Rauschgift (suite)

Titre : Rauschgift (Drogue/stupéfiant)


Deux jours s'étaient écoulés depuis la bagarre entre Peter et Tom. L'adolescent aux dreads se remettait doucement de ses blessures, grimaçant à chaque fois que Gustav devait lui passer un coton imbibé de désinfectant sur la commissure des lèvres, lorsque sa coupure se rouvrait. Mais ce n'était pas grand-chose pour le guitariste. Pas grand-chose comparé à ce que son frère vivait. Tom souffrait bien plus de voir son jumeau passer d'un état de colère incontrôlable à celui d'une profonde dépression : le jeune chanteur était psychiquement instable, très facilement irritable et d'une sensibilité exacerbée. Le guitariste se sentait totalement impuissant face aux sautes d'humeur de sa moitié et il en souffrait bien plus qu'il ne voulait bien le laisser voir ; heureusement, Gustav le connaissait bien à présent, il l'épaulait du mieux qu'il le pouvait, devant même parfois faire preuve d'autorité :

« Tom, va te coucher. »

« Je n'ai pas sommeil. » répondit l'adolescent, assis sur le canapé du salon, fixant la petite piscine intérieure.

« Tu es crevé aussi bien physiquement que psychologiquement. Va te coucher. » insista le batteur.

« Mais... » voulut protester Tom.

« Ne t'inquiète pas. On est là. » lui assura son aîné en se désignant lui et le bassiste qui l'avait accompagné. « On veillera sur Bill pendant ton sommeil et on viendra te réveiller s'il y a un problème, promis. »

Le jeune guitariste hésita puis esquissa un faible sourire en hochant la tête : il savait qu'il pouvait leur faire confiance, mais il avait peine à laisser son frère entre leurs mains, ayant la désagréable sensation de fuir, de le laisser seul. Il s'extirpa donc du canapé et alla se coucher dans le clic-clac que les deux autres musiciens avaient ramené de leur chalet ; le sommeil n'était en général pas long à venir, l'adolescent s'endormant presque instantanément. Georg soupira :

« Il est vraiment crevé... »

« C'est normal. » répondit Gustav. « Bill est dans un piteux état, il crie pour un rien et la seconde d'après, il broie du noir en disant qu'il a envie de mourir. Si on n'était pas là, Tom ferait nuit blanche sur nuit blanche. »

Le bassiste acquiesça d'un mouvement de tête en soupirant. Les jumeaux étaient les plus jeunes du groupe et ils lui étaient très proches, il les considérait comme ses meilleurs amis mais aussi comme des petits frères dont il devait prendre soin. Il en allait de même pour Gustav, il le savait, bien que ce dernier n'ait qu'un an de plus qu'eux. Son regard se posa sur Tom. L'adolescent avait les traits tirés, les cernes étaient clairement visibles et, même endormi, il semblait considérablement fatigué. Georg et Gustav sursautèrent lorsque la porte du chalet s'ouvrit, c'était leur manager. L'homme affichait une mine inquiète et préoccupée, ses yeux se posèrent sur le guitariste qui dormait paisiblement dans le clic-clac.

« Comment vont-ils ? »

« Tom est considérablement fatigué et Bill est lunatique... » répondit Georg.

« Il rend la plupart de ses repas. » compléta Gustav. « Le manque ne le laisse pas tranquille. »

L'homme soupira et s'assit dans le canapé où se tenait Tom quelques minutes plus tôt. Il avait déjà proposé d'emmener Bill dans un centre de désintoxication mais le batteur avait simplement répliqué que ça ne changerait rien qu'il soit dans le centre ou dans le chalet et avait ajouté que le séparer de son jumeau, même pour quelques jours, était la pire idée qu'il n'ait jamais eue : le chanteur n'aurait plus aucun repère et le guitariste s'en rendrait malade d'inquiétude et se sentirait écrasé par son impuissance à aider son jumeau.

« Et vous ? » demanda subitement leur manager.

« Ne vous inquiétez pas. » sourit le bassiste. « On se relaye. Là, on a laissé Bill dans sa chambre, le temps qu'il se calme : il est rentré dans une colère noire parce qu'on lui a dit qu'il valait mieux qu'il ne sorte pas encore, qu'il était toujours en manque. Il n'a pas aimé. »

« D'ailleurs, je vais aller le voir. » annonça Gustav en s'engouffrant dans le couloir.

« Et ce gars ? Peter, je crois... Qu'est-ce qu'il devient ? » interrogea Georg.

« Il ne dira rien... » le rassura son interlocuteur. « Il sait que s'il parle, personne ne voudra le croire et puis il ne tient pas à finir en prison pour possession et vente de stupéfiants. Ne vous inquiétez donc pas de ça, je m'en charge. »

« Merci, manager. » souffla le jeune homme.

L'intéressé balaya le remerciement d'un geste de la main, il n'avait pas à lui en être reconnaissant, c'était normal. Un mouvement brusque attira leur attention, les faisant sursauter : c'était Tom qui venait de se redresser dans le clic-clac, les yeux grands ouverts. L'adolescent cligna plusieurs fois des yeux avant de faire mine de se lever.

« Eh, où tu crois aller comme ça ? » lança Georg.

« J'ai assez dormi. » répondit simplement son cadet.

« Hein ? Ça fait à peine un quart d'heure que tu dors. » l'informa le bassiste.

« ... C'est tout ? » s'étonna le guitariste.

« Oui, c'est tout. » trancha son aîné. « Tout va bien, va te recoucher. »

Tom était assis dans le clic-clac, il avait l'air perdu, son visage était pâle et ses yeux légèrement hagards ; il obéit néanmoins à Georg et se recoucha, s'endormant aussi vite qu'un quart d'heure plus tôt. Le bassiste soupira :

« C'est comme ça depuis deux jours : il s'endort et se réveille en sursaut quelques minutes après. On est obligé de lui dire de retourner se coucher sans quoi il est persuadé d'avoir trop dormi... »

« Je me demande franchement si l'idée du centre de désintoxication était si mauvaise que ça. » murmura le manager d'un air préoccupé. « Bill m'inquiète mais Tom aussi... »

« Tom est constamment sur les nerfs. » expliqua Georg. « On évite de le laisser trop longtemps avec Bill, car il ne sait jamais vraiment sur quel pied danser et ça l'épuise psychologiquement. Mais le fait d'être séparé de son frère semble l'atteindre considérablement aussi. »

« Les jumeaux sont des créatures bien étranges... » sourit tristement l'homme.

« Et ceux-là sont encore pires, de vrais cas. » renchérit le bassiste.

Ils rirent jaune pendant quelques minutes et écoutèrent finalement le silence. Il était vrai que l'état des deux adolescents était préoccupant, mais le groupe espérait sincèrement qu'ils étaient au plus bas et qu'ils allaient à présent remonter la pente. Gustav revint dans le salon, s'attirant deux regards interrogateurs.

« Bill s'est endormi... » les informa-t-il.

« Bon, c'est déjà ça de fait. » sourit le manager. « Je vais vous laisser, j'ai, moi aussi, du travail. »

Les deux musiciens acquiescèrent d'un hochement de tête et le raccompagnèrent jusqu'à la porte. Ils n'avaient plus qu'à se répartir les tours de veille.

OoOoO

Le soleil pénétrait par la baie vitrée dont le volet était resté ouvert, illuminant la grande pièce d'une lumière blanche et chaude. L'air tiède créait une sorte de cocon de bien être, comme un havre de paix, un retranchement de quiétude ; ce fut dans cette atmosphère que Tom entrouvrit les yeux. Ses paupières étaient lourdes mais il avait la sensation qu'il avait suffisamment dormi, la chaleur ambiante était agréable mais il avait un sentiment étrange, comme si cette même chaleur l'étouffait. Il se redressa dans le clic-clac et regarda autour de lui : Georg dormait dans le canapé, le reste était calme ; peut-être Gustav était-il parti prendre sa douche ? Non, il ne percevait pas le bruit de l'eau qui coule. Peut-être était-il retourné dans leur chalet pour prendre des affaires ? Il ne savait pas et avait le vague sentiment de s'en moquer. Se levant tant bien que mal malgré la douleur qui revenait toujours un peu depuis sa bagarre, il se glissa dans la cuisine et alla chercher de quoi se restaurer.

Son regard se posa sur des pains au chocolat. Il ne se souvenait pas en avoir vu la dernière fois qu'il était allé dans la cuisine. Des pains au chocolat... Bill et lui s'en partageaient toujours quand ils étaient plus jeunes, lorsque l'un en avait un, il le coupait en deux pour le donner à l'autre. Jamais rien seul. C'était une règle qu'ils s'étaient inconsciemment fixée. Tom fixa encore quelques secondes les viennoiseries avant d'en prendre une, il ne réfléchissait pas spécialement à son geste, mû par une impulsion soudaine ; il traversa le salon aussi discrètement que possible pour ne pas réveiller son aîné et s'engouffra dans le couloir. Pour une obscure raison, il lui semblait plus sombre que dans son souvenir, comme s'il franchissait le passage qui menait à un autre monde. S'arrêtant devant la porte, sa main se figea à quelques centimètres à peine du bois... Avait-il le droit ? Il perçut le tremblement de sa main, les battements de son c½ur qui lui semblaient plus sonores, le bruit de sa gorge qui déglutissait... Pouvait-il franchir cette porte ?

« Tom... ? »

L'intéressé sursauta en entendant son nom. Il avait été prononcé d'une voix lasse, fatiguée, mais c'était celle de son frère, de son jumeau, de Bill. Le guitariste inspira un grand coup et appuya sur la poignée en poussant la porte. Son c½ur battait fort, il avait l'impression que même Gustav n'aurait pu faire mieux avec sa batterie. Un sentiment de crainte pesait dans sa poitrine et sur son ventre, sans qu'il parvienne réellement à en déterminer l'origine.

La pièce était plongée dans une légère pénombre, la fenêtre entrouverte, les volets à demi-fermés, il semblait que seul le trait de lumière qui en provenait éclairait l'endroit. Tom aperçu son frère, recroquevillé dans un coin, les genoux ramenés contre la poitrine, les bras croisés dessus, le visage dissimulé derrière leur rempart ; peiné par cette vision, l'adolescent s'avança dans la pièce jusqu'à son vis-à-vis et s'assit à côté de lui, laissant à peine cinquante centimètres entre eux. Peut-être moins. Peut-être plus. Il ne savait pas vraiment.

« Comment tu as su ? » murmura-t-il simplement.

« J'ai vu ton ombre sous la porte. » répondit le jeune chanteur.

« Et que c'était moi ? » poursuivit Tom.

« Comme ça. » répliqua Bill.

Le jeune guitariste hocha la tête, signe qu'il comprenait. A lui aussi, il lui arrivait de savoir que son jumeau était là sans même avoir à jeter un coup d'½il, il n'avait jamais vraiment su ou tenté d'expliquer pourquoi, il le sentait, c'était tout. Il s'adossa au mur, s'installant plus confortablement, et considéra un moment le pain au chocolat qu'il avait amené ; ses doigts attrapèrent chacune des extrémités et il le sépara en deux.

« Tiens... » souffla-t-il en tendant le morceau à son frère.

Bill releva légèrement la tête, ses yeux scrutant ce qu'on lui offrait. Un vague sourire étira ses lèvres avant qu'il ne le prenne, adressant un mouvement de tête en guise de remerciement ; il mordit une première fois dedans, savourant le goût de la viennoiserie. Il mâchait lentement, comme si cela lui demandait un effort considérable, mais lorsqu'il eût avalé sa bouchée, un triste sourire se dessina sur ses traits :

« Tu ne changes pas... » murmura-t-il.

« Toi non plus. » rétorqua son vis-à-vis.

« Hm ? » le chanteur le considéra un instant avec une incompréhension non feinte.

« Pour moi... Bill reste Bill, quoiqu'il arrive. »chuchota Tom. « Toujours... »

Son jumeau écarquilla les yeux de surprise, puis un sourire réapparut sur ses lèvres pâles, se jouant des traits tirés de son visage, ce fut un regard de profonde reconnaissance qui se noya dans celui de Tom. Bill se laissa glisser sur le côté, posant sa tête sur l'épaule de son frère. C'était la deuxième fois qu'il avait ce sentiment de bonheur depuis qu'il était en manque, la première avait été lorsque Tom lui avait dit qu'il l'aimait, la deuxième était aujourd'hui : son jumeau reconnaissait toujours son existence, il regardait au-delà de son changement. C'était une sensation de plénitude qui l'envahissait, il se sentait apaisé, comme s'il s'éveillait d'un long sommeil sans rêves.

Les deux garçons avalèrent leur moitié de pain au chocolat respective, profitant simplement de la présence de l'autre, se nourrissant de ce sentiment de sécurité, cette impression d'être hors du temps et de toute réalité, plongés simplement dans l'air chaud de la pièce comme à l'abri dans un cocon. Tom pencha la tête sur le côté, apposant sa joue contre les cheveux de son frère. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas eu un de ces moments de calme plat où aucune préoccupation ne l'assaillait, aucune raison de s'énerver, de stresser. Non, juste le calme.

Gustav était revenu et avait préparé un plateau repas pour Bill, l'amenant dans la chambre ; à peine eût-il franchit le pas de la porte qu'un sourire en coin se nicha sur ses lèvres. Il déposa le plateau sur la commode, aussi silencieusement que possible, ressortit sans un bruit et ferma doucement la porte dans le but de ne pas réveiller ses deux cadets qui dormaient l'un contre l'autre, adossés au mur, paisibles.

« Gustav, t'as pas vu Tom ? » lui lança Georg, inquiet, lorsqu'il revint dans le salon. « Ah, merde, je ne pensait pas m'endormir comme ça... ! »

« T'inquiète. » le rassura son vis-à-vis en souriant. « Il va bien. »

OoOoO

« Tom... ? » murmura une petite voix.

« Hm ? » répondit l'intéressé en ouvrant les yeux.

« Tu ne me laisseras pas, hein ? » souffla son vis-à-vis, l'inquiétude se lisant dans son ton.

« Bien sûr que non. » répliqua le guitariste avec assurance.

« Promis ? » demanda une nouvelle fois Bill sans lever la tête de l'épaule de son frère, mais en glissant une main hésitante dans la sienne.

« Promis. » sourit Tom en serrant les doigts sur ceux de son vis-à-vis. « Je ne lâcherais pas ta main, jamais... »

Le jeune chanteur esquissa un sourire, heureux, il frotta doucement sa tête contre la mâchoire de son jumeau, à la manière d'un chat. Le guitariste, lui, fut pris d'un fou-rire, s'attirant la curiosité de Bill :

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Nein, rien... » répondit-il, les épaules néanmoins secouées par un petit rire presque nerveux.

« Dis... ! » insista son frère.

« Nein. » sourit son vis-à-vis.

« Toooooooom... ! » grogna Bill en guise d'avertissement.

« Nein, c'est vraiment bête. » soupira ce dernier, toujours un sourire amusé aux lèvres.

« Ben, dis-le, si c'est si bête. » grimaça le brun.

« Hm... Je me disais que le ''je ne lâcherais pas ta main, jamais'', c'était un peu surfait... » se rendit l'adolescent aux dreads.

« Hein ? Comment ça ? » s'étonna le chanteur, légèrement anxieux.

« Ben, disons que c'était une image : j'aimerais bien me torcher tout seul quand je suis aux toilettes si tu vois ce que je veux dire. » rétorqua-t-il.

Bill écarquilla les yeux et éclata de rire, accompagné de son jumeau. Ils en rirent jusqu'à en avoir mal au ventre, ayant du mal à retrouver leur calme. Ce ne fut qu'entre deux hoquets que le brun parvint à articuler :

« Effectivement, c'était très bête ! »

« Je t'avais prévenu ! » se défendit Tom.

« Toi, t'as vraiment l'art de casser l'ambiance. »

Les deux adolescents se remirent à rire. Ça les détendait, ils riaient encore et encore, en ressentant un profond besoin après les jours qu'ils avaient passés. C'était un moment délicieux, toute leur complicité était revenue, ils pouvaient la sentir palpiter au plus profond d'eux-mêmes, aussi fortement que les battements de leurs c½urs. Bill se calma un peu et releva la tête, croisant le regard de son frère :

« Tom... »

« Ja ? »

« Tu sais... Je me sens mieux, maintenant... Je pense que... Que je peux sortir d'ici. J'en ai assez d'être enfermé. » déclara le brun.

Son jumeau parut pensif, hésitant. Bien sûr, Bill pouvait comprendre qu'il n'ait pas confiance en lui après ce qu'il s'était passé, même si cela lui faisait mal de l'admettre ; mais ce qu'il lisait sur le visage et dans le regard du guitariste était en réalité plutôt de l'inquiétude. Pouvait-il le laisser sortir ? Etait-il prêt ? Il ne répondit d'abord pas, plongé dans ses pensées. Ce fut une intervention de Gustav qui les tira de leur petit monde :

« Ce n'est pas une mauvaise idée. Le grand air vous fera du bien à tous les deux. Vous n'avez qu'à sortir. »

Les deux adolescents le considérèrent un moment en silence avant de se lever et de prendre la poudre d'escampette. Il n'avait eu à le dire qu'une seule et unique fois pour que les jumeaux se ruent dans la salle de bain.

« Je passe d'abord. »

« Dans tes rêves ! »

« Nein, dans tes cauchemars ! »

« C'est ça, oui ! »

« On prend la douche ensemble ? Ça ira plus vite. »

« Marché conclu ! Et gare à toi si tu prends toute l'eau chaude ! »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Les deux garçons s'engouffrèrent dans la salle de bain, éparpillant leurs vêtements un peu partout à même le sol ; Tom s'engouffra le premier sous l'eau tiède, soupirant de bien être. C'était un liquide bienfaisant, dénouant chacun des n½uds musculaires de son corps, le détendant énormément, il avait l'impression que les heures de sommeil qui lui manquaient glissaient comme l'eau sur sa peau. Rouvrant les yeux, il s'aperçut que ça faisait un moment qu'il était sous le jet d'eau : il en avait complètement oublié son frère ; se retournant, il constata que son vis-à-vis n'était toujours pas rentré dans la baignoire-jacuzzi dont ils pouvaient bénéficier pendant leur mois de vacances. Haussant un sourcil, il lui posa une question muette du regard à laquelle Bill répondit en détournant les yeux :

« Tu... Tu veux bien qu'on prenne notre douche ensemble... ? Vraiment ? »

Tom n'aurait probablement pas compris la question si la main de son jumeau n'avait attiré son attention : elle enserrait l'intérieur de son bras, au niveau du coude, là où, quelques jours plutôt, on discernait les traces de seringue. Le guitariste cligna plusieurs fois des yeux comme s'il ne comprenait pas le pourquoi de la question et finit par tendre la main dans la direction de son leader et frangin :

« Allez, viens. Tu vas pas rester debout et à poil au milieu de la salle de bain en me regardant me laver, quand même. »

Le brun esquissa un sourire mi-gêné mi-amusé et enjamba le rebord de la baignoire. Il posa la main sur l'épaule du guitariste, le tirant légèrement en arrière, lui signifiant d'un signe de la tête qu'il désirait passer sous l'eau ; Tom ne broncha pas et se décala, empoignant le gel douche et commençant à en induire la fleur de douche. Son regard retourna sur son frère, inquiet, Bill ne s'était pas décrispé depuis qu'il avait hésité à pénétrer dans la baignoire, il semblait vouloir absolument lui cacher son bras... Avait-il honte de ce qu'il s'était passé ? Le châtain hésita quelques instants avant de s'approcher et d'appliquer la fleur de douche dans le dos de son jumeau, le faisant sursauter ; les mouvements circulaires sur son omoplate le calmèrent un peu. Tom le lavait. Le jeune chanteur décida de se laisser faire, appréciant le contact du nylon sur la peau de son dos, ses fines caresses, il pencha légèrement la tête en avant pour faciliter les choses à son frère. Il frissonnait presque à ce contact, c'était très agréable, pourtant... Il y avait quelque chose qui obstruait sa gorge, comme s'il avait envie de pleurer. Il hésita, sachant parfaitement ce qu'il avait envie de dire, puis murmura :

« Tom... ? »

« Ja ? »

« Danke für alles. (14) »

« Warum ? (13) » s'étonna le guitariste.

« Pour... Pour tout ce que tu as fait pour moi. Pour tout... Ce que tu as supporté pour moi et... » balbutia Bill en baissant toujours un peu plus la tête.

« Doof. (15) » souffla Tom.

Le chanteur serra les dents, une furieuse envie de pleurer lui sautant à la gorge, mais il sursauta en sentant un contact doux et chaud contre sa nuque. Son frère venait d'apposer ses lèvres juste à l'endroit où se trouvait son tatouage. Bill ne bougea pas, n'osant pas esquisser le moindre geste : ce n'était pas quelque chose d'habituel, c'était son frère, mais en même temps... Ce n'était pas désagréable. Il pouvait sentir un net contraste entre les lèvres tièdes de Tom et son piercing froid, c'était déroutant, mais cela ravivait également cette sensation électrique qui lui descendit le long de la colonne vertébrale. Le guitariste se recula permettant à son leader de se retourner, il lui adressa un sourire un peu gêné et murmura :

« Ich bin du und du bist ich... (16)»

Ces paroles avaient été prononcées sur le ton de l'excuse, comme s'il regrettait son geste ; il lui tendit la fleur de douche et en prit une autre qu'il induisit elle aussi de gel douche, commençant à se laver. Bill se retourna finalement face au mur, ne prononçant pas un mot, ne demandant rien, serrant simplement la fleur de douche contre lui ; il avait l'impression de sentir encore les lèvres de son frère contre sa nuque, aussi présentes que quelques secondes auparavant... Pourquoi... ?

''C'est parce que je t'aime, Bill. Tu es ma moitié. Je donnerais n'importe quoi pour que tu ne pleures plus, tu sais ? Je donnerais tout ce que j'ai si ça pouvait te rendre le sourire. Je t'aime vraiment et je voudrais te voir heureux. Et c'est parce que je t'aime que je ne crie pas, que je ne te frappe pas... Parce que je me haïrais de te faire souffrir...''

Ses paroles lui revinrent en mémoire. Aussi fraîches que s'il venait de les prononcer. Aurait-il fait cela parce que... ? Non, ce n'était pas envisageable : ils étaient frères, jumeaux qui plus était ; il se faisait des idées, c'était sûr. Mais alors ce baiser... ? Ce fut dans une atmosphère presque pesante que les deux garçons achevèrent de prendre leur douche et partirent s'habiller. Bill ne parvenait pas à penser à autre chose, s'habillant presque machinalement ; Tom l'avait embrassé sur la nuque. C'était la seule information compréhensible qui parvenait à circuler dans son esprit.

« Bill... ? »

L'intéressé sursauta et se retourna pour faire face à son jumeau. L'air gêné de ce dernier céda sa place à un sourire amusé puis à un gloussement presque moqueur, le jeune chanteur ne comprenait pas trop, mais son vis-à-vis s'empressa d'éclairer sa lanterne :

« Tu peux me dire ce que tu fous à essayer de foutre ton jean à l'envers ? »

Le brun écarquilla les yeux et baissa la tête pour constater qu'il était effectivement en train d'enfiler son pantalon à l'envers ; peut-être était-ce pour cette raison qu'il luttait avec depuis plusieurs minutes, mais il ne s'en était pas rendu compte, perdu dans ses pensées. Le rire de son frère le détendit néanmoins jusqu'à ce qu'il se joigne à lui, il remit correctement son jean et ils sortirent.

Tom avait remis son bandeau et sa casquette. Il ne changeait décidément pas ses habitudes. Les deux garçons allèrent déjeuner au réfectoire du village et décidèrent de faire le tour de la propriété. Elle était immense et ils s'extasiaient presque sur tout ce qu'ils voyaient : les terrains de tennis, celui de foot, le mini-golf, la piscine... Tout était surdimensionné. Et bien sûr, cela aurait été du gâchis de ne pas en profiter : les jumeaux se ruèrent sur les différentes activités que proposait le village de vacances, jouant et riant autant qu'ils le pouvaient.

« Regarde ! Le terrain de basket est désert ! On se fait une partie ? » demanda Tom, enthousiaste.

Bill acquiesça d'un hochement de tête et fit la course avec son frère pour voir lequel serait le plus rapide à arriver au charriot où se trouvaient les ballons ; il parvint à distancer son vis-à-vis de peu et s'empara d'une balle :

« Je... Pff... Commence ! »

A peine eût-il prononcé ces mots que les deux adolescents se ruèrent sur le terrain et se firent une partie. Ils se connaissaient l'un et l'autre sur le bout des doigts, il était donc difficile d'attaquer sans risquer de perdre la balle ; le jeune chanteur crut à un moment pouvoir marquer mais son jumeau lui déroba le ballon de justesse et contre-attaqua. Bill grogna et tenta de se réapproprier la balle, courant à la suite de Tom ; mais alors qu'il courait, il s'aperçut que ses jambes ne réagissaient pas aussi vite qu'il l'aurait voulu, son c½ur battait à tout rompre et ses poumons peinaient à se remplir d'air. Il tenta de ralentir un peu mais il sentit tout à coup ses jambes se dérober sous lui, le monde basculer en s'obscurcissant, une voix appeler son nom.

« Bill ! BILL ! »

Le guitariste arriva à la hauteur de son frère et se laissa tomber à genoux. Le brun était inconscient, sa tête pendit dans le vide lorsque Tom tenta de le redresser ; paniqué, l'adolescent aux dreads retira sa casquette et s'en servit pour faire de l'air à son vis-à-vis :

« Bill ! Répond-moi ! Bill ! »

Mais l'intéressé restait sourd à ses appels, les yeux fermés. N'y réfléchissant pas à deux fois, il parvint tant bien que mal à le hisser sur son dos, passant les jambes de son jumeau de chaque côté de sa taille, les soutenant de ses bras ; il se mit à marcher, priant pour que les bras de Bill ne glissent pas de ses épaules. Leur chalet était loin, mais Bill n'était pas lourd, il pouvait le faire, il fallait tout simplement s'arrêter pour le remettre correctement sur son dos. Il croisa plusieurs fois des gens, des vacanciers à en juger leur accoutrement, mais aucun d'entre eux ne sembla faire attention à lui.

« Scheiβe... ! » pesta le guitariste. « Est-ce que j'ai vraiment la tête d'un gars qui ramène son pote bourré... ? Surtout à quatre heures de l'aprèm ! »

Il continua à grommeler contre tous ces gens stupides et complètement fêlés du bulbe, plus stupides que des méduses qui avaient au moins le mérite d'avoir soixante-neuf points de QI. Arrivé à mi-chemin, il marqua une pose, s'arrêtant quelques secondes en s'appuyant contre un lampadaire, le souffle court. Il n'était plus très loin...

« Tom... ? » marmonna une voix contre son épaule.

« Bill ? Bill, wie geht's ? » s'inquiéta aussitôt l'adolescent.

« Huh... Ouais... Juste un vertige... » articula-t-il.

« Bon, je te ramène au chalet. On est presqu'arrivés. » lui annonça son frère.

« Ah... » Bill ouvrit soudainement les yeux. « Ah, Tom, c'est bon, je me sens mieux. Tu peux me lâcher... ! »

« Eh ! Arrête de bouger ! » protesta le guitariste. « C'est déjà pas facile de te porter, alors mets-y un peu du tien et... »

Il ne termina pas sa phrase, sentant quelque chose contre ses reins. Il en oublia tout le reste et lâcha subitement Bill qui tomba à la renverse ; le brun dissimula tant bien que mal, dans un geste vif et à la fois maladroit, la bosse qui se formait au niveau de son entrejambe. Qu'est-ce qui n'allait pas ? Ils étaient frères ! Et ce n'était pas la première fois que Tom le portait sur son dos, ils le faisaient souvent quand ils étaient petits. Alors quoi ? De son côté, le châtain avait le c½ur qui battait à la chamade, fixant inlassablement ses pieds. Pourquoi se sentaient-ils si gênés en la présence l'un de l'autre ? Se pourrait-il que... ? Non ! Non, non, non, non, non, non ! Ils étaient frères ! Jumeaux ! C'était impossible !

« Bon, si tu peux marcher... Je pars devant. »

Sur ces quelques mots, Tom partit presqu'en courant en direction du chalet, plantant là son frère qui se releva, avisant des toilettes publiques pour se cacher le temps que son corps se calme. Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ? Tom était son frère ! Pas étonnant qu'il l'ait choqué avec ça ! Bon, certes, il lui avait dit qu'il l'aimait mais il ne fallait pas en faire toute une histoire ! C'était de l'amour fraternel ! C'était de ça dont parlait Tom ! A quoi pensait-il donc pour réagir de la sorte ? Il patienta un bon moment avant d'envisager de sortir pour prendre le chemin du chalet. A son arrivée, il apprit que le jeune guitariste était passé en coup de vent devant Georg et Gustav et s'était enfermé dans la chambre.

« Vous vous êtes engueulés ? » hasarda le bassiste.

Le regard noir qu'il essuya en réponse à sa question l'abstint d'en poser d'autres. Bill traversa le chalet et s'arrêta devant la porte de la chambre ; il allait frapper lorsqu'il retint son geste : et qu'est-ce qu'il dirait à son jumeau ? Qu'il s'excusait d'avoir bandé contre son dos ? Non, ce n'était pas convenable... ! Il demeura donc là, debout devant cette porte, le poing tremblant. Que pouvait-il dire... ?

OoOoO

Les jours se succédèrent, les uns à la suite des autres. Tom évitait clairement de rester seul avec Bill, quant à ce dernier, il avait encore des vertiges et des vomissements, mais ils étaient de moins en moins préoccupants, au plus grand soulagement de tous. Les jumeaux ne parlèrent plus de l'incident, ne pouvant jamais être seuls dans la même pièce : le guitariste trouvait toujours quelque chose d'intéressant à faire, quelqu'un avec qui parler, etc... A un tel point que son leader et frère n'essaya même plus de lui adresser la parole à ce sujet, se contentant de discuter avec lui de sujets banals en compagnie du reste du groupe. Une semaine et demie s'écoula de la sorte, ne dissipant pas le malaise qu'il y avait entre les deux adolescents ; mais Bill redoutait le jour du départ : chez eux, ils seraient amenés à se croiser très souvent et à ce rythme-là, il allait en devenir complètement dingue.

Car, au fond, il s'en rendait lentement compte : il se sentait trahi par ce frère qui lui avait promis de ne jamais lui lâcher la main, de ne jamais le laisser. Mais en même temps, il ne pouvait pas se résoudre à lui en vouloir ; son absence laissait un trop grand vide pour qu'il puisse l'ignorer éternellement. Et faire semblant de se côtoyer était le plus grand des supplices. Il avait toujours veillé sur lui de loin, même inconsciemment, et il s'en rendait compte, il avait toujours eu un sentiment d'anxiété dès que Tom disparaissait de sa vue ; il n'aimait pas s'écarter trop de lui, que ça soit pendant qu'ils signaient des autographes, pendant une interview ou sur scène. Il cherchait constamment à rester proche de lui. Et à présent... C'était tout l'inverse de ce pour quoi il avait toujours vécu qui était en train d'arriver ; la distance qui s'était instaurée entre eux lui faisait un mal de chien, revivre mille fois son piercing à la langue aurait été moins éprouvant. C'était comme essayer de tirer sur un cheveu, il n'avait qu'une crainte : qu'il casse. Combien de fois avait-il dressé cet argument de lien de sang pour contrer ses pensées qu'il jugeait malsaines ? Combien de fois avait-il essayé de s'intéresser aux filles qui traînaient dans le village ? Mais rien n'y faisait, il y pensait constamment.

« T'en penses quoi, Bill ? » entendit-il dire.

« Hein ? Pardon ? » se réveilla l'intéressé.

« Tu pourrais écouter quand on te cause. » soupira Georg, agacé. « On dirait que tu te sens pas concerné. »

« Je disais que si vous vouliez, ce soir, vous pourriez jouer dans la discothèque. » reprit le manager. « J'ai discuté avec le patron et il n'a émis aucune objection contre un petit concert. Alors ? »

« Pas de problème pour moi ! » répondit le bassiste.

« Ça ne me dérange pas. » acquiesça calmement Gustav.

« Si vous y allez, je vous suis. » rétorqua Tom.

Tous les regards convergèrent vers Bill, excepté celui de son frère qui semblait très absorbé par une feuille posée sur la table du salon. Ils attendaient sa réponse. Il inspira profondément et murmura :

« Je suis partant. »

C'en fut donc décidé ainsi. Ils se rendirent à la discothèque dans l'après-midi pour faire tous les réglages, sons et lumières, qui s'imposaient. Ils firent quelques pauses pour manger et boire, histoire de souffler un peu, et se remettaient au travail. La scène n'apporta rien de bon pour Bill qui commençait à se maudire d'avoir accepté : presqu'inconsciemment, il se rapprochait toujours un peu de son frère et se faisait violence pour repartir dans l'autre sens dès qu'il s'en rendait compte, tout ça en ayant l'air le plus normal possible.

Le soir tomba rapidement. Trop rapidement au goût du chanteur qui ne se sentait pas du tout prêt à faire de la scène dans ces conditions : c'était comme demander à un équilibriste peu sûr de lui de faire son numéro sans filet.

« Je sors prendre l'air. » déclara Tom.

C'était l'occasion. L'occasion ou jamais de mettre les choses au clair. De mettre fin à ce fichu calvaire dans lequel ils s'étaient embourbés. Bill décida donc de le suivre et sortit de la boîte, le vent était un peu plus frais que dans la journée, ce qui n'était pas désagréable ; il chercha du regard où se trouvait son jumeau et l'aperçut, appuyé contre le grillage qui donnait sur les terrains de sport. Il lui tournait le dos...

« Tom. » appela-t-il en se rapprochant.

Il n'avait pas besoin d'être son frère pour savoir que le guitariste s'était crispé à son nom, ce dernier ne bougea d'ailleurs pas, laissant son vis-à-vis s'approcher davantage. Le chanteur s'immobilisa à environ deux mètres de lui avant de lancer :

« Tom. Ça suffit. J'en ai assez et ça a suffisamment duré. J'aimerais que tout redevienne comme avant ! »

« C'est pas possible. »

Bill fut estomaqué par la réponse : pas possible ? Comment était-ce possible ? Tom... Dirait ce genre de choses ? Il crut à un moment que le temps s'était arrêté et que ses jambes allaient le trahir. Mais il se força à garder la tête haute et se lança :

« Pourquoi ? »

« Ça n'est pas possible, c'est tout. » répliqua à nouveau le guitariste.

« Mais pourquoi ce n'est pas possible ? » s'énerva son vis-à-vis.

Cette fois, il n'obtint aucune réponse. Il soupira profondément et commença à se détourner lorsque quelque chose attira son regard : Tom avait posé son front contre le grillage et ses épaules étaient légèrement secouées... Pris d'une impulsion soudaine, Bill s'avança, l'attrapa par le bras et le força à le regarder. Il regretta bien vite ce geste, le visage de son jumeau luttant pour essayer vainement de retenir des larmes lui apparut ; il en resta bouche bée pendant quelques secondes avant d'arriver à murmurer :

« Tom... ? »

« Schuldi... » gémit l'adolescent qui lui faisait face, baissant la tête. « Schuldi... »

« Pou-Pourquoi tu t'excuses ? » souffla le brun, ne comprenant plus.

« J'ai... J'ai vraiment essayé... » répondit le guitariste, la voix commençant à se briser à cause de ses larmes. « Je te jure... ! J'ai essayé... »

« Mais de quoi tu parles ? » la panique commençait à envahir Bill.

« Je... Je sais que... Que ce n'est pas possible. Parce qu'on est frères... Jumeaux même... Qu'on a le même sang... Et qu'on est des mecs... Et tout ça... » pleura l'adolescent. « J'ai essayé de m'écarter. De faire taire tout ça mais... Je peux pas... »

« Tom... » souffla son jumeau.

« Je t'aime, Bill... ! Je t'aime à en crever ! » avoua l'intéressé en fondant en larmes.

Les yeux de son vis-à-vis s'écarquillèrent. Il demeura interdit quelques instants avant de réussir à prendre Tom dans ses bras et à le serrer fortement contre lui ; l'adolescent se laissa faire, comme si toute force l'avait abandonné, il n'arrivait qu'à articuler ces mêmes mots :

« Schuldi, Bill... Schuldi... Mais j'avais trop mal... ! Schuldi... ! »

« Shhht... » souffla son frère en le berçant doucement. « Ne pleure pas. Tout va bien. »

« Mais... »

« Il n'y a pas de ''mais'', Tom. » le coupa-t-il. « Tu n'as rien fait de mal, d'accord ? »

Prononçant ces mots, il écarta un peu le guitariste pour le regarder dans les yeux, posant son front contre le sien.

« Tout va bien, ok ? »

Le châtain hocha la tête en se mordillant la lèvre inférieure. Il était adorable. Ce fut la seule pensée cohérente qu'eût Bill avant d'être mû par une impulsion soudaine, penchant légèrement la tête sur le côté et scellant les lèvres de son vis-à-vis des siennes. Tom écarquilla les yeux, trop surpris pour tenter quoique ce soit, ce fut le brun qui mit fin à ce baiser en s'écartant, retirant son portable braillard de sa poche.

« Hallo ? »

/Bill ! Qu'est-ce que vous faites ? On va commencer /

« Ah, désolé, Georg. On arrive. » il raccrocha et murmura. « Faut y aller. »

Sur ces quelques mots, les deux adolescents se rendirent dans la boîte qui s'était remplie de monde. Le jeune guitariste était troublé par ce qu'il venait de se passer, mais il monta tout de même sur scène en passant sa guitare par-dessus son épaule ; il chassa du mieux qu'il put toutes ses pensées, essayant de se concentrer sur ses cordes.

« Guten Abend. (17) » salua Bill dans son micro, ce qui déclencha déjà quelques réactions dans le public. « Nous sommes les Tokio Hotel et nous allons vous interpréter ''Jung und nicht mehr jugendfrei'' (Jeunes et même plus libres). »

Pourquoi pas ? Ils la connaissaient tous par c½ur. Gustav commença par un coup de baguettes sonore, Tom enchaîna en faisant danser ses doigts sur les cordes de sa guitare, bientôt rejoint par la basse de George et la batterie dans un rythme entraînant. Bill vint alors caller son chant sur la mélodie, hypnotisant l'assemblée par sa présence, sa voix et sa façon de se mouvoir :

Ihr steht immer pünktlich auf / (Vous vous réveillez toujours pile à l'heure)

Und verpennt was bei uns geht / (Et loupez ce qui se passe chez nous)

Ich seht was was du nicht siehst / (Je vois quelque chose que tu ne vois pas)

Guck mal was auf unseren Jacken steht / (Regarde ce qu'il y a d'écris sur nos blousons)

'tschuldigung du steht im weg / (S'cuse – t'es dans le chemin)

Und wir müssen hier vorbei / (Et nous devons passer par là)

Tout était comme d'habitude, ces cris dans la salle qui accompagnaient la musique, les gens qui tapaient dans leurs mains, le chant des connaisseurs qui se mêlait à la chanson. Tom s'amusait à faire courir ses doigts le long des cordes, mais son regard revenait malgré lui vers son frère. Pourtant, à ce moment-là, Bill posa les yeux sur lui, le sourire aux lèvres ; le guitariste ne parvint pas à en détacher le regard, comme happé par ces yeux noisette. Tout à coup, l'assemblée n'existait plus, seule la voix de son jumeau lui parvint, claire et douce, chaleureuse :

Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)

Tut mir Leid ich weiβ wir solln nicht / (Je suis désolé, je sais que nous ne devons pas)

Doch wir fangen schon mal zu leben an /(Mais nous commençons à vivre quand même)

Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)

Eure Rechnung ist mit uns nicht aufgegangen / (Votre note n'est pas finie avec nous)

Wir fangen schon mal an zu leben / (Nous commençons déjà à vivre)

Une drôle d'impression s'installa en lui. C'était... Comme si son frère avait chanté pour lui, comme s'il s'était adressé à lui dans ses paroles. Non, ce n'était pas qu'une impression, il lui avait destiné ce passage. Ce n'était pas la première fois qu'ils jouaient cette musique mais jamais Tom ne s'était senti aussi concerné par les paroles qu'en cet instant. C'était comme un de ces moments hors du temps où l'on pouvait se noyer sans retenue. Mais ses doigts ne cessèrent pas pour autant de jouer et Bill se retourna vers le public.

Ihr guckt immer gerade aus / (Vous regardez toujours tout droit)

Habt uns nicht kommen sehn / (Vous ne nous avez même pas vus arriver)

Hallo ihr habt'n Problem / (Coucou vous avez un problème)

Weil wir das Kommando übernehmen / (Parce que c'est nous qui prenons les reines)

'tschuldigung du stehst im weg / (S'cuse – t'es dans le chemin)

Und wir müssen hier vorbei / (Et nous devons passer par là)

Le regard du chanteur se reposa sur son jumeau, un sourire amusé étirant ses lèvres. Tom hocha la tête, comprenant le message et s'avança jusqu'à un micro à pied qui se trouvait à un mètre de lui. Les deux frères échangèrent un regard complice, prirent leur souffle et se lancèrent, leurs voix se mariant parfaitement l'une avec l'autre :

Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)

Tut mir Leid ich weiβ wir solln nicht / (Je suis désolé, je sais que nous ne devons pas)

Doch wir fangen schon mal zu leben an / (Mais nous commençons à vivre quand même)

Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)

Eure Rechnung ist mit uns nicht aufgegangen / (Votre note n'est pas finie avec nous)

Wir fangen schon mal an zu leben / (Nous commençons déjà à vivre)

Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)

Jung und nicht mehr / (Jeunes et même plus)

Jung und nicht mehr Jugendfrei / (Jeunes et même plus libres)

Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)

Jung und nicht mehr / (Jeunes et même plus)

Jung und nicht mehr Jugendfrei / (Jeunes et même plus libres)

Puis il s'écarta, laissant son jumeau reprendre sa chanson ; lui, il continuait à gratter sa guitare, la faisant chanter en réalité pour une seule personne ce soir-là. Bill agrippa le micro et poursuivit, seul, dodelinant de la tête en faisant danser le pied de micro autour de lui de sa main droite :

Wir sind immer was ihr grad nicht braucht / (Nous sommes toujours ce dont vous n'avez pas besoin)

Das ist traurig / (C'est triste)

Aber mittlerweile scheiβ ich drauf / (Mais maintenant je chies dessus (je m'en fous))

Une nouvelle fois, Bill se tourna vers son jumeau, l'invitant d'un regard à l'accompagner ; et une nouvelle fois, Tom s'avança vers le micro. Ils semblaient en symbiose, comme si leurs voix avaient été faites pour se compléter. La chanson semblait avoir été faite dans le but de réunir leurs deux chants, légèrement différents, la voix de Tom étant à peine plus grave et celle de son vis-à-vis un peu plus forte. Le public en était enchanté et les deux autres musiciens souriaient à cette réconciliation.

Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)

Tut mir Leid ich weiβ wir solln nicht / (Je suis désolé, je sais que nous ne devons pas)

Doch wir fangen schon mal zu leben an / (Mais nous commençons à vivre quand même)

Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)

Eure Rechnung ist mit uns nicht aufgegangen / (Votre note n'est pas finie avec nous)

Wir fangen schon mal an zu leben / (Nous commençons déjà à vivre)

Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)

Jung und nicht mehr / (Jeunes et même plus)

Jung und nicht mehr Jugendfrei / (Jeunes et même plus libres)

Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)

Jung und nicht mehr / (Jeunes et même plus)

Jung und nicht mehr Jugendfrei / (Jeunes et même plus libres)

Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)

Jung und nicht mehr / (Jeunes et même plus)

Jung und nicht mehr Jugendfrei / (Jeunes et même plus libres)

Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)

Jung und nicht mehr / (Jeunes et même plus)

Jung und nicht mehr Jugendfrei / (Jeunes et même plus libres)

La musique mourut et céda sa place à un orage d'applaudissement. Le jeune chanteur lança un coup d'½il en direction de son jumeau, celui-ci le lui rendit, les deux garçons se souriant l'un à l'autre. Bill tendit la main vers son frère qui vint le rejoindre en quelques enjambées et ils s'inclinèrent devant la foule, bientôt rejoints par Georg et Gustav. Ils quittèrent l'estrade sous les applaudissements, essoufflés, transpirants ; ce n'était pas leur première scène, loin de là, mais ils avaient l'impression de renaître. Du moins, c'était le cas des jumeaux qui sortirent de l'endroit, Bill volant un chaste baiser à son vis-à-vis sous le regard des deux autres membres du groupe.

« T'as vu... ? » souffla Georg.

« Hu-hum. » acquiesça simplement le batteur en rangeant son instrument.

« J'aurais jamais cru... T'étais au courant ? » lança son interlocuteur.

« Non, ça doit être récent vu leur comportement des derniers jours. » répondit Gustav.

« Mais... C'est moi ou ça ne te dérange pas plus que ça ? » s'étonna le bassiste.

« Ce n'est pas toi. Je ne vois pas pourquoi ça me dérangerait. » répliqua son vis-à-vis en rangeant sa grosse caisse comme il le pouvait.

« Ben... Ils sont frères ! Jumeaux, qui plus est ! » lui souligna Georg.

« Ah... Et alors ? » soupira Gustav en fermant l'étui.

« Et alors ? C'est tout l'effet que ça te fait ? » son colocataire de chalet ne semblait visiblement pas en revenir.

« Ben... Ouais. Ils font ce qu'ils veulent. S'ils sont tous les deux d'accord, je ne vois pas où est le problème. » rétorqua le batteur en haussant les épaules.

« Mais on parle pas de simples homos, ils sont frères ! » insista son vis-à-vis.

« Georg... Tu aimes bien Bill, non ? »

« Heu, ben, oui... »

« Et Tom ? »

« Aussi. »

« Le fait qu'ils soient maqués ensembles change tout pour toi ? Tu vas les détester ? » enchaîna Gustav en ramassant ses cymbales ride et crash.

« Bien sûr que non ! » se défendit le bassiste.

« Alors la question ne se pose pas. » trancha le batteur.

« Gustav... C'est même plus de l'ouverture d'esprit à ce niveau-là, c'est un truc à ciel ouvert, ton crâne. » lui fit remarquer son aîné.

« Georg... Jusqu'à preuve du contraire, c'est leurs culs, pas le tien. »

Cette simple réplique mit fin à la conversation, le bassiste allant aider son cadet à porter son instrument jusqu'au chalet. De leur côté, les jumeaux rentraient main dans la main dans le leur ; Tom s'approcha et déposa un léger baiser contre la mâchoire de son frère et le lâcha, s'éloignant vers le couloir.

« Eh, Tom ! » l'interpella son jumeau.

« Was ? » la tête du guitariste réapparut.

« Ça te dit un bain de minuit ? » proposa Bill en désignant la piscine du salon.

Son vis-à-vis parut sceptique pendant quelques secondes avant d'esquisser un sourire : pourquoi pas ? Cela pouvait être amusant. Et puis, ils avaient passés tellement de temps à s'éviter qu'ils n'avaient même pas profité de leur piscine d'intérieur. Il allait repartir lorsque le chanteur l'arrêta :

« Où tu vas ? »

« Chercher mon maillot. » répondit Tom comme si cela coulait de source.

« Boh, on s'en fout du maillot, on est que tous les deux. » répliqua Bill.

Son frère soupira en levant les yeux au ciel d'un air résigné et revint sur ses pas. Se débarrassant de ses vêtements qu'il jeta ci et là sur le canapé, il se glissa dans l'eau, elle était bonne, ni trop chaude, ni trop froide. Le brun s'y glissa à sa suite, frissonnant au contact de l'eau ; puis son regard se posa sur son vis-à-vis. Tom lui rendit son regard, aussi bien intrigué qu'amusé ; et, tout doucement, Bill s'approcha, comme un fauve ayant repéré une proie. Son jumeau esquissa un sourire à ce manège et recula lentement.

La piscine n'était pas très profonde, ils pouvaient s'y tenir debout, accoudés au bord, sans problème. Tom s'y était adossé, l'eau lui arrivant au niveau des pectoraux ; Bill était là, contre lui, le visage à présent noyé dans son cou, ses lèvres goûtant à la douceur de la peau de sa gorge, procurant à son vis-à-vis des frissons sans égal. Ses mains caressaient ses flancs, flattaient les courbes fines de son torse, chatouillaient ses tétons qui se durcissaient peu à peu, effleuraient amoureusement ce corps parfait à ses yeux ; Tom ne parvenait pas à retenir quelques soupirs de franchir ses lèvres, communiquant à son jumeau le bien-être qu'il ressentait. Le jeune chanteur descendit légèrement, embrassant la gorge de son compagnon, juste sous la courbe de sa mâchoire ; sa main glissa lentement des flancs de Tom vers ses cuisses, en caressant l'intérieur avec douceur alors qu'il l'embrassait encore et encore, sa main remonta un peu, allant caresser cette partie si sensible de l'anatomie de son vis-à-vis.

Tom eût presque un hoquet à ce contact, laissant sa tête basculer légèrement en arrière, offrant ainsi sa gorge à Bill, ce dernier ne se privant pas pour la couvrir de baisers et d'attentions, laissant, à l'endroit le plus sensible de son cou, une petite marque rougeâtre. Les soupirs de son compagnon étaient une douce mélodie à ses oreilles, l'excitant chaque fois un peu plus, chaque intonation le happant davantage ; le jeune guitariste vint alors de lui-même chercher ses lèvres.

« Bill... » gémit-il avant de l'embrasser.

L'intéressé répondit à ce baiser, glissant sa langue entre ses lèvres et caressant celles de son frère, forçant le passage. Tom ne protesta pas, goûtant à ces caresses, jouant avec cette langue, répondant à son jeu taquin ; il enlaça le cou de son jumeau de ses bras, approfondissant ce baiser qui devenait à chaque instant plus passionné. Leurs corps étaient lovés l'un contre l'autre, chaque mouvement, frottement, les faisaient tous deux frissonner. Bill, transporté par cette sensation de plaisir encore à peine consommé, accentua les caresses de sa main sur la virilité de son frère, lui arrachant par la même occasion un gémissement des plus attrayants et des plus sensuels. Un sourire étira les lèvres du chanteur, son regard luisant d'envie et de désir ; il s'aventura près de l'oreille de son compagnon, lui mordillant le lobe pour s'amuser, puis il descendit le long de cette peau douce et chaude, déposant dans son cou des baisers brûlants.

Tom se mordilla la lèvre, tentant tant bien que mal de se retenir de gémir, mais le simple souffle de Bill sur sa clavicule le faisait frissonner et ses caresses et attentions lui faisaient perdre la tête. Son jumeau s'en amusait, il entama un mouvement de va et vient sur le membre de son compagnon, son autre main suivant amoureusement la ligne de sa colonne vertébrale, caressant la chute de son dos, descendant le long de ses courbes fines. Le guitariste se redressa légèrement en sentant les doigts de son vis-à-vis effleurer l'entrée de son intimité, caressant la peau, appuyant légèrement sur cette petite porte ; Bill laissa son frère poser la tête sur son épaule, embrassant son cou, sa nuque. Tom avait les joues empourprées, le souffle court, gémissait sous ses attentions... Il était magnifique. Le brun pressa un peu plus ses doigts contre l'intimité de son compagnon, lui arrachant une plainte hachée à mi-chemin entre le gémissement et le soupir ; il était dur de se contrôler, il le voulait, il le désirait de tout son être, il le voulait pour lui, pour lui seul.

Sentant que la peau sous ses doigts n'était plus aussi ferme, il hésita, se demandant intérieurement si son jumeau était vraiment prêt à ça ; il en avait envie, bien sûr, mais il ne voulait pas forcer sa moitié, il désirait un consentement mutuel. Se rapprochant de son oreille, baiser par baiser, il murmura :

« Tom... Tu veux continuer... ? »

L'intéressé sembla hésiter, comme s'il avait cessé de respirer. Puis il porta les mains au torse de son vis-à-vis et le repoussa doucement, l'écartant de lui ; Bill n'émit aucune protestation, comprenant que c'était quelque chose de difficile à accepter, surtout à faire dès le premier soir de leur relation, il allait peut-être un peu trop vite au goût de son compagnon et...

« Tu me laisserais en plan après m'avoir chauffé ? » grogna le châtain, le regard un peu fuyant et les joues embrasées.

Le chanteur en resta sans voix, presque bouche bée : ce n'était pas vraiment la réaction à laquelle il s'attendait. Tom ne le regardait pas, il semblait gêné, se tournant doucement pour se retrouver face au bord contre lequel il posa ses mains ; ses épaules tremblaient légèrement, il ouvrit la bouche et la referma sans avoir rien dit, puis Bill entendit un chuchotement qui lui sembla à peine audible :

« Va... Vas-y doucement... Ok... ? »

Le brun considéra quelques secondes son vis-à-vis. Il n'avait jamais réellement perçu leur légère différence de taille, pourtant, à cet instant précis, le guitariste lui apparaissait terriblement petit et vulnérable ; il hésita et s'avança finalement, passant ses bras autour de la fine taille de son frère et souffla :

« Tu es sûr de toi ? Tu sais... Je ne vais pas t'obliger. J'attendrais si tu n'es pas prêt... »

« Bill... S'il te plaît... Ne m'oblige pas à le répéter... » le supplia son jumeau, le torse contre ses mains, complètement appuyé au bord de la piscine.

L'intéressé acquiesça finalement d'un hochement de tête, sa main redescendant jusqu'à l'entrejambe de son compagnon pour reprendre ses caresses où il les avait interrompues. Il sentit le dos de Tom se presser un peu plus contre son torse, ce léger mouvement rapprochant davantage leur corps et touchant par là même le point le plus sensible de son anatomie ; Bill déglutit, se faisant violence pour ne pas céder à la tentation de prendre son vis-à-vis purement et simplement. Non, il ne voulait pas lui faire mal, ni le blesser, il voulait qu'il éprouve du plaisir, qu'il gémisse sous ses caresses, qu'il lui en demande davantage. Il le serra contre lui, poursuivant ses attentions, embrassant cette nuque offerte ; il serra les dents, sentant sa propre virilité gorgée de désir devenir douloureuse de trop attendre. Il devait patienter. Cette phrase martelait son esprit alors que les gémissements de Tom lui donnaient désespérément envie d'entrer en lui, de le faire gémir encore plus.

Il se mordilla la lèvre et vint déposer un baiser dans le cou de son vis-à-vis, juste entre la tête et l'épaule droite. Il souffla un mot d'excuse, n'arrivant plus à attendre ; il promit de faire son possible pour être doux. Tom serra poings et dents lorsqu'il le sentit entrer en lui ; Bill respectait ce qu'il avait dit, il n'était pas brusque mais... Le guitariste faisait son possible pour essayer d'être détendu, sachant que s'il se crispait, il aurait réellement mal. Son compagnon semblait d'une patience infinie, s'insinuant en lui avec lenteur ; Tom sentit les larmes lui monter aux yeux mais il ne voulait pas pleurer, parce qu'au fond, il n'avait pas ''mal''. C'était une sensation très étrange. A la fois douloureuse et enivrante. Bill, lui, se mordait la lèvre pour lutter contre cette envie d'aller plus vite, la chaleur presque brûlante qui enrobait peu à peu son membre l'arrachant presque sans pitié à la réalité ; mais il avait promis qu'il serait doux, qu'il irait doucement, il l'avait promis et ne voulait pas contredire ses paroles.

Il eût un hoquet, ayant du mal à respirer normalement, qui n'échappa pas au châtain. Troublé, Tom retira l'une de ses mains du bord et leva le bras, la portant à la chevelure de son frère dans laquelle elle alla se noyer. Bill frissonna à ce contact et entreprit, un léger sourire aux lèvres, de faire un suçon à son vis-à-vis. Lorsqu'il fut entièrement en lui, le jeune chanteur arrêta son mouvement, laissant au guitariste le temps de s'habituer à cette intrusion et se permettant également de reprendre son souffle. Il en profita pour détailler son frère, son épaule fine, sa gorge douce, ses belles courbes ; ce corps presque haletant sous le sien attirait sa convoitise. Lorsque Tom releva légèrement la tête, Bill entreprit de se retirer doucement, petit à petit, sans sortir complètement de cette chambre intime et brûlante, pour finalement le pénétrer une nouvelle fois, sans brusquerie.

Ce n'était pas des plus habituels, mais le châtain parvint tout de même, au bout de plusieurs allées et venues, à se faire à cette présence. La douleur s'atténuait un peu sans pour autant disparaître : en réalité, ce n'était pas elle qui diminuait ou son corps qui s'habituait, c'était cette sensation enivrante qui prenait le dessus. Cette sensation qui lui réchauffait les entrailles et le bas-ventre. Ses gémissements se firent de plus en plus forts, rythmés par les mouvements de bassin de son frère. Tous ses sens semblaient à la fois engourdis et à fleur de peau, le souffle de Bill qu'il pouvait sentir dans son cou attisait son excitation, ses caresses décuplaient ses frissons, comme si de l'électricité parcourait son corps ; il avait la sensation que chaque avancée en lui se répercutait dans tout son être, lui arrachant des plaintes de plaisir. Son jumeau, lui, se sentait perdre pied, cet étroit fourreau glissant sur sa virilité, il prononçait le nom de son vis-à-vis entre deux gémissements. Sans qu'ils s'en rendent réellement compte, le rythme des allées et venues du brun s'était accéléré, les noyant tous deux dans un tourbillon d'extase.

« Aaah... ! Je... Je vais... ! » gémit Tom, sentant le paroxysme de son plaisir approcher.

« Dis mon nom, Tom... » murmura son compagnon à son oreille. « Dis-le. »

N'y tenant plus, le guitariste se libéra dans un cri, un cri où figurait le prénom de son frère. Bill ne mit que quelques instants à peine à le suivre, serrant fortement son jumeau contre lui, dans un ultime sursaut. Les deux adolescents, haletants, reprenaient tant bien que mal leur souffle, leurs respirations brisant le silence qui régnait autour d'eux ; blottis l'un contre l'autre, ils se sentaient bien, le chanteur se retira de son vis-à-vis, déposant un baiser sur sa pommette qui avait retrouvé sa couleur d'origine depuis le jour de la bagarre. Tom laissa échapper un soupir de contentement, amusant son frère :

« Fatigué ? »

« Je vais te tuer. » le prévint le châtain, en essayant, malgré son état, d'avoir l'air menaçant.

« Héhé, j'aimerais voir ça. » ricana Bill.

« Tu verras... Je t'aurais. » grommela le guitariste.

Un sourire étira les lèvres du jeune chanteur qui alla chercher celles de son compagnon, l'embrassant tendrement, le serrant un peu plus contre lui. Le châtain ne se fit pas prier pour y répondre, glissant sa langue entre ses lèvres. Ils partageaient tous deux un sentiment de plénitude, plus complet que jamais auparavant.

« Bill... »

« Ja ? »

« T'as couché avec combien de filles pour être aussi doué ? »

La question surprit l'intéressé : à quoi pensait son frère ? Mais de toute évidence, le ton qu'il avait employé laissait transparaître de la jalousie. Il esquissa un sourire et déposa un baiser sur la joue de son jumeau :

« Tu es ma première fois. »

« Menteur. » répliqua Tom d'un air boudeur, les bras croisés.

« Je te jure. » insista Bill.

« Hm... »

Le brun soupira. Qu'est-ce que c'était que cette scène de ménage à présent ? Il vola un chaste baiser à son vis-à-vis et murmura :

« Ich liebe dich, Tom. »

Le guitariste posa ses yeux sur son frère, comme s'il sondait la véracité de ses dires. Mais il le savait lui aussi : ils n'avaient jamais dit ''je t'aime'' à qui que ce soit d'autre. Un sourire étira finalement les lèvres du châtain et il souffla :

« Ich auch. (18) »

« On va prendre une douche ? » proposa Bill, un large sourire aux lèvres.

« T'es increvable... » grogna Tom en se rétractant contre le bord de la piscine.

« Mais je ne pense pas qu'à ça ! » s'exclama le chanteur en levant les yeux au ciel. « C'était une proposition tout ce qu'il y avait de plus innocent. »

« Et je suis le pape. »

Sur ce, le guitariste sortit de la piscine, prit une serviette posée sur le canapé et tira la langue à son jumeau :

« Je vais prendre ma douche en premier, t'as qu'à mettre le nettoyage de la piscine en route. Je me baigne plus dedans sinon. »

« T'es vache... » soupira Bill en sortant à son tour, se parant d'une serviette et enclenchant ledit nettoyage en appuyant sur un bouton.

« C'est parce que je t'adore. » sourit Tom.

« Pourquoi j'ai comme le pressentiment que je cours à ma perte ? » lâcha le brun en se laissant tomber sur le canapé.

« Hm... Bill ? »

« Ja ? »

« Comment on va faire... Pour après ? » demanda l'adolescent aux dreads.

« Was ? » son frère avait visiblement du mal à suivre son cheminement.

« Comment on va faire... Pour les parents ? »

Cette question instaura un silence pesant dans la pièce. Bill tordit ses lèvres dans une moue pensive, regardant apparemment le problème sous tous les angles ; Tom l'observait depuis l'entrée du couloir, légèrement anxieux.

« Ce qu'ils ignorent, ne peut pas leur faire de mal, pas vrai ? » murmura finalement le brun en souriant. « Et puis s'ils l'apprennent, ils devront faire avec. »

« Bill... »

« Moi non plus, je ne lâcherais jamais ta main. »

Le guitariste écarquilla les yeux à ces mots, puis un sourire étira ses lèvres, il hocha la tête et se retourna en prenant la direction de la salle de bain. Son jumeau soupira et s'allongea dans le canapé. Comment allaient-ils faire avec leurs parents, hein ? Il n'en savait absolument rien. Mais il ne voulait pas y penser.

« Bill, tu viens prendre ta douche ? »

Et visiblement, son frère non plus. Le brun se leva, un sourire illuminant son visage, et se glissa dans le couloir...

Ende !

Sahad : On dira ce qu'on veut, ce n'est pas facile d'écrire un lemon lorsque votre chaîne diffuse ''schrei'' derrière vous. Pure coïncidence, je le promets (rire). Ça faisait un moment que je n'avais pas écrit de lemon, j'espère que ça ne s'en ressent pas trop. Review ? C'était bien ? Je me flingue ? Je me jette sous une voiture ? Je me pends ? D'autres propositions ?

Note(s) :

(1) Oui...

(2) Merci.

(3) Quoi ?

(4) ça va ?

(5) Bonjour.

(6) Allô ? ... Oui, c'est Tom.

(7) Merde !

(8) Va te faire foutre/mettre... !

(9) Pardon/Désolé !

(10) Casse-toi.

(11) Fous le camp !

(12) Paraît que ça se dit comme ça... L'espèce de machin en plastique qui enserre le poignet quand on se le foule ou autre.

(13) Pourquoi... ?

(14) Merci pour tout.

(15) Bête / stupide / idiot.

(16) Je suis toi et tu es moi...

(17) Bonsoir.

(18) Moi aussi.

# Posté le samedi 06 janvier 2007 14:28

Modifié le vendredi 12 décembre 2008 16:10

Anmachen

Titre : Anmachen
Auteur : Sahad.
Genre : Yaoi
Forme : One Shot


Les adolescents se prélassaient : ils avaient fini l'enregistrement et on leur accordait un temps de pause. Bill lisait tranquillement un manga, vautré dans un pouf, Tom somnolait dans un hamac, Georg sirotait un jus de fruit et Gustav regardait vaguement la télévision, passant plus de temps à zapper qu'à écouter vraiment ce qui y était dit. Le beau temps s'était installé et le petit groupe pouvait jouir de la chaleur du soleil, la tiédeur du vent, le bleu du ciel... C'était splendide. Pourtant, malgré ce côté paradisiaque des vacances, le bassiste ne put s'empêcher de grogner :

« Purée, qu'est-ce qu'on s'ennuie... ! »

« C'est normal, Georg. » sourit Bill. « On vient d'arrêter d'enregistrer. On ne fait plus rien alors qu'il y a même pas une semaine, on courait dans tout les sens... Pas vrai, Tom ? »

L'intéressé acquiesça mollement d'un geste de la main, se refusant tout effort au cours de son temps de repos, ce qui fit sourire son jumeau :

« T'es mort ? »

« Nein... » articula tout de même le guitariste. « Je dors. »

« J'arrive pas à croire que tu arrives à être aussi mou ! » s'exclama Georg en déversant sa rage sur son jus de fruit, le buvant d'un coup. « On passe d'une extrême à l'autre et toi, t'acceptes ça comme ça ? »

« Tom a toujours eu un superbe système d'adaptation incorporé. » rit le chanteur. « Chaud ou froid, il a seulement besoin de quelques secondes pour s'habituer. »

« Je comprend pas. » se résigna le bassiste.

Tom esquissa un sourire mais c'était bien la seule chose qu'il se permettrait par ce temps radieux. Gustav, quant à lui, les écoutait d'une oreille distraite, continuant de zapper ; les informations retinrent toutefois son attention. Son doigt cessa d'appuyer sur les boutons et ses yeux ne quittèrent pas l'écran :

« Eh, regardez ! »

« Was (Quoi) ? » lança Bill, soudainement atteint de flémingite suraigüe atroce, l'empêchant de se lever de son pouf.

« Y a une boîte de nuit qui est ouverte ce soir ! » annonça le batteur.

« Gustav, le principe d'une boîte de nuit, c'est d'ouvrir la nuit... » marmonna Tom d'un ton las.

« Et en plus, on n'a pas le droit d'y aller. » lui rappela le chanteur.

« Je sais, mais celle-là, on peut ! » répliqua le batteur.

« HEH ? »

Georg vint le rejoindre devant la télévision, Bill avait laissé son manga et se levait de son pouf, et Tom... Tom ne bougea pas d'un pouce. Les trois adolescents se pressèrent devant la télévision pour voir de quoi il s'agissait : apparemment, une boîte de nuit du quartier avait décidé d'ouvrir ses portes aux jeunes entre 15 et 20 ans, alcool prohibé toutefois pour les mineurs.

« C'est ce soir ! » s'exclama Gustav.

« Ouais ! Ça, ça va nous faire bouger un peu ! » renchérit Georg.

« Hey, Schnecke (''Escargot'')... » Bill s'était rapproché de son frère et le secouait doucement par l'épaule. « Tu viens avec nous ? »

L'intéressé ouvrit les yeux d'un air fatigué, soupira et finit par hocher la tête en apercevant le regard suppliant de son jumeau. Le chanteur ne cacha nullement son sourire, content de faire une sortie tous les quatre ; le guitariste se redressa et jeta un coup d'½il aux autres musiciens du groupe.

« Et la boîte, qu'est-ce que ça veut dire ? » s'extasiait Georg.

« Oui, qu'est-ce que ça veut dire ? » l'accompagnait Gustav, tout aussi excité que lui, partant dans son délire.

« Anmachen !(Drague) » s'exclamèrent-ils en c½ur.

Tom leva les yeux au ciel et se laissa retomber dans son hamac pendant que Bill riait en regardant leurs deux amis faire leur petit cirque. Il vint toutefois rejoindre son frère, s'asseyant dans le hamac à ses côtés :

« Was ? Tu veux pas venir ? Ça nous détendrait un peu, non ? »

« Je sais... » grogna le jumeau, allongé sur le ventre, la tête enfouie dans ses bras. « Mais je te préviens : je ne les connais pas. »

Son vis-à-vis esquissa un sourire à la fois amusé et compatissant, reportant son attention sur le bassiste et le batteur qui continuaient à délirer en dansant à moitié, chantant à tue-tête. C'était dans ces moments-là que toute tierce personne pouvait comprendre pourquoi Bill était le seul chanteur du groupe.

« Donc c'est décidé ! » s'exclamèrent une nouvelle fois les deux excités. « Ce soir, boîte de nuit ! »

« Je sens que je vais amèrement le regretter... » grommela Tom en se levant, partant dans la cuisine pour aller chercher un verre de jus de fruit.

OoOoO

« Je sens que je vais amèrement le regretter... » répéta le guitariste en arrivant devant la boîte.

« Bah. Courage, ça doit pas être si terrible ! » rit son frère, voyant l'air dépité de son vis-à-vis.

« Et maintenant... » annonça Georg d'une voix forte et puissante, faisant se retourner un bon nombre de personnes. « Wir gehen Mädels klarmachen (On va tirer les choses au clair avec les filles) ! »

« Tu disais... ? » grogna Tom.

« Je disais : c'est dingue le monde qu'il y a et que je ne connais absolument pas, de nulle part. » répondit platement Bill en entraînant son jumeau dans la boîte, s'éloignant rapidement de leur bassiste.

La soirée débuta promptement, les quatre adolescents se fondant dans la masse. La musique était forte et il était impossible de s'entendre sans hurler à moins d'un centimètre de l'oreille de son interlocuteur, les boissons circulaient, la fumée emplissait la salle et les adolescents dansaient et sautaient. Un mélange d'odeur de fumée, de chaleur et de transpiration régna bientôt dans la boîte ; Bill en eût un haut le c½ur pendant quelques secondes et préféra quitter la piste, se rendant aux toilettes. La tête lui tournait et il avait l'estomac au bord des lèvres. Arrivant dans les toilettes, il entendit des bruits bizarres provenant d'une cabine fermée qu'il préféra ignorer ; un garçon était avachi par terre et, à sa tête, on comprenait vite qu'il était en plein trip aérien. Le jeune chanteur alla jusqu'aux lavabos et se passa de l'eau fraîche sur le visage, appréciant ce contact presque glacé contre sa peau brûlante ; il ferma les yeux et attendit un peu, la musique lui parvenait, étouffée par les murs et la porte et l'air était respirable. Son c½ur battait jusque dans ses tempes. Il se redressa et s'essuya le visage avant de pester : le contour de ses yeux avait dégouliné. Il enleva ce qui restait et hésita à remettre du rimmel ; était-ce nécessaire ? Non, s'il se sentait à nouveau mal, il irait se repasser de l'eau sur le visage et il se voyait mal recommencer à chaque fois le contour de ses yeux.

Il retourna donc dans la salle, les lumières multicolores agressèrent ses yeux et la fumée fit de même ; la musique était si forte qu'elle lui donna presque la sensation que sa tête allait exploser. Il se réhabitua néanmoins et chercha les autres du regard : Gustav était assis dans un canapé et discutait avec des amis qu'il connaissait probablement d'ailleurs, Georg semblait draguer une fille au bar... Et Tom ? Bill avança un peu, jouant des coudes pour se frayer un passage ; mais il avait beau tordre son cou comme il pouvait, il ne voyait pas son jumeau, pas l'ombre d'une dread. Etait-il parti ? Il n'avait pas eu l'air très emballé par cette idée de soirée... Mais il ne pouvait pas être parti sans lui avoir rien dit, quand même !

En quelques enjambées et bleus en plus au niveau des bras et des côtes, il avait rejoint son bassiste et dut hurler à pleins poumons pour se faire entendre :

« OU EST TOM ? »

« JE CROIS QU'IL EST SORTI PRENDRE L'AIR ! » lui répondit Georg sur le même ton.

Bill hocha la tête, signe qu'il avait compris. Il allait repartir lorsque le musicien le retint, lui offrant son cadeau de la soirée :

« PARS PAS COMME çA ! »

OoOoO

Tom soupira : il avait un mal de crâne de tous les diables et avait la tête qui tournait. Il n'aimait pas particulièrement ces lieux pour la simple et bonne raison qu'ils le rendaient presque malade ; comment les autres pouvaient-ils aimer rester dans un endroit confiné où ça empestait le tabac, le shit et la transpiration ? Surtout avec cette musique assez forte pour réveiller tout un continent endormi à coup de somnifère... Il se massa les tempes.

Assis à même le sol sur le trottoir, un peu à l'écart, il profitait de la fraîcheur de la nuit pour calmer son esprit et ses tournis. Heureusement, le seul fait de sortir l'avait déjà bien soulagé et il se sentait presque bien à présent. Il jeta un coup d'½il vers la boîte avant de reporter son regard à ses pieds... Ils ne pouvaient pas savoir... Puisqu'il ne leur avait jamais dit. Mais il n'avait rien à faire dans ce genre de soirée : les filles ne l'intéressaient pas donc il n'éprouvait pas le même besoin que ses amis à aller dans un coin comme celui-ci où elles venaient se frotter à lui. Il n'était pas particulièrement misogyne mais il n'aimait pas ce genre d'ambiance. Et il préférait les mecs.

« Tom ! »

L'intéressé se retourna pour faire face à son jumeau, ce dernier s'approcha à pas lents. Peut-être était-il déçu de le voir dehors alors qu'ils se faisaient une sortie en groupe ? Bah, ce n'était pas sa faute quand même s'il n'aimait pas ça ! Tom ne bougea donc pas jusqu'à ce que son jumeau arrive à sa hauteur.

« Désolé d'être sorti sans rien dire mais... Je me sentais pas bien. »

« Ich weiβ (Je sais). » répondit Bill en s'asseyant à côté.

Un instant de silence s'installa. Le jeune guitariste ne savait pas quoi dire ; en fait, il n'avait rien à dire : il n'avait quand même pas à se justifier pour chaque chose qu'il faisait !

« Bill, ich... »

« Ich gebe einen aus (C'est pour moi ; dans le sens, c'est moi qui paye la tournée) ! » déclara son vis-à-vis en lui tendant un verre.

Coupé dans son élan, le guitariste demeura interdit quelques secondes, fixant ce verre qui avait failli lui arriver en pleine figure. Il le prit néanmoins et le porta à ses lèvres, il ne les y avait même pas trempées qu'une forte odeur s'insinua dans ses narines.

« Alkohol ?(Au cas où : ''Alcool ?'') »

« Ja (Oui) ! Bon, c'est Georg qui a payé mais c'était avec mon argent. » répliqua l'adolescent.

Tom leva les yeux au ciel : il y avait toujours un moyen d'avoir de l'alcool, inutile de dire que c'était probablement la dernière soirée de ce genre que la boîte organisait. Il reporta donc le verre à ses lèvres et sirota le liquide qui s'y trouvait. C'était un liquide bleu phosphorescent faisant penser à la mer tropicale ou à une piscine ; il esquissa un sourire :

« Pas mauvais. »

« Tu crois que ça va faire des jaloux puisque je t'ai offert ce verre ? » lança Bill.

« Heh ? » Tom avait cru s'étouffer en entendant la phrase. « Pa-pardon ? »

« Ist es hier so heiβ, oder bist du das...?(Il fait vraiment très chaud ici, à moins que ce ne soit toi...?) » sourit son jumeau.

« B-Bill ? Tu te sens bien ? » le guitariste le dévisagea avec surprise et incompréhension.

Tom écarquilla les yeux en voyant, et surtout sentant, son frère le pousser sur le trottoir, le forçant à se tenir à moitié allongé, se glissant entre ses jambes. Le chanteur était à présent sur lui, un sourire étirant ses lèvres, ses joues empourprées ; c'était donc ça !

« Bill, t'as trop bu ! Combien de verres t'a fait boire Georg ? »

Mais son jumeau n'avait que faire de ce genre de question, visiblement intéressé par toute autre chose : il avait niché son visage dans le cou du guitariste et s'amusait à y donner des petits coups de langues. Tom se raidit et frissonna à ce contact. C'était bon, délicieux même... A cette simple attention, il sentit ses joues rougir. Il pouvait sentir les lèvres douces de son vis-à-vis contre sa peau, la chaleur presque brûlante de sa langue contrastant avec le froid de son piercing ; un nouveau frisson lui parcourut le dos lorsqu'il le sentit mordiller son lobe. Ce ne fut qu'un souffle haché qui sortit d'entre ses lèvres, un murmure où ne résidait aucune volonté :

« Bill...Arrête... »

Cette simple demande fit naître un petit rire au creux de son oreille, visiblement cela amusait l'intéressé qui se redressa légèrement et chuchota à son oreille d'une voix sensuelle et provocatrice :

« Ich würde gern der Grund für deine schlaflose Nacht sein...! (J'aimerais bien être la raison de ta prochaine nuit blanche... !) »

Tom déglutit. Ce n'était pas concevable. Comment Bill pouvait-il lui dire ça ? A lui ? Comment était-ce possible ? Son vis-à-vis bougea légèrement, ses hanches pressant légèrement l'entrejambe du guitariste, lui arrachant un petit hoquet de surprise, sa tête se relevant un peu ; le sourire de Bill s'agrandit. Il poursuivit son petit manège, alternant baisers et petits coups de langue sur cette gorge offerte ; Tom se surprit à avoir une respiration irrégulière, son c½ur battait fort alors qu'il sentait les doigts frais de son frère glisser sur sa peau, sous son pull et son t-shirt.

« Bill... » souffla-t-il, tentant vainement de lui laisser entendre une quelconque résistance dans sa voix.

« Tu aimes ? » murmura son interlocuteur, sa main appuyant légèrement au niveau de la virilité du guitariste.

Il n'eût pour réponse qu'un nouveau hoquet, proche d'un gémissement, et Tom avait laissé la tête basculer en arrière, peinant à se tenir sur ses coudes. Il se mordit la lèvre inférieure : oui, il aimait, mais il ne voulait pas de ça comme ça ! Ils étaient dans la rue, devant une boîte et on pouvait les surprendre à tout moment ! Il ne voulait pas faire ça dans ces conditions !

Il sentit tout à coup le corps sur lui se faire plus lourd. Se redressant légèrement, il considéra quelques secondes son frère avant de le secouer un peu :

« Bill ? » il le secoua un peu plus, obtenant un grognement. « Il dort... »

Il n'en croyait pas ses yeux, remettant doucement ses idées en place, le c½ur battant encore à la chamade et la respiration précipitée. Il dormait...

« Mais quel con ! Tu m'as foutu les boules, putain de frangin de merde ! » explosa l'adolescent en collant un coup de poing sur la tête du dormeur qui ne grogna même pas.

Reprenant une respiration normale et se calmant progressivement, Tom poussa son frère et attendit que son c½ur ait recouvré un rythme normal pour prendre son portable.

« Tom ! »

L'intéressé sursauta et se retourna : Georg et Gustav arrivaient, le premier soutenant l'autre. Le guitariste frissonna rien qu'à l'idée qu'ils aient pu arriver plus tôt ; puis, chassant ça de son esprit, il désigna son portable :

« J'allais t'envoyer un sms : Bill est mort. »

« Et Gustav vaut pas mieux. » sourit son aîné. « Ah, mais quelle fête ! »

« Ça, je te le fait pas dire... » grinça le guitariste entre ses dents.

« Was ? » le bassiste se pencha un peu, signe qu'il n'avait pas entendu.

« Ah ! Nan, rien ! Je... Vais ramener Bill à la maison. Tu peux m'aider à le mettre sur mon dos ? »

« Natürlich (Bien sûr/Naturellement). »

Georg laissa Gustav s'asseoir par terre et vint aider son cadet à mettre le chanteur sur son dos. Il fut surpris qu'il puisse le porter malgré sa maigre carrure, mais bon, plus rien ne l'étonnait de la part des jumeaux ; il aida Gustav à se relever et passa un des bras de ce dernier sur ses épaules et passa un des siens à sa taille pour l'aider à marcher.

« Bon, ben, sur ce... »

« Georg ! » l'interpela Tom.

« Hm ? »

« La prochaine fois que tu fais boire Bill... Du bist tod (Tu es mort). »

A peine eût-il prononcé ces mots qu'il se détourna, prenant le chemin de leur maison, son jumeau sur le dos. Georg esquissa un sourire, se demandant si le guitariste était vraiment sérieux. Bah, Bill n'avait jamais bu que trois ou quatre verres... Ou un peu plus. Peut-être Tom était-il un peu trop protecteur vis-à-vis de son frère, qui pouvait savoir ? Ses pensées étant interrompues par les chansons tendancieuses d'un batteur bourré, Georg soupira et le reconduisit chez lui, partant dans la direction opposée des jumeaux.

Tom arriva devant chez lui non sans mal. Il souffla un peu arrivé au portail et alla jusqu'à la porte ; comment sortir ses clés ? Il jeta un coup d'½il en direction du garage : pas de voiture ? Il devait bien être deux ou trois heures du matin, où pouvaient bien être leurs parents ? Bon... Il lâcha l'une des jambes de son frère et fourra sa main dans sa poche, parvenant tant bien que mal à se saisir de ses clés ; ceci fait, il ne lui restait plus qu'à ouvrir la porte.

« Sind Sie öfter hier? (Vous venez souvent ici ?) » marmonna une voix pâteuse à son oreille.

« Et en plus, il parle en dormant... » grommela le jeune guitariste.

Il parvint finalement à ouvrir la porte. Soufflant un bon coup, autant par ras-le-bol que par l'effort, il remit correctement son frère sur ses épaules, passant la porte et la refermant du pied. Il dut recommencer son petit manège pour la fermer à clé et emmener ensuite son frère jusqu'à sa chambre. Ceci fait, il lui retira ses chaussures et le coucha tout habillé, devant monter sur le lit pour le traîner.

« Tom... » appela doucement Bill.

« Hm ? » l'intéressé releva la tête et soupira en constatant qu'il dormait toujours.

« Was macht... Eine so schöne Frau... An einem Ort wie diesem? (Et que fait une jolie fille comme vous dans un endroit comme celui-là ?) » marmonna Bill.

Tom en resta bouche bée, observant quelques secondes de silence... Une jolie fille ? Alors qu'il avait préalablement prononcé son prénom... ?

« Jusqu'à preuve du contraire, je suis un mec ! COUILLON ! » hurla-t-il en lui donnant un violent coup de pied dans les côtes. « Et en plus il ne se réveille même pas ! »

Il lâcha un profond soupir et se laissant choir sur le lit, s'asseyant en tailleur. Il reporta son regard sur son frère, celui-ci dormait paisiblement. Tom esquissa un sourire et dégagea une mèche de cheveux du visage du dormeur. Il était terrible mais c'était son frère et il ne le changerait pour rien au monde. Il se leva et allait sortir pour se rendre dans sa chambre lorsqu'il entendit :

« Kalt... (Froid) »

Il se retourna et fixa son jumeau : il s'était recroquevillé sous les couvertures. Bill n'avait jamais aimé le froid. Tom soupira et s'approcha du lit :

« Bon, ok, je dors avec toi pour cette fois. Mais je te préviens : le moindre attouchement et c'est le seau d'eau dans la figure, pigé ? »

Bien sûr, son frère dormait et donc ne lui répondit pas. Il soupira à nouveau et se glissa sous les couvertures, prenant son jumeau dans ses bras ; il était froid, sa peau était presque glacée... Le serrant un peu plus contre lui, il emmêla leurs jambes et passa ses bras autour du torse de Bill afin de pouvoir lui transmettre sa chaleur corporelle. Peu à peu, il sentit ses paupières devenir plus lourdes et sombra dans le sommeil.

OoOoO

La forte luminosité éveilla le jeune chanteur. Aveuglé par le soleil en provenance de la fenêtre, il se leva sans tarder, grimaçant en sentant ses côtes le lancer ; il avait sans doute mal dormi. Mais le pire restait sa tête, comme si un troupeau de fans déjantées et furieuses venaient de lui piétiner le crâne. Un coup d'½il à son réveil lui annonça qu'il était presque dix heures du matin. Il avait fait un drôle de rêve... Un regard circulaire sur sa chambre lui amena une autre question : quand et comment était-il rentré ? Il se leva, alla dans la salle de bain chercher des comprimés pour sa tête qu'il avala sans sommation et alla finalement voir dans la chambre de son frère, juste en face de la sienne ; il n'y était pas. Bill allait refermer la porte lorsqu'un détail attira son attention : ce n'était pas dans les habitudes de Tom de faire son lit dès le matin, il le faisait plutôt juste avant de dormir ou ne le faisait pas du tout. N'avait-il donc pas dormi ici ?

Sans savoir réellement pourquoi, il se sentit pris de panique. Il n'aimait pas être tout seul, c'était un fait, ils n'avaient jamais été séparés mais surtout, c'était de ne pas se souvenir comment il était rentré qui lui faisait peur : se pouvait-il qu'il soit rentré sans Tom ? Il courut presque jusqu'à la cuisine et poussa un soupir de soulagement : le jeune guitariste était là, buvant tranquillement un chocolat chaud.

« Guten morgen. » lança le chanteur en allant chercher de quoi manger dans les placards.

« 'morgen. » articula le guitariste.

« Bien dormi ? »

« Hu-hum... » répondit Tom, un pain au chocolat dans la bouche, puis remarquant que son frère se massait les côtes. « Wie geht's ? »

« Ça va, j'ai juste un peu mal aux côtes, j'ai dû dormir dans une sale position, c'est tout... » soupira Bill. « Ah. Et j'ai aussi le crâne en bouillie. »

« Ah... » son vis-à-vis se remémora la scène du matin. « C'est moi qui t'ai shooté dans côtes. »

« Was ? » le chanteur écarquilla les yeux, presque épouvanté. « Warum ? (Pourquoi) »

« Tu parlais en dormant, ça m'a énervé. » répliqua Tom.

Le jeune guitariste n'aimait pas particulièrement mentir, il lui cachait donc simplement une partie de la vérité. Bill hocha la tête, signe qu'il comprenait, mais un air inquiet se dessina sur son visage alors qu'il se remémorait ce drôle de rêve :

« Heu... Mais... J'ai dit quoi ? »

« Des âneries, pour changer. » grogna Tom, trouvant un intérêt dans borne à son chocolat.

« Ah... Mais si tu sais que j'ai parlé, c'est que t'as dormi dans mon pieu ? » s'étonna son frère.

« T'avais froid et t'étais glacé. » répondit son vis-à-vis. « C'est moi qui t'ai ramené et je te préviens, la prochaine fois que tu bois, je te laisse dormir dehors. »

« Ah, c'est vrai, la boîte... » se rappela Bill en rougissant de honte au souvenir du nombre de verres qu'il avait ingurgité. « Mais je ne me souviens pas de grand-chose... En fait, je me souviens avoir bu et être sorti te chercher avec un verre et puis... Trou noir. »

« Hn. Tu t'es endormi d'un coup. » ce n'était pas un mensonge.

« Entschuldigung. » s'excusa le chanteur. « Et toi sinon ? Elle s'est bien passée la soirée ? T'avais pas l'air de vouloir y aller mais après je t'ai pas vu. Alors ? Une conquête ? Flirten ? Anmachen ? Anbaggern ? (Flirter ? Draguer ? Emballer ?) »

Tom se sentit rougir à ces mots et lançant un regard noir à son frère, il lui jeta sa tasse encore aux trois quarts pleine dans la figure. Bill toussa, ne s'attendant pas à ce geste : qu'est-ce qui lui prenait ?

« Va te prendre une douche au lieu de dire des conneries ! T'as pas changé de fringues depuis hier ! Tu pues le bouc ! » s'écria le guitariste, rouge pivoine, avant d'aller dans sa chambre.

« Mais il va pas bien... » grogna son jumeau. « Enfin, je crois que j'ai pas le choix. »

Se rendant dans la salle de bain, Bill enleva ses vêtements et les jeta dans le panier à linge sale ; passant devant le miroir, il remarqua la trace violacée qu'il avait au niveau des côtes. Tom ne l'avait vraiment pas raté. Mais qu'avait-il pu bien dire pour le mettre de si mauvais poil ? Haussant les épaules, il se glissa sous le jet d'eau chaude, faisant craquer son cou et son dos, il se prélassa sous cette douche bienfaisante. Peu à peu, il essaya de s'éclaircir les idées, passant distraitement sa fleur de douche sur sa peau. Tom n'aimait pas mentir, c'était un fait, pourtant Bill avait l'impression qu'il ne lui avait pas tout dit. Et pourquoi s'était-il donc emporté de la sorte tout à l'heure ? Il s'adossa au mur, laissant l'eau couler sur son corps, pensif. Georg l'avait fait boire, il était sorti pour voir s'il trouverait Tom... Et ensuite ? Il n'avait que des images très floues et disparates qui lui venaient à l'esprit. Mais quelque chose lui disait qu'il l'avait retrouvé. Et après ? Rien... Il jura intérieurement et se promit de ne plus boire autant d'alcool. Bon, il fallait dire qu'il n'en avait jamais bu avant, mais bon, ce n'était pas une raison. Heureusement pour lui, les comprimés étaient efficaces.

Il sortit de la douche, se sécha et s'habilla. Quelque chose le gênait mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus...Qu'est-ce que c'était ? Peut-être Tom pourrait-il l'aider ? L'adolescent retraversa toute la maison pour aller retrouver son frère devant l'ordinateur ; s'appuyant sur ses épaules, sa tête à gauche de la sienne, il remarqua quelque chose : juste à deux centimètres de l'oreille, vers le milieu du cou, Tom avait un suçon. Cette information passa en boucle dans son crâne.

« Bill, j'aime pas qu'on lise par-dessus mon épaule, tu le sais très bien... » soupira le guitariste.

Le manque de réaction de son vis-à-vis le poussa à se retourner. Tom haussa un sourcil : son frère le fixait avec de grands yeux. Qu'avait-il fait qui mérita un tel regard ? Il allait le demander lorsque son jumeau prit les devant :

« Et après tu fais l'innocent. J'vois que t'as pas passé une soirée si désagréable que ça hier. »

Le guitariste en resta bouche bée. Le ton de son frère était acide, il lui reprochait quelque chose... Non, mais... IL lui reprochait quelque chose à LUI ? C'était la meilleure ! Tom sentit une rage folle gronder en lui : de quel droit pouvait-il lui dire ça ? LUI ! Alors que Bill s'en allait d'un pas énervé, son jumeau le rattrapa, lui agrippa l'épaule pour le retourner et lui envoya un coup de poing dans la mâchoire. Le chanteur tomba par terre, légèrement sonné, il releva la tête vers Tom qui, visiblement, fulminait :

« Et c'est toi qui oses me dire ça ? » siffla-t-il. « Ecoute, je veux bien faire des concessions mais y a des limites ! »

« Concessions, mon cul, ouais ! » gronda à son tour Bill en se relevant. « Je croyais que t'avais horreur du mensonge mais ça t'empêche pas d'aller flirter et de jouer les saintes nitouches après ! »

« QUOI ? » Tom n'en revenait pas. « Non, mais tu t'entends parler ? »

« Un peu ouais ! » le ton monta encore d'un cran dans les deux camps. « Tu rougis comme si le simple mot ''drague'' ou ''emballer'' te gênait mais ça t'empêche pas d'aller voir ailleurs ! »

« Non, mais je rêve ! » s'écria de plus belle le guitariste. « Regarde-toi dans un miroir, ducon ! »

« Ah, ça c'est sûr ! Au moins, je verrais plus ta gueule de faux jeton ! » hurla son jumeau.

« Mais... CREVE ! CONNARD ! »

Sur ce, Tom alla dans sa chambre, claquant la porte. Bill se retrouva seul, planté au milieu du salon, à bout de souffle. Il souffla un bon coup et alla dans sa chambre. Une colère sourde l'habitait, il se laissa tomber sur lit, s'asseyant sur le bord ; il savait parfaitement ce qui le mettait dans cet état mais refusait de l'admettre. De toute façon, ça ne changerait rien, il avait toujours été comme ça. Tout à coup, quelque chose attira son attention, c'était comme un vibreur... Cherchant d'où il provenait, il finit par trouver : un portable dans les draps. C'était Georg qui appelait.

« Hn ? » Bill n'était pas d'humeur à s'étaler.

/Tom / lança la voix de leur bassiste. /Ah, je m'inquiétais ! Ça va faire une demi-heure que je te bipe, t'as pas entendu /

Le chanteur réalisa soudainement que ce n'était pas son portable. Ils avaient le même mais Georg venait bien de l'appeler Tom. Il préféra ne rien dire et lança juste un :

« Hn. »

/ Ouh là, tu m'as l'air bien réveillé toi encore... / commenta son aîné. /Enfin bon, on va boire un café avec Gustav, vous venez /

« Hn. »

/Bon, rendez-vous au point habituel. Et essaye d'être un peu plus causant /

Bill raccrocha. Il n'avait pas spécialement envie de prévenir son frère. Il soupira et alla déposer le portable devant la porte de sa chambre. Sur ce, il prit ses affaires et sortit. Il savait que le point de rendez-vous n'était pas loin, c'était toujours le même depuis maintenant plusieurs années : un arbre dans le parc. Il y retrouva effectivement les deux autres membres du groupe.

« 'morgen. » lança-t-il d'un ton légèrement maussade.

« Tiens, t'es tout seul ? » s'étonna Georg.

« Ouais. Il avait pas envie de venir. » mentit-il.

« Ah bon ? » demanda Gustav. « Il a la gueule de bois ? »

« Quoique c'est plutôt toi qui devrait l'avoir ! » plaisanta le bassiste à l'intention de Bill. « Tu verrais tout ce que tu t'es enfilé hier ! »

« Des comprimés et ça passe... » soupira le chanteur. « Bon, on y va ? »

« Attend, j'ai un truc à te montrer. »

Bill lança un regard sceptique à Georg puis se résigna, il n'avait pas envie de s'énerver pour rien une nouvelle fois. Il tourna la tête un peu partout : il y avait du monde aujourd'hui dans le parc. C'était rare. Il était perdu dans sa contemplation lorsqu'une feuille de papier s'écrasa sur son visage.

« Tiens, regarde ! Ça vaut son pesant d'or ! »

Le chanteur attrapa la feuille et l'éloigna de son visage afin de pouvoir regarder ce qu'elle contenait. Mais là, ses yeux s'écarquillèrent :

« Un copain m'a appelé hier soir en me disant qu'il y avait deux gars en train de se sauter devant la boîte et il a prit des photos. J'aurais jamais cru que c'était vous deux ! T'étais tellement bourré que t'as pas fait la différence entre une fille et ton frangin ? Il t'en n'a pas collée une, ce matin ? »

Georg et Gustav étaient hilares mais Bill, lui, n'esquissait même pas un sourire face aux trois photos qui se trouvaient sur la feuille : il était sur son frère, la tête dans son cou, les mains baladeuses... Tout à coup, les paroles de son jumeau lui revinrent à l'esprit, aussi présentes qu'une gifle :

''Et c'est toi qui oses me dire ça ? Ecoute, je veux bien faire des concessions mais y a des limites !''

''QUOI ? Non, mais tu t'entends parler ?''

''Non, mais je rêve ! Regarde-toi dans un miroir, ducon !''

''Mais... CREVE ! CONNARD !''

Le suçon, leur engueulade... ça prenait tout son sens. Il lança un regard au bassiste et au batteur qui arrêtèrent de rire face à son air grave, presque livide.

« Eh, vieux, ça va... ? »

« Tom... »

Sur ce mot, Bill partit en courant, plantant là ses deux amis. Tout était clair, tout s'enchaînait. Mais qu'est-ce qu'il avait été con ! Il courait aussi vite que possible, manquant de percuter d'autres piétons et s'attirant les hurlements d'une vieille pour avoir écraser la patte de son caniche. Mais il ne pouvait pas s'arrêter. Non ! Il avait été odieux et sans raison ! Et Tom qui n'avait rien dit. Mais pourquoi ?

Arrivant devant chez lui, il manqua de s'écraser contre la porte : fermée à clé. Il ne se souvenait pas d'avoir fermé. Etait-ce possible que... ? Il détourna les yeux vers une fenêtre. Il devait bien y en avoir une d'ouverte !

« Scheiβe ! (Merde) »

Il fit le tour de la maison, passant par la haie en espérant que les voisins n'aient pas la bonne idée d'appeler la police en le prenant pour un voleur. La fenêtre de la salle de bain ! Il l'avait laissée ouverte ! Il remerciait intérieurement le destin de l'avoir fait prendre sa douche en deuxième et se hissa à l'intérieur, non sans quelques égratignures. Il grimaça : son coude et son genou le brûlaient ! Il devait être beau à voir... Allant dans le couloir, il entra dans la chambre de son jumeau : il ne vit d'abord personne puis distingua une forme en boule sous les couvertures.

Bill déglutit et s'approcha. Il la voyait sursauter doucement, entendait ces sons si caractéristiques... Tom pleurait. Il avait fait pleurer son frère, son jumeau, sa moitié. Il s'assit sur le lit mais s'aperçut du plus pitoyable : il ne savait pas du tout quoi dire. Se mordillant la lèvre, il se maudit mille fois de sa stupidité ; mais il n'eût pas vraiment à chercher longtemps, une voix brisée et rauque lui lança :

« Va-t-en. »

Le jeune chanteur eût la sensation de recevoir une deuxième gifle. Il hésita et hocha finalement la tête, se relevant ; il allait sortir lorsqu'il entendit :

« Ich hasse dich. (Je te déteste) »

Il n'avait rien à répondre à cela et préféra sortir, se dirigeant d'un pas presque chancelant vers le salon. Même s'il s'y attendait et qu'il l'avait mérité, ça faisait toujours mal de l'entendre. Ce ne fut qu'alors qu'il remarqua une feuille blanche posée sur la table, on avait écrit dessus... Il la prit et lut :

''Bonjour mes petits chéris,

Papa et moi allons voir votre tante et votre grand-mère. Comme c'est un peu loin, nous y resterons une semaine. Il y a de quoi manger dans le frigo. Essayez de manger un minimum équilibré.

Bisous.

Maman.''

Bill lut et relut encore ces quelques mots. Une semaine. Une semaine à se côtoyer dans l'état actuel des choses... Peut-être valait-il mieux qu'il aille dormir chez Georg ou Gustav ? Il soupira et secoua finalement la tête de droite à gauche : non, Tom serait capable de rester cloîtré dans sa chambre sans même penser à manger. Il l'avait vu dépressif une fois, une seule et unique fois, et ce jour là, il s'était retrouvé à l'hôpital. Il ne pouvait pas permettre que ça se reproduise, surtout qu'il était la source du mal être actuel de son jumeau. Mettant un terme à ces pensées, il se vida l'esprit et alla dans la cuisine. Il y avait effectivement de quoi manger... Peut-être pourrait-il faire la cuisine jusqu'à ce que les parents reviennent ?

OoOoO

« Tom... ? C'est moi, j'entre. »

Prononçant ces mots, il pénétra dans la chambre de son frère, ce dernier n'avait pas bougé, toujours roulé en boule sous ses couverture. Bill soupira et posa le plateau près du lit. Il s'assit à côté de lui et le secoua doucement :

« Tom. Il faut que tu manges... »

Il n'obtint aucune réponse. Soupirant profondément, il se leva et laissa le plateau repas. Quittant la pièce sans demander son reste. Il passa toute l'après-midi dans le salon, espérant que son frère y passerait, ne serait-ce que l'entendre aller aux toilettes l'aurait soulagé. Mais il n'entendit rien. Pas un seul bruit. Il sursauta lorsque la pendule sonna les six heures du soir, il n'avait pas bougé, assis dans le salon, pendant près de six heures ; et il n'avait pas entendu son frère, pas même une fois. Il soupira et alla à la cuisine, préparer à manger.

« Scheiβe... J'ai oublié d'aller récupérer son assiette... » grommela-t-il.

Il alla donc jusqu'à la chambre de son frère et frappa. Il entra et s'arrêta net : le plateau n'avait pas bougé, l'assiette non plus, les couverts étaient propres et le verre toujours plein. Il soupira et alla chercher le plateau, le ramenant à la cuisine ; là, il refit à manger et plaça une assiette chaude sur le plateau, pris un autre verre et le remplit, changea les couverts. Ceci fait, il emmena le plateau dans la chambre et le reposa au même endroit. Bill demeura quelques secondes à regarder la forme dans le lit... Il soupira et prit la direction de la porte, puis s'arrêta :

« Tom... Mange, s'il te plaît... Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le au moins pour nos parents... »

Il n'attendit pas de réponse et s'en alla. Arrivant dans la cuisine, il fit réchauffer l'assiette de son frère et mangea ce qu'il lui avait préparé le midi-même, bien que ce ne soit pas spécialement par faim. Une fois qu'il eût mangé, il lava ses affaires et alla dans sa chambre : peut-être que si son frère le savait dans sa chambre, il s'aventurerait hors de la sienne.

OoOoO

Le soleil s'était levé. Bill grogna et attrapa son réveil qui sonnait. Il l'avait programmé pour l'heure à laquelle son frère se levait habituellement, mais c'était dur de se lever plus tôt qu'avant. Il s'extirpa de son lit et alla jusqu'à la cuisine, ceci fait, il prépara le petit déjeuner. Tom prenait toujours un chocolat chaud, donc il ferait un chocolat chaud.

« Scheiβe, ces putains de croissants sont durs... »

Il soupira et alla prendre sa douche. A peine habillé, il prit ses affaires et sortit ; il n'avait qu'à remonter la rue pour tomber sur un boulanger, ce n'était pas loin, il aurait le temps de revenir et de réchauffer le chocolat pour l'apporter à son frère. Arrivant à la boulangerie, il eût le malheur de croiser la vieille femme au caniche à qui il avait écrasé une patte et dut patienter quelques minutes le temps que celle-ci lui fasse des remontrances, se plaigne et en parle à tous ceux qui étaient présents. Une fois qu'elle eût terminé, il s'excusa aussi sincèrement qu'il le pouvait et attendit qu'elle fasse sa commande pour pouvoir faire la sienne. Une fois les croissants en main, il retourna chez lui. La porte était verrouillée.

Au moins, il se levait. Bill soupira un bon coup et repassa une nouvelle fois par la fenêtre de la salle de bain, s'égratignant un peu plus le même genou et la même main que la veille. Son frère ne devait pas avoir la tête à faire le tour de la maison pour vérifier si tout était bien fermé ; et lui n'avait pas la tête à prendre ses clés à chaque fois qu'il sortait. Ceci fait, il se lava les mains et disposa les croissants sur le plateau, juste à côté du chocolat qu'il avait réchauffé ; puis il emmena le tout dans la chambre de son frère. Le plateau n'avait à nouveau pas bougé. Bill soupira et posa le plateau petit-déjeuner à côté de l'autre, le temps d'ouvrir la fenêtre pour aérer un peu ; bien qu'il ne puisse pas compter sur la température pour l'aider à faire bouger son frère. Ceci fait, il prit le plateau de la veille et le rapporta à la cuisine, réchauffa le tout et mangea.

A midi, il mélangea les restes afin de faire un riz cantonnais, que lui avait appris à faire un camarade de classe. Prépara un plateau et l'amena dans la chambre. Il en ressortit quelques minutes plus tard avec un plateau petit-déjeuner intact. Il passa ensuite toute l'après-midi devant la télé, les magasines de la semaine à côté de lui, faisant tous les jeux qu'il pouvait trouver. Vint six heures, il se mit aux fourneaux, prépara le dîner et à sept heures, il prépara un autre plateau qu'il amena à son frère, qui n'avait toujours pas touché au précédent. Bill poussa un profond soupir, ferma la fenêtre et s'assit sur le lit.

« Tom... Je sais que tu m'en veux et t'as raison mais... Putain, bouffe. Ça va faire deux jours que t'as rien mangé. Tu vas ressembler à rien quand les parents vont revenir, maman va pleurer et papa... Papa, j'en sais rien. Tu veux retourner à l'hosto, c'est ça que tu veux ? »

Il n'obtint aucune réponse. Si au moins il avait la certitude que son frère mangerait dès qu'il serait parti, il partirait, mais là. Il resta un long moment silencieux, écoutant simplement sa propre respiration mêlé au bruit de celle de son jumeau ; puis il souffla :

« Je... Hier, je me suis énervé... C'était stupide. Je... Je me souviens de la soirée... Enfin, vaguement, Georg m'a montré... Des photos qu'un de ses amis a prises quand ils nous a vus... Je... J'ai gueulé pour rien... Je... Entschuldigung... (Pardon/désolé) »

Ne trouvant plus ses mots, il se leva et sortit de la pièce en emportant le plateau du midi. Mais cette fois-ci, l'assiette alla directement dans le frigo et il alla se coucher, fatigué et abattu. Il s'en voulait. S'il n'avait pas hurlé, Tom ne se serait jamais mis en colère et ne serait pas triste à l'heure actuelle... Il s'endormit, fourbu et le c½ur lourd.

OoOoO

Le lendemain, il se leva à nouveau lorsque son réveil sonna, prit sa douche et s'habilla. Il prit ses affaires et vérifia cette fois s'il avait ses clés. Ceci fait, il sortit et marcha jusqu'à la boulangerie, prit des croissants et fit le chemin inverse. Les croissants étaient chauds et sentaient bons. Il arriva devant chez lui et soupira devant la porte fermée à clé. Il glissa la sienne dans la serrure et tenta d'ouvrir...

« Merde, les clés doivent être dans la serrure à l'intérieur... »

Il refit donc le tour de la maison et passa par la fenêtre de la salle de bain, mais il n'eût pas autant de chance que la dernière fois et dérapa, s'ouvrant la main sur l'ouverture de la fenêtre.

« Scheiβe ! »

Il se lava rapidement les mains, prit une bandelette dans le placard et en pourvu sa main. Une fois la plaie enfermée, il alla dans la cuisine, prépara un chocolat chaud, disposa les croissants et alla porter le tout dans la chambre. Il ouvrit la fenêtre, prit le plateau intact de la veille et le ramena. Tout ce déroulait exactement comme la veille. Il soupira et se plongea dans un livre, en oubliant le déjeuner.

Ce furent les coups de six heures qui le réveillèrent, apparemment il s'était assoupi. Il jura et se leva. Mais à peine fut-il debout que le monde tanga, il se rattrapa au mur et attendit un peu. Il s'était sûrement relevé trop vite. Il se dirigea vers le frigo et regarda à l'intérieur :

« Merde, y a plus de légumes... Bon, ça va encore être pour ma pomme... »

Il prit ses affaires et hésita : il était six heures passées, peut-être devrait-il prendre une veste ? Non, il avait trop chaud. Il sortit donc de la maison et se mit en chemin du supermarché du coin ; il devait traverser deux quartiers. Il devrait marcher à bon rythme, mais la tête lui tourna à nouveau et l'obligea à marquer une pause. Il était pris de vertiges... Inspirant un bon coup, il se remit en route : il devait rentrer assez tôt pour faire le dîner pour son frère. Mais plus il avançait et plus ses vertiges étaient fréquents, il secoua la tête et marcha encore, titubant à moitié. Pourquoi se sentait-il si mal ? Bon, il avait sauté le repas du midi mais tout de même. Tom avait-il aussi ce genre de sensations ? Dans ce cas, il fallait qu'il le force à manger, au moins pour lui éviter ça. Il s'arrêta à nouveau, essoufflé ; le vent s'était-il rafraîchit ou était-ce encore son imagination ? Frissonnant, il se força à reprendre son chemin. Mais tout à coup, ses yeux s'emplirent de paillettes dorées qui se fondirent en noir et le plongèrent dans les ténèbres.

OoOoO

Tom sentit son portable vibrer... Qui cela pouvait bien être ? Son frère était-il donc désespéré au point de l'appeler ? Il soupira et porta son portable à la hauteur des yeux... Gustav ? Il décrocha :

« Was... ? » demanda-t-il d'une vois las.

/Ah, désolé, je te réveille / s'inquiéta le batteur.

« Nein... » répondit l'adolescent. « Qu'est-ce qu'il y a ? »

/Ben... C'est qu'on essaye d'appeler Bill depuis hier soir et il ne décroche pas. / lui expliqua son aîné.

« Et qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ? » grogna le guitariste.

/Heu... Bah, est-ce que tu pourrais voir s'il est dans le coin ? C'est juste pour lui dire que... /

« Je suis pas un standardiste. Salut. »

Tom raccrocha. Pourquoi ? Pourquoi même lorsqu'il n'avait pas envie d'en entendre parler, on l'en saoulait ? Il soupira un long moment et tendit l'oreille, il n'y avait aucun bruit. Bill devait être sortit. Le jeune guitariste se leva et sortit de sa chambre, il regarda dans la chambre de son frère et ne l'y trouva pas. Il haussa les épaules et se rendit dans le salon, là, il écarquilla les yeux : le mur blanc, juste à un endroit, avait une longue trace carmine... On y avait fait glisser une main.

« Bill... ? » souffla l'adolescent. « Bill ? Bill ! BILL ! »

Il fit le tour des pièces mais ne trouva personne. Ses yeux cherchèrent un indice, n'importe quoi. Un papier ? Non. Un post-it ? Non plus. Il lança un coup d'½il à la pendule : trois heures vingt... De quand datait son dernier plateau ? C'était un plateau petit-déjeuner... Tom se redressa et courut jusqu'à sa chambre.

« Scheiβe, Bill, quand est-ce que tu m'as apporté ça ? »

Il ne savait pas, ses yeux allaient du verre de chocolat au lait froid aux croissants et... Les croissants ! Il les attrapa et tâta. Non, ils étaient trop durs pour dater de ce matin, il en était sûr. Donc son frère ne lui avait rien emmené depuis... La veille... ? Tom sentit la panique l'envahir. Où était-il ? Il retourna dans le salon, reposant immanquablement ses yeux sur la marque au mur...

« Bill... » chuchota-t-il.

Ses yeux cherchèrent à nouveau un indice. N'importe où, n'importe quoi, il fallait qu'il trouve ! Ce n'est qu'en passant près du frigo qu'il le vit. Il sentit quelque chose d'inhabituel sur la poignée du frigo. Tournant la tête, il voulut savoir ce qui rendait la poignée aussi rugueuse alors qu'elle était censée être lisse... C'était du sang. Du sang séché.

« Bill... ! »

Le frigo ? Il l'ouvrit à la volée et regarda. Qu'est-ce qui pouvait bien manquer ? Les crèmes dessert ? C'était pas indispensable ! Les tomates ? Non, il y en avait. Du fromage, aussi. Des caro... Des légumes ! C'était la seule chose qu'il ne voyait pas ! Ne réfléchissant même pas, il prit ses clés et partit en courant.

Courir. C'était la seule chose qu'il avait en tête. Courir le plus vite possible. Bill saignait. Il fallait qu'il le retrouve. Il devait le retrouver ! S'arrêtant chez le marchand de légumes qui se trouvait un peu plus haut dans la rue, il ne prit même pas le temps de reprendre son souffle :

« Est-ce que Bill est passé ? »

Le marchand les connaissait de longue date : leur mère venait toujours acheter ses légumes ici. L'homme d'un certain âge le considéra un moment d'un ½il mécontent ; il finit par ouvrir sa bouche où l'on ne distinguait plus qu'une seule dent jaunie et lança :

« Et le ''Guten Tag'' ? Ça t'arracherait la bouche, petit galopin ? De mon temps, on ne se serrait jamais permis. »

« Ça, c'est bien vrai... » acquiesça une cliente. « De notre temps, les enfants savaient s'adresser à leurs aînés. Ils disaient ''Guten Tag'', ''Danke'', ''Bitte'', ''Bis... »

« MAIS J'EN AI RIEN A FOUTRE ! » s'exclama le jeune guitariste, réduisant les deux adultes avancés au silence. « Mon frère ! Vous l'avez vu, oui ou merde ? »

Le vendeur, bouche bée, ne parvint qu'à faire un signe négatif de la tête. Tom, à bout de souffle, les regarda tour à tour avant de s'excuser et de repartir en courant. S'il n'était pas allé chez le marchand, il avait dû aller au supermarché. Peut-être les gens pourraient-ils le renseigner. Ses pieds lui faisaient mal et ses poumons aussi, mais il ne devait pas s'arrêter ! Il ralentit un peu l'allure, pour finalement revenir au pas, refusant de s'arrêter complètement.

« Tom ? »

Il tourna la tête, croisant le regard de Gustav. Celui-ci revenait d'un magasin de musique, il le scruta de la tête aux pieds, cherchant à comprendre.

« Qu'est-ce que tu fais là ? Und... Wie geht's ?(Et... ça va ?) »

Le guitariste soufflait comme il pouvait mais sa gorge était sèche et il peinait à mettre de l'ordre dans ses idées, aussi, il ne trouva qu'une chose à dire :

« Bill... »

Gustav le considéra un instant, interdit, puis comprenant la détresse de son ami il ne chercha pas à en savoir plus, s'approcha et demanda simplement :

« Vers où ? »

Son vis-à-vis pointa la direction dans laquelle il allait. Le batteur attrapa sa main et l'entraîna derrière lui au pas de course. Il était fort, Tom avait l'impression qu'il allait décoller ; mais en même temps, il avait la sensation d'aller beaucoup plus vite. Il allait le remercier lorsque son regard se posa sur le trottoir :

« BILL ! »

Il devança le batteur et se jeta à genoux auprès de son frère. Sa main bandée était sale, il transpirait abondamment, brûlant de fièvre, et sa respiration était sifflante.

« Putain, Bill, mais qu'est-ce que... ? » commença Gustav.

« Une ambulance ! » le coupa Tom. « Appelle une ambulance ! Vite ! »

Le côté hystérique du garçon ordinairement très calme persuada le batteur d'obéir sans réfléchir. Le guitariste, de son côté, avait prit son jumeau dans ses bras et pleurait, le serrant contre lui et lui murmurant pardon. Ils durent attendre une dizaine de minutes avant que l'ambulance ne s'engouffre dans la rue déserte, ils purent monter à bord et partirent aussitôt.

A peine furent-ils arrivés à l'hôpital qu'on emmena Bill dans une civière. Tom l'aurait volontiers accompagné si une infirmière ne lui avait pas barré la route ; comme il comptait la contourner, un infirmier s'en mêla, tentant de l'empêcher de passer.

« BILL ! BILL ! BILL ! »

« S'il vous plaît, Monsieur ! Calmez-vous ! Vous êtes dans un hôpital ! » s'exclama l'infirmière.

« BILL ! BILL ! »

L'adolescent continuait de s'égosiller, la voix brisée par les sanglots et le fait d'avoir courut ; il se débattait comme un beau diable, la main tendue vers la porte par laquelle on avait emmené son frère.

« BILL ! BILL ! BILL ! »

Gustav jugea bon de venir à la rescousse et attira son ami contre lui. Là, le jeune garçon se calma enfin, ses cris s'étant réduits à des sanglots ; le batteur fit comprendre par un geste de la tête que tout allait bien et il emmena le guitariste dans la salle d'attente. Toujours blottit contre lui, Tom pleurait et pleurait encore, il n'arrivait pas à s'arrêter et répétait inlassablement qu'il était désolé. Gustav se mordit la lèvre inférieure, peiné de voir un de ces amis dans un tel état ; il ignorait ce qu'il s'était passé entre les jumeaux mais jamais il ne les avait vus aussi mal en points, aussi bien l'un que l'autre. Se permettant un petit écart au règlement, il alluma son portable et envoya un texto à leur bassiste.

Ce dernier arriva une quinzaine de minutes plus tard, essoufflé. Il entra dans la salle d'attente et rejoignit ses amis. Tom avait fini par s'endormir, terrassé par les larmes et ses cris ; Georg eût droit à un rapide résumé de l'état des choses, Gustav ne pouvant en dire plus que ce qu'il en savait. Le bassiste s'inquiéta quant à l'état psychologique de leur cadet ; ce dernier finit toutefois par se réveiller.

« Bill... Où est Bill ? » murmura-t-il, reprenant peu à peu ses esprits.

« Ça ne devrait plus tarder. » sourit le batteur qui se voulait rassurant.

« Bon, si tu nous disais ce qu'il s'est passé ? » proposa Georg.

Tom refusa d'un simple signe de tête, ses yeux ayant retrouvé le chemin de la porte. Les deux garçons soupirèrent et décidèrent de prendre leur mal en patience ; heureusement pour eux, une infirmière vint rapidement les voir :

« C'est vous qui avez amené le jeune garçon qui s'était ouvert la main ? »

« Ja. » répondit Tom.

« Il est dans la chambre 203, vous pouvez aller le voir. »

Tom n'en attendit pas plus et partit en courant, ignorant qu'on lui disait de ne pas courir dans un hôpital. Il grimpa les escaliers deux à deux et déboucha dans un couloir. Les salles 200 et plus étaient là... Il s'avança doucement dans ce couloir blanchâtre, n'entendant que ses pas, sa respiration saccadée et son c½ur battre. La porte 203 était fermée. Il hésita un long moment, fixant la poignée pour finalement y poser la main. Mais avait-il seulement le droit d'aller voir son frère après ce qu'il lui avait fait ? Il hésitait, se mordillant la lèvre inférieure.

« Tom ? C'est toi ? » entendit-il.

C'était une voix faible, mais il était réveillé. Déglutissant, le guitariste appuya sur la poignée et ouvrit la porte. La fenêtre de la chambre était ouverte, donnant sur le parc, illuminant un peu cette chambre blanche et froide ; l'adolescent s'avança jusqu'au lit. Bill lui adressa un sourire, ses traits étaient creusés, ses joues légèrement rougies par la fièvre, il transpirait toujours un peu ; il avait l'air terriblement fatigué...

A cette vue, Tom sentit sa gorge se serrer et ses yeux le brûler, sa vue se voila et il se mit à pleurer. Le sourire de Bill disparut, laissant place à un air inquiet, il glissa sa main froide dans celle, tiède, de son frère :

« Wie geht's ? » murmura-t-il, d'un ton un peu las, ne parvenant pas à parler plus fort.

Pour toute réponse, son jumeau se laissa tomber à genoux près de son lit et noya son visage dans les couvertures, serrant fortement cette main tremblante dans la sienne. Le jeune chanteur voulut comprendre mais la seule chose qu'il entendit fut une litanie de ''pardon'' ; il esquissa un sourire un peu triste et laissa ses doigts jouer avec une des dreads de son frère.

« Ça va, maintenant, ne t'inquiète pas. » chuchota-t-il pour le rassurer. « Tout va bien. »

« Bill... » son jumeau releva la tête pour le regarder.

« Je suis content que tu sois venu. Pardon de t'avoir inquiété... »

Tom secoua négativement la tête : non, ce n'était pas à lui de s'excuser. Il était revenu et avait prit soin de lui alors qu'il le rejetait. Il serra la main de son frère contre sa joue et souffla :

« Schuldi... (Désolé) Si j'avais pas été aussi con... »

« Mais non, c'est moi qui t'ai engueulé... » nia Bill.

« Arrête... Ce que je t'ai fait été pire que tout... Je mangeais pas ce que tu préparais et allais me servir dans le frigo dès que tu sortais, je prenais aussi ma douche quand t'étais pas là. Et j'ai fermé la porte à clé à chaque fois... » souffla le guitariste.

« Ah, je me disais que tu te portais plutôt bien pour quelqu'un qui est censé avoir trois jours de jeun à son actif. » ricana son jumeau. « Heureusement que tu fermais pas la fenêtre, j'aurais eu l'air fin, enfermé dehors. »

« Ils t'ont dit quand tu sortirais ? » enchaîna Tom.

« J'ai pas grand-chose : c'est ma blessure qui s'est infectée... Ils ont nettoyé et recousu. Je devrais être sorti demain. » répondit l'intéressé.

« D'accord... Alors, je... Je viendrais te chercher... » proposa son vis-à-vis.

« Non, c'est pas la peine... » sourit Bill. « Je suis content que tu le proposes, mais je devrais pouvoir me débrouillé seul... »

Tom hocha la tête. Il s'excusa une dernière fois et se leva. Il se dirigea vers la porte, et l'ouvrit lorsque son frère le retint :

« Je me souviens de tout, tu sais. »

« Ah... Tant mieux... » souffla le guitariste. « J'aurais eu du mal à te raconter... »

« Et je maintiens ce que j'ai dit. » ricana son jumeau.

Tom se retourna, lui lançant un regard interrogateur. Bill lui adressa un large sourire malicieux malgré ses traits tirés et murmura :

« Ich würde gern der Grund für deine schlaflose Nacht sein...! (J'aimerais bien être la raison de ta prochaine nuit blanche... !) »

Le guitariste haussa les sourcils sur le coup de la surprise puis esquissa un sourire amusé et attendri :

« Repose-toi, dummkopf... (Idiot) »

Sur ces quelques mots, il sortit de la pièce et alla retrouver les deux autres membres de leur groupe. Assailli de questions, il grimaça et leur répondit tout simplement qu'ils auraient des explications plus tard, lorsque Bill irait mieux.

OoOoO

Tom sentit un léger souffle lui chatouiller l'oreille. Il grogna et se tourna un peu dans son lit, se maudissant d'avoir laissé la fenêtre ouverte ; un deuxième souffle dans l'oreille le réveilla : il n'avait pas ouvert la fenêtre et même si c'était le cas, les volets étaient fermés.

« Guten Morgen. » sourit Bill.

« Guten Morgen... » répondit Tom, souriant à son tour, devinant la silhouette de son interlocuteur. « Déjà sorti... Il est quelle heure ? »

« Neuf heures. J'avais pas envie de rester plus longtemps dans cet hosto, alors dès que j'ai eu la permission, je suis sorti. » lui annonça son jumeau.

« Ah... Cool. » le jeune guitariste se redressa un peu, s'appuyant sur ses coudes. « Ça va mieux ? »

« Ouais ! » ricana fièrement son leader et frangin. « Bon, je vais préparer le p'tit déj. »

Il allait se relever lorsqu'une solide poigne attrapa son poignet, manquant de le faire tomber à la renverse. Il se retourna pour interroger son vis-à-vis quant à cet emprisonnement mais n'en dit rien face au sourire qu'il discerna dans la pénombre :

« C'était que du vent, ce que tu mas dit à l'hosto ? » une lueur de malice éclairait son regard, légèrement teinté de celle du défi.

« Il ne fait pas nuit. » répondit son frère sur le même ton.

« Mais j'ai envie de faire la grasse mat'... ! » chouina Tom, lui adressant un regard faussement mouillé.

Bill éclata de rire et accepta de s'allonger, se plaçant aux côtés de son frère. Ce dernier se blottit contre lui, savourant sa présence : il aimait sentir son frère près de lui, ça le rassurait, tout chez lui lui était familier. Il sentit la main de Bill se poser sur sa joue et son pouce la caresser, il esquissa un sourire et releva légèrement la tête :

« Küsschen ? (Bisou ?) »

Son vis-à-vis rit et se pencha, emprisonnant ses lèvres des siennes. C'était un baiser doux et tendre. Tom dégagea ses bras pour les passer autour du cou de Bill mais ce dernier échappa à l'étreinte sous le regard mi-interrogateur mi-irrité de son jumeau :

« Waaaaas ? » grogna le guitariste.

« Je t'ai dit que je serais la raison de ta prochaine nuit blanche, pas celle pour que tu prennes du gras au lit. Allez, viens manger. » ricana le chanteur en se levant.

« Saleté ! » s'écria son frère, lui lançant un coussin. « Et puis pour le gras... ! »

« Ah, au fait, j'ai reçu un texto des parents. » le coupa Bill.

« Ah ? » Tom en oublia jusqu'à sa frustration.

« Tonton a eu un accident, rien de grave mais les parents vont y rester quatre-cinq jours de plus pour notre tante. » sourit son interlocuteur, puis son ton se fit plus tendancieux. « J'aurais tout le temps de m'occuper de toi... »

Le jeune guitariste écarquilla légèrement les yeux et les détourna en rougissant. Bill ne put s'empêcher de sourire et s'approcha pour venir lui déposer un baiser sur le front :

« Je fais des crêpes ? »

« Ah... Ok ! » sourit-il. « Je vais t'aider. »

« Pas de problème. »

Ils se rendirent à la cuisine, se charriant mutuellement. C'était si bon de pouvoir à nouveau discuter et rire ensemble. Ils n'arrivaient pas à comprendre comment ils avaient pu ne pas se parler pendant trois jours ; Bill commença à sortir les ustensiles pendant que Tom cherchait les ingrédients.

« Ah ! Y a plus de lait ! »

« Scheiβe... Bon, on va en chercher ? »

« Ja ! »

Les deux adolescents prirent leurs affaires et sortirent. La rue n'était pas encore trop pleine, elle était même presque vide, c'était agréable. Tom sursauta presque en sentant la main de son frère se glisser dans la sienne, il regarda leurs doigts enlacés et ne put s'empêcher de détourner les yeux en rougissant, au plus grand amusement de son frère. Ce dernier se pencha et murmura à son oreille :

« Quand t'iras prendre ta douche, je viendrais avec toi. »

Tom piqua un fard et grommela quelques mots comme quoi il n'était plus un bébé et pouvait très bien se débrouiller tout seul, regardant ailleurs. Bill sentit son sourire s'agrandir et secoua doucement la main de son jumeau :

« Hey, Tom... »

« Was ? » grogna celui-ci, s'attendant à une nouvelle boutade.

« Ich liebe dich. »

Prononçant ces quelques mots, le chanteur vint déposer un baiser sur la joue de son vis-à-vis, lui adressant par la suite un sourire radieux. Tom le dévisagea pendant quelques secondes, les joues légèrement empourprées, puis esquissa un petit sourire et hocha la tête, ses doigts serrant davantage ceux de Bill.

Ende !

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# Posté le vendredi 19 janvier 2007 16:40

Modifié le dimanche 11 octobre 2009 20:11

Wirksamkeit

Titre : Wirksamkeit
Auteur : Sahad.
Genre : Yaoi
Forme : One Shot





C'était le début du mois de juillet, la chaleur semblait avoir atteint un niveau stationnaire, du moins jusqu'à la semaine suivante. Tous les lycéens étaient en vacances, moments tant espérés et mérités pour les adolescents qui pouvaient se rendre à la plage et s'amuser. Tous ? Peut-être pas...

« C'est pas juste ! » gémit Tom en réajustant la sangle de son sac à guitare sur son épaule. « Dire que tous les autres vont à la piscine aujourd'hui... »

« Bah, faut te faire une raison... » sourit tristement Bill.

« C'est pas justeeeeeuuuuh... » grommela son vis-à-vis en écrasant sa casquette sur sa tête.

Le jeune chanteur ne releva pas, sachant parfaitement qu'au fond il pensait la même chose. Non pas que l'idée de travailler sur un nouvel album l'ennuie, mais il aurait voulu profiter de ses vacances comme tout bon adolescent qui se respecte. C'était donc d'un pas traînant qu'ils se rendaient chez Georg qui les emmènerait, Gustav et eux, au studio d'enregistrement en voiture. Tom continua de râler tout le long du chemin, exprimant à voix haute ce que son frère pensait tout bas.

Arrivant devant la grande maison, les deux jumeaux sonnèrent et attendirent. De longues minutes s'écoulèrent sans que rien ne se passe ; le jeune guitariste haussa un sourcil, lançant un regard interrogateur à son vis-à-vis qui le lui rendit.

« Mais qu'est-ce qu'ils font ? »

« Tu crois qu'ils sont partis faire une ballade ? » supposa Bill.

« Nein. On doit aller aux studios. » lui rappela son interlocuteur.

« C'est vrai... » approuva le chanteur. « Qu'est-ce qu'on fait ? »

« On entre ? »

Le brun hocha la tête, suivant son frère qui pénétrait dans la demeure. Ils la connaissaient comme leur poche, y étant souvent venus depuis qu'ils côtoyaient le bassiste, ce n'était pas difficile de s'y retrouver ; ils montèrent les escaliers deux à deux, faisant la course pour savoir lequel arriverait le premier, Tom était légèrement désavantagé par son instrument et gardait une place de bon second pour cette fois.

« J'ai gagné. » claironna le brun en arrivant à l'étage.

« Y avait gêne. » grogna le guitariste.

« Mauvais perdant. » ricana son jumeau.

« Mauvais gagnant. » répliqua Tom.

Le jeune chanteur étouffa un petit rire amusé, esquivant adroitement la baffe amicale de son vis-à-vis, il se rendit le premier à la chambre de leur aîné :

« Georg, c'est nous. On est en re... Tard... »

Les yeux de Bill s'écarquillèrent, il entrouvrit la bouche plusieurs fois en regardant la scène qui se déroulait sous ses yeux sans parvenir à articuler un son. Ce fut son frère qui, arrivant juste derrière lui, reprit le plus vite ses esprits :

« Georg ? Gustav ? »

Les deux intéressés levèrent les yeux vers eux, le souffle court ; ils les considérèrent un long moment comme si leurs cerveaux n'arrivaient pas à analyser le fait que les jumeaux se trouvaient dans l'encadrement de la porte. Tom esquissa d'abord un sourire avant de franchement éclater de rire, rapidement suivi par son frère, les deux garçons partant dans un fou-rire sans limite ; le guitariste parvint tout de même à articuler :

« Vous... Haha... ! Vous faisiez un concours de branlette ? »

La question tenait plus de l'affirmation que de l'interrogation même, le batteur et le bassiste s'entre-regardèrent quelques secondes avant d'hausser les épaules en se rhabillant. Bill n'en revenait pas :

« On se crève à venir à pied en se dépêchant parce qu'on était persuadés qu'on serait en retard, et vous, vous vous astiquez le manche. J'y crois pas... ! »

« Alors ? Qui a gagné ? » sourit son jumeau, un sourire moqueur aux lèvres.

« Moi. » déclara Georg.

« Toi ? Oh, c'est cool... » approuva le guitariste, singeant une mimique de respect. « Et ça t'avance à quoi ? »

« Tu te poses souvent la question avant, toi ? » soupira son vis-à-vis en levant les yeux au ciel.

« Hm... Pas vraiment, j'admet. Mais je suis pas désespéré au point d'en faire un concours... Moi. » répliqua l'adolescent aux dreads avec un large sourire.

« Et ça prouve quoi, tout ça ? » renchérit Bill en haussant un sourcil, le sourire au coin des lèvres.

« Wirksamkeit . » rétorqua fièrement le brun.

« Wirksamkeit ? » répéta le chanteur, incrédule.

« Ja. »

Gustav leva les yeux au ciel, préférant ne rien dire : après tout, les jumeaux avaient assez de répartie pour remettre leur aîné à sa place.

« J'appelle pas ça de l'efficacité. » sourit Tom. « J'appelle ça être un éjaculateur précoce. »

Bingo. Le visage de Georg se déforma en une grimace adressé au jeune guitariste qui se fendait la poire ; mais, comme le batteur s'y attendait, Bill ne voulait visiblement pas rester sur la touche non plus :

« Efficacité, hein ? »

Il s'avança jusqu'au bassiste, si près que leurs souffles se mêlèrent ; Georg se sentit déglutir à cette proximité dérangeante, mais surtout, c'était le regard de son cadet qui ne lui disait rien qui vaille. Le jeune garçon au cheveux corbeau esquissa un sourire et s'écarta de lui de sa démarche souple et fluide :

« Je vais te montrer ce que c'est, l'efficacité. »

Prononçant ces mots, il appliqua doucement ses mains contre le torse de Tom, le poussant à reculer. Leurs regards se croisèrent, ils échangèrent un sourire : pas besoin de paroles, chacun savait parfaitement ce que l'autre avait en tête, avec une transparence limpide. Le guitariste se laissa faire, s'asseyant dans le fauteuil qui se situait derrière lui ; Gustav écarquilla les yeux, ne parvenant pas à détacher son regard du petit manège des jumeaux :

« Bill... »

« Schhht... » souffla l'intéressé, adressant à son vis-à-vis un regard entendu, son index poser sur ses propres lèvres.

Puis il reporta son attention sur son jumeau, celui-ci était assis dans le fauteuil, le considérant d'un air amusé où l'on pouvait percevoir une lueur de défi. Le jeune brun esquissa un sourire et s'agenouilla devant le guitariste, son regard toujours plongé dans le sien ; ses doigts fins et habiles glissaient le long du jean large, faisant racler ses ongles contre la texture du pantalon et remontant lentement en direction d'un point bien précis. Tom se mordilla la lèvre inférieure en sentant ces caresses passer sur son boxer, il ferma les yeux et se détendit, lâchant un soupir de bien être lorsque ces intrus glissèrent sur cette bosse naissante extrêmement sensible.

« Hmmm... »

« C'est bon ? » s'amusa Bill.

« Ja... » souffla l'adolescent, jouant distraitement avec son piercing, ce qui lui donnait une expression terriblement sensuelle.

Georg et Gustav n'en revenait pas d'assister à ce genre de scène. Ils trouvaient cela terriblement dérangeant dans le sens où il s'agissait de leurs amis, jumeaux qui plus était, et pourtant... Et pourtant il y avait cette sensation, ce réchauffement au niveau de leur bas-ventre qui les fit déglutir. Bill esquissa un sourire et se reconcentra sur ce qu'il faisait, dénudant lentement l'entrejambe de son jumeau ; Tom n'opposait aucune résistance mais son sexe dressé parlait pour lui, ainsi que ses doigts qui se crispaient sur les accoudoirs du fauteuil.

Tom étouffa un hoquet lorsque son frère approcha son visage et fit doucement glisser sa langue chaude sur le sommet de son membre, les doigts du guitariste se crispèrent un peu plus alors qu'il laissait sa tête aller en arrière. Le nom du chanteur franchit la barrière de ses lèvres dans un soupir qui se muait peu à peu en gémissement ; le brun esquissa un nouveau sourire et entreprit de caresser plus franchement le gland de cette virilité de sa langue alors qu'il entourait la hampe de ses doigts fins et tièdes, y appliquant un léger mouvement, tantôt de va et vient, tantôt une simplement petite pression. Ces attentions faisaient visiblement leur petit effet sur son vis-à-vis qui se mordait la lèvre en essayant vainement de retenir ses gémissements. Satisfait, Bill risqua un petit coup d'½il en direction de leurs deux comparses et crut qu'il allait éclater de rire : le bassiste et le batteur les regardaient, médusés, et la main que Georg rapprochait peu à peu de sa propre entrejambe était plus que suggestive.

Amusé, le chanteur reprit son occupation, mettant pleinement en bouche le sommet de la virilité de son compagnon ; Tom étouffa un gémissement, relevant presque imperceptiblement la jambe alors que le bout de ses doigts prenait une teinte blanchâtre. A l'expression de son visage, nul doute que le traitement qui lui était affligé était des plus agréables. Gustav se sentit déglutir face au spectacle qui se déroulait sous ses yeux, il envisagea néanmoins de lancer un coup d'½il à Georg, constatant par là qu'il n'était pas le seul à réagir face à cette scène ; mais si les gémissements du guitariste et l'idée de la bouche du chanteur glissant sur le membre l'excitait, il n'arrivait pas à concevoir ce genre de chose entre les deux protagonistes. Etait-ce parce qu'ils étaient jumeaux ? Peut-être était-ce une des raisons majeures mais il ne savait pas trop ; un nouveau gémissement de Tom attisa un peu plus la flamme déjà brûlante qu'abritait son bas-ventre.

« Haaan... Bill... » articula l'adolescent aux dreads, se faisant violence pour ne pas saisir son vis-à-vis par les cheveux pour lui faire accélérer le mouvement.

Bill semblait prendre particulièrement plaisir à faire patienter son jumeau, un mince sourire sadique étirant ses lèvres et se reflétant jusque dans son regard. Le guitariste laissa échapper une nouvelle plainte, sentant son entrejambe ainsi caressée et cajolée, son c½ur battait à tout rompre et ses poumons menaçaient bizarrement d'éclater alors qu'il avait la sensation que l'air lui manquait. Chaque battement de c½ur se répercutait jusque dans ses tempes d'où commençaient à s'échapper de fines gouttelettes de transpiration ; chacun de ses gémissements trahissait son plaisir, il montait une à une les marches de l'extase.

« Bill... »

L'intéressé esquissa un nouveau sourire et obtempéra finalement, laissant ses lèvres descendre tout le long de la virilité de son vis-à-vis, atteignant les bourses de son jumeau ; remontant lentement en prenant soin de faire glisser son piercing le long de sa peau, le jeune brun replaça momentanément ses doigts autour du membre de sa victime, sentant avec une immense satisfaction les palpitations de son c½ur jusque dans son sexe dressé. Ainsi Tom était proche de la libération... L'adolescent aux cheveux couleur de jais leva les yeux vers le visage de sa moitié et le contempla : il était d'une beauté saisissante, enivrante, et ses plaintes ne l'en rendaient que plus désirable... Ses lèvres s'étirèrent en un sourire sincère et il entreprit de faire danser sa langue sur l'extrémité même de la virilité de son jumeau alors que sa main exécutait un va et vient insistant.

Le guitariste ne put retenir un petit cri à ce changement brutal et crut suffoquer quelques instants tant les sensations étaient puissantes. Gustav et Georg, eux, parvinrent de justesse à éviter l'étranglement en avalant leur salive : ce spectacle était plus que saisissant. Tom s'arqua brusquement, poussant un cri plus puissant que les autres, avant de se laisser retomber dans le fauteuil, haletant, les yeux mi-clos et encore fiévreux d'un tel plaisir ressenti. Bill essuya distraitement une goutte du liquide chaud qui s'échappait du coin des lèvres ; il se redressa finalement et vint déposer un baiser contre la tempe de son frère, un sourire attendri se dessinant sur son visage. Il se tourna finalement vers les deux autres membres du groupe et murmura :

« Tu vois, Georg. Ça, c'est de l'efficacité. »

L'intéressé en resta pantois, rougissant en constatant que sa main n'était pas restée sagement inactive ; il la retira prestement de son caleçon, imité du jeune batteur. Ce petit spectacle arracha un éclat de rire enfantin au jeune chanteur ; Tom, lui, se rhabilla convenablement et se leva :

« Bon, on est vraiment à la bourre avec vos conneries. »

« Va dire que ça ne t'a pas plu. » ricana Bill.

« J'ai jamais dit le contraire. » répliqua le guitariste en grognant. « Mais on est en retard. »

Les quatre adolescents s'échappèrent donc de la pièce pour se rendre à la voiture de leur aîné ; en chemin, Tom attrapa le bras de son frère :

« Bill. »

« Hm ? Was ? » l'interrogea ce dernier.

« Heu... Ce que tu as fait tout à l'heure... Heu... » le jeune garçon sentit ses joues s'empourprer.

« T'inquiète pas. » sourit son jumeau. « Ça restera entre nous. »

« Danke. »

« Bitte. »

Descendant encore quelques marches, le guitariste laissa un sourire transparaître sur ses traits et murmura :

« C'était délicieux. »

« Je suis doué. » répondit simplement son vis-à-vis.

« Ça va, les chevilles ? » grommela l'adolescent aux dreads.

« Personne n'a eu à s'en plaindre. » rétorqua Bill.

« Hm... On verra si tu tiendras le coup, toi. Parce que ce n'est que partie remise. » déclara son frère sur un ton de défi.

« Hu-hum... Quelque chose me dit que j'ai hâte d'être à ce soir. »

Etouffant un éclat de rire, les deux garçons rejoignirent leurs amis qui les attendaient, moteur tournant...

ENDE

# Posté le jeudi 08 février 2007 13:22

Modifié le dimanche 11 octobre 2009 19:49

Jumeaux... Et plus si affinité

Jumeaux... Et plus si affinité
ENFIN!!! et oui, l'avant dernière fic de Sahad, ENFIN en ligne... du moin, la première partie...
oui oui, je suis sadique, tout comme "mon sadik engel *ShinigamI* (m'en veux pas (a))



Titre : Jumeaux... Et plus si affinités.

Auteur : Sahad.

Chapitre :



Il n'aimait pas être seul. Il s'ennuyait quand il n'était pas là. Bien sûr, il y avait mille et une choses pour qu'il s'occupe, mais rien ne lui faisait vraiment envie. Son regard tomba sur son portable, regardant les chiffres qui s'y trouvaient ; il passa une main lasse sur son visage et se massa les yeux, une certaine fatigue l'accablait, celle de ne rien faire. Un bruit attira son attention : le petit déclic si caractéristique de la clé qui tourne dans la serrure. Un large sourire se dessina dans son esprit : il n'allait plus être seul. La porte s'ouvrit sur une silhouette qu'il connaissait bien, il la regarda s'approcher du canapé sur lequel il était allongé.

« Hallo... » parvint-il à articuler.

« Hallo Schnecke. » répondit son vis-à-vis en s'asseyant à ses côtés.

« Arrête de m'appeler comme ça... » tenta-t-il de râler.

« Désolé, c'est plus fort que moi... » sourit son frère, puis il posa la main sur son front. « Tu as encore un peu de fièvre... »

« Où est m'man... ? » souffla le malade.

« Elle est partie voir une de ses amies, elle sera de retour vendredi. » lui expliqua son interlocuteur.

« Vendredi... ? »

Il n'avait plus aucune notion du temps. Quel jour pouvaient-ils bien être aujourd'hui ? Il ne savait pas. Il se souvenait vaguement de ce qu'il pensait être la veille et son esprit n'était clair que depuis son réveil qui datait d'environ trois heures. Remarquant son trouble, son vis-à-vis murmura :

« Elle sera là dans quatre jours. »

« Ah... »

« Ça te réussit vraiment pas d'être malade... Je vais te faire une tisane... »

Il allait se lever lorsqu'une main le retint, enserrant fortement son poignet. L'adolescent reporta son attention sur son jumeau, lui adressant une question muette ; ce dernier avait le souffle court et semblait fatigué mais il s'accrochait désespérément à lui.

« Tom... ? » souffla-t-il, n'obtenant toujours pas de réponse.

« Ne... Me laisse... Pas... » articula-t-il.

Le jeune brun soupira et se rassit. Il n'aimait pas voir son frère aussi mal. La veille, Tom était revenu à la maison, tremblant et transpirant ; Bill n'avait eu que le temps de lui demander s'il se sentait bien avant qu'il ne s'effondre dans ses bras, inconscient et brûlant de fièvre. Sa mère était partie le jour même, un peu plus tôt, et son beau-père avait prévenu qu'il ne rentrerait pas tout de suite, devant travailler avec son groupe. Il était donc seul pour s'occuper de lui. Il remit correctement la couverture sur le corps de son frère et glissa sa main dans la sienne en murmurant :

« Je suis là, ne t'inquiète pas... Je ne vais pas m'en aller. »

Ces quelques mots semblèrent apaiser son jumeau qui ferma les yeux. Bill attendit patiemment que la respiration de Tom devienne lente et régulière pour se lever avec précaution et aller dans la cuisine afin de préparer de la tisane. Laissant l'eau bouillir, il prit une bassine d'eau et une petite serviette qu'il amena au chevet de son frère ; humidifiant le linge, il le déposa sur le front chaud du dormeur. Le jeune guitariste était rarement malade, mais lorsqu'il l'était, ce n'était en général pas une mince affaire.

Le chanteur demeura un moment silencieux, considérant son vis-à-vis, pensif ; il se pencha, attrapa le téléphone sans fil qui trônait sur la table et composa rapidement un numéro. Au bout de deux sonneries, son interlocuteur décrocha :

/Hallo /

« Hallo, Gustav ? Hier ist Bill (Allô, Gustav ? c'est Bill). » annonça le brun. « Tu pourrais appeler David et lui dire qu'on sera pas à la répétition de demain ? »

/Hein ? Warum ?(Pourquoi ?) / s'étonna le batteur. /T'as pas son numéro /

« Nein, je t'appelle avec le sans fil. Tom est malade. » lui expliqua-t-il.

/Sérieux / Gustav n'en revenait apparemment pas.

« Ja. Il a de la fièvre... Je préfère ne pas le laisser seul. Nos parents sont absents alors je vais m'occuper de lui. Tu peux transmettre le message ? »

/Ah, ja, pas de problème. / lui assura son ami. /T'appelles si y a un souci, ok /

« Ja. Danke, Gustav. »

Il raccrocha et reporta son attention sur son jumeau, celui-ci dormait profondément, assommé par la maladie. Bill soupira légèrement et entreprit d'humidifier une nouvelle fois la petite serviette qu'il avait posée sur le front de Tom. Non, il ne pouvait définitivement pas le laisser seul, pas dans son état. Il passa sa main fraîche sur la peau brûlante du visage de son frère, lui caressant doucement la joue.

« Je suis là, Tom... Je suis là... » souffla-t-il.

Il veilla sur lui jusqu'à se qu'il se souvienne qu'il avait mis de l'eau à bouillir ; il se leva et se rendit dans la cuisine pour la verser dans une tasse. Il avait souvent regardé sa mère faire et pressa un citron qu'il ajouta au liquide ; ceci fait, il y incorpora du miel et retourna au chevet de son guitariste qui dormait toujours. La tisane était brûlante, il valait mieux attendre un peu avant de le réveiller, inutile de l'ébouillanter en plus ; le brun attendit encore, s'assurant que l'infusion ne refroidissait pas trop vite. Il secoua doucement son frère par l'épaule :

« Tom... Tom, réveille-toi... »

« Hmm... ? » lâcha une voix pâteuse.

« Il faut que tu boives ta tisane. » annonça Bill. « Je vais t'aider. »

Le malade se laissa faire, se redressant dans le canapé pour pouvoir se tenir à peu près droit et boire le contenu de la tasse. Son jumeau la tenait aussi, l'empêchant d'avaler trop vite ; la grimace de Tom l'informa qu'il avait peut-être eu la main un peu lourde sur le citron mais il préféra ne pas se prononcer et attendit que la tasse lui revienne, vide.

« Ça t'a fait du bien ? »

L'adolescent hocha la tête, s'emmitouflant dans sa couverture, il tremblait. Bill posa la tasse sur la table à côté de lui et enlaça son frère, frictionnant doucement ses épaules dans le but de le réchauffer un peu.

« Ça va aller... » murmura-t-il. « J'ai prévenu les autres que tu n'allais pas bien et je vais rester pour m'occuper de toi, ok ? »

Une nouvelle fois, le guitariste hocha la tête en guise de réponse, signe qu'il avait compris. Bill le berça, fredonnant une de leurs chansons, le laissant se rendormir ; lorsque son jumeau sombra dans le sommeil, le jeune chanteur se leva et prit le téléphone, allant chercher le carnet d'adresses dans le buffet.

« Tata... Tata... Tata... Tata ! » il composa le numéro et patienta.

/Hallo /

« Hallo. Hier ist Bill. »

/Oh, Bill ! Wie geht's / lança la femme, contente d'entendre son neveu.

« Moi oui. Dis, est-ce que tu pourrais me passer la recette de la soupe au riz que tu m'avais faite une fois quand j'étais malade ? » demanda-t-il.

/Hein ? Heu, ja. Mais qu'est-ce qu'il y a ? Quelqu'un est malade / s'inquiéta-t-elle.

« Oui, Tom. » répondit l'adolescent.

/Je vois. Tes parents ne sont pas là / enchaîna-t-elle. /Tu veux que je vienne /

« Nein. »

/D'accord... Bon, attend, il faut... /

Bill nota scrupuleusement la recette que lui dictait sa tante et la remercia avant de raccrocher et d'aller dans la cuisine pour vérifier s'il y avait tous les ingrédients ; il jura en remarquant qu'il manquait du jambon : il devait en découper des petits carrés et les ajouter à la soupe. Il reprit le téléphone et composa un nouveau numéro :

/Hallo /

« Georg ? Hier ist Bill. Dis, j'aurais un service à te demander... T'es disponible ? » lança le jeune chanteur.

/Heu... ça dépend, c'est quoi / se méfia le bassiste.

« Tom est malade et je ne peux pas le laisser seul. Est-ce que tu pourrais aller acheter du jambon et m'en ramener ? Je te rembourserais. » lui expliqua-t-il brièvement.

/Du jambon / Georg était perplexe.

« C'est une recette pour les malades. » commença à s'impatienter le brun. « Tu peux ou tu ne peux pas ? »

/J'y vais. /

Il raccrocha. Bon, ce n'était plus qu'une question de temps avant que son aîné ne vienne. Il savait que Tom n'aimait pas qu'on le voit si faible mais il fallait se rendre à l'évidence : il était hors de question de le laisser, même pour quelques minutes. Revenant à son chevet, il humidifia à nouveau la petite serviette et la reposa sur le front de son frère, demandant mentalement à Georg de se dépêcher. Un bon quart d'heure s'était écoulé lorsque la sonnette retentit dans la maison, Bill manqua de jurer mais fut soulagé de voir que son jumeau dormait toujours ; il se leva et se rendit dans l'entrée.

« Hallo. » lança le bassiste.

« Hallo, Georg. » répondit le brun en prenant le paquet que lui tendait son ami. « Danke. »

« Bitte. » sourit son vis-à-vis. « Je peux faire quelque chose ? »

« Pas spécialement... » murmura le chanteur. « Il a besoin de repos, je pense... Je ne sais même pas pourquoi il est malade, mais il a de la fièvre... »

« Tu as appelé le médecin ? » demanda Georg.

« Et je le paierais avec quoi ? » soupira son cadet. « Nos parents ne sont pas là... J'ai juste trois euro pour te rembourser. »

« Laisse, je vais pas pleurer pour le prix du jambon. » il esquissa un nouveau sourire. « Bon, tu appelles si t'as besoin. »

« Danke. » Bill lui rendit son sourire.

« Bitte. »

Il ferma la porte et retourna dans la cuisine. Bon, cette fois, il allait falloir qu'il se surpasse, pas question de faire une tambouille dégueulasse comme à son habitude ; mais bon, avec une recette, n'importe qui pouvait y arriver... Non... ? Il soupira et commença par faire bouillir de l'eau ; il jeta un coup d'½il au petit bout de papier qui lui servait de recette et haussa un sourcil :

« ''Rincer le riz'' ... ? » lut-il à haute voix. « Parce que ça se rince, le riz ? »

Avisant une passoire, il y versa une portion de graines blanches et les considéra un moment d'un air dubitatif. Rincer le riz... Bah, ça ne devait pas être bien sorcier. Il mit le récipient dans l'évier et fit couler de l'eau froide.

« Ah... Mais ça ne rincera pas tout... Faut que j'y mette la main... ? »

L'adolescent demeura interdit quelques instants, son regard se reporta sur le canapé où se trouvait son frère et il soupira profondément : il fallait vraiment qu'il y tienne beaucoup. Enlevant la passoire de l'évier, il retira toutes ses bagues et se lava les mains ; ceci fait, il replaça le riz sous le jet d'eau et y plongea la main avec une mimique de dégoût.

« Tom... Je te déteste. » pesta-t-il. « Bon, ça devrait être bon, là, non ? »

Il jeta un nouveau coup d'oeil à la recette. Sa tante n'avait rien précisé sur le temps de rinçage. Etait-elle stupide ou l'avait-elle fait exprès ? Il n'avait jamais cuisiné de sa vie, lui ! Bon, ne pas s'énerver ; il inspira et expira profondément plusieurs fois, arrêta l'eau et alla voir si celle de la casserole bouillait. Non. Il soupira et se rinça la main pour aller se jeter avidement sur un torchon.

Il entreprit de découper le jambon en carré : ça, c'était facile. Trouvant une planche et un couteau il découpa tout le paquet que lui avait apporté Georg. Peut-être était-ce un peu trop ? Bah, quelle importance : Tom lui ferait le plaisir de tout manger quand même ! Malade, peut-être, mais pas infirme non plus. L'eau bouillait, il n'avait plus qu'à y ajouter le riz.

« Heureusement que le temps de cuisson est indiqué sur le paquet parce qu'avec l'autre pas douée (1)... Même pas foutue de donner une recette correctement. »

Râlant tout ce qu'il pouvait, il décida de s'attaquer au bouillon. Ce n'était pas une mince affaire. Il lâcha un nouveau soupir d'exaspération : mais quel plaisir les filles avaient-elles à cuisiner ? Toutes celles qu'il avait eues dans sa classe au lycée avaient toujours été très fières de dire qu'elles allaient faire le dîner, etc...

« Ouais, ben, y a pas de quoi. » maugréa-t-il.

Se remettant à sa cuisine, il vida l'eau de cuisson du riz, se brûlant au passage en lâchant un juron passablement distingué, et assembla le tout. Il considéra un long moment ce qu'il venait de faire et haussa un sourcil d'un air suspicieux : ça risquait fortement d'être une nouvelle tambouille dégueulasse à son actif. Se munissant d'une cuillère, il décida généreusement de se sacrifier et amena l'ustensile à sa bouche.

« Hm... C'est pas si mauvais, en fait... » admit-il. « Bon, ça manque de sel mais y en a pas dans la recette, donc ça restera comme ça. »

Il disposa l'assiette sur un plateau avec une serviette, un verre et une cuillère, puis porta le tout à son jumeau. Tom dormait toujours profondément, roulé en boule dans sa couverture ; Bill hésita à le réveiller : il était mignon comme ça. Mais que diable, il ne s'était pas décarcassé pour rien !

« Tom, débout. » murmura-t-il en posant le plateau repas sur la table. « Tom ? »

L'intéressé l'ignorait superbement, préférant s'enfoncer dans le pays des rêves. Le jeune chanteur eût une soudaine envie d'aller chercher une bassine d'eau glacée mais s'abstint : ce n'était pas la meilleure idée qu'il est jamais eue. Prenant son mal en patience, il alla s'asseoir auprès de son jumeau et le secoua par l'épaule :

« Tom, réveille-toi. Il faut manger. »

« Pas faim... » lui répondit une voix ensommeillée.

« Oh que si, tu as faim ! » gronda le brun. « Il faut manger quand on est malade ! »

Ledit malade se redressa péniblement, tentant visiblement de poser des yeux hagards sur l'assiette qui se trouvait devant lui. Bill prit le plateau et lui posa sur les genoux :

« Mange, ça te fera du bien. »

« C'est toi qui a cuisiné ça ? » l'interrogea le guitariste, la voix un peu brouillée.

« Oui, un problème ? » siffla son jumeau.

« Danke. »

Les yeux du chanteur s'écarquillèrent : il s'attendait à une remarque sarcastique, pas à un remerciement. Tom n'allait décidément pas bien. Il jeta un coup d'½il à sa main, elle le lançait depuis qu'il s'était brûlé, peut-être valait-il mieux s'en occuper.

« Je vais dans la salle de bain, je reviens. »

Il se leva et s'exécuta. Une fois dans la pièce, il fit tous les placards, partant à la recherche d'une pommade ou quelque chose du même genre qui pourrait soulager sa brûlure ; une fois son trésor trouvé, il s'en badigeonna la main et retourna voir son frère : il n'était pas dans le canapé. Inquiet, Bill l'appela aussitôt :

« Tom ? »

Pour toute réponse, un bruit attira son attention. Il courut jusqu'à la cuisine d'où il provenait et trouva Tom, penché au dessus de l'évier, se tenant les dreads d'une main, rendant ce qu'il venait d'ingurgiter. Il s'avança et lui passa une main dans le dos, toujours inquiet :

« Wie geht's ? »

Tom inspirait de grandes goulées d'air, la bouche ouverte, préférant ne pas avaler sa salive dont le goût lui retournait encore plus l'estomac. Voyant que les convulsions de son frère se calmaient, le chanteur s'autorisa un petit sourire compatissant :

« Je cuisine si mal que ça pour que t'en vomisses ? »

« Schuldi... » souffla son vis-à-vis.

« Han ? » le brun se pencha un peu pour voir le visage de son jumeau.

L'adolescent avait les larmes aux yeux d'avoir vomi, respirant toujours avec quelques difficultés. Bill fronça les sourcils, inquiet, cherchant à comprendre :

« Warum ? »

« Parce que... Tu t'étais cassé le cul à faire ça... Et je vomis... Schuldi... » murmura le guitariste.

« Ah... C'est pas grave. Quand c'est mauvais, vaut mieux que ça sorte. » plaisanta le brun. « Je vais te mettre une bassine près du canapé. Quoique le mieux serait que tu te mettes dans ton lit. »

« Nein... Danke. »

Attrapant un morceau d'essuie-tout, Tom s'essuya la bouche et retourna s'allonger d'un pas titubant. Non, il ne voulait pas aller dans sa chambre : Bill s'inquièterait constamment et passerait son temps à son chevet. Il valait mieux qu'il reste dans le canapé où son frère pouvait garder un oeil sur lui tout en faisant autre chose. Le jeune chanteur n'insista pas et alla chercher une bassine comme il l'avait dit, la plaçant près du canapé, au niveau de la tête de son jumeau pour qu'il n'ait qu'à se pencher en cas de besoin. Il s'assit à côté de lui et ramena une dread en arrière, caressant son visage :

« Ce n'est pas grave, Tom... Tu es malade. Mais ça va passer... »

« Schuldi... » répéta l'intéressé. « Je sais que t'aimes pas cuisiner... Et moi... »

« Chut. Arrête de dire des bêtises, tu vas me donner de l'urticaire ! » lui ordonna le brun. « Ce n'est pas de ta faute alors ne cherche pas la petite bête là où il n'y en a pas. Repose-toi. »

Son frère n'hocha même pas la tête, fermant simplement les yeux. Il était horriblement fatigué, cela se voyait ; Bill soupira et remonta la couverture sur les épaules du malade. Il ne savait pas quoi faire de plus. Peut-être devrait-il appeler un médecin et essayer de s'arranger avec lui pour que ses parents payent plus tard ? Il ne savait pas... Posant la tête sur l'épaule de son jumeau, il fredonna une chanson : der letzte tag.

OoOoO

Une sonnerie stridente le fit sursauter. Il s'était endormi. Se redressant et s'étirant, il attrapa le téléphone braillard et appuya sur la touche verte :

« Hallo ? » lâcha-t-il d'une voix pâteuse.

/Hallo, Bill /

« Nein, le pape. Ja, c'est Bill. » grommela le brun. « Qu'est-ce que tu veux, Gustav ? »

/Juste prendre des nouvelles. / répondit son ami. /Wie geht's /

« Nein. » soupira Bill, admettant sa défaite. « J'ai fait une tisane et un repas mais Tom a tout vomi... Je sais plus quoi faire... Je pense que je vais essayer de m'arranger avec un médecin ou un truc comme ça... »

/Ne t'inquiète pas. Il vomit, tu dis / reprit le batteur.

« Ja. » acquiesça-t-il.

/Alors ne le laisse pas se déshydrater. Mais ne lui donne pas trop d'eau, il va la vomir. Si t'as du coca, enlève le gaz et donne-lui. /

« Depuis quand tu t'y connais, toi ? » sourit piteusement l'adolescent.

/parce que ça m'arrive d'être malade. / répliqua Gustav. /Sinon, on peut s'arranger avec mes parents : ils paieront le médecin et les tiens les rembourseront plus tard. /

« Je vais essayer ce que tu m'as dit... » murmura Bill. « Et si ça ne va pas mieux, je t'appellerais... Ok ? »

/Ok. / approuva son ami. /Mais repose-toi quand même. /

« Pas de souci. »

Il raccrocha. Du coca sans bulles ? Il se leva péniblement et alla jusqu'au frigo, essayant de ne pas se manger un mur au passage. Y avait-il seulement du coca dans leur frigo ? Ah oui, deux bouteilles. C'était amplement suffisant. Il en sortit une et la considéra un moment, perplexe : comment retire-t-on les bulles d'un coca ? Il secoua la tête :

« Réveille-toi, Bill. C'est une question niveau primaire... »

Il posa la bouteille sur la table et alla jusqu'à l'évier pour se passer de l'eau sur le visage, histoire d'avoir les idées plus claires. Ceci étant fait, il revint au coca : enlever le gaz... La bouteille était aux trois quarts pleine... Il la prit et la secoua dans tous les sens, puis il attrapa le bouchon : c'était la méthode la plus simple. Il le tourna et regretta amèrement son geste : mal réveillé, il n'avait pas vraiment réfléchi, ce qui lui valut un bouchon rouge en pleine figure suivi d'un volcan de glucose glacé. Il secoua la tête en jurant, tentant de se débarrasser du coca qui lui brûlait les yeux.

« SCHEIβE ! »

Reposant la bouteille sans douceur sur la table, il se pencha au-dessus de l'évier et s'inonda le visage d'eau. Ça faisait un mal de chien ! Il tenta de rouvrir les yeux petit à petit, pleurant tout ce qu'il pouvait ; sa vue était trouble mais ce n'était déjà pas si mal : il voyait. Il s'épongea le visage à l'aide d'un torchon et lança un regard meurtrier à la bouteille qui trônait sur la table. Non, on ne se foutait pas impunément de lui sans en subir les conséquences... ! Il empoigna l'objet de sa rage, revissa le bouchon et secoua énergiquement. Lorsque ce fut fait, il dévissa le bout de plastique rouge avec précaution, laissant échapper un léger chuintement avant de revisser et de recommencer. Lorsqu'il n'entendit plus ce petit bruit caractéristique, il goûta : effectivement, il n'y avait plus de bulles... Et c'était infect ! Il plaignit mentalement son frère et vida la bouteille dans le verre. Il ne restait que ça... Il s'était ramassé la moitié dans la figure.

Pris d'une impulsion soudaine, il posa la bouteille en plastique à même le sol et sauta à pieds joints dessus, se défoulant avidement, une grimace sadique se peignant sur son visage. Ça lui faisait un bien fou ! Jamais il n'aurait cru cette méthode aussi radicale !

« Haha ! Tu la ramènes moins, maintenant, hein ? T'as compris qui était le maître, putain de bout de plastoc ? Hahaha ! Je vais te réduire en bouillie ! T'aplatir ! Te faire fondre ! Te... ! »

« Bill ? »

L'intéressé arrêta de sauter sur la malheureuse bouteille et leva les yeux, croisant le regard de son frère. Ce dernier le considérait avec perplexité, haussant un sourcil : qui était vraiment le plus malade des deux ?

« Tu peux me dire ce que tu fais ? »

« Je règle mes comptes. » répondit simplement le jeune chanteur.

« Tu es conscient que c'est une bouteille de coca vide ? » insista tout de même le guitariste.

« Mais oui, tout à fait. »

« Oh. Alors tout va bien... Enfin, je suppose. »

« Qu'est-ce que tu fais debout ? » lança Bill d'un ton inquisiteur. « Va te coucher ! »

« J'avais soif. » grogna Tom.

« Ah. Sur la table. »

Le châtain tourna la tête, regardant d'un air dubitatif le verre qui se trouvait sur ladite table. Ses yeux allèrent du verre à son frère et inversement, il lâcha :

« Du coca ? »

« Tu peux. J'ai enlevé le gaz. C'est dégueu, mais il paraît que c'est très bon contre les vomissements. »

« Ah... » Tom ne semblait pas convaincu.

« C'est Gustav qui me l'a dit. » soupira Bill.

« Oh. Si ''mère-poule'' te l'a dit... »

Le brun esquissa un sourire à l'entente du surnom de leur batteur mais ne fit pas de commentaires. Son jumeau avait déjà repris quelques couleurs... Il s'approcha de lui et posa la main sur son front : il avait aussi moins de fièvre. Dormir lui avait fait du bien. Il esquissa un sourire, attendant patiemment que son vis-à-vis ait fini de boire pour lancer :

« Retourne te coucher. »

« J'suis plus fatigué... » protesta Tom.

« Taratata, va te coucher. Allez, au trot ! » il pointa un doigt en direction du canapé.

« Je m'ennuie. » soupira le guitariste.

« Toooooom... » menaça son frère.

« On joue à la PS ? »

« ... » c'était tentant. « Ok. Va sur le canapé, je vais chercher la console. »

« C'est une obsession chez toi. » sourit son jumeau, content de l'avoir fait céder.

« Tooooooom... ! »

« J'y vais ! »

Bill esquissa un sourire : il était content de voir que sa moitié allait un peu mieux. Suffisamment du moins pour faire des caprices et rejoindre le canapé en trottinant. Il alla dans sa chambre, attrapa la console et les manettes puis retourna dans le salon pour effectuer les branchements. Tom affichait un large sourire, assis en tailleur, la couverture sur les épaules ; son frère lui tendit un élastique :

« Pour tes cheveux. »

« Danke. » le remercia l'intéressé en se les attachant.

« Bitte. »

« Je vais t'écraser. » sourit de plus belle le guitariste.

« C'est ça. On joue à quoi ? » demanda son interlocuteur.

« Soul Calibur. J'veux t'écrabouiller. »

Bill lui adressa un regard signifiant « c'est beau de rêver, tu te crois drôle ? » et lui tendit une manette. Tom la prit et le jeu put commencer, dans la joie et la bonne humeur. Ils jouèrent un long moment pendant lequel ils étaient littéralement coupés de la réalité, savourant simplement ce sentiment de rivalité qui brûlait en eux. Ce fut la sonnette qui les tira de leur transe :

« Han ? Qui ose ? » grogna le chanteur.

« Sais pas... Va voir. » répliqua son jumeau.

« Eh, j'suis pas ton chien ! » protesta Bill.

« Mais moi, je suis malade ! » se défendit son vis-à-vis avec un large sourire.

Le brun grommela, se demandant si son frère n'était pas guéri, mais aussi vite, c'était peu probable. Il se traîna jusqu'à la porte et ouvrit :

« Was ? »

« Sympa l'accueil... »

« Ah, Georg, Gustav... Guten Tag. » sourit Bill.

« On s'inquiétait alors on est venu... » expliqua le batteur.

« Et vu ton humeur massacrante, tu as déjà dû achever ce pauvre Tom. » commenta leur aîné.

« Tom ? Il se porte comme un charme. » grogna le chanteur. « Entrez, restez pas dehors. »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Les deux garçons se laissèrent entraîner dans le salon où un guitariste au sourire rayonnant les accueillit :

« Guten Tag ! »

« Ben, il n'a pas l'air si mal en point... » soupira Georg.

« Moi qui trouvait Bill paniqué au téléphone, je me suis inquiété pour rien. » approuva Gustav, souriant à son tour. « Content de voir que tu vas bien. »

« Il a passé sa journée à dormir. » grommela Bill. « Il a intérêt à aller bien ! »

« Bouh ! Le méchant ! » s'exclama Tom. « T'es pas content parce que je t'ai éclaté à Soul Cab' ! Mauvais perdant ! »

« Répète ! »

Leurs deux aînés échangèrent un sourire, regardant les jumeaux faire mine de se battre et de s'étriper, du moins, jusqu'à ce que le guitariste soit pris d'une quinte de toux, arrêtant net son frère :

« Tom ? Wie geht's ? »

L'intéressé secoua négativement la tête, étouffant sa toux de sa main. Son corps semblait pris de convulsions et son visage était déformé par la douleur ; Bill allait lui demander s'il voulait quelque chose lorsque le châtain se pencha vivement, attrapant la bassine pour s'y vider les boyaux. Gustav esquissa une grimace compatissante : Tom n'avait que de la bile à vomir, ce qui n'était pas des plus agréables. Pris de spasmes, le guitariste restait courbé sur la bassine, crachant ce qu'il pouvait, la gorge en feu.

« T'avais dit que le coca sans bulles arrêterait les vomissements. » lança le chanteur d'un ton accusateur à l'intention de leur batteur.

« Ça calme petit à petit. » soupira Gustav. « Il en a bu beaucoup ? »

« Un verre. » répondit Bill.

« Bah, un verre, c'est rien. » répliqua son aîné. « Normal que ça n'ait pas beaucoup d'effet. Je vais en préparer d'autre. »

« Tu connais le chemin du frigo. »

Le batteur hocha la tête et partit en direction de la cuisine. Le jeune chanteur passa une main dans le dos de son frère qui vomissait pour la troisième fois :

« Schuldi... J'aurais dû t'en faire boire plus... »

Tom reprenait sa respiration, l'estomac encore compressé par le sursaut de ses muscles. Georg lui tendit un mouchoir qu'il accepta avec joie. Il avait presque oublié qu'il était malade... Et là, tout le monde était là, il n'y avait pas que Bill. Ravalant son orgueil, il s'essuya la bouche et se redressa, inspirant profondément.

« Tu te sens mieux ? » s'inquiéta Bill.

« Ja... » souffla le guitariste.

« Tiens, bois ça... »

Il accepta le verre de coca que lui tendait leur batteur et l'avala à petites gorgées. Ce n'était pas ce qu'il avait ingurgité de meilleur, mais il n'allait pas se plaindre du moment que ça atténuait le goût amer de la bile qui subsistait dans sa bouche. Un regard circulaire l'informa qu'il était le centre de l'attention, ce qu'il n'aimait pas particulièrement, surtout en ces circonstances, il se força à sourire :

« On se fait une partie de castagne ? Y a quatre manettes... »

« Tom, wie geht's ? » insista Bill.

« Je sais pas s'il ne vaudrait pas mieux que tu te reposes. » commenta Gustav d'un ton grave.

« Hum. » approuva Georg.

« Eh, c'est bon, je suis pas mourant... ! » grogna le guitariste.

« C'est pas la question... » soupira l'aîné du groupe.

« Je me sens bien ! » reprit le châtain. « J'ai pas envie de me faire chier à essayer de dormir, j'ai pas sommeil ! Je suis pas aussi faiblard ! »

« Tom, on ne dit pas que tu es faible... » murmura le batteur.

« Je vais bien ! » le coupa Tom, excédé. « De toute façon, si on joue pas à quatre, je jouerais tout seul, ça vous va ? »

Ils ne répondirent rien. Bill esquissa un sourire : son frère était vraiment têtu. Gustav soupira, ne sachant trop que penser et Georg n'était pas mieux ; ce fut le jeune chanteur qui lança :

« Bon, on joue ? »

Le sourire que lui adressa Tom l'informa à quel point ce dernier lui était reconnaissant ; ils s'assirent tout les quatre et entamèrent les hostilités à peine le nouveau jeu chargé :

« Je prends Link. » annonça Bill.

« Zelda. » renchérit Tom.

« Yoshi. » déclara Gustav.

« Peach. » rit Georg. « Gare aux baffes de la princesse ! »

« Ça va être un Mario VS Zelda ! » sourit le chanteur.

Ils débutèrent le jeu, criant et riant à qui mieux mieux. C'était une ambiance bon enfant qui n'appartenait qu'à eux, s'amusant jusqu'au soir. Lorsqu'ils arrêtèrent, le batteur n'en revint pas :

« Il est 20h30 ! Je vais me faire tuer ! »

« A ce point ? » s'étonna Bill.

« Bon débarras ! » lança le bassiste sur un ton gentillet.

« Tuuu vas mouriiiiireuh et je vais bien riiiiireuh. » chantonna le guitariste.

« Merci, les gars, j'adore votre sollicitude... » grogna Gustav. « Georg, tu me ramènes ? »

« Bien sûr. » approuva ce dernier.

« A plus. » lancèrent les jumeaux sans prendre la peine de les raccompagner.

Ils s'étaient bien amusés, c'était tout ce qui comptait. Bill se leva et alla chercher la bouteille de coca, servant un verra à son frère, il allait boire lorsqu'il réalisa qu'il s'apprêtait à s'abreuver au goulot. Remarquant son geste, Tom laissa échapper un petit rire :

« T'inquiète, ça me gêne pas. T'as pas la galle de toute façon. »

Le brun hocha la tête et étancha sa soif, grimaçant au goût du coca dépourvu de bulles : non, il ne s'y ferait pas de si tôt. Il essuya quelques vannes de son jumeau et se leva, laissant la bouteille près de la table ; il se rendit dans la cuisine, remplit une nouvelle assiette de soupe de riz, la fit chauffer au micro-onde et l'amena à son frère :

« Désolé, tu vas devoir supporter une nouvelle fois ma tambouille. »

« Bah, c'est pas mauvais. Ça manque de sel, mais c'est plutôt bon, pour une fois. » sourit Tom.

« Fous-toi de moi. » grogna Bill, reconnaissant bien à contrecoeur que son frère était bien plus doué en cuisine que lui, quoique, Tom n'était capable que de faire des oeufs sur le plat.

« Si, si, c'est bon. » insista le guitariste. « Ça serait bien si tu cuisinais toujours comme ça, j'aurais pas besoin de rattraper tes bourdes ! »

« Je t'emmerde ! » pesta le chanteur, lui donnant un coup amical dans l'épaule.

« Héhé, pour changer. »

Bill jeta l'éponge et alla se chercher son repas qui se résumait à... Du pain et du nutella. Tom haussa un sourcil et leva les yeux vers son frère :

« C'est tout ce que tu vas manger ? »

« Ouais... Y a plus de soupe et je sais rien faire d'autre. Et puis ça prend trop de temps de cuisiner. J'aime pas. » répliqua son vis-à-vis.

« Ah... Tu vas grossir ! » rit le guitariste. « Ça sera moche à l'écran ! »

« Tom... Tu surveilles encore moins ton alimentation que moi et, que je sache, on fait le même poids. » soupira Bill en s'enfournant une tartine. « Et on n'a qu'une vie alors autant en profiter. »

Son interlocuteur approuva d'un signe de tête et avala son repas ; ce n'était pas bien fameux, certes, mais au moins ça ne lui retournait pas l'estomac. En revanche, le goût du dentifrice, lui, manqua de le faire vomir lorsqu'il alla se laver les dents ; les yeux larmoyants, il termina sa besogne et retourna se coucher, laissant la place à son frère qui avait en plus besoin de se démaquiller. Les couvertures sur le canapé semblaient l'attendre. Bill avait dû en rajouter... Il s'allongea et attendit. Le jeune brun ne tarda pas à arriver, il se pencha sur son jumeau :

« Ça va ? T'as assez de couvertures ? »

« Ouais... Danke. » lâcha Tom en se recroquevillant un peu.

« T'es sûr ? » insista le chanteur.

« Oui, pourquoi ? » le guitariste ne le regardait pas, trop concentré sur la sensation de froid qui le poursuivait.

« Parce que tu trembles. »

Bill plaça sa main sur le front de son vis-à-vis, il avait encore un peu de fièvre. Et dormir dans le canapé n'était pas la meilleure solution... Peut-être serait-il mieux que son frère aille dans sa chambre ? Son teint pâle faisait peine à voir sur la couleur sombre du cuir du canapé. Le brun soupira :

« Décale-toi. »

Tom leva brusquement les yeux vers son frère, lui lançant un regard interrogateur. Bill soupira une nouvelle fois et le poussa, s'allongeant à ses côtés : il avait ramener la couette des parents et celle de son frère, il ne restait plus que la sienne et elle ne suffirait probablement pas. Autant faire ce qu'il pouvait pour réchauffer son jumeau : il l'enlaça et se colla à lui, mêlant leurs jambes.

« C'est mieux comme ça ? »

« ... Ja... Danke. » murmura le guitariste.

« Bitte. »

Il pouvait sentir le souffle chaud de son frère dans son cou, celui-ci y ayant niché son visage. Ce n'était pas désagréable. Il esquissa un sourire et caressa doucement le flanc de Tom à travers son T-shirt :

« Ça va aller, tu verras... Tu vas guérir vite. »

Pour toute réponse, le guitariste nicha un peu plus sa tête dans son cou, le serrant contre lui. C'était une douce chaleur qui les berçait, Bill s'endormit rapidement, savourant ce doux cocon dans lequel se trouvait son corps...

OoOoO

Un bruit de vaisselle le tira de son sommeil, il ouvrit péniblement les yeux et, remarquant que la luminosité avait changé, jeta un coup d'oeil à la pendule : dix heures. Il grimaça et bougea un peu : il était bien, enroulé dans cette atmosphère chaleureuse... Huh ? Il manquait quelqu'un.

« Tom ? »

Le jeune brun se redressa, passant une main dans sa tignasse sombre. Son regard fit le tour du salon, l'esprit encore embrumé par le sommeil, il appela une nouvelle fois son frère ; une réponse lui parvint de la cuisine.

« Parce qu'il faut que je me lève en plus... ? » grommela l'adolescent.

S'exécutant, Bill parvint à s'extirper de son coin douillet et alla jusqu'à la cuisine où son frère s'activait visiblement à préparer quelque chose ; une vague sensation de patauger dans les méandres de son esprit l'empêcha de parler tout de suite. Il s'immobilisa dans l'entrée de la pièce, appuyant négligemment son épaule contre le mur ; il se massa les tempes et lança :

« Qu'est-ce que tu fais... ? »

« Ah. Hallo Bill. » le salua joyeusement son frère. « Bien dormi ? »

« Ouais, mais tu ne réponds pas à ma question... » répliqua le brun.

« Je me sens vraiment bien aujourd'hui. Je n'ai presque plus de fièvre, c'est grâce à toi, danke. » sourit de plus belle le guitariste.

« Ah... » répondit simplement le chanteur d'une voix pâteuse. « Et qu'est-ce que tu fais ? Deuxième édition. »

« Heu... Ben, à la base, c'était des oeufs sur le plat, mais ça sera des oeufs brouillés finalement. » grimaça son vis-à-vis. « Ça ne te gêne pas ? »

« Nan... » articula Bill. « Mais tu crois vraiment que c'est ce qu'il te faut ? T'as encore vomi cette nuit, je te rappelle... Même que j'ai bien cru que c'était pour moi... »

« T'inquiète pas. » le rassura Tom. « Si ça veut pas rester, ça restera pas. Mais j'ai envie de manger des oeufs aujourd'hui. »

« Ah... »

Bill s'avança d'un pas traînard jusqu'à une chaise et s'y installa, attrapant un pot de nutella neuf, du pain et un couteau ; son jumeau s'en amusa : il y en avait encore un d'entamé dans le salon, mais il ne fallait pas demander à sa moitié de réfléchir de manière censée dès le matin. Le jeune brun avait toujours besoin d'un moment pour se réveiller pleinement, ce qui l'amenait parfois à se badigeonner la main de nutella et à croquer dans une tartine de pain sans garniture ; spectacle qui faisait énormément rire Tom.

« Laisse, je vais t'en faire. »

« Mû ? » demanda son interlocuteur, un morceau de pain nature dans la bouche.

« T'as vraiment du mal à te réveiller, toi. Comment tu fais ? »

Ne s'attendant pas à une quelconque réponse, le guitariste attrapa le couteau et tartina quatre morceaux de pain qu'il déposa devant son frère, ce dernier le remerciant vaguement d'un léger mouvement de tête. Les oeufs étant cuits, Tom les mit dans une assiette qu'il posa sur la table, piquant dedans avec une fourchette ; ce fut à ce moment-là que Bill émergea :

« Ah... ! C'est pas vrai... ! » grogna-t-il en agitant sa main tartinée.

« Oh, Monsieur se réveille ? » ricana son jumeau.

« Tiens ? Tu te sens mieux, toi ? » lança le brun comme s'il le voyait pour la première fois de la journée.

« Ouais. » sourit Tom, amusé. « J'ai fait des oeufs brouillés, si t'en veux... »

« Ah, cool. Danke ! »

Le chanteur alla directement se nettoyer la main et revint pour piquer une bonne part dans l'assiette que son frère avait préparée. Le guitariste le regarda avaler la quasi-totalité du plat avant de lâcher :

« Content que ça te plaise. »

« Beaucoup, danke. »

« Ma part était bonne ? » grimaça-t-il.

« Ta part ? » Bill reporta les yeux sur l'assiette. « Ah... Schuldi... »

« T'as l'air vachement désolé. » commenta son jumeau.

« C'est parce que je ne le suis pas. Mon ventre n'est jamais désolé de rien. » sourit le brun en ingurgitant la dernière bouchée.

« Je vois ça... »

Bill esquissa un nouveau sourire avant d'aller piocher une tranche de jambon dans le frigo, il avait toujours eu une incroyable capacité à pouvoir avaler le matin tout ce qui n'était pas cloué au sol. Le guitariste ne fit aucun commentaire et préféra se rabattre sur les tartines de nutella ; absorbé par sa tâche, il sursauta presque en sentant la main fraîche de son frère se poser sur son front :

« Effectivement, tu n'as presque plus de fièvre... C'est dingue. »

« Une bonne nuit et ça repart. » répliqua fièrement Tom.

« Mouais... Si c'est pour guérir en une nuit, ce n'est pas la peine de tomber malade. » soupira son vis-à-vis.

« Oh, pourquoi ? Tu préférais quand j'étais malade ? » sourit le guitariste.

« Peut-être. »

« Bill ? »

« Je vais prendre ma douche. »

Et sur ces quelques mots, l'adolescent s'évapora dans le couloir, laissant son jumeau perplexe. Il se débarrassa de ses vêtements et actionna le jet d'eau, c'était tiède et agréable. Moins que le cocon dans lequel il avait dormi, certes, mais ce n'était déjà pas si mal... Se détendant un peu plus sous l'eau, il entreprit de se laver les cheveux, remarquant au passage leur état :

« Tss... Va falloir que je me calme sur les colorations... Nan, ça serait encore plus moche. »

Il rinça sa tignasse et captura le savon, se frottant énergiquement la peau. Il aurait pu se prélasser des heures sous la douche, mais son frère avait également besoin de prendre la sienne : il sortait d'une crève, inutile de lui piquer toute l'eau chaude. Laissant la place à son jumeau, il s'habilla mais demeura tout de même dans la salle de bain :

« Ça t'ennuie si je reste ? Faut que je me sèche les cheveux... »

« Nan, nan, vas-y. » l'autorisa le châtain en actionnant le jet d'eau. « Ah, tiens, y a encore de l'eau chaude. Miracle ! »

« Gnagnagna. » grimaça Bill en attrapant le sèche-cheveux. « J'aurais mieux fait de tout prendre. »

Tom ne répondit pas. Haussant les épaules, le brun entreprit de faire sécher sa tignasse ; c'était le bon côté de ses cheveux à moitié transformés en paille par les colorations : le processus n'était pas très long. Ceci fait, il les lissa, puis attrapa son petit flacon d'eyeliner, commençant à faire minutieusement le contour de ses yeux.

« Tu te lasses jamais ? » rit son frère en sortant de la douche, une simple serviette autour de la taille.

« J'ai une sale tête sans maquillage. » répondit Bill.

« Merci. » grogna son vis-à-vis.

« On n'a pas le même look. » murmura le brun sans interrompre son travail. « Toi, ça te va bien de ne pas en mettre. Pas moi. »

« Mais si, même sans, je suis sûr qu'au moins la moitié de l'Allemagne veut te passer dessus. »

« Danke... » grimaça le chanteur, tournant la tête vers son jumeau. « C'est très rassurant, vraiment. »

« Sympa l'½il au beurre noir. »

« Tom. »

« Ok, j'arrête. »

Le guitariste se tut, observant sa moitié dessiner le contour de son deuxième oeil ; ça l'amusait de voir l'importance que Bill accordait au maquillage : il devait être aussi obsédé qu'une fille par ces babioles. Il s'approcha et s'appuya au lavabo, à côté de lui :

« Même une fille n'est pas aussi accro. »

« Lâche-moi, Tom. » soupira son vis-à-vis.

« Le prend pas mal, c'était pour rire. » murmura son frère.

« Ouais, ben, à force, ça devient lourd. » répliqua sèchement le brun.

« Ok, ok. Viens me voir quand tu seras mieux luné. »

Sur ce, le châtain se redressa et partit dans sa chambre pour s'habiller. Bill termina rapidement de se maquiller et inspecta son travail à la recherche d'une quelconque imperfection ; qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire qu'il soit super minutieux ? Son jumeau l'énervait parfois. Mais... Peut-être y était-il allé un peu fort ? Il reposa sa bouteille d'eyeliner et sortit de la salle de bain, se rendant dans la chambre de son guitariste ; ce dernier s'était vêtu d'un jean ample, retenu par une ceinture à mi-fesses, et d'un large t-shirt noir, il attachait ses dreads en queue de cheval haute. Remarquant la présence de Bill, il lui adressa un regard interrogateur qui poussa le brun à détourner le sien :

« Désolé pour ce que j'ai dit... Je le pensais pas vraiment... »

« C'est pas grave. » sourit son frère. « Je sais que c'est lourd d'entendre toujours la même rengaine. C'est moi qui m'excuse. »

« Non, c'est pas ça. » nia le chanteur. « Quand c'est les autres, ça me fait chier, c'est vrai. Mais avec toi, c'est parce que j'ai l'impression que j'arrive jamais à trouver une réponse pour te casser, alors ça m'énerve. »

« Désolé de t'énerver. » ricana Tom qui ne pensait visiblement pas ce qu'il disait.

Bill plissa le nez mais s'abstint de tout commentaire, fixant un poster au mur d'un air boudeur. Le guitariste s'en amusa et s'approcha :

« Tu m'en veux ? »

« Nein. » soupira son interlocuteur.

« Lügner (menteur). »

Le jeune chanteur pinça légèrement les lèvres mais ne répondit pas, ce qui valait tous les mots du monde ; un sourire amusé étira les lèvres de son frère : il avait vu juste. Il s'approcha et lui ébouriffa affectueusement les cheveux, ce qui eût pour effet de faire grogner Bill : il n'aimait pas ça.

« Allez, arrête de bouder. »

« Je boude pas. »

« Si, tu boudes. »

« Nein. »

« Si. »

« Nein. »

« Si. »

« Maintenant, oui. »

Tom soupira. Son jumeau pouvait se montrer très mature mais aussi parfaitement gamin ; le problème était qu'il était également passablement rancunier. Il se pencha un peu plus vers lui :

« Je m'excuse, ça te va ? »

« Hn. »

« Bill... »

Il avait exactement les mêmes manières qu'un chat lorsqu'il boudait, à savoir se tenir devant la source de son énervement et tourner la tête sur le côté. C'était si ressemblant que le guitariste laissa échapper un petit rire, s'attirant un regard noir de la part de son vis-à-vis ; il leva les mains en signe de capitulation :

« Stop. Je me rends. »

Le brun esquissa un sourire et se détourna pour aller dans sa chambre : il avait gagné. Quoi, il n'en savait rien, mais ce simple sentiment de satisfaction lui suffisait. Il contempla le désordre qui régnait dans sa chambre et soupira : il ne savait plus ce qu'il voulait faire ; il se rendit donc au salon où son frère avait repris place dans la canapé et feuilletait le programme télé.

« Quelque chose d'intéressant ? »

« Nein. » lâcha son frère.

« Même pas un film de cul ? » insista-t-il.

« Tu regardes ça, toi ? » s'étonna Tom.

« Nein, je pensais à Georg. Il va s'ennuyer ce soir. » sourit Bill.

« T'es vache. » rit son jumeau. « Mais y en a un, si... »

« Quelle heure ? »

« Je te trouve bien curieux. » sourit malicieusement le guitariste.

« Je me renseigne. » répondit son vis-à-vis sur le même ton, souriant de toutes ses dents.

« C'est ça, ouais. » ricana Tom. « 23h10, canal 23 (2). »

« Danke. »

Bill attrapa son portable qui était resté sur la table et tapota vivement les touches, envoyant un SMS à leur bassiste sous le regard hilare de son jumeau.

« Voilà, il est au courant ! » claironna le brun.

« T'es vraiment un crevard ! » rit le guitariste.

« Mais nan, il me remerciera. » renchérit Bill.

« Tu lui as envoyé quoi ? Parce qu'il a pas le programme télé chez lui... » lui fit remarquer son frère.

« Je l'ai juste informé qu'il y avait un programme culturel intéressant à 23h20 sur le canal 23. » sourit-il.

« 20 ? Mais c'est à 10... » corrigea Tom.

« Oui, mais avec un peu de chance, il tombera sur LE moment et on rigolera bien quand il répondra à mon SMS. »

Les deux garçons partirent dans un fou rire en imaginant la tête de leur aîné devant le petit écran, ils eurent besoin d'un bon quart d'heure pour se calmer et s'installèrent plus confortablement afin de pouvoir jouer avec leur console. Leurs parents n'étaient pas là, ils n'avaient pas de répétition, c'était les vacances... Que demander de plus ?

« Nutella ! » Bill se jeta sur le pot resté dans le salon et s'en prépara une tartine sous le regard effaré de son frère.

« Mais t'es un monstre ! »

« Kôa ? »articula le brun, sa proie en bouche.

« T'en bouffes depuis hier. » lui fit remarquer son vis-à-vis.

« Et ? »

« Non, rien... »

Mieux valait ne pas déranger le Bill qui mange. Ils passèrent une bonne partie de la journée plongés dans leurs jeux, se tapant dessus virtuellement, riant aux éclats et savourant ces moments de délire. Ce ne fut qu'un grognement du ventre de Tom qui les tira de leur petit monde de castagne :

- GRAAAAAOOOOOOOOOOOOOOOOOOOWWWWWWWWW -

« Oups. »

« C'était ton ventre, ''ça'' ? » demanda le brun, effaré.

« Ben ouais. » admit son jumeau. « Je ne me gave pas de tartines au nutella, moi. »

« Mouais... » grogna Bill. « Y a du jambon dans le frigo. »

« Super le repas. 'Doit bien y avoir autre chose... »

Aussitôt dit, aussitôt fait : le châtain partit à l'assaut de la structure frigorifique et l'examina avec la minutie d'un chirurgien. Il haussa bientôt les épaules et alla faire le tour des placards ; son jumeau le regarda faire et esquissa un sourire en le voyant revenir avec une boîte de biscuits apéritifs :

« Tu pouvais te foutre de moi et de mon nutella. »

« Y avait rien qui me tentait. » se justifia le garçon aux dreads.

« Ben voyons. »

Tom haussa les épaules et commença à engloutir son ''repas'', il en proposa tout de même à son frère qui louchait dangereusement dessus. Le paquet fini, ils se firent un dernier combat avant d'arrêter :

« Qu'est-ce qu'on fait ? » demanda Bill.

« J'vais me laver les dents, je pense pas que je mangerais autre chose... »

« C'est vraiment une manie chez toi. » rit le brun.

« Passe une journée à vomir et je te garantis que tu vénèreras ta brosse à dents. » répliqua son interlocuteur.

« Bon, ben, je te suis. »

Les deux garçons se rendirent dans la salle de bain et s'exécutèrent. Le brossage de dents dégénéra rapidement en bataille d'eau, chacun cherchant désespérément à arroser méchamment l'autre : ils ne s'arrêtèrent que trempés jusqu'aux os. Tom attrapa deux serviettes et en jeta une à la tête de son frère avant de s'échapper en courant vers le salon pour aller s'écraser dans le canapé, rapidement suivi de Bill qui prit un malin plaisir à lui sauter dessus dans le but de l'écrabouiller. Ils se chamaillèrent pendant quelques minutes, s'échangeant des petites baffes, des coups dans les côtes et autres attentions toutes aussi charmantes. A bout de souffle, le sourire aux lèvres, ils se séparèrent et essayèrent de se calmer ; le guitariste se leva :

« Je vais me changer... »

« Ouais, je crois que je vais faire pareil... » acquiesça Bill, admettant qu'il était aussi trempé que son frère.

Le châtain hocha la tête et se rendit dans sa chambre. Son placard lui tendait les bras, il attrapa un jean, un boxer et un t-shirt qu'il passa de suite, fixant son pantalon à l'aide d'une ceinture. Revenant dans le salon, il y trouva son jumeau, vêtu d'un t-shirt ample et d'un caleçon :

« Tu t'es mis en pyjama ? »

« Ouais... » approuva le brun en allumant la télé.

« Et tes bracelets de force, c'est pour faire joli ? » rit Tom.

« Ah... Nein, c'est juste que j'ai oublié de les enlever. » répondit son vis-à-vis.

« Et le canal 23, ça aussi, c'est pour faire joli ? » interrogea le guitariste en désignant la télé.

« J'me cultive. » sourit son jumeau.

« C'est ça. »

Tom se laissa tomber sur le canapé, posant sa tête sur les jambes croisées de son frère ; ce dernier baissa les yeux quelques secondes avant de reporter son attention sur la télé. C'était une vieille série sans intérêt. Le guitariste observa un moment de silence, puis étouffa un rire qui intrigua son chanteur :

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Nein, rien... Je me souvenais juste d'un truc que m'avait dit quelqu'un. » murmura le châtain en essayant de se calmer.

« Raconte. » s'amusa Bill.

« C'est moche. » sourit Tom.

« Ben, raconte. » insista le brun.

« Ok... Tu connais le point commun entre un lapsus et un cunnilingus ? » demanda son frère.

« Han ? » son vis-à-vis haussa un sourcil et réfléchit quelques secondes. « Nan, je vois pas... »

« Dans les deux cas, tu fais une erreur de langue et t'es dans la merde (3). » répondit-il.

« Que... Ah ! Tom ! » s'exclama Bill, le visage déformé par une grimace de dégoût. « T'es ignoble ! »

« 'Pas moi. C'est Gustav qui me l'a racontée. » se défendit son interlocuteur.

« Gustav ? » reprit le brun, écarquillant les yeux.

« Ja. »

« Gustav comme Gustav ? »

« Ja. »

« Gustav notre batteur ? »

« Ja. »

« Gustav-j'ai-une-tête-d'ange-naïf-qui-ne-sait-pas-ce-qu'est-une-histoire-de-cul ? »

« Ja. »

« Chuis choqué... »

« Tu peux. »

Bill plissa le nez et donna une tape sur la tête de son frère qui éclata de rire ; il soupira et secoua négativement la tête, blasé. Une nouvelle grimace se dessina sur son visage alors qu'il se repassait l'histoire dans la tête :

« Ah... ! J'aurais pas cru ça de Gustav... »

« Pourquoi ? » s'étonna Tom. « C'est un garçon comme un autre. »

« Nan, c'est Gustav-mère-poule-pure-et-innocente. » rectifia le chanteur.

« Héhé, comme quoi... » sourit son vis-à-vis.

« Argh, j'ai l'image en tête en plus... Bah. » grogna le brun.

« Quoi ? Tu l'as déjà fait à une de tes copines. »

Seul le silence lui répondit. Intrigué, Tom releva la tête pour voir son frère, le visage dans la main, le coude sur l'accoudoir, le regard fuyant. Non... ?

« Tu l'as fait à la dernière ? » s'amusa le châtain.


A SUIVRE (oui, je suis SADIK d'arrêter la...)
piX : LA PLUS BELLE OEUVRE DE SAHAD, SPECIALEMENT POUR CETTE FIC

# Posté le dimanche 18 février 2007 18:29

Modifié le mercredi 09 janvier 2008 16:19

Jumeaux... Et plus si affinités - SuiTe

DEJA.... Vui^^ J'VeuX VouS FaiRe PLaiSiR
MaaaaiiiiiSSSS, aPReS CeCi, iL Ne ReSTeRa Que uNe FiCS eN PLuSieuRS PaRTieS
aVaNT Le BoNuS FiNaL
BoN, J'ai PaS éTé VaCHe C'Te FoiS Ne??
B'NNe LeCTuRe


Titre : Jumeaux... Et plus si affinités.

Auteur : Sahad.

Chapitre :

Seul le silence lui répondit. Intrigué, Tom releva la tête pour voir son frère, le visage dans la main, le coude sur l'accoudoir, le regard fuyant. Non... ?

« Tu l'as fait à la
dernière ? » s'amusa le châtain.

« Tu crois qu'on a passé
notre temps à jouer aux mikados ? » grimaça Bill.

« Sérieux ? » un large sourire étirait les lèvres de son jumeau.

«
Et alors ? » grogna son interlocuteur.

Le guitariste partit dans un fou rire, exaspérant légèrement son vis-à-vis qui
préféra essayer de concentrer son attention sur le générique de la série débile qui défilait à la télévision. Mais visiblement, son frère avait du mal à se calmer, se tenant le ventre en riant ; le brun leva les yeux au ciel pour mieux reporter son attention sur l'écran où passaient des pubs. Tom se redressa finalement, encore à moitié hilare.

« Content de te faire rire... » grommela son jumeau.

« Désolé, c'ét
ait plus fort que moi... » articula le châtain.

« C'est ça.
.. » grogna-t-il. « Tu vas me dire que tu ne l'as jamais fait, toi, peut-être ? »

« Je suis pur et innocent ! » se déf
endit le guitariste.

« A d'autres. »

« Bon, oui, je l'ai déjà fait. » avoua Tom.

« Hah ! Alors t'as pas de quoi te
marrer ! » répliqua Bill.

Son frère esquissa un sourire amu
sé et se leva pour aller chercher un chewing-gum dans un bocal posé sur le buffet, ce qui n'échappa pas au brun :

« Tu m'en files un ? »

« Y en a plus... » répondit le châtain
en revenant sur le canapé, la friandise entre les dents.

Il l'aurait d'ailleurs enfournée si son adorable frangin ne l'avait pas attrapée d'un geste vif pour se l'approprier, ne
lui en laissant qu'un centimètre dans la bouche. Tom grogna et se tourna vers son voleur :

« Sagouin. »

« Was ? » demanda innocemment Bill en mastiquant le chewing-gum.

« C'é
tait à moi. » bougonna le guitariste.

« T'as qu'à venir le chercher si t'es pas content. » ricana le brun en reportant
son attention sur la télévision.

Ce qu'il n'avait pas prév
u, c'était que son jumeau prendrait la provocation au pied de la lettre : le châtain s'avança et, attrapant son frère par les épaules, plaqua ses lèvres sur les siennes. Pris au dépourvu, Bill se rattrapa tant bien que mal au canapé, les yeux exorbités, toutes ses pensées cohérentes balayées comme des morceaux de paille par le vent ; il ne réagit même pas en sentant la langue de son vis-à-vis se glisser dans sa bouche, jouant avec la sienne, pour finalement récupérer son bien. La seule chose qui percuta réellement dans son esprit fut : IL M'EMBRASSE... ! Le musicien se redressa, un sourire aux lèvres :

« Et voilà. »

« T-Tom... Warum ? » articu
la Bill avec difficulté, n'en revenant pas.

« ''Warum'' ?
» répéta son jumeau comme s'il ne comprenait pas le pourquoi de la question. « Tu m'as bien dit ''t'as qu'à venir le chercher'', nan ? »

« Ja, aber... (oui, mais) » souffla le ch
anteur.

« Ben, voilà, je l'ai récupéré. » répondit simplement son interlocuteur.

« Mais tu m'as embrassé ! » protesta le brun.

« Et alors ? » Tom haussa les épaules. « Dis pas
ça comme si je t'avais violé. C'était qu'un petit bisou, t'as déjà embrassé des filles, non ? »

Bill en resta sans voix. Comment ça ''et alors'' ? Son frère allait-il bien ? Ce
tte terrible fièvre de la veille l'avait-elle complètement lobotomisé ? Il fixa son jumeau pendant un long moment, le regardant mastiquer le chewing-gum qui se trouvait dans sa propre bouche à peine quelques secondes auparavant. Le guitariste soupira finalement et croisa son regard :

« Quoi ? T'as jamais embrassé un mec ? »

« Ben... Non... » répondit s
on vis-à-vis.

« Ah oui, c'est vrai... ''Je ne ferais jamais rien avec un garçon''. » se rappela Tom en singeant son frère pendant l'une de leurs interviews. « Ben alors dis-toi q
ue c'était une expérience comme une autre. »

« Han ? » le
brun haussa un sourcil.

« Tu disais bien qu'on a qu'une vie et qu'il faut en profiter, non ? » reprit le guitariste.

« Heu, oui... » son frère cherchait visiblement le rapport entre le deux.

« Et tu ne connais pas le dicton qui dit ''i
l faut tout essayer dans la vie pour ne pas mourir idiot'' ? » demanda le châtain.

Si, il le connaissait, mais pas pour de telles circonstances. Tom leva les yeux au ciel puis les mains en signe d'impuissance et s'extirpa du canapé afin
d'aller chercher de quoi boire dans le frigo, laissant son jumeau seul pour accuser le coup : il venait de se faire embrasser, par un garçon, son frère et pour un chewing-gum. Un frisson lui parcourut le dos alors qu'il se mettait en boule, regardant les images défiler à la télé. Lorsque sa moitié fut de retour, il hésita quelques instants, se remémorant les paroles de son jumeau, avant de murmurer :

« Et toi ? »

« Han ? » le guitariste lui adressa un regard interroga
teur.

« T'as déjà embrassé un mec ? » demanda-t-il.

« ...
Oui. A commencer par toi. » répondit simplement son frère.

« Pardon ? » Bill manqua de tomber du canapé sous le coup de la surprise, son pauvre c½ur n'allait pas survivre à la s
oirée.

« Tu t'en souviens probablement pas. » décréta son jumeau en voyant la tête qu'il faisait. « C'était au nouvel an, t'étais complètement bourré et je t'ai ramené dans ta c
hambre. Je suppose que t'as voulu me faire un bisou pour me dire bonne nuit mais le fait est que tu m'as quand même roulé une pelle. »

« WAS ? » le brun n'en revenait pas, les y
eux ronds comme des soucoupes.

« Je ne mens pas. » déclara simplement Tom.

« Mais... Tu ne m'as rien dit après... » s
ouffla Bill.

« Ben, non. Tu n'as jamais abordé le sujet et
vu que tu t'en souviens pas. » se justifia-t-il. « Ça te choque tant que ça ? »

« Tom, as-tu seulement conscience du nombre de cuites qu'on s'est tapées cette année ? » gémit le
chanteur. « Si ça se trouve, j'ai très bien pu embrasser d'autres personnes... ? »

« Nein. » répondit le guitariste, catégorique.

« Han ? »

« J'ai veillé au grain. » sourit l
e châtain. « On a pris toutes nos cuites ensemble, je te rappelle. »

« Heh ? »

« Et ne me demande pas pourquoi, tu sais très bien que je n'ai jamais voulu partager mon frère av
ec qui que ce soit. »

Bill ouvrit la bouche mais ne parvint pas à en sortir un son. Il n'arrivait pas à assimiler tout
es les informations qui venaient d'être envoyées à son cerveau ; il se recroquevilla un peu, entourant ses genoux de ses bras, ce qui eût pour effet de faire soupirer Tom :

« T'inquiète pas, j'ai pas pour habitude de sauter sur les gens
. »

Bien sûr, il le savait. Mais c'était tellement incroyable. Il se faisait embrasser, son frère lui annonçait qu'il l'avait lui-même embrassé auparavant alors qu'il ne s'en sou
venait même pas, il lui avait avoué avoir embrassé des garçons... ça fait beaucoup. Surtout pour une seule soirée. Il ne parvenait même pas à écouter le journal télévisé, trop perdu dans ses pensées. Ses yeux allèrent presque malgré lui vers son jumeau, il ne le regardait pas, il s'était assis à un bon mètre de lui... Il se surprit à le détailler : ses yeux, ses lèvres, son visage, ses cheveux, son corps... Il n'éprouvait pas du dégoût, non, ni même de la rancune ; il le considérait simplement, remarquant qu'au fond, il était plus choqué par l'idée de ne pas se souvenir qu'il l'avait embrassé au nouvel an que par ce qu'il venait de se passer.

Normalement, n'éprouve-t-on pas de la répugnance quand c'est
avec son frère ? Et jumeau qui plus est ? Normalement, n'embrasse-t-on pas que la personne autour de laquelle on tourne depuis un moment ? Normalement, n'est-on pas gêné d'embrasser un garçon alors qu'on est hétéro ? Il se mordilla la lèvre inférieure, tournant et retournant ces questions dans sa tête. Pourtant, il avait beau faire, une seule et unique vérité le turlupinait : non, ça ne le dérangeait pas plus que ça. Bien sûr, ça l'avait choqué sur le coup parce qu'il ne s'y attendait pas, mais... Son regard se porta à nouveau sur son jumeau.

Que ferait-il, si on le lui enlevait ? Après tout, il avait toujours eu un sentiment de colère envers ses copines... Parce qu'il avait l'impression qu'elles l'élo
ignaient de lui. Tom avait-il ressenti la même chose à son égard ? Au fond, il avait toujours eu cette sensation que son frère lui appartenait, qu'il était à lui et à personne d'autre. Mais c'était normal entre jumeaux... Non... ? Il ne savait plus trop. Tom se leva, le faisant sursauter, il alla dans la cuisine, jeta son chewing-gum et prit la bouteille de coca qu'il restait ; remarquant le regard de Bill, il lui adressa un sourire :

« Je veux regoûter aux bienfaits du coca pétillant. T'en veux ? »

« Heu... Ja, danke. » accept
a le brun.

Le guitariste lui tendit la bouteille. Le jeune chanteur se souvint alors de lorsqu'il avait bu au goulot... Il n'avait pas la galle. C'était ce que lui avait dit son
frère... Il esquissa un sourire et murmura :

« Tom... Gus
tav a enlevé le gaz de cette bouteille. »

« Was ? Neeeeeiiiiin... » gémit son jumeau en se laissant tomber dans le can
apé. « Je veux du coca normal... ! »

« On n'aura qu'à aller en chercher demain. J'ai trois euro. » proposa Bill. « Geo
rg n'a pas voulu que je le rembourse pour le jambon. »

« T
rois euro ? C'est tout ce que t'as ? » s'étonna le châtain.

« 'Me suis acheté un jean vendredi dernier... » expliqua le brun. « J'avais flashé dessus. »

« Quand je dis que t'es
pire qu'une fille. » plaisanta son frère. « T'inquiète, il me reste mon argent de poche. »

« Combien ? » l'interrogea son vis-à-vis.

« Dix euro. »

« Ok. »

Bill considéra son
jumeau un long moment, cette petite discussion l'avait détendu. Rien n'avait changé, au fond. Ils avaient toujours été aussi proches. Le jeune chanteur se redressa un peu, faisant face à sa moitié ; celui-ci lui adressa un regard interrogateur. Un mince sourire étira les lèvres du brun :

« Tom..
. ? »

« Hm ? »

« Embrasse-moi encore. »

L'intéressé le d
évisagea avec une surprise non feinte, il cherchait à comprendre ce changement dans le comportement de son frère, mais seul des yeux malicieux lui répondirent. Hésitant, il se rapprocha, se pencha doucement et vint chercher ces lèvres offertes. Elles n'attendaient que lui. C'était le message que lui faisait passer son jumeau, répondant tendrement à son baiser. Tom se rapprocha encore, glissant une main derrière la nuque de son vis-à-vis ; Bill frissonna à ce contact, s'avançant un peu plus. Il entrouvrit les lèvres en sentant la langue du guitariste les caresser. Il esquissa un sourire, passant ses bras autour du cou de son frère, l'attirant un peu plus contre lui ; il sentit un bras enlacer sa taille et le rapprocher davantage.

Sans briser leur baiser, le jeune brun se releva et se glissa sur les cuisses du châtain, ce qui n'était apparemment pas pour déplaire à ce dernier. A
peine eurent-ils mit un terme à ce baiser qu'ils s'embrassèrent encore, se lovant l'un contre l'autre, savourant la chaleur de leurs corps respectifs, leur proximité, leur présence mutuelle... Bill sentit son bas-ventre s'éveiller, il n'en embrassa que plus son partenaire, conscient de l'excitation qui montait rapidement en lui ; il se pressa un peu plus contre Tom et esquissa un sourire : lui non plus n'était pas des plus calmes à en juger par la forme naissante entre ses jambes. Le guitariste délaissa ses lèvres pour honorer sa mâchoire des siennes, son cou... Le jeune brun laissa échapper un soupir de bien être, savourant ce contact doux et chaud contre sa peau, contrastant avec le froid métallique de son piercing. Il pouvait sentir les mains du châtain glisser dans son dos, effleurant son corps, descendant vers ses fesses ; il aimait ces attentions.

Un bruit strident les ti
ra de leur petit monde. Deux regards prêts à faire fuir des sulfateuses doublées de bazookas se tournèrent vers le téléphone sans fil qui hurlait sur la grande table du salon ; Bill hésita, jeta un regard à son frère qui, de toute évidence, était disposé à le laisser sonner, puis il soupira et se leva. Il attrapa le téléphone et décrocha :

« Hallo ? »

/Ah, Bill ! Hallo ! C'est maman. / l'informa la voix à l'autre bout. /Ta tante m'a appelée pour me dire que Tom n'allait pas bien, mais je n'avais pas mon portable avec moi alors je n'ai eu le message que maintenant. Dis-moi, comment ça va /

« Oh, eh bien... » le brun risqua un coup d'½il vers sa moitié, il s'était levé et regardait ailleurs, tordant ses
lèvres dans une moue significative de mécontentement. « Il va bien. La fièvre est tombée et il se porte comme un charme. »

/Oh, alors tout va bien, n'est-ce pas / insista-t-ell
e.

« Oui, maman, tout va bien. » répondit l'adolescent, fixant son frère.

/Ah bon, tu me rassures, je pensais déjà à
rentrer pour voir si ça allait mais si tu me dis que c'est bon alors je reviendrais vendredi, d'accord /

« D'accord. »

Tom poussa un profond soupir et s'écarta du canapé dans le but de s'enfoncer dans le couloir. Bill sentit son c½ur m
anquer un battement et répondit précipitamment :

« Amuse-toi bien, maman, au revoir ! »

Sur ce, il raccrocha et attrapa son frère par le bras, l'empêchant d'avancer. Ce dernier
lui adressa un regard mi-irrité mi-interrogateur ; le chanteur prit, comme il put, un air indigné et lança :

« Tu vas pas me planter là, si ? »

Le guitariste le considéra penda
nt quelques secondes, visiblement laissé perplexe par cette remarque. Son jumeau esquissa un sourire et, le tenant toujours par la main, l'attira à lui ; le châtain se laissa faire, ne refusant visiblement pas de poursuivre ce qu'ils avaient commencé, il reprit les lèvres de son compagnon dans un tendre baiser. Bill y répondit sans attendre, préférant ne pas perdre cette occasion qui se présentait à lui. Il sentit tout à coup le rebord en bois verni de la table contre l'arrière de ses cuisses ; troublé, il délaissa la bouche de son frère pour jeter un regard en arrière. Tom esquissa un sourire et, déposant un baiser dans son cou, murmura :

« Pressé ou pas ? »

Le jeune chanteur hésita avant de sourire à
son tour et d'embrasser son compagnon en guise de réponse. Son vis-à-vis y répondit avec plaisir, le poussant un peu plus contre la table ; Bill étouffa un hoquet lorsque leurs entrejambes se rencontrèrent, aussi désireuse l'une que l'autre. Sentant ses jambes lui faire peu à peu défaut, il s'appuya sur la table, laissant son frère l'allongé sur le bois ; il lui adressa un regard amusé, savourant les attaques que son vis-à-vis exerçait dans son cou et sur la surface de ses clavicules que son t-shirt laissait apparaître. C'était délicieux. Et sentir le corps de son jumeau contre sa virilité ne l'excitait que davantage. Le visage de Tom revint à la hauteur du sien :

« Je pose la question juste au cas où
mais... Tu n'as jamais couché avec un mec, pas vrai ? »

« Nein. » avoua Bill.

« Je vois... » il lui retira doucement
son boxer, sans geste brusque.

« Tom... »

Inexplicablemen
t, le brun sentit une vague d'angoisse au fond de lui, il déglutit. Non, il n'avait jamais couché avec un garçon, mais plus que ça, l'idée d'être pénétré lui faisait peur, la douleur l'effrayait ; il sentit son c½ur s'accélérer, battant soudainement à tout rompre. Son vis-à-vis esquissa un sourire et lui vola un baiser :

« Ne t'inquiète pas. Moi, si. J'
irais doucement, ne t'en fais pas. »

« Tom... » souffla so
n jumeau.

« Hm ? »

« ... » Bill baissa légèrement les yeux, puis les releva. « Danke. »

Pour toute réponse, le guita
riste lui sourit à nouveau et s'agenouilla. Perplexe, le brun le regarda faire ; Tom plaça ses mains sur les cuisses de son chanteur, le faisant frissonner d'appréhension, et entreprit de donner des petits coups de langues sur la virilité dressée de son frère, lui arrachant un hoquet. Bill ferma les yeux et se mordilla la lèvre inférieure, ses doigts se crispant sur la table face à cette sensation enivrante qui avait remonté son corps pendant quelques secondes. Rouvrant les yeux, il rencontra le regard espiègle du châtain qui attendait visiblement quelque chose...

« Encore... » chuchota
le brun, oubliant d'un seul coup toute sa fierté pour s'adonner un peu plus à ce délicieux plaisir.

Tom esquissa un s
ourire et reprit ce qu'il était en train de faire, y ajoutant des baisers, caressant plus franchement la hampe de son vis-à-vis à l'aide de sa langue, lui extirpant des gémissements sensuels et érotiques. Bill laissa sa tête basculer en arrière, ne cherchant nullement à étouffer les sons qui s'échappaient de sa gorge au fur et à mesure que son jumeau le comblait ; c'était bon, délicieux, succulent. Chaque effleurement de la langue de son partenaire le faisait frissonner, éveillant un peu plus cette chaleur naissante dans son bas-ventre. Ce n'était pas la première fois qu'on le lui faisait, mais le simple fait de savoir que c'était Tom l'excitait davantage, presque jusqu'à un point de non retour.

« Tom..
. » gémit-il.

L'intéressé leva les yeux pour pouvoir admirer le visage du jeune chanteur, le rougissement de ses joue
s contrastait énormément avec le contour noir de ses yeux, maquillage qu'il n'avait pas enlevé ; sa bouche légèrement entrouverte et son souffle court presque saccadé ne l'en rendait que plus désirable. Voir ce si joli visage dans un tel état ne lui donnait qu'une envie : le contempler, criant de plaisir et jouissant d'un orgasme sans bornes. Il esquissa un sourire à cette idée et entreprit de prendre la virilité du brun en bouche, lui arrachant un hoquet court et terriblement excitant. Mais il fallait qu'il le pousse plus loin, beaucoup plus loin : entourant le membre de son compagnon d'une main, il y appliqua un lent va et vient, embrassant simplement l'extrémité du bout des lèvres. Sa langue caressa la peau lisse de son gland, titillant joyeusement le sommet de son sexe dressé ; Bill en gémit de plus belle, portant la main à sa bouche pour retenir le flot d'extase de sa voix, son bas-ventre se perdant dans les picotements et la chaleur brûlante qui précèdent la jouissance.

Le guitariste sentit un léger goût amer et écarta son visage, levant les yeux vers celui de son jumeau qui tenta d'étouffer ce gémissemen
t plus puissant que les autres. Il observa avec satisfaction le liquide chaud et blanchâtre qui s'échappait de la virilité de son vis-à-vis et perlait sur ses doigts ; il se releva et, soulevant légèrement le t-shirt de son jumeau, déposa un baiser sur son ventre :

« C'était bon ? »

Bill s'étai
t allongé sur la table, sa poitrine se soulevant au rythme saccadé de sa respiration, inspirant les grandes goulées d'air qui semblaient lui faire défaut. Ses yeux fiévreux se figèrent dans les siens et un faible sourire étira ses lèvres :

« Trop... »

« Parfait. »

Sur ce, le châtain se rapprocha un peu plus, noyant son visage dans le coup de sa proie, embrassant cette peau de pêche offerte, vulnérable. Son pro
pre désir commençait à se faire pressant, mais il fallait se montrer patient : une première fois n'était jamais simple et il ne voulait surtout pas faire souffrir son compagnon. Le brun se laissait totalement dominer, ce qui n'était pas pour déplaire au jeune châtain : cela facilitait grandement sa tâche. Sa main délaissa l'entrejambe de son compagnon pour descendre un peu plus bas, vers l'intimité du chanteur, ce dernier se crispa légèrement ; l'adolescent aux dreads déposa un nouveau baiser dans son cou et murmura :

« Je ne v
ais pas te pénétrer tout de suite, détend-toi. »

« Désolé... » souffla le brun, confus.

« Y a pas de quoi. » le rassura son frère.

Tom lui mordilla le lobe de l'oreille, laissa
nt à sa langue tout le loisir de caresser ce cou dénudé ; Bill pencha légèrement la tête sur le côté, savourant ces attentions. Il frissonna en sentant les doigts humides de son frère caresser l'entrée de son être, doucement, simplement ; ce contact l'angoissa un peu mais, paradoxalement, cela l'apaisait aussi : le guitariste prenait soin de lui, il ne hâtait pas les choses alors que le brun pouvait sentir contre son pied à quel point son vis-à-vis en avait envie. Un nouvel effleurement contre son intimité le fit soupirer de bien être : c'était bon. Le châtain prenait son temps, dessinant du bout des doigts le contour de cette petite porte ; ses lèvres s'amusaient sur une clavicule découverte par le t-shirt. Puis il se redressa pour murmurer à l'oreille de son compagnon :

« Je vais entrer un doigt. »

Le jeune chanteur frissonna, sentant une légère pression se faire contre le r
empart de son corps ; le guitariste procédait doucement, avec une lenteur qui en aurait peut-être exaspéré plus d'un, mais il gardait patience, faisant glisser son doigt à l'intérieur de ce cocon brûlant. Il sentit son compagnon se crisper mais n'arrêta pas, le pénétrant de son majeur ; il leva les yeux vers le visage de son jumeau : il avait fermé les yeux et déglutissait.

« Ça va ? »

« Hm. » Bill hocha la tête.

Son vis-à-vis entreprit alors de retirer lentement son doigt, jusqu'à la dernière phalange, puis inversa son mouve
ment pour s'aventurer une nouvelle fois à l'intérieur de son frère. Peu à peu, il le sentit se décrisper ; se penchant, Tom déposa un baiser dans son cou et esquissa un sourire lorsque le brun accentua cette pénétration d'un mouvement de bassin. Sa main libre se glissa sous le t-shirt ample de son chanteur, flattant son torse de douces caresses.

« Bill..
. » murmura-t-il. « Je vais entrer un deuxième doigt en toi... »

L'intéressé hocha la tête, se mordillant légèrement la lèvre inférieure. Il se crispa à cette nouvelle intrusion
, c'était quelque chose d'étrange, mais pas désagréable... Sentir les doigts de son compagnon glisser contre les parois intérieures de son être l'excitait, c'était doux, doux et entêtant. Mais il avait également cette sensation de soif non étanchée, bougeant son bassin dans le but d'accentuer ces caresses et ces sensations. Tom accéléra légèrement le mouvement de ses doigts, arrachant une plainte de plaisir à son frère ; mais ça n'était pas encore assez, il en voulait plus. Il étouffa un gémissement en sentant une troisième intrusion en lui et se cambra légèrement : c'était bizarre, ça ne faisait pas mal, mais peut-être n'en était-ce pas loin, à mi-chemin entre la douleur et le plaisir. Les allées et venues que son le guitariste faisait en lui étaient des plus exquis, le faisant gémir de plus en plus fréquemment ; ses doigts crissèrent sur le bois verni de la table lorsqu'il referma les poings, se mordillant la lèvre inférieure. Le châtain accéléra une nouvelle fois la cadence, le faisant perdre pied :

« T-Tom... ! »

Son coeur battait à la chamade, ta
mbourinant jusque dans ses tempes, son souffle était court et haché, mais il avait l'agréable sensation de planer. Sa semence se répandait doucement sur son ventre. La table lui paraissait tout à coup passablement fraîche, sa respiration dessinant un petit halo de buée sur le verni. Il avait l'impression que sa tête était plus lourde, qu'il lui fallait plus de force pour la tourner ; son regard se plongea dans celui de son jumeau. Tom le considérait tendrement... Bizarrement, malgré sa position et son état, Bill ne ressentait aucune honte, juste une parfaite satisfaction. Il esquissa un sourire, se redressa et embrassa son vis-à-vis qui haussa un sourcil :

« Bill... Je t'ai sucé... »

« Ça, c'est le der
nier de mes soucis. » soupira le brun en l'embrassant une nouvelle fois.

Le châtain n'insista pas, répondant au baise
r de son compagnon. Sa main descendit à sa propre ceinture, la défaisant sans bruit, sans tintement, puis il s'attaqua à son jean ; ce n'était pas très pratique avec une seule main et en embrassant son jumeau mais il y arriva tout de même sens trop de mal. Un sourire étira ses lèvres et, délaissant les lèvres de Bill, il murmura :

« Mais ce n'est pas encore fini. »

Le jeune chanteur eût un petit rire et hocha l
a tête, capturant une nouvelle fois la bouche de son frère. Tom l'allongea à nouveau sur la table, préférant cette position ; il passa la main sur le ventre de son vis-à-vis, ramassant cette substance liquide et fort appréciable en de telles circonstances, puis en induisit sa propre virilité.

«
Bill... »

« Ja ? »

« Tu me dis si tu as mal, ok ? J'arrête
rais. »

« D'accord. »

Le guitariste lui adressa un sourire rassurant et vint chercher ses lèvres dans un tendre baiser, sa main libre vint câliner l'un des tétons de son compag
non, sous son t-shirt ; pendant ce temps, il plaça le sommet de son gland contre l'intimité du jeune brun. Il hésita quelques instants avant de se résoudre à appuyer légèrement, écartant avec douceur l'anneau de chair ; il manqua de perdre le contrôle en sentant cette vive chaleur entourer son membre mais les doigts qui se crispèrent dans le dos de son t-shirt, le gardant ancré à la réalité : c'était la première fois que Bill couchait avec un garçon, il fallait que ça soit en douceur... Se mordant le coin droit de la lèvre, il inspira profondément et reprit son mouvement, une très lente pénétration. Le chanteur eût un hoquet qui l'arrêta : son visage affichait une grimace de douleur et les doigts crispés dans son dos parlaient pour lui. Tom demeura immobile, inquiet :

« Bill, wie geht's ? »

Son jumeau respira profondément mais de manière saccadée, ses yeux menaçaient de pleure
r... L'adolescent aux dreads sentit son coeur faire un bond à ce spectacle, il se mordilla la lèvre d'un air coupable et murmura :

« Bill... Tu veux qu'on arrête ? Si tu as mal,
dis-le. Je... »

« Ça va. » le coupa l'intéressé en reprenant son souffle. « Ça va aller. J'ai confiance en toi. Ça fa
it un peu mal... Mais c'est le début, ne ? »

Tom le consid
éra quelques secondes, encore un peu inquiet, puis esquissa un sourire attendri et déposa un baiser sur la pommette de son vis-à-vis.

« Oui. C'est comme ça au début. » chuchota-
t-il. « Bon, j'y retourne... ? »

Bill hocha la tête en souriant, se redressant un tout petit peu pour embrasser son amant. Son amant... Cette pensée le fit sourire de plus belle.
Le guitariste reprit sa lente pénétration, observant son chanteur, aussi bien pour l'admirer que pour s'assurer qu'il allait bien. Le brun essayait d'être détendu mais ce n'était pas facile, il lui fallut plusieurs va et vient de son frère en lui pour s'habituer à cette intrusion, délaissant cette idée de douleur pour se repaître de la sensation de plaisir qui se faisait de plus en plus présente. Son ouïe capta des sons, des plaintes d'extase, celles-ci le tirèrent encore un peu plus vers le bien être, l'excitant davantage : ses gémissements se muèrent peu à peu en cris au fur et à mesure que son jumeau accélérait le mouvement, se mêlant à ceux qui provenaient de la télévision. Partis de petites vaguelettes, son bien être et son plaisir prenaient des airs de tempête tropicale en lui, pour le bonheur de son amant. Les coups répétés contre ce point sensible, sa prostate, achevèrent de le hisser à travers les cieux :

« T-Tom... ! Je-Je vais... ! »

Sa phrase se ponctua d'un cri plus puissant que
les autres, son corps se arquant. Le châtain le suivit rapidement, se laissant aller, pantelant, contre son corps. Tous deux à bout de souffle, les joues rougies, la transpiration perlant le long de leurs corps ; Tom se retira doucement, la respiration encore un peu rapide. Il considéra son frère pendant quelques secondes, celui-ci lui adressa un tendre sourire et murmura :

« Danke... »

Le guitariste laissa éc
happer un petit rire, amusé, et déposa un baiser sur son front ; son sourire se fit encore plus large lorsqu'il remarqua que Bill avait sombré dans le sommeil. Il rit, se rhabilla convenablement et alla chercher un mouchoir, ceci fait, il entreprit de nettoyer le ventre de son jumeau et lui repassa son boxer. Une fois vêtu, il le prit dans ses bras, remerciant les cieux qu'il ne fasse finalement que ses cinquante kilos, et le porta jusqu'au canapé où il le glissa dans les couvertures. Le brun émit un faible grognement mais ne s'éveilla pas. Tom lui caressa la joue et se releva, il se rendit dans la salle de bain, se lava les mains et se brossa les dents ; retournant dans le salon, il s'adossa un moment au mur, contemplant son frère endormi.

Il était mignon. Bea
u et mignon. La puissance de son orgasme l'avait terrassé, ce qui fit sourire le châtain ; il se détacha du mur et vint s'asseoir auprès de son compagnon. Il l'observa pendant de longues minutes, dégageant une de ses mèches couleur de nuit de son visage endormi ; il venait de faire l'amour avec son frère, son jumeau... Il en avait fait son amant. Bizarrement, cette pensée n'éveilla rien en lui, si ce n'est un sentiment protecteur envers sa moitié : le double tabou de l'homosexualité et de l'inceste n'était pas facile à porter... Ils devaient en parler ensemble, car il refusait que ça ne soit l'histoire que d'un soir, que tout s'arrête là. Il n'avait jamais prononcé ces mots à qui que ce soit... Doucement, il se pencha en avant, approchant son visage de celui du jeune chanteur, et murmura à son oreille :

« Ich liebe dich
, Bill... »

Il déposa un baiser sur sa tempe, lui caressa la joue du bout des doigts et s'allongea finalement à ses cô
tés, le prenant dans ses bras, veillant sur lui d'une étreinte protectrice et sombrant peu à peu lui aussi dans le monde des rêves...

OoOoO

Bill s'extirpa difficilement des brumes de son sommeil, enveloppé dans les couvertures, il se s
entait bien, calme et apaisé. Remarquant l'absence de son jumeau, il leva les yeux vers la pendule : il était neuf heures et demie ; ce n'était pas si tard que ça. Se redressant péniblement, le jeune brun laissa échapper un grognement, grimaçant.

De son côté, Tom s'affairait dans la cuisine, préférant s'occuper de la préparation du repas plutôt que de la
isser son frère s'en charger. Il esquissa un sourire à la vue de son vis-à-vis : il s'attendait plutôt à le voir se lever aux alentours de midi, mais ne laissa échapper aucun commentaire. Bill passa à proximité de lui, mieux réveillé que la veille, et alla s'installer sur l'une des chaises qui entouraient la table ; ses dents se serrèrent alors qu'il fermait les yeux et pinçait ses lèvres. Un sourire malicieux étira les lèvres du jeune guitariste :

« Ouais, je sais... ça fait toujours ça la première fois. »

« Ah... Monsieur es
t connaisseur. » grogna ironiquement son interlocuteur, essayant d'oublier son postérieur.

« Un peu. » acquiesça son jumeau.

Bill écarquilla les yeux, considérant son frère un
long moment, sidéré. Il n'en revenait pas. Cherchant dans son esprit, il ne se souvenait pas d'une telle information ; revenant à lui, il lança :

« Je croyais que t'étais du genr
e à être toujours dessus... »

« Eh non. » rit Tom. « J'ai quelques fois été à ta place. »

« J'arrive pas à y croire... » souffla le brun. « Avec le caractère que tu as... »

«
Dur à avaler, hein ? » sourit de plus belle son vis-à-vis. « Et pourtant, la première fois que j'ai couché avec un mec, j'étais en dessous. »

Le jeune chanteur ouvrit plusieurs
fois la bouche mais aucun mot n'en sortit : il n'en revenait toujours pas. Il peinait à imaginer son jumeau sous le corps d'un autre, gémissant et haletant ; mais cette idée avait quelque chose de particulièrement excitant. Chassant cette pensée de son esprit, Bill reporta son attention sur son frère qui préparait des ½ufs sur le plat, il lui en servit d'ailleurs une assiette.

« Bon appétit. » lança le garçon aux dreads.

« Tom... » appela doucement son frère.

« Ja ? »

« Heu... Nein, rien, oublie. »

Le guitariste haussa un so
urcil, lui lançant un regard suspicieux, mais ne chercha pas à en savoir plus : son jumeau était suffisamment grand pour faire partager ses pensées sans qu'il ait à lui soutirer sous la torture. Ils mangèrent en silence, celui-ci étant simplement brisé par le bruit des couverts contre les assiettes ; le petit déjeuner englouti, Tom ramassa la table et fit la vaisselle sous le regard songeur de son chanteur. Bill demeura pensif un long moment avant de se lever et d'aller s'affaler dans le canapé, au milieu des couvertures, son jumeau alla rapidement le rejoindre.

« On se fait une partie ? » proposa le brun, peu motivé.

« Ça me tente pas spécialement... » soupira le guitariste.

Les deux adolescents fix
aient la console de jeux d'un air perdu, ennuyés. C'était les vacances, certes, mais ils n'avaient pas la moindre idée de ce qu'ils pourraient faire pour occuper leur temps libre. Le châtain s'extirpa du canapé pour se rendre au buffet, tirant les tiroirs un à un, il revint au bout de quelques minutes, un paquet de cartes en main :

« On se fait un pouill
eux massacreur ? »

« A deux ? » s'étonna Bill.

« Bah, pourquoi pas... »

Les deux garçons s'installèrent l'un en face
de l'autre et entamèrent une partie. Mais très vite, ils durent se rendre à l'évidence : en plus de se démolir les mains, ce qui n'était pas génial pour Tom, ils s'ennuyaient ferme. L'été s'était bien installé et la température pouvait grimper très haut dans la journée, plongeant les gens dans une profonde lassitude : trop chaud pour dormir et trop chaud pour bouger. C'était l'enfer. Le chanteur allait déclarer forfait lorsque la sonnerie de son portable s'éleva, il alla jusqu'à la table du salon et décrocha.

Le guitariste en profita pour ranger les cartes, n'ayant nullement envie de
poursuivre cette partie qui était des plus ennuyeuses. A peine eût-il remit le paquet dans le tiroir où il l'avait trouvé que son jumeau vint le chercher :

« C'était David. On a
rendez-vous à 15h, donc Georg passe nous prendre à 14h30. »

« Ah... Ok. » approuva le châtain, heureux à l'idée d'occuper son après-midi.

« On a le temps... » murmura Bill. « C
'est dur d'être en vacances. »

« Tu m'étonnes. » grommela son frère en s'allongeant dans le canapé, croisant ses bras derrière sa tête.

« Faudrait trouver de quoi s'occuper...
» souffla le brun.

« Toute proposition est la bienvenue. »


Le jeune chanteur se retint de faire une grimace : il n'en avait aucune idée et son jumeau ne l'aidait pas beaucoup.
Il se laissa tomber à côté de lui, pensif ; que pouvaient-ils bien faire pour s'occuper en attendant le rendez-vous ? Une idée lui vint, il esquissa un sourire et se pencha sur son frère :

« Action, chiche ou vérité (4) ? »

« Hein ? » son vis-à-vis le considéra un moment, comme s'il n'avait pas compris le sens de ces mots.

« Action, chiche ou vérité ?
» répéta Bill.

« Hm... Vérité. » répondit le guitariste, méfiant.

« Tu as eu mal la première fois ? » demanda le brun.

« ... Oui. » murmura Tom. « Je savais pas trop comment ç
a se passait, j'étais pas vraiment prêt et lui croyait que je l'avais déjà fait. »

« Aïe... » commenta le chanteur dans une mimique compatissante.

« Action, chiche ou vérité ?
» lança le châtain.

« Vérité. » lâcha Bill.

« Ça t'a plu hier soir ? »

Cette question fit naître un sourire sur le v
isage du jeune brun qui hocha la tête : oui, ça lui avait beaucoup plu, même s'il avait eu un peu mal, Tom l'avait ménagé et ce simple geste réchauffait le c½ur de l'adolescent. Son jumeau avait toujours pris soin de lui et ça ne changerait jamais. Il poursuivit sur leur lancée :

« Action, chiche ou vérité ? »

« Action. » répondit le guitariste.

« Embrasse-moi. »

Le jeune châtain esquissa un sourire amusé et
se redressa, il s'approcha de son compagnon pour venir sceller ses lèvres des siennes, l'embrassant tendrement. Bill frissonna à ce contact, fermant les yeux, il aimait sentir la langue de son jumeau chercher la sienne, son souffle chaud contre sa joue... Il se redressa à son tour et enlaça le cou de Tom, l'attirant contre lui, l'embrassant plus passionnément ; ce dernier se laissa faire, heureux de voir son vis-à-vis prendre autant d'initiatives. Il rompit néanmoins le baiser et sourit :

« Action, chiche ou vérité ? »

« Actio
n... » grogna le brun, mécontent que son frère ait mis fin à ce moment de tendresse.

« Viens, on va prendre notre douche ensemble. »

Bill haussa un sourcil : c'était quoi cette
''action'' ? Il soupira et hocha la tête, attrapant la main que Tom lui tendait pour l'aider à se lever ; il le suivit jusqu'à la salle de bain et commença à se déshabiller. Mais quelque chose accrocha son regard : après ce qu'il s'était passé la veille au soir, il avait du mal à voir le corps nu de son jumeau autrement que désirable ; il se sentit déglutir à cette pensée et détourna les yeux pour terminer de se dévêtir. Le guitariste entra dans la douche et tourna le robinet, l'eau n'était pas longue à chauffer, ce qui était plutôt agréable ; remarquant que son frère tardait, il jeta un coup d'½il : le brun était devant la douche mais semblait passablement indécis :

« Bill ? Wie geht's ? » s'inquiéta-
t-il.

« Ah... Heu... Ja, danke. » répondit son vis-à-vis, v
isiblement tendu.

« Aber (mais) ? » l'incita à poursuivre son guitariste.

« Aber... Ich... Nein, c'est rien. »

Et s
ur ces quelques mots, il se glissa dans la douche, derrière son frère contre lequel il alla se blottir ; il se sentait stupide : ce simple contact le faisait rougir, il le sentait. C'était idiot, ils avaient toujours été ensemble, à chaque instant... Mais après ce qu'ils avaient fait, il avait du mal à se sentir totalement à l'aise, honteux de désirer son jumeau à ce point. Il sursauta, surpris, en sentant son vis-à-vis se retourner et les lèvres de sa moitié capturer les siennes, puis répondit à ce baiser. Dans un sens, ce geste le rassurait. Tom s'écarta doucement et murmura :

« C'est
à toi. »

« Ah, oui. Heu... Action, chiche ou vérité ? » se reprit le jeune chanteur.

« Vérité. »

Vérité ? Que pouva
it-il bien lui demander ? Il se creusa la tête pendant quelques secondes, cherchant désespérément une idée, puis il demanda :

« Est-ce que... Est-ce que tu as... Aimé hier ? »

« Oui, beaucoup. » répondit son jumeau. « Bien plus que tout ce que j'avais fait avant... Parce que c'était toi. »

Bill se sentit rougir violemment, fixant son vis-à-vis avec de
grands yeux. Ça lui faisait plaisir, bien sûr, mais il n'aurait jamais cru que de simples mots puissent le toucher à ce point ; jamais il ne s'était senti aussi important pour quelqu'un... Un mince sourire étira ses lèvres :

« Danke. »

« Bitte. » Tom tira la langue. « Action, chiche ou vérité ? »

« Chiche... » rit le brun.

« ... De le faire ici ? »

La question prit le jeune chanteur de court : ici ? Dans la douche ? Il hésita, déglutissant difficilement, ne sachant que répondre. Le châtain attendit patiemment, puis, voyant que son interlocuteur était devenu muet, il murmura :

« Tu as peur ? »

« N-Nein, aber... » bafouilla son vis-à-vis. « Dans la douche ? »

« Tu comprenais autre chose par ''ici'
' ? » répliqua moqueusement son jumeau, un sourire amusé étirant ses lèvres. « Y a la place... (5) »

Bill ne sut que dire. Ses yeux allèrent de droite à gauche, un peu affolés,
il ne savait pas, ça allait trop vite. Il ouvrit la bouche pour parler mais son frère se l'appropria, l'embrassant tendrement ; le jeune brun ne put résister et y répondit sans attendre. L'eau tiède coulait sur leurs corps, les glissant dans un agréable milieu aux aspects intimes ; le jeune chanteur laissa échapper un soupir en sentant les mains de son jumeau flatter ses hanches, ses côtes. Il appréciait ce contact, les doigts de son frère calleux à cause de sa guitare, une sensation à la fois douce et légèrement râpeuse, glissaient sur sa peau comme lorsque l'on caresse de la soie. N'écoutant plus que son corps et ses envies, le jeune brun glissa ses bras autour du cou de Tom pour approfondir leur baiser, l'embrassant encore et encore, s'amusant du léger tintement lorsque leurs piercings se rencontraient.

Le jeune chanteur frissonna, savourant l'avancée de son jumeau qui passa
it de sa bouche à sa mâchoire, caressant des lèvres la peau sensible de son cou ; il pencha la tête sur le côté afin de lui en faciliter l'accès. Le souffle chaud du guitariste glissait jusqu'à ses clavicules, dans un ruisseau d'air délicieux.

« C'est à toi... » murmura Tom.

« Hmm... Action, chiche ou vérité ? » articula Bill, le visage relevé et les ye
ux fermés en une mimique de bien être.

« Action. » répondit malicieusement son vis-à-vis.

« Heu... »

Que demander ? Il fallait trouver quelque chose, ce qui n'était pas partic
ulièrement simple avec les délicieuses attentions de son jumeau. Il étouffa un soupir, se blottissant un peu plus contre Tom pour savourer sa chaleur corporelle ; il sentit son entrejambe entrer en contact avec les hanches du guitariste, elle trahissait son plaisir et son envie...

« Alors ? » so
uffla Tom, glissant une main sur le postérieur de son vis-à-vis, l'attirant une nouvelle fois contre lui.

Ce geste remit leurs corps en contact, arrachant au jeune brun un hoquet à l'intonation excitante à l'oreille de son frère. Relevan
t la tête vers lui, Tom eût le plaisir de constater que les joues de son jumeau s'étaient joliment teintées de rose et que son regard s'était fait fiévreux d'un désir mal contenu. Pourtant, malgré cela, Bill parvint à formuler son souhait :

« Suce-moi... »

Un sourire étira les lèvres de l'adolescent aux dreads, ses yeux malicieux observant le visage de
son jumeau, de minces ruisselets d'eau perlant le long de son visage et de son corps. Il s'agenouilla devant lui, son genou rencontrant le carrelage blanc de la douche, et glissa son bras autour de sa taille ; de son autre main, il entama de légères caresses sur le membre de son leader, lui extirpant une plainte étouffée. L'admirant encore quelques instants, se repaissant des lignes finement dessinées de son corps, il entrouvrit la bouche, apposant ses lèvres contre le sommet de cette virilité dressée. Bill eût un sursaut à ce contact, étouffant un nouveau gémissement en plaquant une main sur sa bouche, l'autre se glissant derrière lui dans le but de s'appuyer à quelque chose si ses jambes lui faisaient défaut. Mais Tom ne semblait pas l'entendre de cette oreille et raffermit sa prise sur ses hanches, l'attirant plus brusquement vers lui.

Le jeune chanteur ne put réprimer un h
oquet en sentant son membre si violemment immergé dans une chaleur à la fois douce et humide ; ses doigts se crispèrent sur sa mâchoire, son autre main agrippant les cheveux de son jumeau. Tom s'amusa à faire danser sa langue le long de cette érection offerte, souriant en sentant les doigts de son vis-à-vis enserrer ses dreads. Chaque allée et venue était un peu brusque, le guitariste s'aidant de son bras autour de la taille de son frère pour le ramener vers lui ; Bill crut à plusieurs reprises que ses jambes tremblantes allaient le trahir, mais c'était sans compter le bras qui le ceinturait.

« T-Tom... ! » gémit-il.

L'intéressé sembla sourd à
ces appels, s'amusant des plaintes de son compagnon. Le jeune brun étouffa un hoquet en sentant les doigts de son jumeau appuyer sur son intimité, écartant sans mal l'anneau de chair pour se glisser dans cette chambre brûlante, entamant un mouvement de va et vient en lui.

« Haa... ! Tom... ! » articula-t-il.

Le guitariste retira sa bouche du membre fièrement dressé, levant ses yeux noisette vers le visage de s
on frère : il était mignon. Esquissant un sourire, il donna des petits coups de langue sur son sexe, puis immobilisa ses doigts avant de murmurer :

« Action, chiche ou vérité ?
»

Bill ouvrit des yeux incrédules. Le connard ! Il avait osé ! Poussant un soupir d'exaspération, il donna une tape su
r la tête de son interlocuteur qui se contenta de sourire de plus belle ; puis, prenant une profonde inspiration, il lâcha :

« Action. »

« Ok. » le sourire de l'adolescent aux dreads s'agrandit. « Allonge-toi par terre. »

Les yeux du c
hanteur s'écarquillèrent : s'allonger ? A même le carrelage ? Il adressa un regard interrogateur à son jumeau qui lui répondit par un sourire malicieux et plein de sous-entendus, retirant ses doigts de son intimité ; soupirant à nouveau, il s'assit à même le sol et remercia intérieurement l'eau tiède d'avoir réchauffé le carrelage. Tom posa une main sur son torse, le poussant peu à peu à s'allonger, puis passa une jambe au-dessus de lui pour pouvoir s'asseoir sur son bassin ; leurs regards se croisèrent. Bill esquissa un sourire amusé et souffla :

« Action, chiche ou vérité ? »

« Vérité. » répondit le guitariste.

« Qu'est-ce que tu comptes me faire ? » le questionna le brun.

« L'amour. » répliqua le
châtain en haussant les épaules comme s'il s'agissait d'une évidence.

« Tu sais que ce n'est pas ce que je t'ai demandé. » grogna Bill.

« Oui, mais tu as mal formulé ta question. » ricana Tom en se penchant pour déposer un baiser dans son cou.

Le chanteur se mordilla les lèvres, étouffant un soupir lorsqu'il sentit la main de son jumeau effleurer sa virilité, son corps s'arqua légèrement à cette sensation ; le châtain esquissa un sourire, accentuant ses caresses sur cette partie si sensible de son vis-à-vis, lui arrachant des gémissements, douce mélodie à ses oreilles.

« Chante... » chuchota-t-il en déposant des baisers dans son
cou. « Chante encore... »

Bill déglutit, parvenant mal à conserver son calme, ses doigts se crispèrent dans l'eau qui coulait, fermant les poings, son c½ur battait à la chamade. Chaque effleurement des lèvres de son compagnon le faisait frissonner et ses doigts l'envoûtaient, le brun sentait ses yeux rouler sous ses paupières : c'était délicieux. Tom donna un léger coup de langue juste en dessous de son oreille, lui extirpant un gémissement plaintif regorgeant de plaisir.

« Hey, Süß (''mignon'', terme de drague)... » souffla-t-il.

« W-was ? » articula son jumeau sans ouvrir les yeux.

« Retiens-toi. »

Les deux lacs noisette se r
ouvrirent, posant un regard fiévreux et interrogateur à son vis-à-vis ; Tom souriait toujours d'un air malicieux, il se redressa lentement, prenant appui sur ses genoux repliés de chaque côté de son compagnon afin de se soulever. Sa main glissa jusqu'à l'entrejambe de son frère pour se positionner correctement.

« Tom... » commença le brun, abasourdi.

En guise de réponse, le guitariste leva les yeux, plongeant son regard dans le sien, se mordillant légèrement la lèvre inférieure ; le jeune chanteur retint son souffle, fasciné par ces yeux, ce léger sourire. Il observa sa lente descente, un hoquet lui échappa en sentant le sommet de
son membre rencontrer l'intimité du jeune châtain, sa bouche s'ouvrit ensuite sans qu'aucun son ne parvienne à franchir la barrière de sa gorge, submergé par une sensation à la fois brûlante et délicieuse qui englobait peu à peu sa virilité. Tom avait fermé les yeux et relevé la tête, se mordant la lèvre inférieure dans une moue de plaisir ; l'adolescent aux dreads laissait échapper des soupirs et des plaintes aux intonations purement érotiques, s'abandonnant à cet instant de luxure et savourant ces allées et venues en lui.

« Tom... ! » gémit Bill.

Le jeune brun sentit les mouvements de son frère s'accélérer, perdant littéralement
pied. Plus rien n'existait, juste cette sensation enivrante et son corps ardent, ce va et vient sur cette partie si sensible de son être. Son corps s'arqua plus brutalement, accompagné de leurs cris, ceux-ci se mariant parfaitement ; jamais Bill n'avait ressenti pareille sensation, il en était sûr. L'eau qui tombait sur eux leur semblait tout à coup aussi fraîche que la rosée du matin, mais cela leur importait peu ; Tom se soulevait et retombait doucement au rythme de leurs plaintes. Leurs cris devinrent plus puissants encore jusqu'à ce que les deux garçons se crispent violemment, se tendant au possible. Le guitariste tomba en avant, ses mains prenant appui de chaque côté de la tête de son frère, ses bras tremblants le soutenant, pantelant ; l'eau perlant sur leurs corps et leurs visages leur donnait l'impression d'être leur transpiration, ils avaient si chaud, leurs c½urs battaient à tout rompre et leurs souffles saccadés se mêlaient.

Bill sentit son vis-à-vis se relever, une sensation froide englobant son membre, puis Tom s'allongea à côté de lui, sa poitrine se soulevant au rythme de sa respiration ; tournant la tête, leurs regards se croisèrent à nouveau et le guitariste esquissa un sourire :

« Alors ? »

« J'en peux plus... » souffla le brun, un sourire
étirant ses lèvres aussi.

« C'était bon, au moins ? » le taquina le châtain.

« J'ai joui deux fois sans même sortir de toi, doof (crétin). » rit le chanteur.

Les deux garçons éclatèrent de rire, se remettant de ces quelques minutes intenses ; Tom se redressa et attrapa le savon, le passant délicatement sur la peau de son jumeau tout en lui adressant un regard et un sourire tendre. Ils se lavèrent et le guitariste arrêta l'eau en riant :

« M'man va hurler, la facture d'eau va être énorme. »

« Ouais, mais ça aussi, c'était énorme. » répliqua Bill en tirant la langue.

Ils partirent dans un nouveau fou-rire, puis le châtain entrep
rit de faire sécher ses dreads, les enroulant dans une serviette ; en prenant une autre, il se sécha entièrement et s'habilla, s'occupant ensuite de ses cheveux. Lançant un regard en direction du réveil posé près du miroir, il poussa un soupir de soulagement : ils avaient encore le temps, un peu plus d'une heure ; il allait sortir de la pièce lorsque le cri strident de son frère le fit sursauter. Il se retourna vivement et voulut savoir ce qui pouvait provoquer un tel hurlement d'horreur ; Bill était juste derrière, habillé, les cheveux encore mouillés, une mine horrifiée.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » s'inquiéta le châtain.

« Je... J
'ai plus d'eyeliner... ! » gémit le chanteur.

Le guitariste en resta bouche bée, les bras ballants, incrédule. Il soupira et esquissa un sourire à la vue de son jumeau complètement paniqué ; il s'approcha de lui et lui ébouriffa affectueusement les cheveux :

« Hey, c'est pas grave... T'es très bien sans, je t'assure. »

« Non, je peux pas, faut que j'en mette... » murmura Bill, retournant tout ce qu'il trouvait sur les étagères. « Il doit bien y en avoir un par-là. »

« Bill... » appela son frère. « T'exagère pas un peu, là ? »

L'intéressé lui adressa un regard interdit puis légèrement peiné et il s'excusa de s'emporter pour cela.
Tom écarquilla les yeux, surpris de constater à quel point son vis-à-vis pouvait changer lorsqu'il n'avait pas son maquillage ; bien sûr, il l'avait souvent vu sans, mais il n'avait jamais vraiment fait attention à ce changement qui, cette fois, était important : l'idée de retrouver les autres sans rien sur le visage semblait le mettre extrêmement mal à l'aise. Bill se mordillait la lèvre inférieure, ses yeux balayant le bazar qu'il venait de mettre dans la salle de bain ; le guitariste lâcha un soupir et sourit, posant sa main sur son épaule :

« Je vais aller t'en acheter, t'inquiète. »

Le regard que son frère lui adressa le fit
sourire de plus belle : c'était comme s'il venait de lui annoncer que leur groupe venait de battre tous les records de vente. Cette pensée l'amusa, il sortit de la pièce et alla prendre son porte-monnaie ; il y avait un magasin non loin où Bill allait souvent faire ses courses : il y trouverait sûrement son bonheur. Il sortit de la maison et traversa trois rues avant de se rendre sur une petite place où les magasins s'agglutinaient ; avisant celui qui était plus à même de lui fournir ce dont il avait besoin, il pénétra dans le bâtiment. Une forte odeur de parfum lui assaillit les narines, manquant de le faire éternuer, il plissa les yeux en retenant sa respiration quelques secondes puis se lança. Les rayons étaient de toutes les couleurs, il y en avait décidément pour tous les goûts (sauf le sien), s'avançant un peu plus, il trouva sans trop de mal l'étalage d'eyeliner, mais à la vue des petits flacons, un doute l'assaillit : lequel son frère utilisait-il ?

Il essaya, pendant quelques secondes, de se remémorer la forme, la couleur, le nom... Mais c'était vain. Il passait plus de temps à contempler son jumeau qu'à reluquer son flacon de maquillage ! Poussant un profond soupir, il sortit son portable et composa le numéro du jeune chanteur ; ce dernier décrocha
au bout de deux tonalités :

/Hallo /

« Ah, Bill, hier ist Tom. » annonça son vis-à-vis. « Je t'appelle au sujet de ton eyeliner... »

/C'est un flacon noir avec une espèce de petite bande pailletée et des étoiles juste en dessous du bouchon. / l'informa le brun.

« Alors... » les yeux noisette parcoururent le rayon. « Noir pailleté, noir pailleté... Là ! J'ai trouvé. »

/Bon, ben, bis gleich (à tout de suite). /

« Attend ! » s'exclama Tom.

/Was /

« Waterproof ou non ? »

Un moment de silence régna avant que Bill n'éclate de rire, le châtain grommela en attendant que son jumeau veuille bien se calmer ; ceci fait, il obtint sa rép
onse :

/Pas de waterproof. Danke. /

« Ok. Bis gleich. »

L'adolescent attrapa le petit flacon et se rendit à la caisse, retenant de justesse une remarque sarcastique sur le prix du maquillage : six euro soixante pour une petite bouteille d'eyeliner, c'était cher payé. Fourrant son achat dans sa poche, il retourna chez lui au pas de course pour retrouver son jumeau qui lui sauta littéralement au cou :

« Danke ! »

« Bitte. » sourit Tom. « Allez, va te pomponner. »

« Tout de suite ! » claironna le jeune chanteur.

Le châtain esquissa un sourire amusé et observa son frère : on sentait qu'il avait l'habitude, soulignant adroitement
son ½il gauche, remplissant la surface de sa paupière, attaquant l'autre ½il et renouvelant les mêmes gestes avec une certaine aisance. Il se retourna finalement vers son jumeau, souriant fièrement et affichant son travail terminé :

« Alors ? »

« Impeccable. » répliqua son vis-à-vis.

Le sourire du jeune brun s'élargit, attendrissant son interlocuteur qui s'approcha et lui vola un baiser. Face au regard interrogateur de son compagnon, le guitariste s'écarta, malicieux :

« T'étais trop mignon comme ça. »

Bill s'en amusa et tira la langue. Il appréciait cette proximité avec son frère, bien que le fait d'être jumeaux les rende déjà
très proches, il se sentait plus que jamais près de lui. Il alla se blottir contre sa moitié et plaqua ses lèvres sur les siennes, savourant la douce chaleur de ce corps contre le sien et sentant leurs c½urs battre à l'unisson ; le guitariste lui répondit sans attendre, s'empressant de goûter à nouveau à l'un de ces instants privilégiés. Chacun avait déjà eu des aventures, des flirts, ça n'avait rien de nouveau ; et pourtant... Il y avait un plus. Un sentiment de plénitude qui n'avait jamais été aussi présent qu'à cet instant. C'était ainsi que le ressentait le jeune chanteur. Il tressaillit en devinant les doigts de son jumeau glisser sur ses flancs, caressant doucement sa peau, c'était délicieux ; il n'en approfondit que davantage leurs baisers, adossant son frère au mur du couloir.

Plus rien n'existait, tout semblait soudainement si simple, trop pour que l'on y prête attention. Il n'y avait qu'eux deux. Sans mot dire, ils se décollèrent du mur et marchèrent, se rendant dans le salon ; là, Bill attendit patiemment que Tom s'assoie dans le canapé pour s'y allonger, posant sa tête sur ses cuisses. Ils ne s'intéressaient pas spécialement à la télé que le guitariste venait d'allumer, même si leurs yeux y étaient rivés, ils ne sentaient que leur chaleur corporel
le mutuelle. Le châtain glissa distraitement une main dans les cheveux bruns de son jumeau, ses doigts jouant avec les mèches rebelles.

« T'as des cheveux épouvantables. » déclara-t-il sans baisser les yeux.

« Tu veux qu'on parle de tes dreads ? » murmura l'intéressé, scrutant toujours le poste.

Le guitariste esquissa un sourire, caressant toujours la chevelure de son frère. Depuis leur plus tendre enfance, ils n'avaient jamais cessé de se taquiner mutuellement, étant parfois arrivés à se disputer cruellement, mais ils s'adoraient. Le bruit strident de la sonnette les sortit de leur petit monde :

« Ah... ça doit être Georg. » lâc
ha Tom.

« Hm... » approuva le chanteur. « Allez, debout. »

« Pressé d'aller bosser ? Si t'étais comme ça pour nos études. » plaisanta le châtain.

« Chanter, c'est la seule chose que j'ai toujours eue jusqu'à présent. »

Le guitariste, surpris du ton soudainement sérieux de son jumeau et amant, le considéra sans rien dire, apparemment interdit ; mais Bill se reprit, souriant comme il savait si bien le faire, et fit un clin d'½il à son vis-à-vis :

« Mais j'étais stupide de croire ça : toi, tu étais toujours là. »

Tom sourit et hocha la tête, alla dans sa chambre chercher sa guitare, puis revint, attrapa la main de sa moitié et l'
entraîna vers la porte où leur bassiste semblait s'impatienter vu les sonneries répétées. Il ne fut pas mécontent de les voir :

« Ah, quand même ! Je me suis demandé si vous ne vous étiez pas saoulé la goule au point de pas pouvoir vous réveiller. » s'exclama leur aîné.

« Prend pas ton cas pour une généralité. » rit l'adolescent aux dreads.

« Nous, on sait s'arrêter. » renchérit son frère, un large sourire aux lèvres.

« C'est ça, vous voulez qu'on re
parle du nouvel an ? » grogna le bassiste.

Sur ces quelques mots, il se détourna pour aller vers sa voiture, ne remarquant pas le regard entendu que les jumeaux échangèrent : Georg n
'était pas au courant de ce qu'il s'était passé entre eux ce jour-là, Tom ayant pris soin de ne pas en parler. Les deux garçons suivirent donc leur aîné et grimpèrent dans la voiture qui devait les mener au studio, faisant une nouvelle fois grommeler le bassiste en montant tous les deux à l'arrière.

« A peine l'impression de faire le taxi... »

En guise de réponse, les deux frères lui adressèrent un large sourire qui ne fit que le faire grogner un peu plus. Les adolescents passèrent tout le trajet à rire en se racontant des blagues, les derniers potins du voisinage, les émissions de télé... Bill fut d'ailleurs surpris une fois arri
vés devant le studio lorsque Georg lui donna un sévère coup sur la tête :

« Aïeuh ! Qu'est-ce que j'ai fait encore ? »

« C'est ça, joue les innocents. » gronda le bassiste.

« Mais j'ai rien fait ! » protesta le jeune chanteur en se massant le cuir chevelu.

« A d'autres. Je vous retiens, toi et ton putain de texto. »

Le brun mit quelques secondes à comprendre de quoi parlait son ami, ce fut le sourire amusé de son jumeau qui lui rappela son texto de la veille ; ils éclatèrent de rire et se tournèrent vers leur aîné :

« Alors ? » lança Tom. « C'en était où ? »

« Moi, je voulais juste te rendre service... » murmura Bill d'un air
innocent.

« Vous êtes cons. » soupira leur ami. « Ma mère était là. Je me suis senti con quand j'ai allumé la télé. »

Les deux jumeaux s'esclaffèrent, partant dans un fou-rire qu'ils n'arrivaient visiblement pas à contrôler. Ils s'engouffrèrent dans le grand bâtiment, allant retrouver leurs connaissances :

« David ! » s'exclamèrent les jumeaux en courant vers leur manager.

« Les jumeaux ! » répondit celui-ci. « Alors ? Comment ça va ? Tu te sens mieux, Tom ? »

« Ja ! » répliqua fièrement l'intéressé. « Il en faut plus pour me détruire ! »

« C'est comme les cafards, ça revient toujours. » rit Bill.

David les regarda se chamail
ler, amusé ; il aimait bien ces deux garçons dont la joie de vivre était communicative, les considérant comme des petits frères. Tapant dans ses mains, il ramena les deux chenapans à l'ordre et leur indiqua la porte qu'ils devaient emprunter :

« Gustav vous attend. » les informa-t-il.

« Maman Gustav ! » s'exclamèrent les deux frères en riant, se précipitant à sa rencontre.

« Dis, David... Ils ont bien 17 ans, hein ? » soupira Georg.

« Théoriquement, ils ne les auront que début septembre...(6) » sourit le manager.

« Je ne te savais pas si méticuleux. » ricana le bassiste.

« Je suis toujours méticuleux lorsqu'il s'agit de vous. »


L'adolescent hocha la tête et alla rejoindre ses comparses. Bill et Tom taquinaient déjà le pauvre batteur qui ne savait visiblement plus trop où donner de la tête : le sourire empli d'espoir qu'il adressa à son aîné était plus que parlant. Mais, au grand désespoir de Gustav, Georg ne bougea pas le petit doigt pour l'aider, préférant s'intéresser à sa basse ; au regard du batteur, ce n'était que partie remise. Une nouvelle fois, David vint mettre fin à la joyeuse pagaille qui régnait :

« Bon, les garçons, un peu d'attention. »

Heureusement, les deux monstres se disciplinaient rapidement, même si un large sourire espiègle ornait
toujours leurs visages. Leur manager reprit :

« Alors... Vous savez qu'on va organiser un concert à Paris pour le 28 septembre, n'est-ce pas ? »

« Oui. » acquiesça le petit groupe.

« Cool. Donc je n'ai pas besoin de vous dire qu'il va falloir travailler. Je compte sur vous pour arranger un peu vos morceaux : les fans ne viennent pas écouter le CD en groupe, il faudrait faire quelques changements, ok ? »

« Pas de problème. » approuva Tom. « On n'a plus qu'à établir la liste des musiques(7) qu'on va jouer et puis on modifiera les morceaux au fur et à mesure. »

« Est-ce que je fais des modifs aussi côté paroles ? » demanda Bill.

«
Si tu sens que c'est nécessaire, pourquoi pas, mais il faut que ça reste proche de la chanson d'origine. Tu comprends ? » murmura David.

« Ok. Pas de souci. » le jeune brun se tourna vers ses amis. « Je pense qu'on peut déjà dire qu'on jouera ''Schrei'' et ''Durch den Monsum'', ne ? »

« Ouais. » Georg hocha la tête. « C'est les deux morceaux qui plaisent le plus. »

« Moi, je serais bien partant pour ''Jung und nicht mehr Jugendfrei''. » opina Gustav.

« Et moi pour ''Freunde Bleiben''. » sourit Tom.

Le manager s'appuya au dossier de sa chaise, considérant ses petits protégés d'un air amusé et attendri : ils ressemblaient souven
t à de jeunes chiens fous mais dès qu'il fallait travailler, ils savaient se montrer sérieux et professionnels. C'était un côté qui lui plaisait bien chez eux. Il les laissa à leur débat, rejoignant l'ingénieur du son qui se trouvait à côté du studio ; il pensait pouvoir discuter autour d'un café tout en observant le petit groupe progresser. De leur côté, les garçons se mirent au travail :

« Bon, on commence par ''Durch den Monsum'' ? » les interrogea Bill.

« J'suis pour. » approuva Tom.

« Pareil. » acquiesça Georg.

« J'vous suis. » sourit Gustav.

Les adolescents se mirent en place, faisant les derniers réglages avant de commen
cer : le jeune châtain lança un coup d'½il en direction du batteur qui hocha la tête ; la guitare et la batterie se mirent à chanter, leurs sons se mariant parfaitement. De l'autre côté de la vitre, David balançait doucement sa tête au rythme de la musique ; il sourit au bout d'une minute et quelques, lorsque Bill interrompit le morceau :

« Tom, tu pourrais essayer de jouer ce passage un peu plus aigu pour voir ? »

« Sûr. »

Aussitôt dit, aussitôt fait : les trois musiciens reprirent quelques notes plus tôt et le jeune guitariste s'exécuta, accompagnant la voix de son jumeau ; ils jouèrent quelques secondes ainsi avant que le chant
eur n'arrête à nouveau la musique :

« Alors ? Vous en pensez quoi ? »

« C'est pas mal... » admit Tom.

« On pourrait rajouter quelques notes, non ? » proposa Georg.

« Ouais, mais après ça risque de casser le rythme, non ? » objecta Gustav.

« C'est le risque... » murmura le guitariste. « Mais on pourrait en remplacer quelques unes et dans ce cas, en rajouter un
e ou deux de temps à autre. Ne ? »

« Tu as déjà une idée ? » demanda son jumeau.

« Possible. » répliqua son vis-à-vis en haussant les épaules et se penchant sur sa guitare.

Et la musique s'éleva à nouveau dans le studio. Le manager les observait toujours, un sourire empl
i de fierté étirant ses lèvres, ce qui n'échappa pas à l'ingénieur du son qui lui tendait son café :

« Fier de tes petits protégés ? »

« Et comment. » répondit-il. « Vois comme ils sont efficaces... »

« Sûr que c'est des petits génies dans leur genre. » approuva l'homme. « T'as eu le bon feeling quand tu les as choisis. »

« Ouais. » sourit David. « Mais c'est normal : à ce moment-là déjà, ils jouaient comme des chefs. »

Les modifications se faisaient lentement, au fur et à mesure qu'ils avançaient sur la mélodie. Au bout d'une heure et demie de travail, ils s'arrêtèrent un peu, marquant une pause ; Tom sortit de la salle, serran
t et desserrant ses doigts douloureux. Arrivé dans un couloir désert, il esquissa un sourire en sentant deux bras le ceinturer et quelqu'un se nicher contre son dos ; il n'avait pas besoin de se retourner pour savoir qu'il s'agissait de son leader et frangin. Posant ses mains sur celles de son vis-à-vis, il caressa tendrement cette peau à peine plus claire que la sienne, s'amusant à y faire naître la chair de poule ; un petit rire le poussa finalement à se retourner pour faire face à son jumeau. Bill affichait un sourire radieux, celui qu'il savait si bien faire... N'y résistant pas, le jeune guitariste s'approcha un peu plus et s'empara de ses lèvres, l'embrassant sans retenue. Son chanteur se laissa aller à ce moment de tendresse, lui rendant son attention.

Tom glissa ses bras au niveau de la taille de son compagnon, l'attirant un peu plus contre lui, leurs corps se blottissant l'un contre l'autre. Ils aimaient tous deux cette sensation de chaleur qui les englobait, une plénitude agréable, presque jouissive. Echangeant un autre baiser, Bill poussa son jumeau contre le mur, sentant lui aussi la virilité de son vis-à-vis réagir contre le haut de sa cuisse, quelque chose d'à la fois amusant et excitant : il savait que son entrejambe faisait de même. Leurs baise
rs ne se faisaient qu'avec plus d'ardeur encore, entrecoupés de temps en temps par un soupir, un début de plainte.

« Bill, arrête... » lâcha finalement le châtain.

« Pourquoi ? » demanda malicieusement l'intéressé.

« Parce qu'on n'a pas beaucoup de temps de pause et que je voudrais être présentable pour jouer de la guitare. » répliqua son vis-à-vis.

« Ben, c'est pas compliqué. » murmura son jumeau.

Le regard interrogateur de Tom le fit sourire, sa main se glissa vers le bas du grand t-shirt et le remonta jusqu'au ventre de son compagnon. Le guitariste sentait venir la chose mais ne fit rien pour l'en empêcher, excité à l'idée d
e laisser faire le jeune brun. Ce dernier flatta l'érection de son vis-à-vis du bout des doigts, la libérant rapidement de sa prison de tissu, baissant jean et boxer ; ceci fait, il s'agenouilla et entreprit de faire glisser sa langue le long de ce membre dressé ; un mince sourire étira ses lèvres lorsqu'il perçut la respiration hachée de son vis-à-vis.

L'adolescent aux dreads remercia mentalement la présence du mur dans son dos, s'y appuyant de tout son poids, les yeux fermés, la tête légèrement relevé et ses dents taquinant sa lèvre inférieure. Bill ne l'avait sûrement jamais fait, mais il se débrouillait très bien pour une premiè
re fois, provoquant chez lui de délicieux frissons. Il eût un léger sursaut lorsqu'il sentit le piercing de son frère caresser sa hampe, c'était tout bonnement excitant.

« Bill... » souffla-t-il.

Flatté d'entendre son nom prononcé de la sorte, le jeune brun cessa ses petits coups de langue pour finalement prendre ce membre fier en bouche, ses lèvres épousant d'abord délicatement la surface de son gland, puis il descendit doucement, se rapprochant peu à peu de sa garde. Tom se cambra légèrement, se mordant les lèvres pour retenir le gémissement qui menaçait au fond de sa gorge : c'était si bon. De son côté, le chanteur joignit sa m
ain à sa bouche, l'une cajolant l'extrémité de cette érection, la caressant de quelques petits coups de langue, et l'autre appliquant un va et vient sur la longueur de sa virilité ; il eût la satisfaction de percevoir la respiration de son jumeau plus saccadée, content d'être efficace.

Au bout de quelques minutes, il sentit son compagnon se tendre et un liquide chaud emplir sa bouche, c'était amer et... Ec½urant. Gêné, il hésita, ce que son frère dû remarquer car il murmura :

« Crache. Ça sert à rien de te forcer à avaler, tu vas en vomir. »

Obtempérant, Bill avisa une poubelle et y vida le contenu de sa bouche. Lorsqu'il se retou
rna, Tom s'était déjà rhabillé convenablement et s'approchait de lui :

« Tu ferais peut-être mieux d'aller te rincer la bouche aux toilettes pour effacer le goût. »

Le jeune chanteur hocha la tête et s'exécuta. Il se sentait minable. Il n'avait jamais prévu de terminer ça de la sorte. Rouge de honte, il se rendit aux toilettes, actionna les robinets et rempli sa bouche d'eau froide avant de tout recracher. Il recommença plusieurs fois jusqu'à ce que l'arrière-goût de sperme ne disparaisse de sa langue. Comment faisait les filles ? Etait-ce parce qu'il n'était pas habitué ? Il n'en savait rien mais s'en mordait la lèvre.

« Hey, Sc
hnecke. »

Bill releva la tête, remarquant la présence de son frère ; ce dernier lui tendait une canette de coca tout juste sortie du distributeur. Il l'accepta avec joie et en avala une rasade, savourant le liquide froid et sucré qui se déversa dans son ½sophage ; ça lui piquait la gorge mais c'était ce qu'il aimait dans le coca. Son regard se posa une nouvelle fois sur son jumeau et il baissa la tête :

« Schuldi... (désolé) »

« Hm ? Warum (pourquoi) ? » s'étonna le guitariste.

« C'était... Minable. » murmura le brun. « Je... Enfin... Normalement... On recrache pas, non ? »

Il entendit un rire étouffé et sentait la main de Tom l
ui ébouriffer les cheveux. C'était à la fois rassurant et intimidant, il releva les yeux pour voir son vis-à-vis coller son front au sien et le regarder :

« J'ai adoré. Danke. »

Et sur ces quelques mots, il lui vola un baiser, plaquant ses lèvres sur les siennes pendant q
uelques secondes à peine avant de s'écarter, un sourire illuminant légèrement son visage. Bill le lui rendit et suivit son frère en direction du studio, luttant contre l'envie de lui prendre la main : si pour eux ça passait, il ignorait complètement comment réagiraient Georg et Gustav... Mieux valait ne rien dire pour le moment au sujet de leur relation quelque peu atypique.

Les garçons se réinstallèrent et reprirent leur travail. Ils ne virent pas le temps passer, trop concentrés sur leurs morceaux ; ce fut une intervention de David qui les ramena véritablement à eux :

« Joli boulot, les gars. Pas trop crevés ? »

« Un peu, si... » avoua Gustav en s'essuyant le front du revers de la main.

« Je vais mourir. » décréta Tom en enlevant sa casquette pour s'éventer avec.

« Il est quelle heure ? » gémit Bill, s'asseyant à même le sol.

« Cinq heures et demi, vous allez pouvoir rentrer chez vous pour vous reposer. »

Les quatre adolescents hochèrent la tête, transpirant et respirant bruyamment ;
ils étaient fatigués et cela se lisait sur leurs traits. David proposa de les ramener, ce que le guitariste, le chanteur et le batteur ne refusèrent pas, Georg ayant sa voiture. Ce dernier était heureux de pouvoir rentrer directement chez lui, saluant ses amis, il s'en alla sans demander son reste. Dans le véhicule du jeune manager, l'ingénieur du son et le conducteur rirent en remarquant que leurs trois passagers s'étaient endormis : Gustav avait trouvé bon oreiller contre la vitre de la portière et les jumeaux avaient eux aussi fermé les yeux, l'un contre l'autre, Bill avait posé la tête sur l'épaule de son frère et ce dernier avait appuyé la sienne contre celle du jeune chanteur.

« Ils sont fatigués, les petits. » sourit l'ingénieur.

« Ils ont bossé dur. » approuva David.

« Quand je pense que mes mômes sont en vacances... » murmura son vis-à-vis.

« Sûr. Mais tes mômes n'écument pas les scènes d'Europe. » répliqua le manager.

« Ouaip. Et c'est pas plus mal. »

David préféra ne pas répondre, sachant parfaitement d'où voulait en venir son ami, mais il savait aussi que les Tokio Hotel se battaient pour leur rêve ; ce n'était pas à lui de les juger. Il ramena d'abord les deux frères Kaulitz qui, de toute évidence, quittaient les sièges de la voiture pour a
ller se vautrer dans leurs lits. En effet, Bill et Tom rentrèrent chez eux, oubliant de saluer leurs aînés, et allèrent directement se coucher :

« Tom... »

« Ja ? » articula l'intéressé, le visage à moitié enfoui dans son oreiller.

« Tu me fais de la place ? »

Le châtain hocha la tête et bougea légèrement, se mettant sur le côté ; son jumeau grimpa sur le lit et alla se blottir contre son vis-à-vis. Ils demeurèrent silencieux un long moment mais, bien qu'ils soient considérablement fatigués, aucun des deux ne s'endormit tout de suite, perdus dans leurs pensées. Le jeune brun fut le premier à briser le silence :

« Dis, Tom... Tu.
.. Tu trouves que c'est normal, toi ? »

Le guitariste ne répondit d'abord pas, fixant le mur qui lui faisait face. Il n'avait pas besoin de demander de quoi son jumeau parlait, il le savait très bien ; il inspira profondément, pesant ses mots.

« Tu veux arrêter ? »

« Non... » nia Bill en se redressant pour s'asseoir, ramenant ses pieds sous lui. « C'est juste que... Ben, on est ensemble... Mais on est frères aussi... »

« Ja... » approuva sa moitié, se tournant sur le dos, croisant les bras derrière sa tête.

« Désolé, c'est pas facile à dire... » souffla le brun. « C'est confus pour moi... »

« Ben, parle... Dis tout ce qui te p
asse par la tête. » proposa Tom.

Bill se mordilla la lèvre inférieure, se demandant s'il avait vraiment bien fait d'en parler à son jumeau : ce n'était même pas clair pour lui. Il baissa légèrement la tête, la penchant sur le côté, hésitant ; il observa quelques instants de silence avant de se lancer :

« Ça me fait bizarre... Parce que dans ma tête... Tu es d'abord mon jumeau. On a toujours été ensemble... Et en même temps, maintenant, on est... Enfin, on est ensemble et je suis bien avec toi, mais... Je sais pas. Dans mon esprit, c'est embrouillé... J'arrive pas vraiment à savoir si je parle à mon frère ou à mon petit ami... Sans
parler du fait que t'es mon premier mec... »

Il s'embourbait. Son regard se posa furtivement sur son vis-à-vis : il n'avait pas bougé, fixant toujours le plafond, si ce n'était ses lèvres qui s'étaient tordues en une mimique pensive. Bill baissa à nouveau la tête, trouvant un intérêt sans borne à son jean déchiré : il aurait mieux fait de se taire... Sentant une boule dans sa gorge, il se leva :

« Oublie... C'était pas important. »

Prononçant ses mots, il retourna dans sa propre chambre et se laissa tomber sur son lit. Il n'avait pas réussi à formuler clairement ce qu'il avait en tête et il le regrettait : il avait peur que son f
rère comprenne mal ce qu'il voulait dire, il ne regrettait pas ce qui s'était passé mais il se sentait un peu déphasé. Ses doigts se crispèrent sur l'oreiller alors que ses yeux fixaient son mur. Il sursauta presque en sentant le matelas s'affaisser, faisant volte-face en se redressant :

« Tom... ? »

L'intéressé s'assit sur le lit, glissant ses pieds sous lui et tordant ses lèvres dans une moue pensive, comme s'il réfléchissait à ce qu'il allait dire ; puis, hochant la tête, il murmura :

« Ecoute... Je... Je sais que c'est spécial... Pour moi aussi t'es avant tout mon frère. Mais... Je sais pas comment te dire ça. Juste... Je sais
que ça m'énerverait si tu avais quelqu'un d'autre... Mais... En même temps, c'est ta vie, tu fais ce que tu veux... »

« Tom... Ecoute, te prend pas la tête avec ce que j'ai dit tout à l'heure. C'était juste un moment comme ça... Je suis fatigué alors... »

« Bill... » le châtain soupira. « Est-ce que tu veux bien sortir avec moi ? »

Le jeune brun leva des yeux presque écarquillés vers son jumeau, ne sachant pas vraiment pourquoi cette simple question le choquait tant. Il se ressaisit au bout de quelques secondes, secouant légèrement la tête comme s'il reprenait ses esprits :

« Was... ? »

« Ben... ça n'a pas l'air super clair po
ur toi non plus mais... Je sais pas quoi te dire d'autre pour te convaincre de rester près de moi... » avoua le guitariste.

« Mais... Tom... Je suis ton jumeau, je resterai toujours
près de toi. » objecta le brun, perplexe.

« Je sais mais... ça serait pas pareil... Et... » son frère cherchait ses mots.

« T'es bête. »

Sur cette déclaration, Bill s'avança et emprisonna les lèvres de son vis-à-vis dans un tendre baiser ; Tom ne se fit pas prier pour y répondre, sentant soudainement un poids s'envoler. Lorsqu'il s'écarta, le jeune chanteur sourit :

« T'as mal compris. Enfin, ça me fait plaisir que tu dises ça, mais j'avais pas l'int
ention d'arrêter, tu sais... C'est juste que je sais pas vraiment comment me comporter quand je te parle... Des fois, j'hésite même à t'embrasser. C'est pour ça que c'est pas clair pour moi... »

« Ah... » se contenta de répondre Tom, scrutant les plis de la couette.

« Mais... Danke... Et oui, je veux bien sortir avec toi. »

Un sourire étira les lèvres du guitariste, il se pencha et vint chercher les lèvres de son compagnon ; Bill lui répondit avec ardeur, heureux d'avoir tiré un trait sur cette histoire. Il laissa son jumeau se blottir contre lui et ferma les yeux, sombrant dans un profond sommeil...

OoOoO

Tom plissa les yeux,
sentant la lumière blanche en provenance de la fenêtre tomber sur son visage, il les entrouvrit péniblement et grogna : les volets ne laissaient passer que de minces raies de lumière mais il en avait une pile au niveau des yeux. Un petit rire attira son attention, il leva les yeux et découvrit le visage de son frère, fendu en un large sourire amusé.

« Rigole pas... » grommela l'adolescent aux dreads.

Cette remarque le fit vraiment rire, le poussant à s'allonger sur le côté, lorgnant moqueusement sa moitié. Le châtain pinça ses lèvres d'un air réprobateur et fondit sur sa proie pour le punir.

« Attaque CHATOUILLES ! » s'écria-t-il.


« Nein ! » le jeune brun tenta tant bien que mal de se défendre mais en vain.

Les rires emplirent la chambre et le couloir, Bill ne parvenant pas à contre-attaquer et Tom revenant à la charge sans relâche. Ce ne fut qu'au bout d'une quinzaine de minutes que le guitariste cessa sa torture, laissant son jumeau reprendre son souffle ; ce dernier lui donna une claque amicale et ils éclatèrent de rire. C'était une sensation agréable... Le jeune brun était allongé sur le dos, les bras repliés à la hauteur de sa tête, dévoilant ainsi une partie de son ventre ; son frère esquissa un sourire et se pencha, déposant un baiser sur ses lèvres
. Le chanteur était aux anges, répondant avidement à cet élan de tendresse, se noyant dans ce cocon de bien être, mais un grognement les tira de leur petit monde : Tom éclata de rire et Bill lui écrasa un coussin sur la figure.

« Tu as faim ? » le châtain se calma quelque peu.

« Ouais... » il se pencha et attrapa son réveil. « Tom... »

« Was ? » l'intéressé releva la tête.

« Tu sais qu'on avait fini à cinq heures et demi... » commença-t-il.

« Ja. Und ? » le guitariste ne voyait visiblement pas d'où il voulait en venir.

« Il est onze heures moins dix. »

Un silence dubitatif plana dans la pièce pendant quelques instants. Ils ven
aient de dormir près de dix-huit heures... Tom haussa les épaules :

« Ben... On aura bien dormi. »

Bill étouffa un petit rire et se leva, invitant son jumeau à en faire autant. Ils se rendirent dans la cuisine et hésitèrent quelques secondes : fallait-il petit-déjeuner ou déjeuner ? Le brun interrogea son frère du regard, celui-ci lui répondant par un haussement d'épaule passablement je-m'en-foutiste ; grognant, le chanteur attrapa la porte du frigo et en inspecta minutieusement l'intérieur avant de se tourner vers sa moitié, souriant, des ½ufs en main. Tom rit, alla chercher une poêle et la mit à chauffer : était-ce de sa faute s
'il ne savait faire que ça (les ½ufs, pas chauffer, quoique)? Ils purent donc engloutir leur repas, discutant de tout et de rien, sur la répétition de la veille, la fille de la voisine, le bonheur d'être seuls à la maison, le chat du voisin, les programmes télé...

« Je vais prendre une douche. » lanaça Bill.

« Ok, je m'occupe de la vaisselle... » soupira son vis-à-vis, préférant la faire plutôt que supporter les sermons de leur mère si elle découvrait à son retour un évier plein à craquer.

Le brun esquissa un sourire et souhaita bonne chance à son jumeau avant de s'engouffrer dans le couloir. Délaissant ses vêtements, il se gliss
a dans la douche et ferma les yeux de bien-être en sentant l'eau chaude glisser sur son corps. C'était bon... Dommage que son frère ne soit pas venu. Cette pensée le fit sourire : il était vraiment accro. Terminant de se laver, il s'emmitoufla dans une serviette et alla dans sa chambre, s'habilla rapidement et retourna dans la salle de bain pour se maquiller ; avec le temps et l'habitude, il avait le geste sûr pour apposer l'eyeliner sur ses paupières. Facile et rapide. Inspectant une dernière fois son travail, il se rendit à la cuisine et observa son frère qui terminait de faire la vaisselle : Tom était penché sur l'évier posant d'une main dégoulinante d'eau et de mousse une assiette sur l'égouttoir... ''Très mignon'' fut la seule chose qu'il parvint à penser, puis, remarquant que son vis-à-vis avait terminé, il se glissa derrière lui et enlaça sa taille comme il l'avait fait au studio. Le guitariste n'esquissa pas le moindre mouvement de recul ou autre, appréciant simplement le fait de sentir le corps de son jumeau contre son dos ; ils restèrent ainsi pendant quelques minutes, bercés par le silence, puis Tom se détacha de son compagnon et alla prendre sa place dans la salle de bain. Bill en profita pour ranger la vaisselle et alla dans la chambre de son frère pour aller s'écraser dans son lit, non pas qu'il soit plus moelleux, mais il y avait l'odeur du châtain, à la fois familière et rassurante.

Lorsque le guitariste, fraîchement vêtu, retourna dans ses quartiers, il esquissa un sourire à la vue de son jumeau qui somnolait, légèrement recroquevillé sur son lit. S'asseyant à ses côtés, il retira l'une de ses mèches couleur de nuit de son visage, ce qui eût pour effet de le réveiller.

« Hallo du. » murmura Bill.

« Hallo Süß. » répondit son vis-à-vis.

Le jeune chanteur esquissa un sourire et s'étira, sans pour autant essayer de se lever. Il fixait son jumeau avec tendresse et, d'un sim
ple mouvement des doigts, lui fit signe de s'approcher ; son vis-à-vis s'exécuta et vint chercher les lèvres de son compagnon. Ce n'était qu'un simple baiser parmi tant d'autres à présent, mais ils ne s'en lassaient pas. Bill passa ses bras dans le cou de son frère, frissonnant en sentant les dreads de ce dernier ; un sourire étira la commissure de ses lèvres lorsque les doigts de Tom glissèrent contre ses flancs, soulignèrent sa taille et remontèrent légèrement, emportant avec eux le t-shirt. Se laissant emporter, le jeune brun décida de ne pas rester inactif et, d'un mouvement souple du poignet, il attrapa la visière de la casquette qu'il envoya valser dans la chambre ; ce geste arracha un petit rire au guitariste qui poursuivit son activité.

Le châtain prit finalement appui sur ses bras et passa sur son chanteur, sans pour autant briser leur baiser ; Bill étouffa un petit gémissement, surpris par le soudain contact entre la cuisse de son frère et son entrejambe. Ce n'était pas désagréable, loin de là, mais ça ne faisait qu'attiser un peu plus son désir, son envie ; dépossédant Tom de son bandana et de son bandeau, il le lui fit comprendre en s'attaquant sans attendre à son t-shirt. Un nouveau sourire naquit sur le visage du guitariste qui retira complètemen
t celui de son jumeau, faisant glisser ses doigts sur sa peau par la même occasion, s'amusant de la chair de poule qui apparaissait. Le châtain s'écarta de son frère et amant, un sourire aux lèvres, et se pencha, allant déposer un baiser au centre de son tatouage en forme d'étoile. Il leva les yeux et étouffa un petit rire à la vue de la mimique de son vis-à-vis : celui-ci avait fermé les yeux, relevé légèrement la tête, et se mordillait la lèvre inférieure en une moue significative.

« Tu aimes ? »

« Tom... »

« Ja ? »

« T'es con. »

« Merci du compliment. »

Bill soupira, donnant une tape amicale sur la tête de son amant. Cette
simple pensée, pour une raison qui lui échappait, glissa un picotement excitant en lui, juste au niveau de son bas-ventre et, alors que leurs lèvres se rencontraient une nouvelle fois pour un profond baiser, il esquissa un mouvement de bassin. Tom étouffa un gémissement, tout comme sa moitié ; leurs regards se croisèrent avant qu'ils ne partent dans un incontrôlable fou-rire. Le jeune chanteur parvint tant bien que mal à se calmer, ses yeux se posant sur son jumeau ; il se mordilla la lèvre inférieure : son guitariste et frangin avait décidément un visage adorable. Il l'embrassa passionnément, ses bras emprisonnant son vis-à-vis ; le châtain n'en eût pas besoin de plus, pressant un peu plus son corps contre celui de son compagnon, il fit glisser sa main le long de son torse. Bill se cambra légèrement lorsque celle-ci se glissa sous son caleçon et vint caresser sa virilité, soupirant de bien-être.

« Tom... » souffla-t-il.

L'intéressé se contenta de déposer un baiser dans le cou de son chanteur, y appliquant une petite marque rougeâtre. Le jeune brun se mordilla la lèvre, fermant les yeux, savourant les attentions de son jumeau ; son nom franchissait la barrière de ses lèvres, étirant un peu plus le sourire de son vis-à-vis. Tom entreprit de retirer les dernier
s vêtements de son frère, faisant glisser ses doigts sur sa peau de pêche et déposant un nouveau baiser brûlant sur l'une de ses clavicules ; Bill étouffa un gémissement, se crispant dans les bras de son amant. Le guitariste recueillit le liquide chaud qui se déversa dans sa main, embrassant son compagnon.

« Bill... »

« Hm ? » le jeune brun entrouvrit les yeux, souriant à son vis-à-vis.

« Tourne-toi. » murmura le châtain.

Le chanteur étouffa un rire et embrassa son jumeau, amusé ; il se tourna donc pour s'allonger sur le ventre, fermant les yeux en sentant les lèvres de Tom glisser sur sa nuque. C'était doux et tendre... Il tress
aillit sous les caresses de son frère, celui-ci flattant ses hanches du bout de ses doigts et lui arrachant des soupirs de bien-être. La main du châtain souligna délicatement la ligne de sa cuisse, remontant vers les hanches ; il effleura une nouvelle fois son entrejambe, lui procurant de délicieux frissons.

« Tom... »

Le jeune guitariste répondit à cet appel en déposant un baiser sur l'une de ses omoplates, glissant son autre main en direction de sa propre virilité, l'enduisant de ce liquide encore tiède, étouffant une plainte caressante, terriblement envoûtante pour l'ouïe de sa moitié.

« Tom... »

« Bill... »

Les doigts du je
une brun se crispèrent sur les draps alors qu'il sentait l'entrée de son être laisser son jumeau pénétrer en lui, un petit cri s'échappant de sa gorge. Le guitariste entama un lent va et vient, mêlant ses plaintes à celles de son compagnon, des plaintes sourdes et sensuelles. Bill tentait vainement de faire taire son corps, mais son esprit ne semblait pas être en mesure de penser à autre chose qu'aux avancées de son vis-à-vis.

« Tom... ! » appela-t-il.

Les yeux fiévreux, le corps brûlant, les deux adolescents allaient dans un même mouvement, rythmé par leurs gémissements. Le jeune chanteur laissa échapper une nouvelle plainte, son
jumeau entrant pleinement en lui, soufflant au creux de son oreille :

« Bill... ! »

« Tom... ! Haan... ! »

Plus rien n'existait, plus rien n'avait d'importance, juste eux deux, simplement ce corps brûlant contre le sien. La respiration hachée, chacun savourait pleinement le contact de son partenaire, cette peau à la fois douce et humide, ces cris envoûtants... Le bruit fracassant d'un vase rencontrant le sol les fit sursauter, les deux garçons tournèrent la tête vers la porte, un frisson glacé les paralysant ; le guitariste écarquilla les yeux, ne parvenant pas à déglutir :

« Ma... M'man... »

La femme avait les yeux grands ouve
rts, ceux-ci s'harmonisant avec sa bouche béante ; elle avait porté la main à son c½ur, l'autre la rattrapant de justesse à la poignée de la porte. Bill n'osait pas bouger, ses muscles semblaient tétanisés au possible et c'était apparemment le cas aussi pour son jumeau qui ne parvint qu'à articuler une nouvelle fois d'une voix blanche :

« M'man... »

Ende... (ou plutôt ''à suivre'' dans la fic ''E-Mails'')

Sahad : Et voilà, une fic que j'ai beaucoup aimé écrire et qui, je l'espère, vous aura plu aussi. Désolée pour l'attente, mon cher MX, mais je t'avais dit que j'étais sadique. Niark niark niark. Bref, à bientôt, les gens.

OoOoO

Note(s) :

(1) Ecoutez donc qui c'est qui cause.

(2) J'ai donné un nom au hasard au canal, donc désolé(e) s'il existe et qu'il ne traite pas de ça !

(3) Merci Smi-chan pour m'avoir raconté ce truc hautement philosophique. Lol.

(4) Merci à Kura pour la superbe idée.

(5) Et oui, les douches peuvent être très grandes : 2m30 sur 1m50.

(6) N'oublions pas que E-Mails se passe en Août.

(7) Cette fic paraîtra sûrement avant le concert des TH en France, je mets juste des morceaux comme ça, je ne sais pas ce qui sera véritablement joué. Si quelqu'un y va et prend des photos, scannez-les moi, svp ! TxT

piX : BiLL uND ToM, Je LeS TRouVe TReS FuSioNNeLS SuR CeTTe PiX ^^

# Posté le mardi 20 février 2007 13:54

Modifié le vendredi 12 décembre 2008 16:08