Titre : Rauschgift (Drogue/stupéfiant)
Deux jours s'étaient écoulés depuis la bagarre entre Peter et Tom. L'adolescent aux dreads se remettait doucement de ses blessures, grimaçant à chaque fois que Gustav devait lui passer un coton imbibé de désinfectant sur la commissure des lèvres, lorsque sa coupure se rouvrait. Mais ce n'était pas grand-chose pour le guitariste. Pas grand-chose comparé à ce que son frère vivait. Tom souffrait bien plus de voir son jumeau passer d'un état de colère incontrôlable à celui d'une profonde dépression : le jeune chanteur était psychiquement instable, très facilement irritable et d'une sensibilité exacerbée. Le guitariste se sentait totalement impuissant face aux sautes d'humeur de sa moitié et il en souffrait bien plus qu'il ne voulait bien le laisser voir ; heureusement, Gustav le connaissait bien à présent, il l'épaulait du mieux qu'il le pouvait, devant même parfois faire preuve d'autorité :
« Tom, va te coucher. »
« Je n'ai pas sommeil. » répondit l'adolescent, assis sur le canapé du salon, fixant la petite piscine intérieure.
« Tu es crevé aussi bien physiquement que psychologiquement. Va te coucher. » insista le batteur.
« Mais... » voulut protester Tom.
« Ne t'inquiète pas. On est là. » lui assura son aîné en se désignant lui et le bassiste qui l'avait accompagné. « On veillera sur Bill pendant ton sommeil et on viendra te réveiller s'il y a un problème, promis. »
Le jeune guitariste hésita puis esquissa un faible sourire en hochant la tête : il savait qu'il pouvait leur faire confiance, mais il avait peine à laisser son frère entre leurs mains, ayant la désagréable sensation de fuir, de le laisser seul. Il s'extirpa donc du canapé et alla se coucher dans le clic-clac que les deux autres musiciens avaient ramené de leur chalet ; le sommeil n'était en général pas long à venir, l'adolescent s'endormant presque instantanément. Georg soupira :
« Il est vraiment crevé... »
« C'est normal. » répondit Gustav. « Bill est dans un piteux état, il crie pour un rien et la seconde d'après, il broie du noir en disant qu'il a envie de mourir. Si on n'était pas là, Tom ferait nuit blanche sur nuit blanche. »
Le bassiste acquiesça d'un mouvement de tête en soupirant. Les jumeaux étaient les plus jeunes du groupe et ils lui étaient très proches, il les considérait comme ses meilleurs amis mais aussi comme des petits frères dont il devait prendre soin. Il en allait de même pour Gustav, il le savait, bien que ce dernier n'ait qu'un an de plus qu'eux. Son regard se posa sur Tom. L'adolescent avait les traits tirés, les cernes étaient clairement visibles et, même endormi, il semblait considérablement fatigué. Georg et Gustav sursautèrent lorsque la porte du chalet s'ouvrit, c'était leur manager. L'homme affichait une mine inquiète et préoccupée, ses yeux se posèrent sur le guitariste qui dormait paisiblement dans le clic-clac.
« Comment vont-ils ? »
« Tom est considérablement fatigué et Bill est lunatique... » répondit Georg.
« Il rend la plupart de ses repas. » compléta Gustav. « Le manque ne le laisse pas tranquille. »
L'homme soupira et s'assit dans le canapé où se tenait Tom quelques minutes plus tôt. Il avait déjà proposé d'emmener Bill dans un centre de désintoxication mais le batteur avait simplement répliqué que ça ne changerait rien qu'il soit dans le centre ou dans le chalet et avait ajouté que le séparer de son jumeau, même pour quelques jours, était la pire idée qu'il n'ait jamais eue : le chanteur n'aurait plus aucun repère et le guitariste s'en rendrait malade d'inquiétude et se sentirait écrasé par son impuissance à aider son jumeau.
« Et vous ? » demanda subitement leur manager.
« Ne vous inquiétez pas. » sourit le bassiste. « On se relaye. Là, on a laissé Bill dans sa chambre, le temps qu'il se calme : il est rentré dans une colère noire parce qu'on lui a dit qu'il valait mieux qu'il ne sorte pas encore, qu'il était toujours en manque. Il n'a pas aimé. »
« D'ailleurs, je vais aller le voir. » annonça Gustav en s'engouffrant dans le couloir.
« Et ce gars ? Peter, je crois... Qu'est-ce qu'il devient ? » interrogea Georg.
« Il ne dira rien... » le rassura son interlocuteur. « Il sait que s'il parle, personne ne voudra le croire et puis il ne tient pas à finir en prison pour possession et vente de stupéfiants. Ne vous inquiétez donc pas de ça, je m'en charge. »
« Merci, manager. » souffla le jeune homme.
L'intéressé balaya le remerciement d'un geste de la main, il n'avait pas à lui en être reconnaissant, c'était normal. Un mouvement brusque attira leur attention, les faisant sursauter : c'était Tom qui venait de se redresser dans le clic-clac, les yeux grands ouverts. L'adolescent cligna plusieurs fois des yeux avant de faire mine de se lever.
« Eh, où tu crois aller comme ça ? » lança Georg.
« J'ai assez dormi. » répondit simplement son cadet.
« Hein ? Ça fait à peine un quart d'heure que tu dors. » l'informa le bassiste.
« ... C'est tout ? » s'étonna le guitariste.
« Oui, c'est tout. » trancha son aîné. « Tout va bien, va te recoucher. »
Tom était assis dans le clic-clac, il avait l'air perdu, son visage était pâle et ses yeux légèrement hagards ; il obéit néanmoins à Georg et se recoucha, s'endormant aussi vite qu'un quart d'heure plus tôt. Le bassiste soupira :
« C'est comme ça depuis deux jours : il s'endort et se réveille en sursaut quelques minutes après. On est obligé de lui dire de retourner se coucher sans quoi il est persuadé d'avoir trop dormi... »
« Je me demande franchement si l'idée du centre de désintoxication était si mauvaise que ça. » murmura le manager d'un air préoccupé. « Bill m'inquiète mais Tom aussi... »
« Tom est constamment sur les nerfs. » expliqua Georg. « On évite de le laisser trop longtemps avec Bill, car il ne sait jamais vraiment sur quel pied danser et ça l'épuise psychologiquement. Mais le fait d'être séparé de son frère semble l'atteindre considérablement aussi. »
« Les jumeaux sont des créatures bien étranges... » sourit tristement l'homme.
« Et ceux-là sont encore pires, de vrais cas. » renchérit le bassiste.
Ils rirent jaune pendant quelques minutes et écoutèrent finalement le silence. Il était vrai que l'état des deux adolescents était préoccupant, mais le groupe espérait sincèrement qu'ils étaient au plus bas et qu'ils allaient à présent remonter la pente. Gustav revint dans le salon, s'attirant deux regards interrogateurs.
« Bill s'est endormi... » les informa-t-il.
« Bon, c'est déjà ça de fait. » sourit le manager. « Je vais vous laisser, j'ai, moi aussi, du travail. »
Les deux musiciens acquiescèrent d'un hochement de tête et le raccompagnèrent jusqu'à la porte. Ils n'avaient plus qu'à se répartir les tours de veille.
OoOoO
Le soleil pénétrait par la baie vitrée dont le volet était resté ouvert, illuminant la grande pièce d'une lumière blanche et chaude. L'air tiède créait une sorte de cocon de bien être, comme un havre de paix, un retranchement de quiétude ; ce fut dans cette atmosphère que Tom entrouvrit les yeux. Ses paupières étaient lourdes mais il avait la sensation qu'il avait suffisamment dormi, la chaleur ambiante était agréable mais il avait un sentiment étrange, comme si cette même chaleur l'étouffait. Il se redressa dans le clic-clac et regarda autour de lui : Georg dormait dans le canapé, le reste était calme ; peut-être Gustav était-il parti prendre sa douche ? Non, il ne percevait pas le bruit de l'eau qui coule. Peut-être était-il retourné dans leur chalet pour prendre des affaires ? Il ne savait pas et avait le vague sentiment de s'en moquer. Se levant tant bien que mal malgré la douleur qui revenait toujours un peu depuis sa bagarre, il se glissa dans la cuisine et alla chercher de quoi se restaurer.
Son regard se posa sur des pains au chocolat. Il ne se souvenait pas en avoir vu la dernière fois qu'il était allé dans la cuisine. Des pains au chocolat... Bill et lui s'en partageaient toujours quand ils étaient plus jeunes, lorsque l'un en avait un, il le coupait en deux pour le donner à l'autre. Jamais rien seul. C'était une règle qu'ils s'étaient inconsciemment fixée. Tom fixa encore quelques secondes les viennoiseries avant d'en prendre une, il ne réfléchissait pas spécialement à son geste, mû par une impulsion soudaine ; il traversa le salon aussi discrètement que possible pour ne pas réveiller son aîné et s'engouffra dans le couloir. Pour une obscure raison, il lui semblait plus sombre que dans son souvenir, comme s'il franchissait le passage qui menait à un autre monde. S'arrêtant devant la porte, sa main se figea à quelques centimètres à peine du bois... Avait-il le droit ? Il perçut le tremblement de sa main, les battements de son c½ur qui lui semblaient plus sonores, le bruit de sa gorge qui déglutissait... Pouvait-il franchir cette porte ?
« Tom... ? »
L'intéressé sursauta en entendant son nom. Il avait été prononcé d'une voix lasse, fatiguée, mais c'était celle de son frère, de son jumeau, de Bill. Le guitariste inspira un grand coup et appuya sur la poignée en poussant la porte. Son c½ur battait fort, il avait l'impression que même Gustav n'aurait pu faire mieux avec sa batterie. Un sentiment de crainte pesait dans sa poitrine et sur son ventre, sans qu'il parvienne réellement à en déterminer l'origine.
La pièce était plongée dans une légère pénombre, la fenêtre entrouverte, les volets à demi-fermés, il semblait que seul le trait de lumière qui en provenait éclairait l'endroit. Tom aperçu son frère, recroquevillé dans un coin, les genoux ramenés contre la poitrine, les bras croisés dessus, le visage dissimulé derrière leur rempart ; peiné par cette vision, l'adolescent s'avança dans la pièce jusqu'à son vis-à-vis et s'assit à côté de lui, laissant à peine cinquante centimètres entre eux. Peut-être moins. Peut-être plus. Il ne savait pas vraiment.
« Comment tu as su ? » murmura-t-il simplement.
« J'ai vu ton ombre sous la porte. » répondit le jeune chanteur.
« Et que c'était moi ? » poursuivit Tom.
« Comme ça. » répliqua Bill.
Le jeune guitariste hocha la tête, signe qu'il comprenait. A lui aussi, il lui arrivait de savoir que son jumeau était là sans même avoir à jeter un coup d'½il, il n'avait jamais vraiment su ou tenté d'expliquer pourquoi, il le sentait, c'était tout. Il s'adossa au mur, s'installant plus confortablement, et considéra un moment le pain au chocolat qu'il avait amené ; ses doigts attrapèrent chacune des extrémités et il le sépara en deux.
« Tiens... » souffla-t-il en tendant le morceau à son frère.
Bill releva légèrement la tête, ses yeux scrutant ce qu'on lui offrait. Un vague sourire étira ses lèvres avant qu'il ne le prenne, adressant un mouvement de tête en guise de remerciement ; il mordit une première fois dedans, savourant le goût de la viennoiserie. Il mâchait lentement, comme si cela lui demandait un effort considérable, mais lorsqu'il eût avalé sa bouchée, un triste sourire se dessina sur ses traits :
« Tu ne changes pas... » murmura-t-il.
« Toi non plus. » rétorqua son vis-à-vis.
« Hm ? » le chanteur le considéra un instant avec une incompréhension non feinte.
« Pour moi... Bill reste Bill, quoiqu'il arrive. »chuchota Tom. « Toujours... »
Son jumeau écarquilla les yeux de surprise, puis un sourire réapparut sur ses lèvres pâles, se jouant des traits tirés de son visage, ce fut un regard de profonde reconnaissance qui se noya dans celui de Tom. Bill se laissa glisser sur le côté, posant sa tête sur l'épaule de son frère. C'était la deuxième fois qu'il avait ce sentiment de bonheur depuis qu'il était en manque, la première avait été lorsque Tom lui avait dit qu'il l'aimait, la deuxième était aujourd'hui : son jumeau reconnaissait toujours son existence, il regardait au-delà de son changement. C'était une sensation de plénitude qui l'envahissait, il se sentait apaisé, comme s'il s'éveillait d'un long sommeil sans rêves.
Les deux garçons avalèrent leur moitié de pain au chocolat respective, profitant simplement de la présence de l'autre, se nourrissant de ce sentiment de sécurité, cette impression d'être hors du temps et de toute réalité, plongés simplement dans l'air chaud de la pièce comme à l'abri dans un cocon. Tom pencha la tête sur le côté, apposant sa joue contre les cheveux de son frère. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas eu un de ces moments de calme plat où aucune préoccupation ne l'assaillait, aucune raison de s'énerver, de stresser. Non, juste le calme.
Gustav était revenu et avait préparé un plateau repas pour Bill, l'amenant dans la chambre ; à peine eût-il franchit le pas de la porte qu'un sourire en coin se nicha sur ses lèvres. Il déposa le plateau sur la commode, aussi silencieusement que possible, ressortit sans un bruit et ferma doucement la porte dans le but de ne pas réveiller ses deux cadets qui dormaient l'un contre l'autre, adossés au mur, paisibles.
« Gustav, t'as pas vu Tom ? » lui lança Georg, inquiet, lorsqu'il revint dans le salon. « Ah, merde, je ne pensait pas m'endormir comme ça... ! »
« T'inquiète. » le rassura son vis-à-vis en souriant. « Il va bien. »
OoOoO
« Tom... ? » murmura une petite voix.
« Hm ? » répondit l'intéressé en ouvrant les yeux.
« Tu ne me laisseras pas, hein ? » souffla son vis-à-vis, l'inquiétude se lisant dans son ton.
« Bien sûr que non. » répliqua le guitariste avec assurance.
« Promis ? » demanda une nouvelle fois Bill sans lever la tête de l'épaule de son frère, mais en glissant une main hésitante dans la sienne.
« Promis. » sourit Tom en serrant les doigts sur ceux de son vis-à-vis. « Je ne lâcherais pas ta main, jamais... »
Le jeune chanteur esquissa un sourire, heureux, il frotta doucement sa tête contre la mâchoire de son jumeau, à la manière d'un chat. Le guitariste, lui, fut pris d'un fou-rire, s'attirant la curiosité de Bill :
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Nein, rien... » répondit-il, les épaules néanmoins secouées par un petit rire presque nerveux.
« Dis... ! » insista son frère.
« Nein. » sourit son vis-à-vis.
« Toooooooom... ! » grogna Bill en guise d'avertissement.
« Nein, c'est vraiment bête. » soupira ce dernier, toujours un sourire amusé aux lèvres.
« Ben, dis-le, si c'est si bête. » grimaça le brun.
« Hm... Je me disais que le ''je ne lâcherais pas ta main, jamais'', c'était un peu surfait... » se rendit l'adolescent aux dreads.
« Hein ? Comment ça ? » s'étonna le chanteur, légèrement anxieux.
« Ben, disons que c'était une image : j'aimerais bien me torcher tout seul quand je suis aux toilettes si tu vois ce que je veux dire. » rétorqua-t-il.
Bill écarquilla les yeux et éclata de rire, accompagné de son jumeau. Ils en rirent jusqu'à en avoir mal au ventre, ayant du mal à retrouver leur calme. Ce ne fut qu'entre deux hoquets que le brun parvint à articuler :
« Effectivement, c'était très bête ! »
« Je t'avais prévenu ! » se défendit Tom.
« Toi, t'as vraiment l'art de casser l'ambiance. »
Les deux adolescents se remirent à rire. Ça les détendait, ils riaient encore et encore, en ressentant un profond besoin après les jours qu'ils avaient passés. C'était un moment délicieux, toute leur complicité était revenue, ils pouvaient la sentir palpiter au plus profond d'eux-mêmes, aussi fortement que les battements de leurs c½urs. Bill se calma un peu et releva la tête, croisant le regard de son frère :
« Tom... »
« Ja ? »
« Tu sais... Je me sens mieux, maintenant... Je pense que... Que je peux sortir d'ici. J'en ai assez d'être enfermé. » déclara le brun.
Son jumeau parut pensif, hésitant. Bien sûr, Bill pouvait comprendre qu'il n'ait pas confiance en lui après ce qu'il s'était passé, même si cela lui faisait mal de l'admettre ; mais ce qu'il lisait sur le visage et dans le regard du guitariste était en réalité plutôt de l'inquiétude. Pouvait-il le laisser sortir ? Etait-il prêt ? Il ne répondit d'abord pas, plongé dans ses pensées. Ce fut une intervention de Gustav qui les tira de leur petit monde :
« Ce n'est pas une mauvaise idée. Le grand air vous fera du bien à tous les deux. Vous n'avez qu'à sortir. »
Les deux adolescents le considérèrent un moment en silence avant de se lever et de prendre la poudre d'escampette. Il n'avait eu à le dire qu'une seule et unique fois pour que les jumeaux se ruent dans la salle de bain.
« Je passe d'abord. »
« Dans tes rêves ! »
« Nein, dans tes cauchemars ! »
« C'est ça, oui ! »
« On prend la douche ensemble ? Ça ira plus vite. »
« Marché conclu ! Et gare à toi si tu prends toute l'eau chaude ! »
Aussitôt dit, aussitôt fait. Les deux garçons s'engouffrèrent dans la salle de bain, éparpillant leurs vêtements un peu partout à même le sol ; Tom s'engouffra le premier sous l'eau tiède, soupirant de bien être. C'était un liquide bienfaisant, dénouant chacun des n½uds musculaires de son corps, le détendant énormément, il avait l'impression que les heures de sommeil qui lui manquaient glissaient comme l'eau sur sa peau. Rouvrant les yeux, il s'aperçut que ça faisait un moment qu'il était sous le jet d'eau : il en avait complètement oublié son frère ; se retournant, il constata que son vis-à-vis n'était toujours pas rentré dans la baignoire-jacuzzi dont ils pouvaient bénéficier pendant leur mois de vacances. Haussant un sourcil, il lui posa une question muette du regard à laquelle Bill répondit en détournant les yeux :
« Tu... Tu veux bien qu'on prenne notre douche ensemble... ? Vraiment ? »
Tom n'aurait probablement pas compris la question si la main de son jumeau n'avait attiré son attention : elle enserrait l'intérieur de son bras, au niveau du coude, là où, quelques jours plutôt, on discernait les traces de seringue. Le guitariste cligna plusieurs fois des yeux comme s'il ne comprenait pas le pourquoi de la question et finit par tendre la main dans la direction de son leader et frangin :
« Allez, viens. Tu vas pas rester debout et à poil au milieu de la salle de bain en me regardant me laver, quand même. »
Le brun esquissa un sourire mi-gêné mi-amusé et enjamba le rebord de la baignoire. Il posa la main sur l'épaule du guitariste, le tirant légèrement en arrière, lui signifiant d'un signe de la tête qu'il désirait passer sous l'eau ; Tom ne broncha pas et se décala, empoignant le gel douche et commençant à en induire la fleur de douche. Son regard retourna sur son frère, inquiet, Bill ne s'était pas décrispé depuis qu'il avait hésité à pénétrer dans la baignoire, il semblait vouloir absolument lui cacher son bras... Avait-il honte de ce qu'il s'était passé ? Le châtain hésita quelques instants avant de s'approcher et d'appliquer la fleur de douche dans le dos de son jumeau, le faisant sursauter ; les mouvements circulaires sur son omoplate le calmèrent un peu. Tom le lavait. Le jeune chanteur décida de se laisser faire, appréciant le contact du nylon sur la peau de son dos, ses fines caresses, il pencha légèrement la tête en avant pour faciliter les choses à son frère. Il frissonnait presque à ce contact, c'était très agréable, pourtant... Il y avait quelque chose qui obstruait sa gorge, comme s'il avait envie de pleurer. Il hésita, sachant parfaitement ce qu'il avait envie de dire, puis murmura :
« Tom... ? »
« Ja ? »
« Danke für alles. (14) »
« Warum ? (13) » s'étonna le guitariste.
« Pour... Pour tout ce que tu as fait pour moi. Pour tout... Ce que tu as supporté pour moi et... » balbutia Bill en baissant toujours un peu plus la tête.
« Doof. (15) » souffla Tom.
Le chanteur serra les dents, une furieuse envie de pleurer lui sautant à la gorge, mais il sursauta en sentant un contact doux et chaud contre sa nuque. Son frère venait d'apposer ses lèvres juste à l'endroit où se trouvait son tatouage. Bill ne bougea pas, n'osant pas esquisser le moindre geste : ce n'était pas quelque chose d'habituel, c'était son frère, mais en même temps... Ce n'était pas désagréable. Il pouvait sentir un net contraste entre les lèvres tièdes de Tom et son piercing froid, c'était déroutant, mais cela ravivait également cette sensation électrique qui lui descendit le long de la colonne vertébrale. Le guitariste se recula permettant à son leader de se retourner, il lui adressa un sourire un peu gêné et murmura :
« Ich bin du und du bist ich... (16)»
Ces paroles avaient été prononcées sur le ton de l'excuse, comme s'il regrettait son geste ; il lui tendit la fleur de douche et en prit une autre qu'il induisit elle aussi de gel douche, commençant à se laver. Bill se retourna finalement face au mur, ne prononçant pas un mot, ne demandant rien, serrant simplement la fleur de douche contre lui ; il avait l'impression de sentir encore les lèvres de son frère contre sa nuque, aussi présentes que quelques secondes auparavant... Pourquoi... ?
''C'est parce que je t'aime, Bill. Tu es ma moitié. Je donnerais n'importe quoi pour que tu ne pleures plus, tu sais ? Je donnerais tout ce que j'ai si ça pouvait te rendre le sourire. Je t'aime vraiment et je voudrais te voir heureux. Et c'est parce que je t'aime que je ne crie pas, que je ne te frappe pas... Parce que je me haïrais de te faire souffrir...''
Ses paroles lui revinrent en mémoire. Aussi fraîches que s'il venait de les prononcer. Aurait-il fait cela parce que... ? Non, ce n'était pas envisageable : ils étaient frères, jumeaux qui plus était ; il se faisait des idées, c'était sûr. Mais alors ce baiser... ? Ce fut dans une atmosphère presque pesante que les deux garçons achevèrent de prendre leur douche et partirent s'habiller. Bill ne parvenait pas à penser à autre chose, s'habillant presque machinalement ; Tom l'avait embrassé sur la nuque. C'était la seule information compréhensible qui parvenait à circuler dans son esprit.
« Bill... ? »
L'intéressé sursauta et se retourna pour faire face à son jumeau. L'air gêné de ce dernier céda sa place à un sourire amusé puis à un gloussement presque moqueur, le jeune chanteur ne comprenait pas trop, mais son vis-à-vis s'empressa d'éclairer sa lanterne :
« Tu peux me dire ce que tu fous à essayer de foutre ton jean à l'envers ? »
Le brun écarquilla les yeux et baissa la tête pour constater qu'il était effectivement en train d'enfiler son pantalon à l'envers ; peut-être était-ce pour cette raison qu'il luttait avec depuis plusieurs minutes, mais il ne s'en était pas rendu compte, perdu dans ses pensées. Le rire de son frère le détendit néanmoins jusqu'à ce qu'il se joigne à lui, il remit correctement son jean et ils sortirent.
Tom avait remis son bandeau et sa casquette. Il ne changeait décidément pas ses habitudes. Les deux garçons allèrent déjeuner au réfectoire du village et décidèrent de faire le tour de la propriété. Elle était immense et ils s'extasiaient presque sur tout ce qu'ils voyaient : les terrains de tennis, celui de foot, le mini-golf, la piscine... Tout était surdimensionné. Et bien sûr, cela aurait été du gâchis de ne pas en profiter : les jumeaux se ruèrent sur les différentes activités que proposait le village de vacances, jouant et riant autant qu'ils le pouvaient.
« Regarde ! Le terrain de basket est désert ! On se fait une partie ? » demanda Tom, enthousiaste.
Bill acquiesça d'un hochement de tête et fit la course avec son frère pour voir lequel serait le plus rapide à arriver au charriot où se trouvaient les ballons ; il parvint à distancer son vis-à-vis de peu et s'empara d'une balle :
« Je... Pff... Commence ! »
A peine eût-il prononcé ces mots que les deux adolescents se ruèrent sur le terrain et se firent une partie. Ils se connaissaient l'un et l'autre sur le bout des doigts, il était donc difficile d'attaquer sans risquer de perdre la balle ; le jeune chanteur crut à un moment pouvoir marquer mais son jumeau lui déroba le ballon de justesse et contre-attaqua. Bill grogna et tenta de se réapproprier la balle, courant à la suite de Tom ; mais alors qu'il courait, il s'aperçut que ses jambes ne réagissaient pas aussi vite qu'il l'aurait voulu, son c½ur battait à tout rompre et ses poumons peinaient à se remplir d'air. Il tenta de ralentir un peu mais il sentit tout à coup ses jambes se dérober sous lui, le monde basculer en s'obscurcissant, une voix appeler son nom.
« Bill ! BILL ! »
Le guitariste arriva à la hauteur de son frère et se laissa tomber à genoux. Le brun était inconscient, sa tête pendit dans le vide lorsque Tom tenta de le redresser ; paniqué, l'adolescent aux dreads retira sa casquette et s'en servit pour faire de l'air à son vis-à-vis :
« Bill ! Répond-moi ! Bill ! »
Mais l'intéressé restait sourd à ses appels, les yeux fermés. N'y réfléchissant pas à deux fois, il parvint tant bien que mal à le hisser sur son dos, passant les jambes de son jumeau de chaque côté de sa taille, les soutenant de ses bras ; il se mit à marcher, priant pour que les bras de Bill ne glissent pas de ses épaules. Leur chalet était loin, mais Bill n'était pas lourd, il pouvait le faire, il fallait tout simplement s'arrêter pour le remettre correctement sur son dos. Il croisa plusieurs fois des gens, des vacanciers à en juger leur accoutrement, mais aucun d'entre eux ne sembla faire attention à lui.
« Scheiβe... ! » pesta le guitariste. « Est-ce que j'ai vraiment la tête d'un gars qui ramène son pote bourré... ? Surtout à quatre heures de l'aprèm ! »
Il continua à grommeler contre tous ces gens stupides et complètement fêlés du bulbe, plus stupides que des méduses qui avaient au moins le mérite d'avoir soixante-neuf points de QI. Arrivé à mi-chemin, il marqua une pose, s'arrêtant quelques secondes en s'appuyant contre un lampadaire, le souffle court. Il n'était plus très loin...
« Tom... ? » marmonna une voix contre son épaule.
« Bill ? Bill, wie geht's ? » s'inquiéta aussitôt l'adolescent.
« Huh... Ouais... Juste un vertige... » articula-t-il.
« Bon, je te ramène au chalet. On est presqu'arrivés. » lui annonça son frère.
« Ah... » Bill ouvrit soudainement les yeux. « Ah, Tom, c'est bon, je me sens mieux. Tu peux me lâcher... ! »
« Eh ! Arrête de bouger ! » protesta le guitariste. « C'est déjà pas facile de te porter, alors mets-y un peu du tien et... »
Il ne termina pas sa phrase, sentant quelque chose contre ses reins. Il en oublia tout le reste et lâcha subitement Bill qui tomba à la renverse ; le brun dissimula tant bien que mal, dans un geste vif et à la fois maladroit, la bosse qui se formait au niveau de son entrejambe. Qu'est-ce qui n'allait pas ? Ils étaient frères ! Et ce n'était pas la première fois que Tom le portait sur son dos, ils le faisaient souvent quand ils étaient petits. Alors quoi ? De son côté, le châtain avait le c½ur qui battait à la chamade, fixant inlassablement ses pieds. Pourquoi se sentaient-ils si gênés en la présence l'un de l'autre ? Se pourrait-il que... ? Non ! Non, non, non, non, non, non ! Ils étaient frères ! Jumeaux ! C'était impossible !
« Bon, si tu peux marcher... Je pars devant. »
Sur ces quelques mots, Tom partit presqu'en courant en direction du chalet, plantant là son frère qui se releva, avisant des toilettes publiques pour se cacher le temps que son corps se calme. Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ? Tom était son frère ! Pas étonnant qu'il l'ait choqué avec ça ! Bon, certes, il lui avait dit qu'il l'aimait mais il ne fallait pas en faire toute une histoire ! C'était de l'amour fraternel ! C'était de ça dont parlait Tom ! A quoi pensait-il donc pour réagir de la sorte ? Il patienta un bon moment avant d'envisager de sortir pour prendre le chemin du chalet. A son arrivée, il apprit que le jeune guitariste était passé en coup de vent devant Georg et Gustav et s'était enfermé dans la chambre.
« Vous vous êtes engueulés ? » hasarda le bassiste.
Le regard noir qu'il essuya en réponse à sa question l'abstint d'en poser d'autres. Bill traversa le chalet et s'arrêta devant la porte de la chambre ; il allait frapper lorsqu'il retint son geste : et qu'est-ce qu'il dirait à son jumeau ? Qu'il s'excusait d'avoir bandé contre son dos ? Non, ce n'était pas convenable... ! Il demeura donc là, debout devant cette porte, le poing tremblant. Que pouvait-il dire... ?
OoOoO
Les jours se succédèrent, les uns à la suite des autres. Tom évitait clairement de rester seul avec Bill, quant à ce dernier, il avait encore des vertiges et des vomissements, mais ils étaient de moins en moins préoccupants, au plus grand soulagement de tous. Les jumeaux ne parlèrent plus de l'incident, ne pouvant jamais être seuls dans la même pièce : le guitariste trouvait toujours quelque chose d'intéressant à faire, quelqu'un avec qui parler, etc... A un tel point que son leader et frère n'essaya même plus de lui adresser la parole à ce sujet, se contentant de discuter avec lui de sujets banals en compagnie du reste du groupe. Une semaine et demie s'écoula de la sorte, ne dissipant pas le malaise qu'il y avait entre les deux adolescents ; mais Bill redoutait le jour du départ : chez eux, ils seraient amenés à se croiser très souvent et à ce rythme-là, il allait en devenir complètement dingue.
Car, au fond, il s'en rendait lentement compte : il se sentait trahi par ce frère qui lui avait promis de ne jamais lui lâcher la main, de ne jamais le laisser. Mais en même temps, il ne pouvait pas se résoudre à lui en vouloir ; son absence laissait un trop grand vide pour qu'il puisse l'ignorer éternellement. Et faire semblant de se côtoyer était le plus grand des supplices. Il avait toujours veillé sur lui de loin, même inconsciemment, et il s'en rendait compte, il avait toujours eu un sentiment d'anxiété dès que Tom disparaissait de sa vue ; il n'aimait pas s'écarter trop de lui, que ça soit pendant qu'ils signaient des autographes, pendant une interview ou sur scène. Il cherchait constamment à rester proche de lui. Et à présent... C'était tout l'inverse de ce pour quoi il avait toujours vécu qui était en train d'arriver ; la distance qui s'était instaurée entre eux lui faisait un mal de chien, revivre mille fois son piercing à la langue aurait été moins éprouvant. C'était comme essayer de tirer sur un cheveu, il n'avait qu'une crainte : qu'il casse. Combien de fois avait-il dressé cet argument de lien de sang pour contrer ses pensées qu'il jugeait malsaines ? Combien de fois avait-il essayé de s'intéresser aux filles qui traînaient dans le village ? Mais rien n'y faisait, il y pensait constamment.
« T'en penses quoi, Bill ? » entendit-il dire.
« Hein ? Pardon ? » se réveilla l'intéressé.
« Tu pourrais écouter quand on te cause. » soupira Georg, agacé. « On dirait que tu te sens pas concerné. »
« Je disais que si vous vouliez, ce soir, vous pourriez jouer dans la discothèque. » reprit le manager. « J'ai discuté avec le patron et il n'a émis aucune objection contre un petit concert. Alors ? »
« Pas de problème pour moi ! » répondit le bassiste.
« Ça ne me dérange pas. » acquiesça calmement Gustav.
« Si vous y allez, je vous suis. » rétorqua Tom.
Tous les regards convergèrent vers Bill, excepté celui de son frère qui semblait très absorbé par une feuille posée sur la table du salon. Ils attendaient sa réponse. Il inspira profondément et murmura :
« Je suis partant. »
C'en fut donc décidé ainsi. Ils se rendirent à la discothèque dans l'après-midi pour faire tous les réglages, sons et lumières, qui s'imposaient. Ils firent quelques pauses pour manger et boire, histoire de souffler un peu, et se remettaient au travail. La scène n'apporta rien de bon pour Bill qui commençait à se maudire d'avoir accepté : presqu'inconsciemment, il se rapprochait toujours un peu de son frère et se faisait violence pour repartir dans l'autre sens dès qu'il s'en rendait compte, tout ça en ayant l'air le plus normal possible.
Le soir tomba rapidement. Trop rapidement au goût du chanteur qui ne se sentait pas du tout prêt à faire de la scène dans ces conditions : c'était comme demander à un équilibriste peu sûr de lui de faire son numéro sans filet.
« Je sors prendre l'air. » déclara Tom.
C'était l'occasion. L'occasion ou jamais de mettre les choses au clair. De mettre fin à ce fichu calvaire dans lequel ils s'étaient embourbés. Bill décida donc de le suivre et sortit de la boîte, le vent était un peu plus frais que dans la journée, ce qui n'était pas désagréable ; il chercha du regard où se trouvait son jumeau et l'aperçut, appuyé contre le grillage qui donnait sur les terrains de sport. Il lui tournait le dos...
« Tom. » appela-t-il en se rapprochant.
Il n'avait pas besoin d'être son frère pour savoir que le guitariste s'était crispé à son nom, ce dernier ne bougea d'ailleurs pas, laissant son vis-à-vis s'approcher davantage. Le chanteur s'immobilisa à environ deux mètres de lui avant de lancer :
« Tom. Ça suffit. J'en ai assez et ça a suffisamment duré. J'aimerais que tout redevienne comme avant ! »
« C'est pas possible. »
Bill fut estomaqué par la réponse : pas possible ? Comment était-ce possible ? Tom... Dirait ce genre de choses ? Il crut à un moment que le temps s'était arrêté et que ses jambes allaient le trahir. Mais il se força à garder la tête haute et se lança :
« Pourquoi ? »
« Ça n'est pas possible, c'est tout. » répliqua à nouveau le guitariste.
« Mais pourquoi ce n'est pas possible ? » s'énerva son vis-à-vis.
Cette fois, il n'obtint aucune réponse. Il soupira profondément et commença à se détourner lorsque quelque chose attira son regard : Tom avait posé son front contre le grillage et ses épaules étaient légèrement secouées... Pris d'une impulsion soudaine, Bill s'avança, l'attrapa par le bras et le força à le regarder. Il regretta bien vite ce geste, le visage de son jumeau luttant pour essayer vainement de retenir des larmes lui apparut ; il en resta bouche bée pendant quelques secondes avant d'arriver à murmurer :
« Tom... ? »
« Schuldi... » gémit l'adolescent qui lui faisait face, baissant la tête. « Schuldi... »
« Pou-Pourquoi tu t'excuses ? » souffla le brun, ne comprenant plus.
« J'ai... J'ai vraiment essayé... » répondit le guitariste, la voix commençant à se briser à cause de ses larmes. « Je te jure... ! J'ai essayé... »
« Mais de quoi tu parles ? » la panique commençait à envahir Bill.
« Je... Je sais que... Que ce n'est pas possible. Parce qu'on est frères... Jumeaux même... Qu'on a le même sang... Et qu'on est des mecs... Et tout ça... » pleura l'adolescent. « J'ai essayé de m'écarter. De faire taire tout ça mais... Je peux pas... »
« Tom... » souffla son jumeau.
« Je t'aime, Bill... ! Je t'aime à en crever ! » avoua l'intéressé en fondant en larmes.
Les yeux de son vis-à-vis s'écarquillèrent. Il demeura interdit quelques instants avant de réussir à prendre Tom dans ses bras et à le serrer fortement contre lui ; l'adolescent se laissa faire, comme si toute force l'avait abandonné, il n'arrivait qu'à articuler ces mêmes mots :
« Schuldi, Bill... Schuldi... Mais j'avais trop mal... ! Schuldi... ! »
« Shhht... » souffla son frère en le berçant doucement. « Ne pleure pas. Tout va bien. »
« Mais... »
« Il n'y a pas de ''mais'', Tom. » le coupa-t-il. « Tu n'as rien fait de mal, d'accord ? »
Prononçant ces mots, il écarta un peu le guitariste pour le regarder dans les yeux, posant son front contre le sien.
« Tout va bien, ok ? »
Le châtain hocha la tête en se mordillant la lèvre inférieure. Il était adorable. Ce fut la seule pensée cohérente qu'eût Bill avant d'être mû par une impulsion soudaine, penchant légèrement la tête sur le côté et scellant les lèvres de son vis-à-vis des siennes. Tom écarquilla les yeux, trop surpris pour tenter quoique ce soit, ce fut le brun qui mit fin à ce baiser en s'écartant, retirant son portable braillard de sa poche.
« Hallo ? »
/Bill ! Qu'est-ce que vous faites ? On va commencer /
« Ah, désolé, Georg. On arrive. » il raccrocha et murmura. « Faut y aller. »
Sur ces quelques mots, les deux adolescents se rendirent dans la boîte qui s'était remplie de monde. Le jeune guitariste était troublé par ce qu'il venait de se passer, mais il monta tout de même sur scène en passant sa guitare par-dessus son épaule ; il chassa du mieux qu'il put toutes ses pensées, essayant de se concentrer sur ses cordes.
« Guten Abend. (17) » salua Bill dans son micro, ce qui déclencha déjà quelques réactions dans le public. « Nous sommes les Tokio Hotel et nous allons vous interpréter ''Jung und nicht mehr jugendfrei'' (Jeunes et même plus libres). »
Pourquoi pas ? Ils la connaissaient tous par c½ur. Gustav commença par un coup de baguettes sonore, Tom enchaîna en faisant danser ses doigts sur les cordes de sa guitare, bientôt rejoint par la basse de George et la batterie dans un rythme entraînant. Bill vint alors caller son chant sur la mélodie, hypnotisant l'assemblée par sa présence, sa voix et sa façon de se mouvoir :
Ihr steht immer pünktlich auf / (Vous vous réveillez toujours pile à l'heure)
Und verpennt was bei uns geht / (Et loupez ce qui se passe chez nous)
Ich seht was was du nicht siehst / (Je vois quelque chose que tu ne vois pas)
Guck mal was auf unseren Jacken steht / (Regarde ce qu'il y a d'écris sur nos blousons)
'tschuldigung du steht im weg / (S'cuse – t'es dans le chemin)
Und wir müssen hier vorbei / (Et nous devons passer par là)
Tout était comme d'habitude, ces cris dans la salle qui accompagnaient la musique, les gens qui tapaient dans leurs mains, le chant des connaisseurs qui se mêlait à la chanson. Tom s'amusait à faire courir ses doigts le long des cordes, mais son regard revenait malgré lui vers son frère. Pourtant, à ce moment-là, Bill posa les yeux sur lui, le sourire aux lèvres ; le guitariste ne parvint pas à en détacher le regard, comme happé par ces yeux noisette. Tout à coup, l'assemblée n'existait plus, seule la voix de son jumeau lui parvint, claire et douce, chaleureuse :
Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)
Tut mir Leid ich weiβ wir solln nicht / (Je suis désolé, je sais que nous ne devons pas)
Doch wir fangen schon mal zu leben an /(Mais nous commençons à vivre quand même)
Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)
Eure Rechnung ist mit uns nicht aufgegangen / (Votre note n'est pas finie avec nous)
Wir fangen schon mal an zu leben / (Nous commençons déjà à vivre)
Une drôle d'impression s'installa en lui. C'était... Comme si son frère avait chanté pour lui, comme s'il s'était adressé à lui dans ses paroles. Non, ce n'était pas qu'une impression, il lui avait destiné ce passage. Ce n'était pas la première fois qu'ils jouaient cette musique mais jamais Tom ne s'était senti aussi concerné par les paroles qu'en cet instant. C'était comme un de ces moments hors du temps où l'on pouvait se noyer sans retenue. Mais ses doigts ne cessèrent pas pour autant de jouer et Bill se retourna vers le public.
Ihr guckt immer gerade aus / (Vous regardez toujours tout droit)
Habt uns nicht kommen sehn / (Vous ne nous avez même pas vus arriver)
Hallo ihr habt'n Problem / (Coucou vous avez un problème)
Weil wir das Kommando übernehmen / (Parce que c'est nous qui prenons les reines)
'tschuldigung du stehst im weg / (S'cuse – t'es dans le chemin)
Und wir müssen hier vorbei / (Et nous devons passer par là)
Le regard du chanteur se reposa sur son jumeau, un sourire amusé étirant ses lèvres. Tom hocha la tête, comprenant le message et s'avança jusqu'à un micro à pied qui se trouvait à un mètre de lui. Les deux frères échangèrent un regard complice, prirent leur souffle et se lancèrent, leurs voix se mariant parfaitement l'une avec l'autre :
Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)
Tut mir Leid ich weiβ wir solln nicht / (Je suis désolé, je sais que nous ne devons pas)
Doch wir fangen schon mal zu leben an / (Mais nous commençons à vivre quand même)
Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)
Eure Rechnung ist mit uns nicht aufgegangen / (Votre note n'est pas finie avec nous)
Wir fangen schon mal an zu leben / (Nous commençons déjà à vivre)
Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)
Jung und nicht mehr / (Jeunes et même plus)
Jung und nicht mehr Jugendfrei / (Jeunes et même plus libres)
Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)
Jung und nicht mehr / (Jeunes et même plus)
Jung und nicht mehr Jugendfrei / (Jeunes et même plus libres)
Puis il s'écarta, laissant son jumeau reprendre sa chanson ; lui, il continuait à gratter sa guitare, la faisant chanter en réalité pour une seule personne ce soir-là. Bill agrippa le micro et poursuivit, seul, dodelinant de la tête en faisant danser le pied de micro autour de lui de sa main droite :
Wir sind immer was ihr grad nicht braucht / (Nous sommes toujours ce dont vous n'avez pas besoin)
Das ist traurig / (C'est triste)
Aber mittlerweile scheiβ ich drauf / (Mais maintenant je chies dessus (je m'en fous))
Une nouvelle fois, Bill se tourna vers son jumeau, l'invitant d'un regard à l'accompagner ; et une nouvelle fois, Tom s'avança vers le micro. Ils semblaient en symbiose, comme si leurs voix avaient été faites pour se compléter. La chanson semblait avoir été faite dans le but de réunir leurs deux chants, légèrement différents, la voix de Tom étant à peine plus grave et celle de son vis-à-vis un peu plus forte. Le public en était enchanté et les deux autres musiciens souriaient à cette réconciliation.
Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)
Tut mir Leid ich weiβ wir solln nicht / (Je suis désolé, je sais que nous ne devons pas)
Doch wir fangen schon mal zu leben an / (Mais nous commençons à vivre quand même)
Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)
Eure Rechnung ist mit uns nicht aufgegangen / (Votre note n'est pas finie avec nous)
Wir fangen schon mal an zu leben / (Nous commençons déjà à vivre)
Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)
Jung und nicht mehr / (Jeunes et même plus)
Jung und nicht mehr Jugendfrei / (Jeunes et même plus libres)
Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)
Jung und nicht mehr / (Jeunes et même plus)
Jung und nicht mehr Jugendfrei / (Jeunes et même plus libres)
Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)
Jung und nicht mehr / (Jeunes et même plus)
Jung und nicht mehr Jugendfrei / (Jeunes et même plus libres)
Wir sind jung und nicht mehr Jugendfrei / (Nous sommes jeunes et même plus libres)
Jung und nicht mehr / (Jeunes et même plus)
Jung und nicht mehr Jugendfrei / (Jeunes et même plus libres)
La musique mourut et céda sa place à un orage d'applaudissement. Le jeune chanteur lança un coup d'½il en direction de son jumeau, celui-ci le lui rendit, les deux garçons se souriant l'un à l'autre. Bill tendit la main vers son frère qui vint le rejoindre en quelques enjambées et ils s'inclinèrent devant la foule, bientôt rejoints par Georg et Gustav. Ils quittèrent l'estrade sous les applaudissements, essoufflés, transpirants ; ce n'était pas leur première scène, loin de là, mais ils avaient l'impression de renaître. Du moins, c'était le cas des jumeaux qui sortirent de l'endroit, Bill volant un chaste baiser à son vis-à-vis sous le regard des deux autres membres du groupe.
« T'as vu... ? » souffla Georg.
« Hu-hum. » acquiesça simplement le batteur en rangeant son instrument.
« J'aurais jamais cru... T'étais au courant ? » lança son interlocuteur.
« Non, ça doit être récent vu leur comportement des derniers jours. » répondit Gustav.
« Mais... C'est moi ou ça ne te dérange pas plus que ça ? » s'étonna le bassiste.
« Ce n'est pas toi. Je ne vois pas pourquoi ça me dérangerait. » répliqua son vis-à-vis en rangeant sa grosse caisse comme il le pouvait.
« Ben... Ils sont frères ! Jumeaux, qui plus est ! » lui souligna Georg.
« Ah... Et alors ? » soupira Gustav en fermant l'étui.
« Et alors ? C'est tout l'effet que ça te fait ? » son colocataire de chalet ne semblait visiblement pas en revenir.
« Ben... Ouais. Ils font ce qu'ils veulent. S'ils sont tous les deux d'accord, je ne vois pas où est le problème. » rétorqua le batteur en haussant les épaules.
« Mais on parle pas de simples homos, ils sont frères ! » insista son vis-à-vis.
« Georg... Tu aimes bien Bill, non ? »
« Heu, ben, oui... »
« Et Tom ? »
« Aussi. »
« Le fait qu'ils soient maqués ensembles change tout pour toi ? Tu vas les détester ? » enchaîna Gustav en ramassant ses cymbales ride et crash.
« Bien sûr que non ! » se défendit le bassiste.
« Alors la question ne se pose pas. » trancha le batteur.
« Gustav... C'est même plus de l'ouverture d'esprit à ce niveau-là, c'est un truc à ciel ouvert, ton crâne. » lui fit remarquer son aîné.
« Georg... Jusqu'à preuve du contraire, c'est leurs culs, pas le tien. »
Cette simple réplique mit fin à la conversation, le bassiste allant aider son cadet à porter son instrument jusqu'au chalet. De leur côté, les jumeaux rentraient main dans la main dans le leur ; Tom s'approcha et déposa un léger baiser contre la mâchoire de son frère et le lâcha, s'éloignant vers le couloir.
« Eh, Tom ! » l'interpella son jumeau.
« Was ? » la tête du guitariste réapparut.
« Ça te dit un bain de minuit ? » proposa Bill en désignant la piscine du salon.
Son vis-à-vis parut sceptique pendant quelques secondes avant d'esquisser un sourire : pourquoi pas ? Cela pouvait être amusant. Et puis, ils avaient passés tellement de temps à s'éviter qu'ils n'avaient même pas profité de leur piscine d'intérieur. Il allait repartir lorsque le chanteur l'arrêta :
« Où tu vas ? »
« Chercher mon maillot. » répondit Tom comme si cela coulait de source.
« Boh, on s'en fout du maillot, on est que tous les deux. » répliqua Bill.
Son frère soupira en levant les yeux au ciel d'un air résigné et revint sur ses pas. Se débarrassant de ses vêtements qu'il jeta ci et là sur le canapé, il se glissa dans l'eau, elle était bonne, ni trop chaude, ni trop froide. Le brun s'y glissa à sa suite, frissonnant au contact de l'eau ; puis son regard se posa sur son vis-à-vis. Tom lui rendit son regard, aussi bien intrigué qu'amusé ; et, tout doucement, Bill s'approcha, comme un fauve ayant repéré une proie. Son jumeau esquissa un sourire à ce manège et recula lentement.
La piscine n'était pas très profonde, ils pouvaient s'y tenir debout, accoudés au bord, sans problème. Tom s'y était adossé, l'eau lui arrivant au niveau des pectoraux ; Bill était là, contre lui, le visage à présent noyé dans son cou, ses lèvres goûtant à la douceur de la peau de sa gorge, procurant à son vis-à-vis des frissons sans égal. Ses mains caressaient ses flancs, flattaient les courbes fines de son torse, chatouillaient ses tétons qui se durcissaient peu à peu, effleuraient amoureusement ce corps parfait à ses yeux ; Tom ne parvenait pas à retenir quelques soupirs de franchir ses lèvres, communiquant à son jumeau le bien-être qu'il ressentait. Le jeune chanteur descendit légèrement, embrassant la gorge de son compagnon, juste sous la courbe de sa mâchoire ; sa main glissa lentement des flancs de Tom vers ses cuisses, en caressant l'intérieur avec douceur alors qu'il l'embrassait encore et encore, sa main remonta un peu, allant caresser cette partie si sensible de l'anatomie de son vis-à-vis.
Tom eût presque un hoquet à ce contact, laissant sa tête basculer légèrement en arrière, offrant ainsi sa gorge à Bill, ce dernier ne se privant pas pour la couvrir de baisers et d'attentions, laissant, à l'endroit le plus sensible de son cou, une petite marque rougeâtre. Les soupirs de son compagnon étaient une douce mélodie à ses oreilles, l'excitant chaque fois un peu plus, chaque intonation le happant davantage ; le jeune guitariste vint alors de lui-même chercher ses lèvres.
« Bill... » gémit-il avant de l'embrasser.
L'intéressé répondit à ce baiser, glissant sa langue entre ses lèvres et caressant celles de son frère, forçant le passage. Tom ne protesta pas, goûtant à ces caresses, jouant avec cette langue, répondant à son jeu taquin ; il enlaça le cou de son jumeau de ses bras, approfondissant ce baiser qui devenait à chaque instant plus passionné. Leurs corps étaient lovés l'un contre l'autre, chaque mouvement, frottement, les faisaient tous deux frissonner. Bill, transporté par cette sensation de plaisir encore à peine consommé, accentua les caresses de sa main sur la virilité de son frère, lui arrachant par la même occasion un gémissement des plus attrayants et des plus sensuels. Un sourire étira les lèvres du chanteur, son regard luisant d'envie et de désir ; il s'aventura près de l'oreille de son compagnon, lui mordillant le lobe pour s'amuser, puis il descendit le long de cette peau douce et chaude, déposant dans son cou des baisers brûlants.
Tom se mordilla la lèvre, tentant tant bien que mal de se retenir de gémir, mais le simple souffle de Bill sur sa clavicule le faisait frissonner et ses caresses et attentions lui faisaient perdre la tête. Son jumeau s'en amusait, il entama un mouvement de va et vient sur le membre de son compagnon, son autre main suivant amoureusement la ligne de sa colonne vertébrale, caressant la chute de son dos, descendant le long de ses courbes fines. Le guitariste se redressa légèrement en sentant les doigts de son vis-à-vis effleurer l'entrée de son intimité, caressant la peau, appuyant légèrement sur cette petite porte ; Bill laissa son frère poser la tête sur son épaule, embrassant son cou, sa nuque. Tom avait les joues empourprées, le souffle court, gémissait sous ses attentions... Il était magnifique. Le brun pressa un peu plus ses doigts contre l'intimité de son compagnon, lui arrachant une plainte hachée à mi-chemin entre le gémissement et le soupir ; il était dur de se contrôler, il le voulait, il le désirait de tout son être, il le voulait pour lui, pour lui seul.
Sentant que la peau sous ses doigts n'était plus aussi ferme, il hésita, se demandant intérieurement si son jumeau était vraiment prêt à ça ; il en avait envie, bien sûr, mais il ne voulait pas forcer sa moitié, il désirait un consentement mutuel. Se rapprochant de son oreille, baiser par baiser, il murmura :
« Tom... Tu veux continuer... ? »
L'intéressé sembla hésiter, comme s'il avait cessé de respirer. Puis il porta les mains au torse de son vis-à-vis et le repoussa doucement, l'écartant de lui ; Bill n'émit aucune protestation, comprenant que c'était quelque chose de difficile à accepter, surtout à faire dès le premier soir de leur relation, il allait peut-être un peu trop vite au goût de son compagnon et...
« Tu me laisserais en plan après m'avoir chauffé ? » grogna le châtain, le regard un peu fuyant et les joues embrasées.
Le chanteur en resta sans voix, presque bouche bée : ce n'était pas vraiment la réaction à laquelle il s'attendait. Tom ne le regardait pas, il semblait gêné, se tournant doucement pour se retrouver face au bord contre lequel il posa ses mains ; ses épaules tremblaient légèrement, il ouvrit la bouche et la referma sans avoir rien dit, puis Bill entendit un chuchotement qui lui sembla à peine audible :
« Va... Vas-y doucement... Ok... ? »
Le brun considéra quelques secondes son vis-à-vis. Il n'avait jamais réellement perçu leur légère différence de taille, pourtant, à cet instant précis, le guitariste lui apparaissait terriblement petit et vulnérable ; il hésita et s'avança finalement, passant ses bras autour de la fine taille de son frère et souffla :
« Tu es sûr de toi ? Tu sais... Je ne vais pas t'obliger. J'attendrais si tu n'es pas prêt... »
« Bill... S'il te plaît... Ne m'oblige pas à le répéter... » le supplia son jumeau, le torse contre ses mains, complètement appuyé au bord de la piscine.
L'intéressé acquiesça finalement d'un hochement de tête, sa main redescendant jusqu'à l'entrejambe de son compagnon pour reprendre ses caresses où il les avait interrompues. Il sentit le dos de Tom se presser un peu plus contre son torse, ce léger mouvement rapprochant davantage leur corps et touchant par là même le point le plus sensible de son anatomie ; Bill déglutit, se faisant violence pour ne pas céder à la tentation de prendre son vis-à-vis purement et simplement. Non, il ne voulait pas lui faire mal, ni le blesser, il voulait qu'il éprouve du plaisir, qu'il gémisse sous ses caresses, qu'il lui en demande davantage. Il le serra contre lui, poursuivant ses attentions, embrassant cette nuque offerte ; il serra les dents, sentant sa propre virilité gorgée de désir devenir douloureuse de trop attendre. Il devait patienter. Cette phrase martelait son esprit alors que les gémissements de Tom lui donnaient désespérément envie d'entrer en lui, de le faire gémir encore plus.
Il se mordilla la lèvre et vint déposer un baiser dans le cou de son vis-à-vis, juste entre la tête et l'épaule droite. Il souffla un mot d'excuse, n'arrivant plus à attendre ; il promit de faire son possible pour être doux. Tom serra poings et dents lorsqu'il le sentit entrer en lui ; Bill respectait ce qu'il avait dit, il n'était pas brusque mais... Le guitariste faisait son possible pour essayer d'être détendu, sachant que s'il se crispait, il aurait réellement mal. Son compagnon semblait d'une patience infinie, s'insinuant en lui avec lenteur ; Tom sentit les larmes lui monter aux yeux mais il ne voulait pas pleurer, parce qu'au fond, il n'avait pas ''mal''. C'était une sensation très étrange. A la fois douloureuse et enivrante. Bill, lui, se mordait la lèvre pour lutter contre cette envie d'aller plus vite, la chaleur presque brûlante qui enrobait peu à peu son membre l'arrachant presque sans pitié à la réalité ; mais il avait promis qu'il serait doux, qu'il irait doucement, il l'avait promis et ne voulait pas contredire ses paroles.
Il eût un hoquet, ayant du mal à respirer normalement, qui n'échappa pas au châtain. Troublé, Tom retira l'une de ses mains du bord et leva le bras, la portant à la chevelure de son frère dans laquelle elle alla se noyer. Bill frissonna à ce contact et entreprit, un léger sourire aux lèvres, de faire un suçon à son vis-à-vis. Lorsqu'il fut entièrement en lui, le jeune chanteur arrêta son mouvement, laissant au guitariste le temps de s'habituer à cette intrusion et se permettant également de reprendre son souffle. Il en profita pour détailler son frère, son épaule fine, sa gorge douce, ses belles courbes ; ce corps presque haletant sous le sien attirait sa convoitise. Lorsque Tom releva légèrement la tête, Bill entreprit de se retirer doucement, petit à petit, sans sortir complètement de cette chambre intime et brûlante, pour finalement le pénétrer une nouvelle fois, sans brusquerie.
Ce n'était pas des plus habituels, mais le châtain parvint tout de même, au bout de plusieurs allées et venues, à se faire à cette présence. La douleur s'atténuait un peu sans pour autant disparaître : en réalité, ce n'était pas elle qui diminuait ou son corps qui s'habituait, c'était cette sensation enivrante qui prenait le dessus. Cette sensation qui lui réchauffait les entrailles et le bas-ventre. Ses gémissements se firent de plus en plus forts, rythmés par les mouvements de bassin de son frère. Tous ses sens semblaient à la fois engourdis et à fleur de peau, le souffle de Bill qu'il pouvait sentir dans son cou attisait son excitation, ses caresses décuplaient ses frissons, comme si de l'électricité parcourait son corps ; il avait la sensation que chaque avancée en lui se répercutait dans tout son être, lui arrachant des plaintes de plaisir. Son jumeau, lui, se sentait perdre pied, cet étroit fourreau glissant sur sa virilité, il prononçait le nom de son vis-à-vis entre deux gémissements. Sans qu'ils s'en rendent réellement compte, le rythme des allées et venues du brun s'était accéléré, les noyant tous deux dans un tourbillon d'extase.
« Aaah... ! Je... Je vais... ! » gémit Tom, sentant le paroxysme de son plaisir approcher.
« Dis mon nom, Tom... » murmura son compagnon à son oreille. « Dis-le. »
N'y tenant plus, le guitariste se libéra dans un cri, un cri où figurait le prénom de son frère. Bill ne mit que quelques instants à peine à le suivre, serrant fortement son jumeau contre lui, dans un ultime sursaut. Les deux adolescents, haletants, reprenaient tant bien que mal leur souffle, leurs respirations brisant le silence qui régnait autour d'eux ; blottis l'un contre l'autre, ils se sentaient bien, le chanteur se retira de son vis-à-vis, déposant un baiser sur sa pommette qui avait retrouvé sa couleur d'origine depuis le jour de la bagarre. Tom laissa échapper un soupir de contentement, amusant son frère :
« Fatigué ? »
« Je vais te tuer. » le prévint le châtain, en essayant, malgré son état, d'avoir l'air menaçant.
« Héhé, j'aimerais voir ça. » ricana Bill.
« Tu verras... Je t'aurais. » grommela le guitariste.
Un sourire étira les lèvres du jeune chanteur qui alla chercher celles de son compagnon, l'embrassant tendrement, le serrant un peu plus contre lui. Le châtain ne se fit pas prier pour y répondre, glissant sa langue entre ses lèvres. Ils partageaient tous deux un sentiment de plénitude, plus complet que jamais auparavant.
« Bill... »
« Ja ? »
« T'as couché avec combien de filles pour être aussi doué ? »
La question surprit l'intéressé : à quoi pensait son frère ? Mais de toute évidence, le ton qu'il avait employé laissait transparaître de la jalousie. Il esquissa un sourire et déposa un baiser sur la joue de son jumeau :
« Tu es ma première fois. »
« Menteur. » répliqua Tom d'un air boudeur, les bras croisés.
« Je te jure. » insista Bill.
« Hm... »
Le brun soupira. Qu'est-ce que c'était que cette scène de ménage à présent ? Il vola un chaste baiser à son vis-à-vis et murmura :
« Ich liebe dich, Tom. »
Le guitariste posa ses yeux sur son frère, comme s'il sondait la véracité de ses dires. Mais il le savait lui aussi : ils n'avaient jamais dit ''je t'aime'' à qui que ce soit d'autre. Un sourire étira finalement les lèvres du châtain et il souffla :
« Ich auch. (18) »
« On va prendre une douche ? » proposa Bill, un large sourire aux lèvres.
« T'es increvable... » grogna Tom en se rétractant contre le bord de la piscine.
« Mais je ne pense pas qu'à ça ! » s'exclama le chanteur en levant les yeux au ciel. « C'était une proposition tout ce qu'il y avait de plus innocent. »
« Et je suis le pape. »
Sur ce, le guitariste sortit de la piscine, prit une serviette posée sur le canapé et tira la langue à son jumeau :
« Je vais prendre ma douche en premier, t'as qu'à mettre le nettoyage de la piscine en route. Je me baigne plus dedans sinon. »
« T'es vache... » soupira Bill en sortant à son tour, se parant d'une serviette et enclenchant ledit nettoyage en appuyant sur un bouton.
« C'est parce que je t'adore. » sourit Tom.
« Pourquoi j'ai comme le pressentiment que je cours à ma perte ? » lâcha le brun en se laissant tomber sur le canapé.
« Hm... Bill ? »
« Ja ? »
« Comment on va faire... Pour après ? » demanda l'adolescent aux dreads.
« Was ? » son frère avait visiblement du mal à suivre son cheminement.
« Comment on va faire... Pour les parents ? »
Cette question instaura un silence pesant dans la pièce. Bill tordit ses lèvres dans une moue pensive, regardant apparemment le problème sous tous les angles ; Tom l'observait depuis l'entrée du couloir, légèrement anxieux.
« Ce qu'ils ignorent, ne peut pas leur faire de mal, pas vrai ? » murmura finalement le brun en souriant. « Et puis s'ils l'apprennent, ils devront faire avec. »
« Bill... »
« Moi non plus, je ne lâcherais jamais ta main. »
Le guitariste écarquilla les yeux à ces mots, puis un sourire étira ses lèvres, il hocha la tête et se retourna en prenant la direction de la salle de bain. Son jumeau soupira et s'allongea dans le canapé. Comment allaient-ils faire avec leurs parents, hein ? Il n'en savait absolument rien. Mais il ne voulait pas y penser.
« Bill, tu viens prendre ta douche ? »
Et visiblement, son frère non plus. Le brun se leva, un sourire illuminant son visage, et se glissa dans le couloir...
Ende !
Sahad : On dira ce qu'on veut, ce n'est pas facile d'écrire un lemon lorsque votre chaîne diffuse ''schrei'' derrière vous. Pure coïncidence, je le promets (rire). Ça faisait un moment que je n'avais pas écrit de lemon, j'espère que ça ne s'en ressent pas trop. Review ? C'était bien ? Je me flingue ? Je me jette sous une voiture ? Je me pends ? D'autres propositions ?
Note(s) :
(1) Oui...
(2) Merci.
(3) Quoi ?
(4) ça va ?
(5) Bonjour.
(6) Allô ? ... Oui, c'est Tom.
(7) Merde !
(8) Va te faire foutre/mettre... !
(9) Pardon/Désolé !
(10) Casse-toi.
(11) Fous le camp !
(12) Paraît que ça se dit comme ça... L'espèce de machin en plastique qui enserre le poignet quand on se le foule ou autre.
(13) Pourquoi... ?
(14) Merci pour tout.
(15) Bête / stupide / idiot.
(16) Je suis toi et tu es moi...
(17) Bonsoir.
(18) Moi aussi.
(1) Oui...
(2) Merci.
(3) Quoi ?
(4) ça va ?
(5) Bonjour.
(6) Allô ? ... Oui, c'est Tom.
(7) Merde !
(8) Va te faire foutre/mettre... !
(9) Pardon/Désolé !
(10) Casse-toi.
(11) Fous le camp !
(12) Paraît que ça se dit comme ça... L'espèce de machin en plastique qui enserre le poignet quand on se le foule ou autre.
(13) Pourquoi... ?
(14) Merci pour tout.
(15) Bête / stupide / idiot.
(16) Je suis toi et tu es moi...
(17) Bonsoir.
(18) Moi aussi.
