dreadeux et pouvait travailler sur des tâches plus physiques. Il ne perdrait pas de temps sur le chantier : il suffisait de réorganiser ses hommes.

OoOoO

Bill finissait de dresser la table. Jetant un coup d'½il à la pendule, il ne manqua pas de remarquer que Tom mettait du temps à rentrer, mais il avait décidé de ne pas s'inquiéter. Si son frère faisait à nouveau des siennes, il le frapperait, comme il l'avait promis. Du bruit en provenance de l'entrée l'informa que le jeune dreadeux était de retour ; ne perdant pas une seconde, l'ancien chanteur avança rapidement et vint à sa rencontre pour le prendre dans ses bras. Ils s'étaient rapprochés depuis sa sortie d'hôpital et Tom n'émettait aucune protestation à l'encontre des attentions de son jumeau. Il le serra à son tour dans ses bras et sourit :

« Je suis passé au chantier. C'est pour ça que je suis en retard. »

Son frère hocha la tête et se détacha de lui, le prenant par la main et l'invitant à le suivre dans la salle à manger. Leur mère arriva, elle aussi, dans la pièce et sourit à l'adresse de ses enfants qui le lui rendirent avant de s'asseoir à table ; à peine tendit-elle le plat à Bill qu'elle se tourna vers son deuxième fils :

« Alors, Tom ? Comment ça s'est passé au magasin ? »

« Ça allait... J'ai juste dû récurer tout le magasin avec un balai pour finalement apprendre qu'il y avait un aspirateur. » soupira le dreadeux.

« Tu n'as pas demandé avant ? » s'étonna-t-elle, connaissant parfaitement le côté flemmard de son rejeton.

« Elle m'a tendu le balai alors j'ai supposé qu'il n'y avait que ça. » grommela l'adolescent.

Simone hocha la tête et esquissa un sourire en imaginant la scène ; toutefois, l'instinct maternel peut-être, elle observa plus longuement son fils, attendant visiblement qu'il lui dise quelque chose. Tom sembla le remarquer car il soutint le regard de sa mère quelques instants avant de baisser les yeux sur son assiette, hésitant. La femme patienta encore plusieurs secondes avant de murmurer :

« Il y a autre chose que tu voudrais me dire ? »

Bill la regarda puis reporta son attention sur son frère ; lui aussi avait bien senti qu'il y avait quelque chose mais, contrairement à sa mère, il attendait souvent que son jumeau vienne le voir de lui-même – notamment depuis qu'il n'avait plus de voix pour le questionner. Le dreadeux semblait embarrassé mais il releva tout de même les yeux pour plonger son regard dans celui de sa mère, comme à chaque fois qu'il avait quelque chose d'important à dire :

« M'man, je... Je voudrais retourner travailler sur le chantier. »

Un lourd silence s'installa dans la pièce, son frère et sa mère ayant arrêté de manger. Le jeune brun le dévisagea avec une certaine perplexité mêlée d'anxiété ; quant à sa mère, elle n'émit aucun commentaire, son regard s'étant brusquement fait plus sévère. Tom savait pertinemment qu'il n'y avait que peu de chance qu'il arrive à la convaincre, mais il devait essayer. Il inspira profondément pour se donner du courage et reprit :

« Je peux retravailler là-bas, ils sont d'accord. Je travaillerai moins et serais moins payer mais ça sera mieux que rien. Il faut juste que tu... »

« Je refuse. » le coupa Simone d'une voix sèche.

« M'man... » souffla l'adolescent.

« Tu n'y retourneras pas. » répliqua fermement son interlocutrice. « Un séjour à l'hôpital devrait te suffire ! Je refuse catégoriquement que mon fils aille encore là-bas. Est-ce que tu te rends seulement compte combien je me suis inquiétée pour toi ? En plus tu as falsifié une lettre affirmant que je t'avais soit disant autorisé à travailler sur ce chantier. »

« Parce que j'avais pas le choix... ! » commença à s'emporter le jeune châtain.

« Tu AURAIS DU m'en parler ! » s'énerva-t-elle. « Je suis ta mère ! »

« Et tu voulais que je fasse quoi ? Que je le gueule sur tous les toits ? » s'exclama-t-il.

« Tom ! Ne parle pas comme ça ! » s'écria Simone.

Bill n'eût que le temps de fermer les yeux avant d'entendre la main de sa mère s'abattre brutalement sur la joue de son jumeau. Le dreadeux releva des yeux courroucés vers sa mère, sa joue le brûlant ; il se leva brusquement de table et s'écarta. Simone n'avait jamais vu son fils ainsi et cette vision refroidit instantanément sa colère, Tom avait les yeux brillants de larmes contenues mais elle n'aurait su dire si c'était de la tristesse ou de la frustration, il se dirigea vers la porte et se retourna :

« Je sais que j'ai fait des conneries, j'en ai conscience ! MAIS TU POURRAIS QUAND MEME ME FAIRE CONFIANCE ! JE SUIS TON FILS, MERDE ! »

Et sur cet accès de colère, il planta là sa famille, allant dans sa chambre en en claquant la porte. Simone laissa échapper un profond soupir et posa les coudes sur la table pour se prendre la tête dans ses mains : elle avait bien du mal à gérer ses enfants depuis l'hospitalisation de Bill. Elle avait cru qu'ils se remettaient et elle les avait négligés, aujourd'hui, elle voulait les protéger et son fils entrait dans une colère noire. Elle ne savait plus quoi faire. Bill, de son côté, sentit son appétit s'amoindrir jusqu'à en disparaître et délaissa ses couverts ; bien sûr, il aimait sa mère, mais rien ni personne ne pouvait être plus important que son frère jumeau à l'heure actuelle. Aussi laissa-t-il à regrets sa mère derrière lui et gravit les marches jusqu'à leurs chambres. La porte de celle de Tom était fermée. Le jeune brun s'avança et appuya d'abord son oreille contre le pan de bois, écoutant les bruits étouffés provenant de la pièce.

De toute évidence, c'était le mobilier qui se retrouvait victime de la colère du dreadeux ; Tom se défoulait apparemment en donnant des coups de pieds à tout ce qui passait. Bill n'hésita qu'à peine avant d'ouvrir la porte et de se glisser dans la chambre. Son jumeau était dos à lui, le souffle court, les poings serrés, scrutant le bureau sur le côté duquel se dessinait l'emprunte de sa chaussure. Le jeune brun l'avait rarement vu aussi en colère : Tom était plutôt d'un naturel assez calme et observateur ; les rares fois où Bill l'avait vu se battre, c'était en général pour le défendre. Doucement, l'ex-chanteur s'avança jusqu'à son vis-à-vis et enlaça sa taille de ses bras, le serrant contre lui, posant sa joue contre son dos.

Il sentit le dreadeux frissonner à se contact. Il avait les nerfs à fleur de peau. Pourtant, c'était tout ce que Bill pouvait offrir à son frère : à défaut de paroles réconfortantes, il pouvait lui faire sentir qu'il était là. La tension retomba petit à petit et Tom se laissa un peu plus aller contre lui ; sa voix lui parvint lasse et résignée :

« Je suis fatigué, Bill... J'en ai marre... »

A peine eût-il prononcé ces paroles que le jeune châtain se laissa aller, s'asseyant à même le sol ; son frère suivit son exemple et s'assit près de lui, posant la main sur son épaule. Tom lui adressa un léger sourire teinté d'excuse, comme pour le remercier de se tenir là, à ses côtés. Le jeune brun hésita puis leva les yeux vers le bureau de son jumeau, il se leva, alla chercher des feuilles et un crayon, puis revint à ses côtés. Ils étaient jumeaux et se comprenaient comme personne d'autre ne le pouvait, certes, mais ils ne lisaient pas pour autant dans le crâne de l'autre. Il se pencha sur les feuilles et traça rapidement quelques mots qu'il montra à Tom.

''Maman est juste très inquiète.''

« Je sais... » soupira son interlocuteur. « Je sais que je vous ai déçus mais quand même... On en a besoin de cet argent... »

''Tu vas refaire la même chose ? Ils sont d'accord même avec ta béquille ?'' s'étonna Bill.

« Je ne vais pas la garder tout le temps et je pense que je peux m'en passer... » répondit le dreadeux en haussant les épaules. « Et puis non, je vais pas refaire les même trucs : eux aussi, ils ont eu les boules. Ça serait pour des petits travaux. »

L'androgyne hocha doucement la tête, signe qu'il entendait bien ce que son frère lui disait, réfléchissant ; puis il reprit le crayon et coucha quelques mots sur le papier, le dressant à nouveau devant Tom.

''C'est si important pour toi ? Tu sais, je suis sûr qu'on peut trouver une autre solution...''

« Ça reviendra au même. » soupira le guitariste. « On ne ferait que déplacer la dette... ça ne changerait rien. »

Bill vit son frère baisser les yeux, signe qu'il n'avouait pas tout. Il avait toujours été comme ça, mais le jeune brun comprenait et ne lui en tenait pas rigueur, il esquissa un mince sourire et écrivit à nouveau sur la feuille avant de poser la main sur l'épaule de son jumeau :

''Si tu me laisses venir te voir au chantier, je t'aide à convaincre maman.''

« Bill... »

L'intéressé leva la main, lui intimant le silence avant de se remettre à écrire frénétiquement et lui tendit la feuille en souriant. Tom lut et esquissa un sourire à son tour : son frère se faisait du souci, bien sûr, mais il le comprenait, il acceptait son choix et, parce que c'était pour le protéger que tout avait commencé, il voulait le protéger à son tour. Le dreadeux hocha la tête, signe qu'il acceptait :

« C'est d'accord, tu pourras venir. »

''Comme ça, je m'assurerai aussi que tu manges.'' Répliqua son frère.

Tom laissa apparaître un sourire attristé : son jumeau croyait en lui, mais à présent, il acceptait aussi que le châtain lui cache certaines choses ou une partie de la vérité, à défaut de tout lui dire. Il l'avait bien cherché et comprenait le point de vue de Bill ; d'un certain côté, l'adolescent était soulagé que, malgré ses dissimulations, son frère continue à se tenir à ses côtés. Comme si son sourire avait dévoilé ses pensées, le jeune brun marqua une autre phrase :

''Je serais là pour te frapper, si tu dérailles.''

Le dreadeux hocha la tête et baissa les yeux sur la main que Bill avait posée sur la sienne, y refermant ses doigts. Tom savait aussi que, derrière cet excès de confiance et d'offre d'aide, son frère n'avait peur que d'une chose : qu'il l'abandonne. Doucement, il dégagea se main de celle de son jumeau et tendit les bras vers lui pour le prendre dans ses bras, tout contre lui. L'ancien chanteur se laissa faire, appréciant cette proximité avec son guitariste qu'il n'avait pas avec le Tom de Tokio Hotel : son frère s'était toujours montré réservé sur l'expression en public que ses sentiments ; chez eux, il pouvait s'avourer la douceur de son étreinte, le battement de son c½ur contre son oreille... Il l'enlaça à son tour et demeura ainsi, les yeux mi-clos. Bien qu'il continua de le meurtrir, Bill s'habituait peu à peu à son mutisme, se résignant un peu plus chaque jour à cette idée qu'il ne reparlerait plus. Il n'essayait d'ailleurs même plus d'émettre le moindre son. Mais il s'en accomoderait, pensait-il, si Tom restait près de lui.

Bien sûr qu'il regrettait et regretterait toujours ces moments sur scène où plus rien n'existait sinon le moment présent, ce lien qui les unissait tous les quatre, cette musique qu'il affectionnait tant... Mais l'accident de son jumeau lui avait mis en évidence ce qu'au fond il avait toujours su : il pourrait survivre à sa carrière de chanteur... Pas à Tom.

Ils restèrent un long moment ainsi, dans les bras l'un de l'autre. Une demi-heure, une heure, peut-être plus... Lorsqu'ils esquissèrent un léger mouvement, la chambre était déjà plongée dans l'obscurité nocturne. Ils se relevèrent et allèrent dans la salle de bain pour se laver les dents avant d'aller se coucher : le dreadeux n'avait pas particulièrement envie de se confronter une nouvelle fois à sa mère pour ce soir. A mi-chemin de sa chambre, il se retourna :

« Bill ? »

L'intéressé fit volte-face pour le regarder, l'interrogeant du regard. Son jumeau esquissa un mince sourire, accompagnant sa phrase d'un signe de tête en direction de sa chambre :

« Tu viens dormir ? »

Bill le fixa quelques instants puis esquissa un sourire et acquiesça d'un mouvement de tête avant de revenir sur ses pas, rejoignant son frère. Tom referma la porte derrière eux et, ensemble, ils se glissèrent dans les draps, se blotissant l'un contre l'autre, cherchant leur chaleur mutuelle ; leurs jambes s'emmêlèrent naturellement et le jeune brun nicha sa tête contre le cou de son aîné de dix minutes. Le dreadeux posa sa mâchoire contre le crâne de son vis-à-vis, ses doigts effleurant doucement son bras, y faisant naître la chair de poule. Un mince sourire étira ses lèvres alors qu'il se laissait bercer par cette chaleur apaisante...

« Bill ? » murmura-t-il, sachant sur son frère l'écoutait. « Je serais toujours là, promis. »

Une pression autour de sa taille le laissa deviner que l'ancien chanteur approuvait sa phrase. Ils étaient nés ensemble, ils vivraient ensemble et mourraient ensemble. Il ne pouvait en être autrement.

OoOoO

« Guido, j'ai besoin de ton avis sur un truc... » commença David en entrant dans la pièce. « Guido ? »

Son regard s'arrêta sur le blond cendré, assis à sa table de réglages, dormant sur ses bras croisés. Le manager esquissa un sourire : il était vrai que Guido et lui ne se ménageaient pas beaucoup ces derniers temps, enchaînant souvent des heures supplémentaires, leur planning était chargé. Le nombre de gobelets entassés dans la poubelle était une sorte de preuve des efforts de son vis-à-vis ; il n'aurait d'ailleurs jamais cru que celui-ci aurait trouvé autant d'occupation. S'approchant, il posa les mains sur les épaules de son cadet et le secoua doucement :

« Guido ? »

L'intéressé laissa échapper un grognement en plissant les yeux avant de finalement les ouvrir péniblement pour regarder son interlocuteur. Il mit visiblement quelques instants à se resituer et se redressa pour le saluer d'un baillement, David esquissa un sourire et lâcha :

« C'est confortable ? »

« Tu n'imagines même pas. » répliqua le blond. « Je vais avoir un bon petit pactole dans quelques jours. »

« Et un bon week end de marmotte. » plaisanta son aîné.

« Tu rigoles, j'espère ? Je suis jeune ! » s'exclama Guido.

« Hallo, Superman, faut que tu dormes. » lui rappela David.

« J'aurais toute ma mort pour dormir ! » répondit son ingénieur son et lumière.

Le grand brun préféra ne pas relever et lui présenta des feuilles : ils n'avaient pas fini de travailler.

OoOoO

Gustav épongea son front, il transpirait bien qu'il fasse froid. Il n'avait finalement pas vendu sa batterie car son père avait trouvé les fonds pour payer sa dette ; mais en retour, il travaillait pour rendre l'argent à son père, petit à petit. Il avait quelques échos au sujet des jumeaux grâce à Georg et avait appris que Tom avait la possibilité de revenir travailler sur le chantier ; cette idée n'enchantait pas le blond mais son aîné lui avait assuré qu'il garderait un ½il sur ce jeune chien fou. L'image collait parfaitement à leur ami, sans nul doute.

« Gustav, il y a un client qui veut qu'on lui nettoie sa voiture. »

« J'arrive. »

Le garage n'était pas de tout repos mais il ne se plaignait pas : il avait une préférence pour les travaux manuels, et cela lui permettait de ne pas se faire trop d'idées au sujet de ses amis. Ils lui avaient souvent dit qu'il se faisait trop de films... Mais avec les jumeaux, on n'était jamais à l'abri d'une catastrophe.

OoOoO

« J'y vais. » lança Tom depuis la porte.

Bill hocha la tête, lui souriant gentiment ; lui aussi devait partir bientôt pour travailler. Son frère lui adressa un sourire et s'en alla, remontant la rue. Le jeune brun l'observa un moment puis alla prendre son sac : il avait une nouvelle séance photo... Il allait revoir Guido. Il se sentait encore mal à l'aise en pensant au blond mais il se raisonnait : son frère se donnait du mal, il ne pouvait pas rester inactif. Ceci fait, il alla dans la chambre de sa mère et déposa un baiser sur sa joue, sans la réveiller, avant de sortir à son tour. Il remonta la rue jusqu'au parking d'un amas de petit magasin et attendit ; la vieille voiture, ou poubelle ambulante comme il aimait l'appeler, ne tarda pas beaucoup pour faire son apparition.

« Bonjour, Bill. » lança son ex-manager.

L'intéressé le salua d'un geste de la main et monta dans le véhicule. David avait eu la gentilesse de lui proposer de l'emmener car il devait discuter une nouvelle fois avec le photographe pour un autre groupe de musique. Le jeune brun écoutait son aîné d'une oreille distraite, non pas parce que ça ne l'intéressait pas mais parce que cela lui faisait mal : c'était un monde qui n'était désormais plus le sien. Il préférait penser à ce qu'il allait bien pouvoir dire à sa mère pour la convaincre de laisser Tom travailler au chantier.

Ils arrivèrent au studio une vingtaine de minutes plus tard. Bill sortit en premier de la voiture, laissant à David le temps de couper le contact ; son regard se balada et s'arrêta au niveau d'une porte : Guido était là, l'observant, son éternelle cigarette noire aux lèvres. Le jeune brun se sentit déglutir, mais ne détourna pas le regard : il avança d'un bon pas vers son homologue dont les yeux ne le quittèrent pas. Lorsqu'il arriva à sa hauteur, il s'arrêta et le fixa ; le blond l'observa en retour quelques minutes avant de finalement lâcher un soupir brûmeux aux senteurs de chocolat.

« Bonjour, Bill. »

C'était tout ? L'ancien chanteur regarda le jeune homme avec de grands yeux incrédules, il ne savait pas à quoi il s'était attendu exactement mais certainement pas à si peu. Une main sur son épaule le fit sursauter et il leva les yeux vers son ex-manager qui soupira en les regardant tour à tour :

« Bon, les jeunes, il serait peut-être temps que vous vous expliquiez, non ? »

« Expliquer quoi ? » demanda Guido, bien que le ton de sa phrase laissait bien comprendre qu'il savait de quoi il s'agissait.

« Bill ? » proposa David.

L'intéressé sortit son portable et pianota sur les touches pour taper son texte : il trouvait cela finalement tout aussi utile qu'un cahier et un crayon, plus économique et surtout plus pratique à transporter. Lorsqu'il eût fini de l'écrire, il tendit son portable à l'ingénieur son et lumière ; celui-ci le regarda longuement avant de finalement inspirer une dernière bouffée de nicotine, jeter son mégôt et prendre l'appareil pour lire le message.

« Ce qui m'a pris, hein ? Tu n'en as vraiment aucune idée ? » demanda-t-il.

Bill secoua négativement la tête : non, il ne voyait vraiment pas pourquoi Guido avait agit comme cela. A vrai dire, il avait été trop surpris sur le moment pour réellement comprendre ce qu'il se passait, il n'avait eu qu'une peur hurlante dans son esprit, mais après avoir retourné une énième fois la scène dans son cerveau, il ne voyait pas. A part une mauvaise plaisanterie. David dut sentir son anxiété car il intervint :

« Guido, arrête de jouer aux devinettes. Moi, j'ai l'habitude de tes bizarreries et encore, pas toutes, mais lui, il n'a pas vraiment eu la possibilité de comprendre ton geste. »

« Ok, ok. » soupira le blond cendré, puis, de la voix que l'on use pour expliquer quelque chose de simplissime à un enfant qui ne comprend rien, il poursuivit. « Bill, tu as bien du penser quelque chose, quand c'est arrivé, non ? Tu as eu peur, n'est-ce pas ? »

Le brun n'appréciait pas vraiment le ton de son vis-à-vis mais hocha tout de même la tête à ses explications, ce qui fit sourire quelque peu narquoisement son vis-à-vis qui reprit :

« Bien... Il va sans dire que si j'étais quelqu'un de mal intentionné, de mentalement déviant pour ne pas dire fêlé de la carafe... Tu te doutes bien que tu te serais fait refaire la tuyauterie. N'est-ce pas ? »

Le language était vulgaire mais on ne peut mieux choisi : Guido pesait ses mots, David le savait. Le blond n'était pas de nature à utiliser un tel vocabulaire, mais ce n'était que pour mieux faire comprendre à Bill le pourquoi de ses actes. Le jeune brun le fixait avec une répugnance limpide, ce qui amusa Guido :

« Bon, je vois que tu comprends. Je disais donc... Tu as eu de la chance que ça soit moi parce que ton petit popotin ne m'intéresse pas le moins du monde. » chacune de ses paroles alimentait les étincelles de colère qui commençaient à prendre à l'intérieur de l'ancien chanteur. « Si j'avais été quelqu'un d'autre, comme ce photographe que je ne peux pas voir, excuse moi David, c'est hors contexte professionnel et tu le sais. »

« Je sais. » soupira l'intéressé non sans un sourire.

« Donc si j'avais été quelqu'un d'autre, je t'aurais tout simplement violé sans prendre la peine de savoir si ça te trouait le cul ou pas. Tu n'aurais pas pu crier. Personne ne serait venu à ton secours, et tu pense bien qu'une fois que c'est fait, c'est d'une facilité déconcertante de faire disparaître un gamin muet de la circulation. »

Les yeux de Bill s'agrandirent au fur et à mesure des paroles de l'ingénieur. Un sourire satisfait naquit sur les traits de ce dernier et il tapota amicalement la tête du jeune garçon, comme il avait l'habitude de le faire avant l'accident, à chacune de leur rencontre. Bill resta un moment interdit puis esquissa un mince sourire et hocha la tête, signe qu'il avait compris le message.

« Fais un peu attention à toi, le hérisson. » il jeta un bref regard au manager puis lâcha platement. « Bon, on y va ? »

Le jeune brun hocha la tête et emboîta le pas à son aîné, suivi de David qui referma la porte derrière eux. Finalement, beaucoup de monde prenait soin de lui... Un peu trop même, il fallait qu'il apprenne à être plus vigilant, plus indépendant : il ne fallait surtout pas qu'il devienne un boulet pour qui que ce soit, et encore moins pour Tom.

OoOoO

« Et finalement, comment ça va se passer ? » demanda Christine, observant son employé.

« Ben... Il me faut l'approbation de ma mère. » répondit Tom en dépoussiérant les étagères. « Et c'est pas gagner. »

« En même temps, c'est compréhensible. » murmura-t-elle. « Et ils sont d'accord, malgré ta jambe ? »

« Je suis pas non plus handicapé ! » protesta le dreadeux. « Elle fatigue vite mais avec la béquille, je devrais m'en sortir. Et puis j'ai pas le choix. »

« Et ton beau-père, il ne peut pas vous aider avec son salaire ? » proposa-t-elle.

« Il est injoignable pour le moment. » répondit le guitariste. « Mais normalement, il revient à la fin du mois. Donc on lui en touchera deux mots. »

Christine esquissa un mince sourire : elle avait peur que cet incident n'abatte le moral du jeune garçon ou pire, le rende plus imprudent encore. Mais il lui en parlait, il ne le gardait plus pour lui... Il avait compris la leçon et comptait bien apprécier l'aide des autres plutôt que de se débrouiller seul. C'était un bon début...

A SUIVRE...

# Posté le vendredi 12 décembre 2008 14:59

Modifié le jeudi 18 décembre 2008 15:00

21-12-2008

21-12-2008
Aujourd'hui, Sahad-sama-fics existe depuis 2 ans.
Aujourd'hui, Sahad-sama-fics va fermer.


Pour les lecteurs/lectrices :

En premier lieu : MERCI.


Si ca peut vous rassuré, le blog restera en ligne.
La seule différence est qu'il n'y aura plus de publication dessus.
Il se meurt peu à peu, et je n'ai plus l'envie de publier comme au début.
Je veux lui offrir une fin belle, et non le laisser tomber.

J'aime toujours énormement les écrits de Sahad, bien que je ne les lise plus.
Je ne lis plus à cause de Tokio Hotel, c'est la seule raison.

Sahad a été, est, et restera mon auteur préféré.

C'est mon cadeau de noel, un peu en avance, certe.

Je vous donne le lien du site ou Sahad dépose ses fanfictions directement après écrit.
Ainsi, vous aurez l'attente réelle, et non plus l'attente que j'ai toujours imposée.

J'espère que vous continuerez à être fidèles aux écrits de Sahad, car *il* le mérite sincèrement.

En tout cas, merci de l'avoir lu, merci de l'avoir soutenu pendant ces deux années.





Pour Sahad :

Sahad, sache que j'ai adoré lire tes fanfictions, et que j'adore également écrire des oralfics avec toi.
J'ai pris énormement de plaisir à pouvoir t'offrir un monde à toi, qu'est ce blog.

Un jour, tu m'as dit : "tu ne te rends même pas compte de ce que tu as fait pour moi en créant ce blog.
Tu m'as créé un monde pour moi, ou je peux exister en étant jugé(e) sur mes écrits, et non sur ce que je suis/fais."

Ce monde, je l'ai créé pour toi, pour nous, pour eux.
Pour moi, ne pas connaître tes écrits est un déshonneur aux fanfictions, car ton style est proche de la perfection.
De part tes écrits, tu arrives à faire ressentir tellement d'émotions que ca en devient presque une drogue de te lire.

Je m'en veux parfois de l'abandonner, j'ai eu du mal à prendre cette décision,
mais seul les personnages de tes écrits "en sont la cause".

J'aime ce que tu écris, j'aime ce que tu fais, et ca, ca ne changera pas.

J'ai d'abord été une fan, ensuite une amie, et maintenant, je me sens comme ta petite soeur.

Nous nous sommes vus quelques fois, j'ai énormement apprécié passer du temps avec toi d'ailleurs.
J'espère que nous nous reverrons encore, car pour moi, Sahad, c'est toi,
et Sahad restera toujours quelqu'un dont personne ne peut prendre la place dans mon coeur.

Si quelques petites choses avaient été différentes, je pense que je t'aurai aimé,
bien que ca ait été le cas, mais je pense que j'aurai persisté,
que je n'aurai pas cessé de penser à toi de cette manière la.
Mais être comme une petite soeur pour Sahad, ca n'a pas de prix,
et je sais que ce lien la, il est indestructible.

Sahad et Vanille, ca a été une histoire,
et cette histoire la, pour moi, ne se finira jamais.



Le commentaire de Sahad.
Ca a été une habitude de le mettre en article sur ce blog, et aujourd'hui, je le fais pour la dernière fois.


La seule chose que je puisse dire c'est merci.
Merci Vanille pour avoir créer cet espace pour moi. Espace que j'ai beaucoup chéri. Tu m'as fait exister. Je t'en serais toujours reconnaissante. Tes mots m'ont beaucoup touchée.
Merci à ceux et celles qui ont trouvé le temps de me lire, qui m'ont demandé des suites, qui m'ont soutenue et "appréciée".

Merci beaucoup, de m'avoir donné ce sentiment d'existence qui n'égale aucun autre.

Merci.


# Posté le vendredi 12 décembre 2008 15:32

Modifié le dimanche 21 décembre 2008 13:30