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Rauschgift


Alors, là, vous allez être gatées m'zelles les perverses^^
"RAUSCHGIFT" est une fic très longue, un peu pour compenser celles qui l'étaient moins et que j'ai publiées au début.^^
Donc, j'aimerai juste savoir EN COMBIEN DE TEMPS VOUS L'AUREZ LUE par simple curiositée:p
attention a etre en t-shirt et la fenetre ouverte, vous risquez d'avoir très... chaud^^
et surtout, ayez un paquet de mouchoirs a portée de mains >.>









Titre : Rauschgift (Drogue/stupéfiant)

Auteur : Sahad.

Chapitre :

Ce n'était pas compliqué, ça le détendait, il se sentait bien... Le monde tanguait un peu mais ça ne lui donnait pas de maux de tête ou d'envie de vomir. Non, c'était bien, il avait l'impression de ne plus être prisonnier de son corps, comme si sa chair et son esprit étaient séparés. Une sensation à la fois drôle et enivrante. Son corps glissa doucement contre le mur sur lequel il était adossé, il frissonna en sentant une petite brise en provenance de la fenêtre lui caresser le bas du dos, lui donnant la chair de poule. Il avait la sensation d'être un peu engourdi mais ce n'était pas désagréable, c'était comme être doucement bercé par les bras d'une mère lorsqu'on a sommeil... Cette idée le fit sourire puis glousser. Son rire emplit la pièce vide alors qu'il se laissait aller par terre, allongé à même le sol et riant, riant à n'en plus pouvoir. La moindre chose avait un côté comique dans son esprit.

Il aimait cette hilarité tout comme cette sensation de flotter, c'était tellement agréable... Tellement différent de la réalité dans laquelle il devait vivre chaque jour. Il n'avait pas été le premier à craquer et ne serait probablement pas le dernier : bien des célébrités avaient cédé à cela, à cause de toutes ces choses... Il avait les pensées confuses mais ça l'amusait. Il revoyait ces salles de concert, ces fans qui hurlaient son nom et pleuraient, ces chansons qui devaient faire vibrer le public... Elles parlaient de tout, tout ce qu'un adolescent pouvait vivre, et ça marchait. Mais si le début avait été ce qu'il avait préféré, l'hystérie des fans qui virait au harcèlement lui plut beaucoup moins... Pourquoi tout avait-il changé ? Et cette manie qu'on avait de lui dire qu'il fallait qu'il progresse s'il ne voulait pas que le groupe s'effondre... Mais et lui ? Jamais personne ne lui demandait comment il se sentait, ni comment il allait, il devait se contenter de sourire et de répondre aux questions qu'on lui posait. Non, c'était lourd à la longue... Mais à qui pouvait-il bien en parler ? Dès qu'il ouvrait la bouche, il y avait quelqu'un prêt à noter ses moindres paroles pour en faire un scoop ou quelque chose comme ça. Non, c'était intenable... Il en avait marre... Et c'était là qu'il avait trouvé ses ailes. Des ailes pour l'emmener loin de tout ça, très loin. C'était comme une bouffée d'air après un long moment sous l'eau.

« Eh... »

L'adolescent savourait toujours cette sensation d'enchantement, de bien-être. Quelqu'un était entré mais il s'en moquait, il était bien et c'était tout ce qui comptait pour lui. Que quelqu'un prévienne un journaliste, il n'en avait rien à faire, ça serait drôle... Peut-être alors son nom ferait-il tous les journaux allemands pour autre chose que cette montée incroyable d'un groupe de quatre gamins qui semblaient, selon les dires de certains, à peine sortis de la crise d'adolescence. Plus rien n'avait d'importance, là, maintenant, tout de suite.

« Eh, tu m'entends ? »

Oui, il entendait, mais il s'en foutait royalement. Pourquoi venait-on le voir si ce n'était pour briser ce moment de rêve éveillé qu'il s'accordait ? Qu'on lui foute la paix. Etait-ce trop demander ? Il esquissa un vague mouvement du bras pour faire reculer la personne qui lui tournait autour. L'image d'un moustique lui apparut et il ne put s'empêcher de ricaner.

« Purée, t'es vraiment atteint... Qu'est-ce qu'il dirait ton frère, s'il te voyait ? »

Oh, ce qu'il dirait... ? Il se mettrait probablement dans une colère noire et le frapperait jusqu'à s'en casser le poing, ou alors peut-être se mettrait-il à pleurer ? Ou encore... Peut-être qu'il ne dirait rien et s'en irait, déçu ? Cette idée ne suscita chez lui ni hilarité ni désespoir : il était dans un état de je-m'en-foutisme trop avancé pour s'inquiéter de ce genre de choses... Il sentit, malgré son corps lourd et engourdi, des mains le saisir, on le forçait à se lever. Il ne trouva pas la force ni l'envie de protester, se contentant de rire. Il ne savait même plus pourquoi il riait, mais il riait et ne voulait pas se casser la tête dans le but de savoir pourquoi...

OoOoO

« Tom, essaye de jouer un peu plus aigu sur le morceau du refrain pour voir ce que ça donne. »

L'adolescent hocha la tête et s'exécuta. Les trois autres membres du groupe écoutèrent en silence, lorsque le guitariste arrêta, ils s'entre-regardèrent et hochèrent la tête ; Georg approuva cette version, trouvant qu'elle accompagnait mieux la voix de leur chanteur, Gustav acquiesça. Tom esquissa un sourire et proposa à son frère de chanter dessus. Les deux jumeaux étaient indissociables aux yeux de tous, le jeu et le chant se mariant parfaitement ; et c'était d'autant plus flagrant lorsqu'ils chantaient ensemble. Le batteur et le bassiste les écoutèrent jusqu'à la dernière note, un sourire aux lèvres.

« C'est tout bon ! » s'exclama Gustav une fois le silence revenu.

« Hm. » approuva Georg. « C'était parfait. »

Les deux frères se regardèrent et se sourirent en riant, satisfaits de la remarque. Jetant un coup d'½il à la pendule, le batteur déclara qu'il devait partir, tous acquiescèrent et rangèrent leurs affaires. Bill attendit que son frère ait fini pour partir, ils rentraient toujours ensemble et ce, depuis la petite école.

« C'était bien ! » rit Tom. « Ça fait du bien de se défouler comme ça ! »

« Hm. » sourit son jumeau. « C'est vrai que ça soulage de hurler dans un micro. »

Ils rirent et continuèrent à marcher. C'était un de leurs moments privilégiés : simplement marcher en parlant de tout et de rien. La seule présence du frère suffisait à l'autre. De plus, ils allaient avoir un mois de break, accordé par leur manager : ils avaient fait un excellent travail à son goût et méritaient des vacances, de plus elles tombaient sur les vacances d'été, quoi de mieux ? Le portable de Tom sonna, attirant l'attention des deux garçons :

« Ah... Hallo ? »

/Tom ? J'ai réfléchi à vos vacances et je me demandais si ça vous dirait d'aller dans un village de vacances que je connais. C'est plutôt sympa et il y aura probablement des jeunes de votre âge... /

L'adolescent eût un moment d'hésitation, réalisant ce qu'on lui disait et en parla à son frère. Ils n'y croyaient pas, c'était génial ! Ils en sautèrent de joie en criant et répondirent finalement à leur manager qu'ils étaient tout à fait d'accord. Raccrochant, les deux garçons se regardèrent et partirent en courant vers leur maison, riant, chantant et dansant à moitié.

OoOoO

« Peter... ? C'est moi... On... J'ai un problème. Le manager veut qu'on aille dans un village de vacances. C'est pas super loin, mais assez pour que je ne puisse pas passer inaperçu si je vais te voir pour la came... Tu pourrais venir ? ... Ja...(1) Ja, je sais... Ja, ils seront tous là, c'est pour ça que je te demande ça... Ja... Danke. (2) »

Le jeune garçon raccrocha et posa son portable près de lui. C'était réglé et il en état soulagé. Un mois sans... Il ne pouvait pas. Il en avait besoin. Vraiment besoin... Peter était une connaissance qui datait de l'école primaire... Il avait gardé contact avec lui et y avait goûté... C'était planant, il en voulait d'autre...

OoOoO

Les garçons s'extasièrent devant le village de vacances. Il était gigantesque. Ils n'en revenaient pas. Ils s'étaient attendus à un petit truc tranquille mais là...

« Regarde ! » s'exclama Tom en pointant quelque chose du doigt à son frère. « Y a même une discothèque ! »

« Et mate un peu la taille de la piscine... » souffla Georg. « Je suis sûr qu'elle fait jacuzzi... »

« Et vous aurez un chalet. » sourit leur manager. « J'en ai pris deux, il y en a un un peu à l'écart comme ça vous pourrez jouer de la musique comme bon vous semble sans déranger personne. »

Les quatre adolescents sautaient presque sur place d'excitation. Il fut néanmoins convenu que les jumeaux s'approprieraient le chalet le plus à l'écart : Tom refusait de vivre constamment avec les autres et Georg affirmait qu'après un certain temps, les jumeaux deviendraient insupportables et qu'il ne voulait pas jouer les nounous, surtout s'il voulait ramener des filles. Il n'était pas question de choquer ces pauvres esprits encore en couches culottes, appellation qui fit grimacer les deux cadets du groupe. Bien sûr, tout cela était dit sur le ton de la plaisanterie, mais ils souhaitaient tout de même faire chalet à part.

Arrivés dans leur propre chalet, les jumeaux laissèrent tomber leurs sacs, bouche bée, regardant autour d'eux. L'endroit était grand, il y avait tout ce qu'il fallait.

« C'est géant... » s'extasia Tom.

« Trop fort... » approuva Bill.

« On dirait une maison secondaire d'un type trop riche... » murmura le guitariste.

« C'est clair... Manquerait plus que la piscine dans le salon. » plaisanta le chanteur en reprenant ses sacs.

« Bill... »

« Hm ? »

« Y en a une... » souffla Tom, depuis l'entrée du salon.

Les deux jumeaux en restèrent bouche bée. C'était génialissime... ! Ils n'en revenaient vraiment pas. Leur manager avait trouvé ça pour eux... Mais ça avait dû coûter les yeux de la tête ! Ils s'entre-regardèrent et sourirent : ils le remercieraient plus tard. Retirant pantalon et t-shirt, ne gardant que le maillot, ils se jetèrent dans la piscine d'intérieur, riant et s'éclaboussant. L'eau était bonne, c'était agréable. Ils finirent par s'accouder au bord, soufflant de fatigue et de bonheur.

« J'en reviens pas... » murmura Tom.

« Il a fait fort... » approuva son jumeau. « C'est trop génial. »

« Je pourrais rester là des heures... » déclara le guitariste en se laissant glisser dans l'eau.

« Ouais... Mais je crois qu'on est bons pour un peu de ménage. » sourit Bill.

« Was ?(3) » son frère écarquilla les yeux.

« On a foutu de l'eau partout. »

Et c'était vrai : il y en avait absolument partout dans le petit salon. Ils éclatèrent de rire et sortirent; attrapant leurs serviettes, ils se mirent en quête de serpillères et de seaux.

OoOoO

« On va à la discothèque ce soir ! Vous venez ? » lança Georg.

« Moi, ça me dit bien. » approuva Bill.

« Je suis partant ! » acquiesça Tom.

« Bon, on se retrouve après le dîner, près du restaurant. » déclara le batteur.

« Pas de problème ! » s'exclamèrent en c½ur les deux jumeaux.

OoOoO

« Ah... Tu es là... Tant mieux... On va à la discothèque ce soir, tu peux venir aussi ? ... Ja, je te paierais, t'inquiète pas... J'en ai besoin... Ja... Ja... On se voit ce soir... A plus. »

Son doigt pressa la touche pour raccrocher. Il tremblait légèrement... A peine perceptible. Mais lui, il le sentait... Il grimaça et rangea son portable dans sa poche. Il aurait sa dose le soir même, c'était suffisant. Il pouvait bien attendre quelques heures...

OoOoO

La fête battait déjà son plein lorsque le petit groupe entra dans la discothèque. Il faisait sombre et des lumières de toutes les couleurs dansaient sur les corps en mouvement, de la fumée artificielle emplissait l'air... Ils se mêlèrent à la foule, se laissant aborder, partageant un verre. La musique était forte et faisait vibrer le corps, le c½ur et les os. C'était une sensation presque euphorique pour certains. Tom dansa plusieurs fois avec une fille, celle-ci s'intéressant visiblement à lui ; il en allait apparemment de même pour Gustav. La jeune fille collait presque le guitariste qui se contentait de sourire, amusé par son manège ; quand tout à coup il eût une sensation bizarre. Sans réfléchir, il leva la tête et son regard courut sur la foule.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » voulut savoir sa partenaire, intriguée et vexée de se voir ainsi ignorée.

Mais l'adolescent ne répondit pas, se fondant dans la masse et la laissant sur place sans plus d'explications. Il se glissa jusqu'au batteur :

« Gustav ! »

« Quoi ? » répondit ce dernier, non content d'avoir été dérangé.

« Tu n'aurais pas vu Bill ? » demanda-t-il.

« Non, désolé. » répliqua son vis-à-vis en retournant à sa conquête.

Tom ne fit aucun commentaire, il se détourna et chercha Georg du regard. Il ne mit pas très longtemps à le trouver et allait le rejoindre lorsqu'il sentit qu'on le saisissait par le bras : c'était la jeune fille avec laquelle il avait dansé, elle avait l'air mécontente.

« Ça t'arrive souvent de planter les gens comme ça ? »

« Désolé. Je cherche quelqu'un. » répondit le guitariste.

« Quelqu'un, hein ? » cracha presque l'adolescente. « Eh ben, vas-y. Va retrouver ta blonde, connard ! Ne chauffe pas les autres si t'es pris ! »

Elle se trompait sur son compte mais il ne fit rien pour démentir : il s'en moquait et il n'avait pas à se justifier de toute manière. Il alla donc voir le bassiste du groupe :

« Georg ! T'aurais pas vu Bill ? » demanda-t-il, un peu anxieux.

« Heu... Je l'ai aperçu en début de soirée, il allait aux chiottes, mais il doit plus y être à l'heure qu'il est... »

Tom hocha la tête et prit la direction des toilettes. Il était peu probable que Bill soit ivre si vite et encore moins probable qu'il ait bu jusqu'à en vomir mais il voulait tout de même voir s'il n'était pas là-bas. Lorsqu'il entra dans les toilettes, l'odeur lui donna envie de rendre son dîner mais il se retint de justesse. N'y avait-il donc pas de fenêtre dans cet endroit ? Il considéra un moment les cabines, elles étaient toutes ouvertes... Bill ne devait pas être là. Il allait se détourner lorsqu'un gloussement attira son attention.

« Bill ? »

Il entendit un nouveau rire étouffé. S'avançant doucement, il regarda dans toutes les cabines et ce fut devant la dernière qu'il resta bouche bée : le jeune chanteur était assis à même le sol, apparemment hilare. Tom s'agenouilla à côté de lui :

« Bill ? Qu'est-ce que tu as ? Wie geht's ?(4) »

Pour toute réponse, l'intéressé tourna vers lui des pupilles dilatées et partit dans un fou-rire, le pointant mollement du doigt. Son frère sentit la panique monter en lui mis ce n'était rien comparé à celle qui l'envahit lorsque ses yeux se posèrent sur une seringue qui gisait à côté de son jumeau.

« Bill... Nein, t'as pas fait ça... ! Bill ! Répond-moi ! »

Le ton montait mais ça ne semblait pas atteindre l'adolescent toujours hilare, affalé par terre. Tom se mordilla la lèvre, il décida finalement de forcer son jumeau à se lever et prit un de ses bras sur ses épaules, le ceinturant pour l'aider à marcher. Ils sortirent des toilettes, le guitariste espérant sincèrement qu'ils ne croiseraient pas Gustav, Georg ou leur manager. Il parvint à s'extirper sans trop de mal de la boîte, traînant son frère plus qu'il ne le portait. C'était là qu'il se disait que ce n'était peut-être pas si bien d'avoir le chalet le plus à l'écart. Mais bon... Au moins, on ne les voyait pas de trop.

Arrivé à l'appartement, Tom fit prendre une douche à son frère, essayant tant bien que mal de le sortir de son état semi-comateux, mais rien n'y faisait ; il soupira et décida finalement de le coucher. Ils auraient une bonne discussion le lendemain matin.

OoOoO

Finalement, la discussion fut reportée au lendemain en début d'après midi car Bill ne semblait pas spécialement avoir envie de se réveiller. Néanmoins, à peine arriva-t-il dans le salon que son jumeau l'interpela :

« Guten tag.(5) » lança-t-il d'un ton acide. « Bien dormi, j'espère ? »

« Heu... Ja... ? » répondit le jeune chanteur, se demandant ce qui lui valait la soudaine mauvaise humeur de son frère.

« Tu t'es bien amusé, hier ? » lâcha ce dernier.

« Heu... Ja. Je... J'ai vu quelqu'un et on a discuté un moment... » murmura Bill, d'une voix moins sûre qu'il ne l'aurait voulue. « Tu sais comment je suis, je... J'aime pas trop ces trucs de discothèque et... »

« Te fatigue pas, va. » le coupa Tom. « C'est moi qui t'ai trouvé et ramené. »

Cette simple phrase instaura un profond silence dans la pièce. Le regard du guitariste n'exprimait que de la colère, il ne quittait pas des yeux son jumeau, lui reprochant clairement quelque chose. Le problème était que Bill devinait parfaitement quoi : il avait beau être shooté la veille, il n'en avait rien oublié, ou plutôt, tout lui revenait à présent en mémoire. Il se mordilla légèrement la lèvre, les yeux fuyants. La sonnerie du portable de Tom fendit ce silence pesant, l'adolescent décrocha au bout de quelques secondes :

« Hallo ? ... Ja, hier Tom.(6) ... Ja... Nein, on sort pas ce soir. Bill a mal à la tête, il a la gueule de bois et moi, je ne me sens pas très bien non plus. Ja... Amusez vous bien. »

Sur ce, il raccrocha sous le regard presque médusé de son frère. Remarquant l'air qu'affichait son jumeau, Tom cracha presque :

« Tu t'attendais quand même pas à ce que je te laisse sortir seul ce soir ? »

« Mais... Tu vas pas me retenir ici ? » souffla Bill.

« Je vais me gêner ! » s'exclama le guitariste. « Je t'ai trouvé à moitié crevé par terre, dopé à je ne sais quelle merde et tu voudrais que je te laisse partir ? »

« Tom... ! » tenta le chanteur.

« Nein ! Bill ! » riposta son jumeau. « Pas question que je te laisse ! Ce soir, tu vas rester ici, c'est clair ? »

« Mais c'est de la tyrannie ! » s'écria Bill.

« Peut-être, mais toi, c'est de la connerie ! » rétorqua Tom. « Je vais pas te laisser te démolir encore plus ! »

« Mais c'est toi qui va me démolir ! » répliqua son frère. « On n'a jamais vu une mère poule pareille ! Je fais ce que je veux ! C'est ma vie, scheiβe !(7) »

« Si tu plonges, c'est le groupe qui plonge avec toi ! Scheiβe ! Pense à ça aussi ! » s'exclama le guitariste.

« Tss ! T'es comme tous les autres ! » cracha Bill. « Le groupe ! Le groupe ! Pour vous, y a que ça ! »

Sur ce, il partit dans sa chambre en claquant la porte. Tom resta un long moment à fixer le couloir, se mordillant la lèvre, autant par rage que par tristesse. Il se détourna néanmoins, gardant la clé du chalet dans sa poche. Il ne tarda pas à entendre son frère pester : il venait de se rendre compte que les volets avaient été bloqués. Le jeune guitariste préféra jouer la sourde oreille, ignorant les charmants surnoms que lui adressait son jumeau depuis l'autre bout du chalet.

La journée se passa dans le calme le plus total. Ce ne fut que vers le début de soirée que Bill se décida à sortir de sa chambre, apparemment toujours aussi remonté, il se planta devant son frère :

« Les clés. »

Tom leva la tête du magasine qu'il lisait, affalé dans un canapé. Il considéra un moment son frère comme s'il ne comprenait pas sa question et retourna à sa lecture. Mais le jeune chanteur ne l'entendait visiblement pas de cette oreille, l'empoignant par le col :

« Tu vas me les filer ces putains de clés ? T'es pas m'man que je sache ! T'as pas le droit de me faire ça ! »

Pour toute réponse, son frère haussa les épaules, détournant le regard. Il n'avait pas envie de voir cette personne en qui il ne reconnaissait absolument pas son frère. Bill serra les dents, un air mauvais se peignant sur son visage et il donna un violent coup de poing dans la mâchoire de son vis-à-vis, l'envoyant au sol. Ne s'y attendant pas, Tom n'essaya même pas de se protéger et son dos heurta douloureusement le bois vernis, lui arrachant une exclamation de douleur. Bill enjamba le canapé et attrapa son frère :

« Les clés ! »

« Fick dich... !(8) » fut la seule réponse qu'il obtint.

C'en était trop. Ses doigts se crispèrent sur le t-shirt du guitariste au point de manquer de le déchirer et, pesant de tout son poids, il fit pencher son jumeau en arrière, lui plongeant la tête dans l'eau. La piscine ! Tom l'avait complètement oubliée ! Il se débattit violemment, tentant de renverser son frère ou même de le faire plonger aussi dans l'eau. Une seule chose martelait son esprit : DE L'AIR ! Il sentait les mains de Bill sur sa gorge, ne lui facilitant pas la tâche en ce qui concernait sa réserve d'oxygène. Il voulait crier, hurler, mais c'était dire au revoir à l'air qui ne lui manquait déjà que trop. Ses mains battaient le vide, agrippant comme il le pouvait le chanteur. Il allait mourir ! Noyé ! Il se débattit encore et encore. Toutefois il eût la nécessité d'ouvrir la bouche, laissant échapper des bulles d'air. Non ! Ses poumons se remplirent d'eau, il aurait hurlé tant ça lui faisait mal !

Tout à coup, Bill le sortit de la piscine. Tom se retrouva à plat ventre, crachant et vomissant toute l'eau qu'il venait d'ingurgiter et surtout il reprenait de grandes goulées d'air ; il sentit qu'on lui faisait les poches mais il ne réagit pas, trop occupé à penser à respirer. Au bout de quelques secondes à peine, son jumeau l'agrippa et le retourna pour l'avoir face à lui :

« Tu les as mises où ? »

Pour seule réponse, il n'eût que des crachements et une respiration saccadée. Tout à coup, une lueur de panique passa dans les yeux de Bill, il assit son frère au sol, son visage n'affichait qu'un air incrédule :

« Tom ! Tom ! Wie geht's ?(4) C'est pas vrai ! Mais qu'est-ce que j'ai fait ? Tom ! Répond-moi ! »

« Je... THEUHEU ! Je vais bien... » articula son vis-à-vis en crachant encore de l'eau.

« Tom... » souffla le chanteur, apparemment soulagé mais toujours un peu paniqué. « Je... Schuldi !(9) Je sais pas ce qui m'a pris... »

« Moi, je sais... » grogna son frère en s'essuyant la bouche du revers de la main. « C'est cette merde... T'es en manque. »

Bill ouvrit la bouche plusieurs fois dans le but de dire quelque chose mais aucun son n'en sortit, parce que quoiqu'il dise, il le savait, c'était la vérité. Ses yeux trahissaient sa panique, lorsque Tom attrapa son visage :

« Bill. Calme-toi. Tout va bien. Tu vois ? Je suis vivant. Tout va bien... »

L'intéressé hésita quelques instants avant de sentir les larmes monter à ses yeux et de prendre son jumeau dans ses bras, le serrant fortement contre lui, ses mains agrippant ses vêtements, lui griffant presque le dos :

« Pardon... ! Pardon ! Pardon, Tom ! Pardon ! »

Le guitariste esquissa un sourire et rendit l'étreinte à son frère, le serrant tendrement contre lui : ça, c'était le vrai Bill, celui qu'il connaissait depuis leur naissance, sa moitié... Ils restèrent de longues minutes ainsi, attendant que le chanteur se calme et cesse de pleurer en gémissant cette litanie d'excuses.

« Je vais préparer à manger, ok ? » souffla Tom. « T'as qu'à rester avec moi, ça sera mieux que seul dans ta chambre, hm ? »

Bill hocha la tête et suivit son frère qui ne prit même pas la peine de sécher ses cheveux, toujours trempé jusqu'à la moitié du torse. Le jeune guitariste sortit de quoi faire à manger, heureux de trouver un minimum dans le frigo, il commença à préparer le repas, coupant les légumes et reproduisant les gestes qu'il avait tant de fois vu sa mère faire, en espérant que le résultat serait approximativement le même. Il sursauta toutefois en sentant une serviette se poser sur son dos, les bras de son frère l'entourèrent et la tête de ce dernier se blottit sur son épaule, touchant la sienne, il pouvait sentir son souffle contre sa gorge.

« Pardon, Tom... Pardon... » chuchota-t-il.

Tom sentit sa main trembler. Pour une raison qu'il ignorait, ce simple geste et ces paroles lui donnèrent presque envie de pleurer de plaisir ; il esquissa un sourire maladroit et murmura :

« C'est rien, c'est déjà oublié... »

« Danke... (2) » souffla Bill.

Son jumeau se sentit frissonner. Il trouva bon de se concentrer sur ce qu'il faisait : il aurait l'air malin s'il se coupait un doigt. Bill l'aida à faire le repas qui se révéla plutôt bon, mangeable, c'était déjà une réussite. Les deux garçons dînèrent de bon c½ur, parlant de tout et de rien ; tout semblait être comme avant, comme si rien n'était arrivé... Tom allait ramasser lorsque son frère demanda, hésitant :

« Tu... Tu ne me demandes rien ? »

« Hm ? » le guitariste suspendit son geste, lui adressant un regard interrogateur.

« Pour... Pour la came... Tu... Tu ne me demandes... Rien ? » murmura-t-il.

Son jumeau le considéra un long moment en silence, comme pensif, il semblait peser le pour et le contre. Mais un sourire étira ses lèvres :

« Je ne vais pas dire que je n'ai pas envie de te poser mille questions, mais... Je pense que tu me diras tout de toi-même quand tu seras prêt... N'est-ce pas ? »

Bill écarquilla les yeux et esquissa un sourire à la fois soulagé et triste, il souffla un merci si faible qu'il se demandait s'il n'avait pas été le seul à l'entendre. Tom ne lui demandait rien, sauf lorsqu'il s'énervait, mais malgré le fait qu'il l'ait trouvé comme ça, à moitié comateux dans les toilettes, et malgré le fait qu'il ait manqué de le noyer, Tom avait toujours confiance en lui... Il ne savait pas quoi dire d'autre que ''merci''. Il se leva et alla dans la cuisine, séparée du salon par une espèce de petit comptoir, là, il glissa ses bras autour de la taille de son frère, le prenant contre lui. Tom tourna la tête, lui adressant un nouveau regard interrogateur auquel Bill répondit par un murmure :

« Je... On peut... Dormir ensemble ? »

Le jeune guitariste haussa un sourcil, surpris, puis réfléchit et hocha finalement la tête : ça ne le dérangeait pas plus que ça. C'était son jumeau et ils se connaissaient par c½ur. Ils allèrent donc se laver les dents puis se couchèrent. En raison de la chaleur, Tom ne portait qu'un boxer noir et un large t-shirt gris clair qui découvrait sa gorge et ses clavicules ; Bill quand à lui, s'était résolu à porter un t-shirt sans manches rouge et un short gris foncé. Ils s'allongèrent dans le lit deux places qu'il y avait dans la chambre, préférant ignorer les lits superposés disposés dans le couloir.

Les deux garçons savouraient la fraîcheur des draps qui caressaient leurs corps. Le jeune chanteur hésita à nouveau, ne sachant pas comment son frère allait le prendre, et souffla finalement :

« Tom... Je... Peux te prendre dans mes bras ? »

L'adolescent était couché sur son côté gauche et lui tournait le dos, il esquissa un mouvement pour se retourner et lâcha un vague grognement d'acquiescement, commençant à s'endormir. Bill se rapprocha de son jumeau et glissa un de ses bras sous la tête de son frère, plaçant l'autre autour de sa taille. Cette tiédeur et cette odeur familières le rassuraient... Il avait la sensation d'être protégé malgré cette chose qu'il sentait un peu plus présente en lui à chaque instant...

OoOoO

Un vacarme de tous les diables réveilla Tom presqu'en sursaut. Il grimaça et regarda le réveil : 07h17... Il grogna et s'assit dans le lit, remettant ses idées en place. Il était seul, ils avaient visiblement viré les draps à cause de la chaleur. Mais où était Bill ? Le jeune guitariste se leva et partit dans le chalet à la recherche de son frère ; il n'eût pas à chercher longtemps, il lui suffisait de remonter à la source du bruit : il arriva dans la cuisine où il trouva son jumeau en train de se battre avec un paquet de farine qui lui explosa à la figure dans un superbe nuage blanchâtre. Le chanteur toussa, ses cheveux noirs ayant pris une couleur grise tendant vers le blanc ; cette vue suscita chez Tom un certain fou-rire.

« Ça, c'est géant ! T'es trop mignon comme ça, frérot ! »

« Marre-toi... » grogna Bill.

« Qu'est-ce que tu faisais ? Ou plutôt essayais de faire. » sourit son jumeau.

« Des pancakes. » répondit son vis-à-vis.

« Des pancakes ? » répéta Tom en haussant un sourcil.

« Des pancakes. » confirma le chanteur.

« Mais pourquoi ? » s'étonna son interlocuteur.

« Je sais pas, une envie comme ça. »

Tom le considéra un moment, perplexe. Mais bon, il n'allait pas interdire à son frère de faire des pancakes sous prétexte que ça lui avait pris comme l'envie de pisser ; il s'approcha donc de son jumeau et proposa de l'aider. Bill accepta avec joie, ne parvenant visiblement pas à s'en sortir tout seul, le jeune guitariste ne pouvait pas s'empêcher de rire face à son vis-à-vis transformé en bonhomme de farine, ce qui était effectivement comique. Pourtant, son sourire disparut presque soudainement : les mains de son frère tremblaient alors qu'il tenait le livre de recettes. Intrigué par cela, il remarqua également que les gestes de Bill étaient secs, comme s'il était stressé, il était maladroit.

« Bill... » souffla son jumeau.

« Tom, passe-moi le lait. » lança l'intéressé sans prêter attention à l'interpellation de son frère.

Le guitariste s'exécuta, légèrement inquiet : Bill ressemblait à un enfant trop excité pour faire attention à ce qu'il faisait. Tom ne le quitta donc pas pendant tout le temps où ils firent des pancakes, son frère parvint à les faire sans se blesser ni se brûler, mais son état inquiétait tout de même le garçon aux dreads. Le jeune chanteur ne sembla pas s'en rendre compte, ou alors il le cachait bien, mangeant les pancakes avec du sucre, faute de sirop d'érable ; son jumeau, lui, avait l'appétit moins conséquent et son regard revenait constamment sur son vis-à-vis.

« Bill... »

« Ja ? » sourit l'intéressé.

Même ce sourire lui sembla forcé, comme si les muscles de son visage avaient du mal à répondre aux ordres de son cerveau. Tom déglutit, inquiet, il allait reprendre la parole lorsque le portable de Bill se mit à sonner ; le jeune chanteur l'extirpa de sa poche et jeta un coup d'½il sur son écran. En l'espace de quelques millièmes de seconde, son visage pâlit, il leva des yeux angoissés vers son guitariste et avala sa salive avec difficulté ; son frère le considéra un moment, l'interrogeant du regard : il pouvait voir que Bill hésitait à répondre, comme s'il attendait qu'on lui dise quoi faire. Il finit toutefois par presser la touche pour faire taire le petit appareil, le posa sur la table et adressa un sourire maladroit à son jumeau :

« C-C'était une erreur. »

Tom le dévisagea. Il ne le croyait pas, c'était évident, mais pouvait-on l'en blâmer ? Il ne fit pourtant aucun commentaire, se contentant de torturer un peu plus son pancake qu'il n'arrivait pas à finir ; Bill crispa légèrement la mâchoire avant de se remettre à manger : il n'aimait pas mentir, surtout pas à Tom... Mais pouvait-il seulement lui dire qui l'appelait ? Non, il ne pouvait pas. Pas comme ça, c'était comme avouer qu'il était trop faible pour combattre son manque ; il n'était pas au mieux de sa forme, certes, mais ce malaise allait passer, il en était persuadé. Du moins le fut-il jusqu'à ce qu'un haut le c½ur lui vint, les pancakes et le sucre avaient apparemment peine à conserver leur place dans son ventre, comme s'ils tournaient dans son estomac ; son frère remarqua bien vite le changement de couleur de son vis-à-vis et l'attrapa par les épaules, l'emmenant rapidement aux toilettes où Bill put vomir tout ce qu'il venait d'ingurgiter.

La main de Tom dans son dos l'apaisait, le rassurait, même s'il continuait de rendre son petit déjeuner. Son jumeau veillait à tenir ses mèches brunes afin qu'elles ne le gênent pas, lui murmurant que ça allait passer, bien qu'il soit lui-même un peu paniqué. Bill glissa ses mains dans ses cheveux, les saisissant, laissant à Tom une plus grande liberté de mouvement :

« Je vais aller te chercher un verre d'eau... » murmura-t-il.

Ne pouvant répondre, le jeune chanteur se contenta d'hocher la tête avant d'être victime d'un nouveau spasme douloureux qui lui contracta le ventre, lui donnant l'impression que ses boyaux étaient écrasés, acheminant sa nourriture en direction de la cuvette des toilettes. Tom hésita légèrement et alla en courant jusqu'à la cuisine pour remplir un verre d'eau, c'est alors que quelque chose attira son attention : le portable de son frère hurlait sur la table. Le jeune guitariste eût un mouvement vers le petit appareil mais l'eau qui déborda du verre le poussa à se raviser : son jumeau avait besoin de lui, il était mal... Mais en même temps... Il hésita encore quelques secondes avant de se lancer d'un pas décidé dans le couloir, retrouvant Bill qui s'essuyait la bouche à l'aide d'un morceau de papier toilette.

« Tiens... » lui souffla-t-il en lui tendant le verre d'eau. « Ça te fera du bien... »

L'adolescent, encore bien pâle, hocha la tête et but le verre d'une traite. Tom avait posé une main rassurante sur son épaule, lui faisant comprendre qu'il était là, avec lui ; Bill articula un merci et se laissa guider vers la chambre. Selon le guitariste, il serait mieux allongé, ce qui parut toutefois très improbable au chanteur qui sentait ses entrailles le barbouiller encore. Il eût droit à une bassine à côté du lit, accompagnée d'un rouleau de papier toilette et d'une bouteille d'eau.

« Je vais te préparer du coca sans bulles... » murmura Tom, assis à côté de lui, lui caressant les cheveux. « M'man le faisait toujours quand on était malade et qu'on vomissait. Ok ? »

Une nouvelle fois, son jumeau n'eût que la force d'hocher mollement la tête, sentant même que ce simple geste l'incitait à se pencher au dessus de la bassine. Son vis-à-vis se leva et quitta la pièce pour aller dans la cuisine ; heureusement que leur manager avait pensé à leur seul grand véritable amour : du coca. Ils en buvaient souvent et il y en avait trois bouteilles dans le frigo, Tom esquissa un sourire, il remercierait l'homme plus tard ; il attrapa l'une des bouteilles et en mit un peu dans un verre, la referma puis la secoua énergiquement, faisant danser le liquide sombre dans tous les sens. Lorsqu'il le jugea bon, il fit tourner légèrement le bouchon rouge, veillant à ne pas en mettre partout, il attendit que le chuintement ne se fasse plus entendre et reboucha complètement la bouteille avant de recommencer l'opération. Il la renouvela jusqu'à ce qu'il n'entende plus ce petit bruit à l'ouverture : il n'y avait plus de gaz ; il goûta tout de même et esquissa une grimace. Oui, il n'y avait plus du tout de bulles et il trouvait ça infect.

Il prit le verre qu'il avait préparé et le vida d'une traite, savourant l'arrivée du liquide frais et sucré dans sa bouche, celui-ci l'attaquant sans pitié, lui arrachant le fond de la gorge. Il serra les dents et reposa le verre. Oui, c'était indubitablement meilleur avec des bulles. Ceci fait, il remplit le verre de coca plat et remit la bouteille dans le frigo ; il allait repartir lorsque la sonnerie du portable posé sur la table attira à nouveau son attention. Le petit appareil hurlait tout ce qu'il pouvait, se déplaçant légèrement en tournant sur lui-même sur le bois vernis. Les yeux de Tom le fixèrent un moment. Il hésitait. Il posa finalement le verre sur le petit comptoir et s'approcha de la table ; l'écran du petit braillard affichait un nom : Peter. Le jeune guitariste fronça les sourcils, cela lui disait bien quelque chose, une sensation de déjà entendu, mais il peinait à se souvenir de qui il s'agissait ; il attrapa néanmoins le portable et décrocha :

/Ah, ben, quand même / l'agressa aussitôt la voix de son interlocuteur. /ça fait je sais pas combien de temps que je t'appelle sur ton putain de portable /

Tom ne sut que répondre sur le moment, préférant attendre la suite plutôt que de se dévoiler, ce que celui à l'autre bout du fil fit sans se poser plus de questions :

/Tu donnes pas de nouvelle de toi, t'es mort ou quoi ? J'ai encore de la came, si t'en veux, mais file-moi mon blé /

Le jeune guitariste sentit une colère sourde monter en lui, ses doigts se crispèrent sur le petit appareil en atteignant une blancheur effrayante ; il serra les dents au point qu'il crut qu'elles allaient se fendre et se casser les unes contre les autres. Il allait parler lorsque son interlocuteur reprit la parole :

/Je suis devant ton chalet, alors sors. Sors et donne-moi mon fric, je te passerai d'autre came, ok /

Sur ce, il coupa la communication. Tom referma le portable en tremblant et le posa avec violence sur la table. Comment ? Comment ce connard osait-il s'adresser à son frère comme s'il s'agissait d'un chien qui répondait quand on le sifflait ? Il bouillonnait de rage. Qui ce Peter croyait-il être pour s'autoriser à parler comme ça à Bill ? A SON frère ! SON jumeau ! L'adolescent s'avança jusqu'à la porte-fenêtre qui donnait devant le chalet, regardant ce guignol à travers les rideaux : le visage lui était familier, mais il n'arrivait pas à se souvenir d'où il le connaissait, toutes ses pensées tournées vers la seule idée de lui écraser son poing dans la figure. N'y tenant plus, il alla chercher les clés qu'il avait mises dans un tupperware, cachées entre deux fruits, dans le frigo, et sortit.

Le visage de Peter perdit son sourire à la vue du jumeau de son client, il eût un mouvement de recul, hésitant entre l'envie de partir et celle de rester. Tom ferma la porte du chalet à double tour, glissant les clés dans sa poche ; ceci fait, il se retourna et fit face au dealer. Ce dernier ne cilla pas sous le regard noir que lui lançait le guitariste tout en s'avançant ; Tom s'arrêta à bonne distance et planta son regard dans celui de son vis-à-vis.

« Schieb ab. (10)»

Il n'avait pas crié mais son ton sec valait toutes les menaces du monde. Peter fronça les sourcils, visiblement mécontent de cet accueil, mais de toute évidence, il ne s'attendait pas non plus à des acclamations de bienvenue. Il esquissa un vague sourire :

« T'as pas changé. »

Tom tiqua à cette remarque : il le connaissait donc de quelque part, mais d'où ? Il balaya finalement cette question de son esprit, la primauté allant à la sécurité de son frère. Il pencha légèrement la tête sur le côté, signe qu'il était en rogne, il reprit sur le même ton qu'avant :

« Schieb ab. »

« Oh, mollo. » répliqua son vis-à-vis. « Ton frère me doit des tunes, je suis venu les chercher, basta. »

« C'est pour ça aussi que tu lui en as encore proposé. » siffla le guitariste.

« Ah, alors t'es au courant... » Peter hocha pensivement la tête. « Alors tu comprendras aussi que je sois venu lui en apporter : il en a besoin. »

« Ce dont il a besoin c'est surtout que vous vous cassiez, toi et ta merde. » répondit Tom. « Fous-lui la paix et barre-toi. »

« Et tu crois impressionner qui ? »

Il était vrai que Peter était plus grand que Tom, il le dépassait d'une bonne demi-tête, avoisinant probablement les 1m80. Mais le jumeau n'avait pas du tout l'intention de se laisser démonter, son regard mauvais toujours planté dans celui de son vis-à-vis ; il fixait toujours ainsi les gens lorsqu'il s'énervait, attendant de voir qui serait le premier à détourner les yeux. Bien que cette fois il risquait de perdre : tout en ce type le dégoûtait et il n'avait qu'une envie, rentrer en fermant la porte. Mais ce serait pris comme un signe de fuite. Et ça, il le refusait catégoriquement : il ne lui ferait pas ce plaisir !

« Mach die Biege ! (11) » cracha-t-il.

« Oh, tu aboies toujours comme un chiot furax. » sourit ironiquement son interlocuteur. « En primaire, t'étais déjà comme ça... »

Tom écarquilla les yeux. Le primaire ? C'était de là qu'il le connaissait ? Il chercha à se souvenir, se remémorant peu à peu cette époque à laquelle Bill et lui était déjà inséparables. Le nom de Peter lui revint alors clairement : un gamin de leur classe qui se faisait persécuter par les autres élèves de l'établissement, les vêtements toujours débraillés et cet air à la fois stupide et méchant peint sur le visage à longueur de temps. Il était venu se réfugier auprès d'eux, les jumeaux connus pour leur apparence mais aussi pour leur habitude à remettre les autres à leur place, en quelques mots ou en bagarre ; Bill l'avait accueilli avec le sourire, toujours prêt à être gentil avec les autres et se faire des amis. De ce côté, Tom était plus réservé mais surtout, à cette époque, il ne pouvait pas supporter ce garçon stupide qui venait les voir uniquement pour se protéger des autres ; mais ça, Bill ne l'avait jamais vu. Le jeune guitariste était généralement exécrable dès que ce garçon apparaissait dans le paysage, il avait d'ailleurs été un sujet de dispute pour les deux frères pendant leur enfance. Oh oui, il se souvenait de lui. Une esquisse de sourire commença à étirer ses lèvres alors que ses yeux s'étaient agrandis tout en se plissant légèrement sur le bas, lui donnant un air un peu fou.

Fou, oui, il l'était peut-être, sentant son c½ur battre plus fort, le sang affluer dans ses veines le long de son corps, un frisson électrique lui remonter le dos et surtout cette excitation malsaine monter en lui. Tom était confiant, il pourrait protéger au mieux son frère : il voulait éloigner ce type mais surtout, il frapperait pour faire mal. Il ne pensait pas retenir ses coups à la base, mais juste pour le faire partir, alors que là, à cet instant présent, chaque particule de son corps ne désirait qu'une seule chose : frapper. Frapper encore et encore. Faire mal. Lui arracher ce petit sourire méprisant. Mais plus que tout... Lui arracher Bill.

« Bill t'a accepté sans arrières pensées quand t'en as eu besoin. Sympa tes remerciements. » murmura-t-il d'un ton au bord du ricanement, cette excitation mauvaise montant toujours en lui.

« C'est lui qui en a voulu. » répondit platement Peter sans l'ombre d'un remord. « Je lui donne ce qu'il me demande et c'est tout. Je trouve que c'est déjà pas mal. »

Le sourire de Tom s'agrandit un peu plus. Pas de barrière. Sans préambule, l'adolescent se rua sur son vis-à-vis, lui donnant un violent coup d'épaule dans le torse, faisant tomber son adversaire. Peter prit l'attaque de plein fouet, ne s'attendant pas à un geste aussi vif, il grimaça autant par la douleur qui lui assaillait le plexus que par celle qui lui brûlait le postérieur. Le jumeau le regardait de haut, ce sourire mauvais étirant encore ses lèvres.

« Petit con... » siffla le dealer en se relevant.

OoOoO

Bill sentit le malaise s'estomper un peu, il n'avait plus la sensation que sa tête tournait et son estomac semblait s'être calmé. Il se redressa dans le lit, la respiration encore irrégulière d'avoir vomi et des gouttes de sueur perlant le long de son visage, partant de ses tempes et se noyant dans son cou. Tom n'était pas revenu... Il lui avait pourtant dit qu'il lui apporterait un verre de coca. Le jeune chanteur s'extirpa péniblement du lit, son corps était lourd, comme si ses muscles refusaient de répondre, comme s'il s'était fait trop lourd pour ses jambes. A peine fut-il debout que le monde dansa, l'obligeant à s'appuyer au mur, le souffle un peu plus saccadé ; non, il ne devait pas vomir. Se faisant violence pour calmer sa nausée naissante, il commença à marcher, s'aidant du mur ; sa salive persistait à vouloir envahir sa bouche, ayant pris cet arrière-goût à la fois huileux et amer, comme si elle souhaitait le faire vomir une nouvelle fois. Bill inspira profondément et essaya de ne pas y prêter attention.

Il avait l'impression que son cerveau était dans une boîte crânienne un peu juste pour lui, comme si son esprit était emprisonné entre des parois molletonnées, lui donnant à la fois cette sensation de poids mais permettant également à sa cervelle de valdinguer à sa guise, ce qui ne l'aidait pas au niveau de sa nausée. Ce fut donc en titubant qu'il parvint à rejoindre la cuisine, il avala le verre de coca plat qu'il y trouva ; c'était loin d'être bon mais ça effaçait cet horrible goût de sa bouche et ça calmait son ventre. Tout à coup, un bruit sourd le fit sursauter, son verre allant se fracasser contre le bois, mais le son du verre brisé ne le gêna pas : son regard fixant la porte-fenêtre où se tenait une silhouette. Le bruit sourd se répéta, comme quelqu'un que l'on frappe contre une vitre...

« Tom... ? »

Il ne savait pas pourquoi le nom de son frère lui était venu à l'esprit mais il se dirigea tant bien que mal vers la porte-fenêtre. Lorsqu'il arriva à la hauteur de la vitre, il vit une personne que l'on plaquait contre cette dernière ; et cette personne...

« Tom... ! »

Comme s'il l'avait entendu, l'adolescent, dont le visage était écrasé contre la vitre, ouvrit les yeux, il avait un hématome de la taille d'un pouce à la commissure droite des lèvres et une trace violacée soulignait son ½il droit, couvrant presque toute sa pommette. Tom grimaçait autant de douleur que par le contact brutal de la vitre froide contre sa peau et ses bleus ; rouvrant les yeux, il aperçut son frère à travers la vitre. Bill... C'était pour lui qu'il se battait. Il n'avait pas le droit de perdre ! Retrouvant une volonté farouche de se battre et à nouveau cette excitation malsaine, le jeune guitariste donna un coup de pied en arrière, obligeant son assaillant à reculer et profita de son déséquilibre pour l'attaquer, baissant la tête et lui donnant un violent coup du sommet de son crâne dans le nez.

Peter tituba et tomba par terre. Tom n'attendit pas et se percha au-dessus de lui pour lui administrer un violent coup de point dans la mâchoire. Mais apparemment son vis-à-vis de l'entendait par de la sorte. Bill regardait la scène à travers la vitre, horrifié et inquiet, il tenta d'ouvrir la porte mais dû se rendre à l'évidence : son jumeau l'avait enfermé dans le chalet ; il frappa du poing sur la vitre, c'était du double vitrage, il ne pouvait pas le briser à main nue.

« TOM ! » cria-t-il en assistant à la bagarre. « TOM ! »

Il se doutait bien que son frère ne pouvait pas l'entendre mais ne pas pouvoir réagir était rageant. Il en avait tout oublié, sa nausée l'ayant totalement abandonné pour laisser place à la panique : Peter était fort et plus grand que Tom qui faisait à peine ses cinquante kilos. Que pouvait-il faire ?

De son côté Tom était légèrement sonné, s'étant prit un coup de poing sur le coin de la tête, au niveau de la tempe ; le dealer le saisit par le col, le soulevant apparemment facilement du sol en l'étranglant à moitié :

« Alors ? On fait moins le fier, hein ? »

Le jeune guitariste grimaçait, la poigne de son adversaire enserrant le col de son t-shirt lui sciait la gorge et l'étouffait. Peter affichait un sourire de vainqueur, satisfait de voir l'adolescent en si mauvaise posture.

« Bah alors ? Tu dis plus rien ? » ricana-t-il.

Tom avait du mal à respirer, ce qui rendait la tâche d'autant plus difficile ; il plongeait toujours un regard haineux dans celui de son vis-à-vis, chose qui semblait amuser ce dernier.

« Quelque chose à dire ? » sourit Peter.

« ...Hhh... Bras... On... In... » siffla l'adolescent.

« Pardon ? J'ai pas entendu ? » rit son interlocuteur en penchant la tête.

« Embrasse mon poing... ! » articula Tom.

Avant que son ennemi n'ait pu réaliser quoique ce soit, le guitariste le saisit par l'oreille à l'aide de ses dents, l'empêchant ainsi de bouger, et lui donna un violent uppercut. Il n'avait pas pu viser, son poing s'était enfoncé dans la gorge du dealer, mais apparemment, c'était efficace : le garçon se tordait de douleur par terre. Tom retomba lourdement sur le sol, grimaçant de douleur : son poignet gauche le faisait souffrir, il devait être mal retombé ; il leva péniblement les yeux et fronça les sourcils : son vis-à-vis commençait à se relever, l'oreille en sang, crachant tout ce qu'il pouvait. Le jumeau parvint à s'asseoir, le souffle court, son corps entier lui faisait mal, il avait la tête qui tournait mais se forçait à regarder Peter qui se relevait ; il eût même du mal à déglutir, ayant l'impression que le col de son t-shirt enserrait toujours sa gorge. Il murmura, plus pour lui-même qu'autre chose :

« Pardon, Bill... Mais j'en peux plus... »

Le dealer le foudroyait littéralement du regard, se tenant la gorge d'une main, un filet de bave s'échappant de sa bouche et dégoulinant le long de son menton ; s'il avait eu le pouvoir de tuer du regard, Tom serait probablement déjà mort. Mais ce dernier ne pouvait même plus bouger, chaque mouvement lui coûtait et il ne pouvait plus qu'attendre en regardant ce type avancer vers lui. Peter s'approchait. Le guitariste pouvait percevoir les coups de poings que son frère donnait contre la vitre depuis l'intérieur du chalet. Un sourire étira le coin gauche des lèvres de Tom alors qu'il regardait son ennemi avancer vers lui :

« Schuldi... Bill... »

« Eh ! »

Tout à coup, quelqu'un apparut dans son champ de vision, collant un violent coup de poing au dealer, l'envoyant par terre ; Tom mis quelques instants avant de reconnaître Georg. Il était essoufflé, comme s'il venait de courir, un air sévère et colérique peint sur ses traits. Le guitariste sursauta en sentant des mains se poser sur ses épaules, il leva la tête et reconnut le batteur :

« Gustav... »

« T'inquiète pas, on est là, tout va bien. » lui assura son ami en essayant de l'aider à se lever.

« Ah... ! » Tom grimaça et prit un air penaud. « Désolé, j'ai plus la force de bouger... Et mon poignet gauche me fait mal... »

« Ok, bouge pas. »

Son aîné passa à côté de lui et, glissant un bras derrière son dos et un autre sous ses genoux, il le souleva, l'arrachant du sol. Le guitariste en aurait sifflé d'admiration s'il en avait eu la force ; il lança un coup d'½il en direction du bassiste et grogna :

« C'est pas juste, il t'a fallut qu'un coup pour le foutre K.O. ... »

« On n'est pas taillé pareil. » sourit Georg. « Et je fais quand même vingt-deux kilos de plus que toi. »

« Hn. » grommela l'adolescent. « Mais... Pourquoi vous êtes là... ? »

« C'est Bill qui nous a appelé. » répondit Gustav.

« Une chance que t'aie laissé son portable dans le chalet. » renchérit le bassiste.

Tom esquissa un sourire, son visage n'exprimant que le soulagement et la fatigue. Il demanda à Georg de prendre les clés dans sa poche, ne se sentant pas d'attaque à déverrouiller la porte ; à peine fut-elle ouverte que Bill accourut et serra son frère dans ses bras aussi fort qu'il le pouvait. Le guitariste grimaça de douleur mais ne protesta pas, content de revoir son jumeau.

OoOoO

« Aïe ! » pesta le guitariste lorsqu'on lui apposa le coton imbibé de désinfectant sur la commissure des lèvres.

« Mais c'est qu'il est douillet. » plaisanta Georg, appuyé à l'encadrement de la porte.

« Je ne sais pas ce que je donnerais pour te voir à ma place. » grogna ledit douillet.

« Votre poignet devrait être rétabli promptement. » annonça le médecin en jetant le coton. « Les hématomes aussi. En somme, vous n'avez que des blessures très légères, mais je vous demande de garder cette poignée en plastique(12) pendant au moins deux semaines. Trois si vous avez toujours mal. »

Tom acquiesça d'un signe de tête et rejoignit ses amis et son frère. Bill était toujours un peu inquiet, il ne le disait pas mais son jumeau pouvait le sentir, il adressa un sourire à son chanteur et frangin, lui assurant par ce geste qu'il allait bien. Les quatre garçons retournèrent au village de vacances, se rendant au chalet des jumeaux ; Gustav fut le premier à parler :

« Bill nous a raconté pendant ta consultation. »

« Pourquoi vous ne nous avez rien dit ? » renchérit Georg. « On aurait pu vous aider. Et tu n'aurais peut-être pas cette tête aujourd'hui, Tom. »

Bill se mordit la lèvre. Oui, il leur avait dit ce qu'il s'était passé. Georg ne l'avait d'abord pas cru et le jeune chanteur avait eu peur de la colère de ses aînés, mais au lieu de ça, Gustav lui avait posé la main sur l'épaule en lui disant qu'ils seraient là pour lui ; selon lui, Bill avait déjà suffisamment souffert et regretté sa dépendance pour qu'ils en rajoutent. De plus, ce genre de sujet n'était pas facile à aborder, même avec ceux avec qui on partage habituellement tout ou presque. Il avait été rassuré, mais au fond, il avait toujours peur.

« Ma tête va bien. » grommela le guitariste.

« Mais pas ton poignet. » riposta le bassiste.

« Le médecin a dit que je me remettrais vite, y a pas de quoi en faire tout un fromage. » répliqua presque sèchement Tom.

« Calmez-vous, ça ne sert à rien de s'énerver. » soupira Gustav en se mettant entre les deux querelleurs. « On va en rester là pour aujourd'hui. C'est ce qu'il y a de mieux à faire, tout le monde a besoin de repos. Je vous rappelle au passage qu'on est en vacances. »

Les trois autres membres du groupe hochèrent la tête, signe qu'ils comprenaient. Ils allaient d'ailleurs se retirer lorsque Tom les retint :

« Et ce type ? »

« Celui avec lequel tu t'es battu ? » le batteur haussa les épaules. « Tu n'as pas à t'en faire, il a eu les boules de sa vie et le manager a assuré qu'il se tairait. Reposez-vous. On a encore trois semaines et demie de vacances. »

Les jumeaux esquissèrent un sourire et la porte se referma sur les deux autres musiciens qui retournaient à leur chalet. Le guitariste soupira, autant de soulagement que de fatigue, il avait encore mal partout, Peter ne l'avait pas ménagé ; une main se glissa dans la sienne, attirant son regard. Bill lui tenait la main, tête baissée, hésitant à le regarder :

« Entschuldigung (9)... » murmura-t-il. « Je ne... Je ne voulais pas que ça prenne de telles proportions... Je pensais... Je pensais que tout serait fini... Qu'il suffisait d'attendre... Schuldi... Je ne voulais pas... Te mêler à ça... »

Tom le considéra quelques secondes avec perplexité puis un sourire étira ses lèvres et il prit son frère dans ses bras, passant une main dans ses cheveux, laissant la tête de son vis-à-vis reposer contre son torse en veillant à ne pas le faire tomber de sa chaise. Bill se laissa aller à cette étreinte, percevant les battements du c½ur de son frère, puissants, vivants ; son jumeau lui ébouriffa affectueusement les cheveux :

« Ne t'inquiète pas, va. Je n'ai rien. Le docteur a dit que tout irait bien et que je me remettrais vite. »

« Mais ton poignet... » commença le chanteur.

« Mon poignet va guérir. » le coupa son jumeau avec assurance. « Je ne vais pas pouvoir jouer de guitare très bien tout de suite mais ça ne m'empêchera pas de jouer pour autant. On a encore le temps, on est en vacances... Alors ne t'en fais pas pour ça. »

Bill ne répondit pas, se contentant de serrer un peu plus son frère contre lui. Il se sentait atrocement coupable et la sensation d'avoir un poids sur la conscience était là ; il relâcha son frère qui s'écarta pour aller dans la cuisine en gémissant qu'il avait soif. Le jeune chanteur le fixa un long moment d'un air à la fois blessé et triste, Tom souriait et semblait à peine plus affecté que ça, mais... Dieu qu'il avait mal, Bill avait envie de s'en taper la tête contre les murs ! Il sursauta presque en entendant la voix de son jumeau :

« Bill ? Wie geht's(4) ? » demanda-t-il en s'approchant, un yaourt à boire à la main.

Pour toute réponse, l'intéressé baissa la tête, scrutant ses doigts qui se crispaient sur son jean déchiré, ses poings tremblaient, ses épaules aussi. Il sentait une boule lui obstruer douloureusement la gorge et un liquide brûlant s'échapper de ses yeux.

« Bill ? » la voix de son frère était inquiète, il tressaillit en sentant sa main se poser sur son épaule.

« Warum... ?(13) » articula son vis-à-vis d'une voix qu'il eût peine à reconnaître lui-même.

« Hein ? » les yeux de Tom s'écarquillèrent légèrement d'incompréhension. « Qu'est-ce que tu racontes ? »

« Pourquoi... ? » répéta le brun. « Pourquoi tu ne dis rien... ? Pourquoi tu ne cries pas ? Pourquoi tu restes aussi calme ? Aussi souriant ? Pourquoi tu ne me frappes pas ? Pourquoi ? »

Son frère en resta sans voix, Bill hurlait aussi fort qu'il le pouvait d'une voix brisée par les larmes et les sanglots. Tom sentit qu'il peinait à déglutir, la tristesse et le désespoir qu'il percevait dans la voix de son jumeau le blessaient, il s'avança et le prit dans ses bras, le serrant contre lui, aussi tendrement qu'il le pouvait.

« Pourquoi tu ne demandes... Rien ? » hoqueta encore le chanteur. « Pourquoi... ? »

« Bill... » souffla son vis-à-vis.

« C'est trop dur... ! » gémit-il en noyant son visage dans le T-shirt de son frère. « C'est trop dur de ne pas entendre de reproches... Je les mérite... Tu as mal, tu souffres à cause de moi et tu... Ne dis rien... Pourquoi ? Si tu me frappais... Si tu hurlais... Je pourrais comprendre... Mais là... Pourquoi... ? »

« Bill... » murmura à nouveau Tom.

Il le berça doucement, essayant de calmer ses pleurs, se voulant réconfortant ; voir son frère pleurer avait toujours été un supplice pour lui et ce depuis leur plus jeune âge, il ne voulait pas le voir dans cet état, Bill avait un visage fait pour sourire, un visage radieux. Il s'était juré de tout faire pour que son jumeau n'ait jamais à pleurer à cause de lui, mais aujourd'hui... Son étreinte se resserra légèrement sur ces épaules tremblantes, secouées par les sanglots ; il pesa pleinement ses mots et leur portée, puis se lança, voulant pour une fois soulager son c½ur et prononcer ces paroles à l'intention de son frère :

« C'est parce que je t'aime, Bill. Tu es ma moitié. Je donnerais n'importe quoi pour que tu ne pleures plus, tu sais ? Je donnerais tout ce que j'ai si ça pouvait te rendre le sourire. Je t'aime vraiment et je voudrais te voir heureux. Et c'est parce que je t'aime que je ne crie pas, que je ne te frappe pas... Parce que je me haïrais de te faire souffrir... »

Bill avait cessé de pleurer, il semblait même avoir arrêté de respirer. Il avait peine à croire ce qu'il entendait... Tom ? Dire ces choses ? Il n'avait jamais dit ''je t'aime'' à qui que ce soit, à aucune de ces filles qui l'avaient côtoyé... A personne. Et il le lui disait à lui... ? Le jeune chanteur ne bougea pas, les yeux écarquillés, il avait l'impression que son monde s'effondrait mais qu'en même temps son c½ur se remplissait d'un sentiment de bonheur. Sans réellement réfléchir, il enlaça son frère et ne parvint qu'à articuler :

« Tom... »

« Je vais t'aider à t'en sortir, Bill. » lui souffla l'intéressé avec confiance. « Je vais t'aider. Je te le promets. Tu vas t'en sortir. »

Il sentit ces bras tremblants raffermir leur prise sur sa taille et son frère se blottir un peu plus contre lui. Un sourire étira ses lèvres bien que le côté droit de sa bouche lui fasse un peu mal, frottant légèrement le bras de son jumeau et leader dans un geste réconfortant ; mais une pensée effaça ce sourire : ils n'étaient pas au bout de leurs peines et le plus dur pour Bill allait venir. Au fond de lui, il le savait.

OoOoO A SUIVRE OoOoO
# Posté le samedi 06 janvier 2007 09:27
Modifié le vendredi 12 décembre 2008 16:11

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